Wilhelm Dilthey

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Wilhelm Dilthey
Picto infobox auteur.png

Philosophe occidental

Époque contemporaine

Dilthey1-4.jpg

Wilhelm Dilthey

Naissance
Décès
École/tradition
Principaux intérêts
Idées remarquables
concept de « Sciences humaines »
Œuvres principales
Théorie des conceptions du monde
Le Monde de l'esprit
Introduction a l’étude des sciences humaines
Influencé par
A influencé

Wilhelm Dilthey (19 novembre 1833 - 1er octobre 1911) était un historien, psychologue, sociologue et philosophe allemand.

Biographie[modifier | modifier le code]

La maison familiale à Wiesbaden-Biebrich

Wilhelm Dilthey est né dans une famille de pasteurs calvinistes. Son père, Maximilian Dilthey (1804–1867), était chapelain princier des Nassau à Biebrich, et sa mère Maria Laura Heuschkel (1810–1887) était la fille du chef de chœur ducal à Hildburghausen. Son frère Karl (1839–1907) fut professeur d’archéologie, et sa sœur Caroline épousa le philologue Hermann Usener.

Il fréquenta d'abord le lycée de Wiesbaden où il passa le baccalauréat en 1852 avec une question sur l’influence des Anciens grecs sur la Jeunesse. Répondant aux vœux de ses parents, il étudia la théologie, l’histoire et la philosophie à Berlin (1853) puis Heidelberg (1852) sous la direction d'August Bœckh, de Kuno Fischer, de Leopold von Ranke et de Friedrich Adolf Trendelenburg.

En 1856 il réussit son premier examen de théologie. Ayant passé avec succès les épreuves de l'examen d’État de professorat, il enseigna au Collège français et au lycée Joachimsthal de Berlin. En 1864 il soutint sa thèse de doctorat avec un mémoire en latin sur l’Éthique de Schleiermacher, et obtint la même année l'habilitation avec un mémoire sur la conscience morale. Il fut ensuite privat-docent à l’Université Frédéric-Guillaume de Berlin. En 1867 il se vit confier la chaire de philosophie de l'université de Bâle[1]. Il enseigna par la suite à Kiel (1868–71) et Breslau (1871–83). En 1870, Dilthey donna le premier tome de sa biographie de Schleiermacher, qui assit sa réputation en tant qu’historien de la pensée. À Breslau, il se lia d'amitié avec le comte Paul Yorck von Wartenburg, avec qui il entretint désormais une correspondance suivie, et dont l'antagonisme enrichit Dilthey de considérations spiritualistes.

Dilthey à l'époque de ses fiançailles.

En 1882 l'université de Berlin lui proposa de prendre la succession de Rudolf Hermann Lotze, décédé prématurément : il enseigna là de 1883 à 1908[2]. Dès 1883 il avait publié le premier tome de son Introduction aux sciences de l'Esprit, qu'il avait dédié au comte von Yorck. En 1894, Dilthey fit paraître ses Idées pour une psychologie descriptive et analytique“. La critique sévère que Hermann Ebbinghaus porta sur cet ouvrage le dissuada de poursuivre dans cette direction.

En 1900 parut le premier tome des Recherches logiques d’Edmund Husserl[3]. Dilthey décida d'en prendre le contre-pied et les premières rectifications qu'il trouva à y apporter le menèrent à systématiser les idées de son Introduction aux sciences de l'Esprit. En 1905, Husserl vint à Berlin pour rencontrer Dilthey, et l'année suivante, la publication de L’expérience et la poésie fit connaître Dilthey au delà du cercle restreint de ses collègues de l'université. Puis en 1911 la parution du recueil Théorie des conceptions du monde, à laquelle Husserl opposa un appel au retour à la rigueur (manifeste La Philosophie comme discipline rigoureuse), marqua la création d'une école de pensée autour de Dilthey. La correspondance qui s'ensuivit entre Dilthey et Husserl ne fit qu'exacerber l’opposition de leurs conceptions. Dilthey mourut cette année-là d'une attaque de dysenterie, dans sa résidence tyrolienne de Seis-am-Schlern.

Philosophie[modifier | modifier le code]

Dilthey a été inspiré notamment par les travaux de Friedrich Schleiermacher sur l'herméneutique, qui étaient jusque là restés dans l'oubli. Ils peuvent tous deux être rattachés au romantisme allemand. Dilthey est généralement considéré comme un empiriste, même si son empirisme diffère de l'empirisme de l'école anglaise dans ses présupposés épistémologiques fondamentaux. En fait, il appartient davantage au courant dit vitaliste qu'on associe généralement à Bergson ou encore à Nietzsche, bien que ce dernier soit considéré comme tel à tort, faute d'une interprétation correcte de certains de ses développements[4].

Une réflexion sur les sciences de l'esprit[modifier | modifier le code]

Il s'intéressait beaucoup à ce qui est aujourd'hui la sociologie, même si de son vivant il refusa toujours d'être rattaché aux principaux représentants de la sociologie de son époque comme Auguste Comte et Herbert Spencer. Il rejetait en effet leur évolutionnisme au sujet des changements nécessaires que toute entité sociale devait - selon eux - traverser ; il trouvait également que le terme de "sociologie" était employé comme paravent pour des recherches disparates qui manquaient de clarté analytique. Loin du positivisme de Comte, il était en revanche plus proche de la version de la sociologie proposée par son collègue Georg Simmel de l'Université de Berlin.

Dilthey donna également un nom au processus de recherche mis au jour par Schleiermacher, qu'il désigna par l'expression de "cercle herméneutique". L'herméneutique générale proposée par Schleiermacher était une combinaison entre l'herméneutique utilisée pour interpréter les Écritures et celle utilisée par les philosophes classiques. Ces recherches ont conduit Dilthey à une réflexion épistémologique sur la compréhension et l'explication. De ces notions est également issue la coupure entre sciences de la nature et sciences de l'esprit (Geisteswissenschaft) qui a largement influencé le développement des sciences sociales au tournant du XXe siècle. Ces conceptions ont également alimenté la "querelle des méthodes" (Methodenstreit) qui occupa une large part du discours sur les sciences de l'homme dans l'Allemagne du début du siècle.

Postérité et influence[modifier | modifier le code]

Si Dilthey est peu connu aujourd'hui, il n'en demeure pas moins un passeur essentiel entre une conception positiviste des sciences sociales et une approche dite "compréhensive". Son œuvre, souvent associée au relativisme et au courant historiciste, a donné lieu et inspiré de nombreuses approches méthodologiques dont celle de Georg Simmel, de Max Weber et de Karl Mannheim ; la tradition sociologique se revendique encore aujourd'hui de ses distinctions épistémologiques et considère ses travaux comme précurseurs d'une démarche interprétative encore vivante dans la recherche actuelle. La dimension herméneutique de sa réflexion a été discutée et mise à profit par de nombreux philosophes dont Martin Heidegger et Hans-Georg Gadamer.

Dilthey sépare les « sciences de l’esprit » des « sciences de la nature ». Selon Dilthey, les sciences humaines subjectives devraient être centrées sur une « réalité humaine-sociale-historique ». À ses yeux, l'étude des sciences humaines implique l'interaction de l'expérience personnelle, la compréhension réflexive de l'expérience et l'empreinte de l'esprit dans les gestes, les mots et l'art. Dilthey soutenait que tout enseignement doit être envisagé à la lumière de l'histoire, sans laquelle la connaissance et la compréhension ne sauraient être que partielles.

Œuvres principales[modifier | modifier le code]

Titres originaux[modifier | modifier le code]

  • Leben Schleiermachers, t. 1 ("La vie de Schleiermacher") (1870)
  • Einleitung in die Geisteswissenschaften ("Introduction aux sciences de l'esprit") (1883)
  • Bausteine zur einen Poetik ("Éléments pour une poétique") (1887)
  • Über die Möglichkeit einer allgemein gütlichen Pädagogik (1888)
  • Ideen über eine beschreibende und zergliedernde Psychologie (1894)
  • Beiträge zu Studien der Individualität ("Contribution aux études sur l'individualité") (1896)
  • Studien zur Grundlegung der Geisteswissenschaften ("Études sur le fondement des sciences de l'esprit") (1905)
  • Die Jugendgeschichte Hegels ("L'histoire de la jeunesse de Hegel") (1905)
  • Das Erlebnis und die Dichtung ("L'expérience et la poésie") (1905)
  • Der Aufbau der geschichtlichen Welt in den Geisteswissenschaften ("L'édification du monde historique dans les sciences de l'esprit") (1910)
  • Die Typen der Weltanschauung ("Les types de visions du monde") (1911)

Traductions françaises[modifier | modifier le code]

  • Le Monde de l'esprit  [« Die geistige Welt »], Aubier-Montaigne,‎ 1992 (ISBN 2700734270)
  • Introduction a l’étude des sciences humaines : essai sur le fondement qu'on pourrait donner a l’étude de la société et de l'histoire, PUF,‎ 1942
  • Théorie des conceptions du monde [« Weltanschauugslehre »] (trad. L. Sauzin), Paris, Aubier,,‎ 1946

Aux éditions du Cerf:

  • Œuvres 1 : Critique de la raison historique. Introduction aux sciences de l'esprit et autres textes
  • Œuvres 3 : L'édification du monde historique dans les sciences de l'esprit
  • Œuvres 4 : Conception du Monde et analyse de l'Homme depuis la Renaissance et la Réforme
  • Œuvres 5 : Leibniz et Hegel
  • Œuvres 7 : Écrits d'esthétique suivi de La naissance de l'herméneutique

Sur Dilthey[modifier | modifier le code]

  • Angèle Kremer-Marietti, Wilhelm Dilthey et l'anthropologie historique, Seghers, 1971
  • Leszek Brogowski, Dilthey, conscience et histoire, Paris, PUF, 1997

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. D'après H.-U. Lessing, Religion in Geschichte und Gegenwart, vol. 2, « Dilthey, Wilhelm », p. 853 et suiv.
  2. H.-U. Lessing, op. cit.
  3. Husserliana
  4. À ce sujet, voir notamment la note 130 de Par-delà bien et mal de Nietzsche, édition GF, traduction Patrick Wotling.