Le Cimetière marin

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Le Cimetière marin est un poème de Paul Valéry, paru en 1920.

Résumé et analyse[modifier | modifier le code]

Publié d'abord en revue, ce poème, le plus célèbre de Valéry (1871-1945), a été publié en 1920 par Émile-Paul Frères, puis recueilli dans Charmes (1922). Valéry en avait commencé la rédaction au moment où il travaillait à La Jeune Parque (1917). Les deux textes présentent des points communs : rapports entre conscience et corps, présence de la mer.

C'est, en 24 sizains, une méditation métaphysique, mais elle revêt une forme dramatique, présentant en quatre actes une action au sens théâtral du terme. Les quatre premières strophes présentent la mer comme un objet semblable à un néant (la « chose » de Hegel) immuable et inconsciente, auquel s'oppose (strophes 5 à 9) la mobilité de la conscience qui existe dans le temps et que fascine le désir d'être pensée pure ; la confrontation des deux personnages de ce drame fait naître (strophes de 9 à 19), avec l'intervention du corps, une méditation sur la mort : le refus de l'illusion de l'immortalité de l'âme accompagne la tentation de mourir et de faire cesser l'opposition entre conscience et existence. Cette tentation est écartée dans les cinq dernières strophes : repoussant les paradoxes de la pensée pure, le sujet choisit la vie, le mouvement du corps, la création poétique, l'action : « Le vent se lève !... Il faut tenter de vivre ! ». C'est donc une réflexion sur le temps, la contradiction entre conscience et objet, conscience et corps. Le choix final dépasse cette contradiction mais ne la résout pas. Toutefois, il ne faut pas oublier qu'il s'agit d'un poème : il est né, de l'aveu de l'auteur, de l'obsession d'un rythme, celui du décasyllabe, et non d'une pensée.

Paul Valéry a même souligné, avec peut-être une volonté de paradoxe, que c'était le seul parmi ses poèmes comportant des souvenirs de choses vues : le cimetière de Sète. (À la mort de Paul Valéry, le cimetière Saint-Charles fut rebaptisé « Cimetière marin » et il y fut enterré).

Cette méditation abstraite a un caractère sensible et parfois sensuel. Ce n'est pas une pensée pure mais un « fruit » qui « se fond en jouissance ».

En exergue à son poème, Paul Valéry a placé deux vers extraits de la 3e Pythique de Pindare:

Μή, φίλα ψυχά, βίον ἀθάνατον
σπεῦδε, τὰν δ᾽ ἔμπρακτον ἄντλει μαχανάν.

Il cite ces deux vers sans les traduire. La traduction généralement admise est celle d'Aimé Puech : « O mon âme, n'aspire pas à la vie immortelle, mais épuise le champ du possible. »[1] Toutefois Alain Frontier reproche à cette traduction de ne pas tenir compte du mot « μαχανάν » (la « machine », l'« outil », le moyen qui peut être utilisé pour agir). Il propose donc une interprétation légèrement différente[2].

Célèbre pour son hermétisme, Le Cimetière marin a été l'objet de nombreuses exégèses, les plus connues étant celles d'Alain et de Gustave Cohen.

Autour du poème[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Voir Pindare, texte établi et traduit par Aimé Puech, Les Belles Lettres, 1951, tome 2, page 57.
  2. Sur deux vers de Pindare

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Études du texte[modifier | modifier le code]

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