Peter Sloterdijk

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Peter Sloterdijk

Philosophie occidentale

Philosophie contemporaine

alt=Description de l'image Peter Sloterdijk, Karlsruhe 07-2009, IMGP3019.jpg.
Naissance 26 juin 1947 (67 ans)
Karlsruhe, Allemagne
École/tradition Anthropologie philosophique, phénoménologie
Principaux intérêts Cynisme, esthétique, éthologie, posthumanisme
Idées remarquables Anthropotechnique, biosophie, « domestication de l'Être », immunologie, « le monstrueux », sphérologie
Influencé par Alsberg, Bachelard, Briegleb, Claessens, Deleuze, Derrida, Foucault, Günther, Heidegger, Miller, Nietzsche, Tarde

Peter Sloterdijk /ˈsloːtɐˌdaɪk/, né le 26 juin 1947 à Karlsruhe, est un philosophe et essayiste allemand. Professeur de philosophie et d'esthétique à la Hochschule für Gestaltung de Karlsruhe, il est également recteur (Rektor) du même établissement depuis 2001. Il enseigne aussi aux Beaux-Arts de Vienne.

Biographie[modifier | modifier le code]

De 1968 à 1974, Sloterdijk poursuit des études de philosophie, d'histoire et de littérature allemande à l'Université de Munich. En 1975 il soutient une thèse sur la philosophie et l'histoire de l'autobiographie[1] à l'université de Hambourg. Par la suite, Sloterdijk entreprend, avec succès, une carrière d'écrivain à quoi s'ajoutent, à partir de 1992, des enseignements aux universités de Vienne et Karlsruhe.

Son premier essai philosophique Critique de la raison cynique (Kritik der zynischen Vernunft), publié en 1983 bat le record de vente pour un livre de philosophie écrit en allemand et sera traduit en trente-deux langues[1]. L'ouvrage est salué par Jürgen Habermas qui le considère comme l'« événement le plus important depuis 1945 »[2]. Sloterdijk reçoit le prix littéraire Ernst-Robert-Curtius en 1993 et va accroître sa renommée en enseignant, entre autres à Paris, Zurich et New York.

À partir de 1998, Sloterdijk commence sa trilogie Sphères qui fait de lui un personnage reconnu dans le monde des lettres germaniques. À cela s'ajoutent des capacités pédagogiques et une clarté de propos qui lui permettent d'animer, de 2002 à 2012, en la collaboration avec Rüdiger Safranski, l'émission télévisuelle philosophico-littéraire Glashaus : Philosophische Quartett (le « Quatuor philosophique ») sur la chaîne ZDF.

En septembre 1999, Sloterdijk publie une conférence intitulée « Règles pour le parc humain : une lettre en réponse à la Lettre sur l'Humanisme de Heidegger » dans l'hebdomadaire Die Zeit qui donne lieu à un scandale très médiatisé. Le philosophe y propose une réflexion sur l'humanisme, la génétique et les problèmes posés par ce qu'il nomme la « domestication de l'être humain ». L'emploi du mot « Selektion » (très chargé de connotations en Allemagne depuis le nazisme) dans son texte lui vaut d'être sévèrement critiqué, notamment par Jürgen Habermas. Le terme est employé deux fois dans la conférence, dans le contexte de la « sélection natale », et mis en parallèle avec le mot « Lektion » (« leçon »), par analogie avec « Auslesen » (le « choix » de l'anthologie)[3].
La controverse s'est également poursuivie en France où Sloterdijk reçoit l'appui notamment de son traducteur Olivier Mannoni, Bruno Latour, Éric Alliez, Jean Baudrillard et Régis Debray[4].

Il est nommé président (Rektor) de l'Académie d'art et de médias (Hochschule für Gestaltung ou HfG) de Karlsruhe en 2001. En 2005, il se fait confier la Chaire Emmanuel Levinas à Strasbourg pour deux semestres[5]. La même année, Sloterdijk dénonce le « non » français à la constitution européenne.

En 2006, il gravit le mont Ventoux à vélo[6]. Il pratique ce sport en amateur, et roule plusieurs milliers de kilomètres par an. Cette passion l'a conduit à réfléchir sur le dopage et la « théologie » du cyclisme évoqués par Barthes dans ses Mythologies.

Dans Colère et temps (2007), il entreprend une réflexion sur la politique à partir de ses expressions dans la colère. La colère devient le moteur de la politique. Cette colère peut se rassembler dans la société et former une banque pour une vengeance future. Après Nietzsche et Heidegger, Sloterdijk envisage le temps politique comme un vecteur de colère et de ressentiment. Cette étude de la colère d'un point de vue psychopolitique le mènera, dans La folie de Dieu (2008), à dénoncer les excès des trois monothéismes zélateurs se réclamant du récit d'Abraham, que sont le judaïsme, le christianisme et l'islam. S'il caractérise les forces en présence, son travail consiste à étudier les campagnes et les fronts soutenus historiquement par ces religions, à dessiner une matrice logico-psychologique expliquant l'intolérance de ces religions de l'Un, afin de proposer une manière ambitieuse de résoudre les conflits par un trialogue valorisant l'apprentissage d'une éthique de la civilisation.

De la même manière que Marx et Engels avaient écrit le Manifeste du parti communiste dans « l’idée de remplacer la fable d’un spectre répondant au nom de communisme par une autoproclamation combative du communisme réel», il entend dans Tu dois changer ta vie ! (2011), substituer au spectre sans cesse annoncé d’un retour du religieux, ce qu’il appelle une anthropotechnique de la vie en exercice. Si nous sommes tous des pratiquants (d'un certain type), ce n'est pas à partir de la religion que doit être entendu l'impératif absolu (dont elle n'est qu'un véhicule) mais à partir de l'art. C'est à partir d'un célèbre poème de Rilke qu'il nous donne à entendre « une autorité qui ne nous mette pas en esclavage», une autorité « dénuée d’arrogance». Tu dois changer ta vie ! est un manifeste perfectionniste, un livre « pour tous et pour personne» à l'écoute d'un impératif absolu de transformation de soi au sens et nietzschéen; aux antipodes de ces faux appels au dépassement de soi qui projettent des verticalités inversées, acrobatiques, répétitives et tristement hiérarchiques.

Prix et distinctions[modifier | modifier le code]

  • 1993 - Ernst-Robert-Curtius-Preis für Essayistik (prix attribué à un essai)
  • 2000 - Friedrich-Märker-Preis für Essayistik (prix attribué à un essai)
  • 2001 - Christian-Kellerer-Preis für die Zukunft philosophischer Gedanken (prix pour le pensée philosophique de l'avenir)
  • 2005 - Wirtschaftsbuchpreis der Financial Times Deutschland (prix économique du livre)
  • 2005 - Sigmund-Freud-Preis für wissenschaftliche Prosa (prix attribué à la prose scientifique)
  • 2007 - Membre de l'Académie des arts de Berlin[7]
  • 2008 - Lessing-Preis für Kritik (prix pour la critique)
  • 2008 - Cicero-Rednerpreis (prix attribué à un conférencier)
  • 2008 - Prix européen de l'essai Charles Veillon (prix attribué à un essayiste européen)

Publications[modifier | modifier le code]

Ouvrages traduits en français
  • Critique de la raison cynique, 1987 (Kritik der zynischen Vernunft, 1983), Éd: Christian Bourgois; 2000, ISBN 2267005271
  • L'arbre magique. La naissance de la psychanalyse en l'an 1785, 1987, traduit par Jeanne Etoré (Der Zauberbaum. Die Entstehung der Psychoanalyse im Jahr 1785)
  • Le penseur sur scène, 1990 (Der Denker auf der Bühne. Friedrich Nietzsches Materialismus, 1986)
  • La mobilisation infinie : vers une critique de la cinétique politique, 2000 (Eurotaoismus. Zur Kritik der politischen Kinetik, 1989)
  • Dans le même bateau : essai sur l'hyperpolitique, 1997, traduit par Pierre Deshusses (Im selben Boot. Versuch über die Hyperpolitik, 1993)
  • (avec Carlos Oliveira), Selbstversuch, 1993. Essai d'intoxication volontaire, traduit par Olivier Mannoni, Pluriel, édition revue et augmentée, 2010.
  • Si l'Europe s'éveille : réflexions sur le programme d'une puissance mondiale à la fin de l'ère de son absence politique, Mille et une nuits, 2003, traduit par Olivier Mannoni (Falls Europa erwacht. Gedanken zum Programm einer Weltmacht am Ende des Zeitalters ihrer politischen Absence, 1994)
  • Règles pour le parc humain, Mille et Une Nuits, 2000, traduit par Olivier Mannoni (Regeln für den Menschenpark. Ein Antwortschreiben zu Heideggers Brief über den Humanismus, 1999)
  • La Compétition des bonnes nouvelles, Mille et Une Nuits, 2002, traduit par Olivier Mannoni (Über die Verbesserung der guten Nachricht. Nietzsches fünftes 'Evangelium', 2000)
  • L'heure du crime et le temps de l'œuvre d'art, 2000, traduit par Olivier Mannoni (Nicht gerettet. Versuche nach Martin Heidegger, 2000)
  • (avec Hans-Jürgen Heinrichs), Ni le soleil ni la mort : jeu de piste sous forme de dialogue avec Hans Jürgen Heinrichs, Pauvert, 2003, traduit par Olivier Mannoni (mit Hans-Jürgen Heinrichs, Die Sonne und der Tod. Dialogische Untersuchungen, 2001)
  • avec Alain Finkielkraut, Les battements du monde. Diagnostic sur le temps présent, 2003, Was zählt, kehrt wieder, 2004.
  • Derrida, un Égyptien, Éditions Maren Sell, 2006, traduit par Olivier Mannoni.
  • Le Palais de Cristal. À l'intérieur du capitalisme planétaire, Éditions Maren Sell, 2006 (Im Weltinnenraum des Kapitals. Für eine philosophische Theorie der Globalisierung, Francfort/M., Suhrkamp, 2005), traduit par Olivier Mannoni.
  • Colère et Temps. Essai politico-psychologique, Éditions Maren Sell, 2007. Prix européen de l'essai Charles Veillon en 2008. Traduit par Olivier Mannoni.
  • Théorie des après-guerres, remarque sur les relations franco-allemandes depuis 1945, Éditions Maren Sell, 2008. Traduit par Olivier Mannoni.
  • La folie de Dieu. Du combat des trois monothéismes, Libella-Maren Sell, 2008. Traduit par Olivier Mannoni.
  • Jours de colère - L’esprit du capitalisme, Descartes et Cie, 2009 (en collaboration avec Pierre Dockès, Francis Fukuyama, Marc Guillaume).
  • Essai d'intoxication volontaire, suivi de L’Heure du crime et le temps de l’œuvre d’art, Éditions Fayard, 2010. Traduit par Olivier Mannoni.
  • Tu dois changer ta vie !, Maren Sell éditeur, 2011. Traduit par Olivier Mannoni.
  • Repenser l'impôt. Pour une éthique du don démocratique, Libella-Maren Sell, 2012, traduit par Olivier Mannoni.
  • Les Lignes et les Jours (notes 2008-2011), Libella-Maren Sell, 2014, traduit par Olivier Mannoni
Ouvrages non traduits
  • Ein epischer Versuch zur Philosophie der Psychologie, 1985.
  • Kopernikanische Mobilmachung und ptolemäische Abrüstung, 1987.
  • Zur Sprache kommen - Zur Welt kommen. Frankfurter Poetik-Vorlesungen, 1988.
  • Versprechen auf Deutsch. Rede über das eigene Land, 1990.
  • Medien-Zeit. Drei gegenwartsdiagnostische Versuche, 1993.
  • Weltfremdheit, 1993.
  • Der starke Grund, zusammen zu sein. Erinnerungen an die Erfindung des Volkes, 1998.
  • Die Verachtung der Massen. Versuch über Kulturkämpfe in der modernen Gesellschaft, 2000.
  • Das Menschentreibhaus. Stichworte zur historischen und prophetischen Anthropologie, 2001.
  • Luftbeben. An den Wurzeln des Terrors, 2002.
  • Die schrecklichen Kinder der Neuzeit, Suhrkamp, 2014

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Yves Michaud, Humain, inhumain, trop humain réflexions philosophiques sur les biotechnologies, la vie et la conservation de soi à partir de l'œuvre de Peter Sloterdijk, Castelnau-le-Lez, Climats, « Micro-climats », 2002. (ISBN 2-84158-202-7) ; Nouvelle édition revue et augmentée, suivi de Le diable dans les détails, 2006. (ISBN 2-08-213126-2)
  • Dominique Quessada, Court traité d'altéricide, précédé de À tombeau ouvert, dialogue avec Peter Sloterdijk, Paris, Verticales/phase deux ; Gallimard, 2007. (ISBN 978-2-07-078412-7)
  • Jean-Hugues Barthélémy, La « révolution de l'espace » et l'architecture comme « réalisation de la philosophie » dans Écumes de Sloterdijk, sur Appareil.
  • Dominic Desroches, « Sur la proximité de Dieu », sur le site de Espacestemps.net, 26 octobre 2009.
  • Dominic Desroches, « La politique du temps », sur le site de La vie des Idées, 23 avril 2009.
  • Slavoj Žižek, « La colère, le ressentiment et l'acte. À propos de Colère et temps. Essai politico-psychologique de Peter Sloterdijk », dans La Revue internationale des livres et des idées, n° 3, janvier-février 2008.
  • Pascal Duval, Tu dois changer ta vie! un manifeste sur le site www.perfectionnisme.net, 30 mai 2014.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b D'après Hans Jürgen Heinrichs, « Peter Sloterdijk », dans le Magazine Littéraire, 2005, notice reprise sur Sloterdijk.net.
  2. Cité dans « Peter Sloterdijk : "Il faut être déchiré par quelque chose qui nous dépasse pour penser" », entretien avec Nicolas Truong, dans Philosophie magazine, no 6, 2007.
  3. Voir Olivier Mannoni, « Note du traducteur », dans Règles pour le parc humain, Paris, Mille et une nuits, 2006 [2000], p. 6.
  4. Olivier Mannoni, « Peter Sloterdijk », dans Encyclopædia Universalis, en ligne.
  5. Information disponible surSloterdijk.net
  6. (en) « Philosopher Peter Sloterdijk on the Tour de France. "The Riders are Just Regular Employees" », interview par Lothar Gorris et Dirk Kurbjuweit, dans Der Spiegel online international, 10 juin, 2008.
  7. (de) Peter Sloterdijk - Seit 2007 Mitglied der Akademie der Künste, Berlin, Sektion Literatur sur le site de l'Akademie der Künste

Liens externes[modifier | modifier le code]