Rudolf Slánský

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Rudolf Slánský

Rudolf Slánský ( à Nezvěstice près de Plzeň3 décembre 1952 à Prague) est un militant communiste, homme politique et secrétaire général du parti communiste tchécoslovaque après la Seconde Guerre mondiale. Il est exécuté à la suite des procès de Prague.

Débuts[modifier | modifier le code]

Slánský reçoit son éducation à l’Académie de commerce de Plzeň. Après la Première Guerre mondiale, il rejoint Prague et un club d'inspiration marxiste. Au moment de sa création (sécession d'avec le parti socialiste) en 1921, il s'inscrit au parti communiste tchécoslovaque.

Au cinquième congrès du parti, en 1929, Slánský est élu au bureau politique et du presidium du parti alors que Klement Gottwald en devient le secrétaire général.

De 1929 à 1935, Slánský vit dans la clandestinité en raison du caractère illégal du parti communiste qui n'est autorisé à participer aux élections en tant que parti qu'en 1935. Slánský et Gottwald sont alors tous deux élus à l'Assemblée nationale.

Ils ne restent pas député longtemps : en 1939, à la suite de l'invasion de la Tchécoslovaquie par le Reich, Slánský qui est juif et communiste fuit le pays en direction de l'URSS. De là, il travaille à radio Moscou dans les émissions destinées à la Tchécoslovaquie. À Moscou, il lie des liens avec les apparatchiks communistes et se familiarise aussi avec les méthodes parfois brutales pour imposer la discipline au sein du parti. Il participe contre la Wehrmacht à la bataille de Moscou entre 1941 et 1942.

En 1943, sa petite fille Naďa (Nadia) est enlevée alors qu'elle joue dans un parc avec son frère aîné, Rudolf junior. Ni Naďa, ni ses ravisseurs ne seront jamais retrouvés.

Alors qu'il est en Russie, Slánský organise la Résistance tchécoslovaque et participe à la libération de la Slovaquie en 1944.

Au pouvoir[modifier | modifier le code]

En 1945, Slánský coopère avec le gouvernement en exil d'Edvard Beneš à Londres. L'ex-président tchécoslovaque y prépare un gouvernement de coalition. Slánský devient secrétaire général du parti communiste tchécoslovaque au huitième congrès du parti en mars 1945 ainsi que vice-premier ministre du gouvernement de coalition alors que Klement Gottwald devient président du parti un poste honorifique (1945-1953) et Premier ministre (1945-1948) du gouvernement de coalition de la Tchécoslovaquie.

En février 1948, le coup de Prague donne les pleins pouvoirs aux communistes. Selon certains historiens, Staline désire une obéissance totale et menace de purge les « communistes nationaux » ; Gottwald, craignant pour son propre futur, aurait alors décidé de sacrifier Slansky. Selon d'autres spécialistes, c'est la rivalité croissante entre Gottwald et Slansky, surtout après le coup de février 48, qui explique la défaveur de Slánský qui place ses hommes à des postes clés de l'appareil d'État (geste somme toute normal quand on sait à quel point l'État, dans les pays communistes, est inféodé au parti) mais qui viole le pouvoir de Gottwald.

Ce sont, tout d'abord, deux proches de Slánský, Otto Šling et Bedřich Reicin, qui sont accusés de crimes contre le parti. Slánský laisse faire. Puis les projecteurs se braquent sur lui et lui font porter le blâme sur des problèmes économiques et industriels, le coupant ainsi du soutien populaire. Il n'en reçoit pas moins l'Ordre du socialisme, la plus haute distinction, le et le livre de ses discours est en passe d'être publié sous le titre de Vers la Victoire du socialisme.

Chute et procès[modifier | modifier le code]

En novembre 1951, Slánský et treize autres personnes sont arrêtés et accusés de titisme, La langue de bois du parti le charge d'une conspiration avec les puissances occidentales pour renverser le socialisme et affirme que sa punition exemplaire rachèterait les meurtres par les Nazis des communistes Jan Šverma et Julius Fučík durant la Seconde Guerre mondiale.

Slánský est blessé de cette accusation de titisme de la part de ses anciens partenaires, Klement Gottwald et Antonín Zápotocký, tous deux populistes, et de compromission à la bourgeoisie. Slánský et ses coaccusés se sont fait des ennemis dans les rangs des membres du parti communiste, du gouvernement et surtout du Bureau politique du parti communiste. En prison, Slánský est torturé et il tente de se suicider ; il est en fin de compte forcé de s'accuser publiquement lors du procès de crimes contre l'État et contre le parti et il requiert pour lui-même la peine de mort.

Les hypothèses[modifier | modifier le code]

L'opposition entre Slánský et Gottwald est à peine satisfaisante pour expliquer qu'un homme aussi haut placé au sein de l'appareil du parti communiste soit soupçonné, emprisonné et exécuté. Aussi quelques hypothèses fleurissent sur ce sujet.

Premièrement, la « piste hongroise » affirme que la chute de Slánský est provoquée par le procès de László Rajk, chef de la diplomatie hongroise et grand rival du chef du gouvernement, Mátyás Rákosi qui, stalinien pur et dur, aurait invité Klement Gottwald à chercher un « Rajk tchécoslovaque ». Cette hypothèse a un point faible : on ne comprend pas pourquoi Rakosi insisterait à un tel point pour élargir l'enquête en Tchécoslovaquie. En revanche, l’exemple Rajk a pu conforter Gottwald sur la « faisabilité » d'une victoire judiciaire.

Deuxièmement, la « piste soviétique » : au début des années cinquante, rien, dans le Bloc de l'Est, ne pouvait se faire sans le consentement des autorités soviétiques. La théorie soviétique explique le caractère antisémite du procès et pourquoi la majorité des condamnés était d'origine juive, au moment même où l'Union soviétique changeait sa politique à l'égard d’Israël. La Tchécoslovaquie a été particulièrement touchée par ce changement de position et chercherait à se « refaire une virginité » aux yeux des Soviétiques, car elle avait livré des armes à Israël.

Selon la troisième piste dite « américaine », la CIA qui voulait écarter les communistes nationaux pour les remplacer par les communistes pro-soviétiques qui inciteraient le peuple à la révolte, aurait sciemment compromis Slánský et ses acolytes.

Selon la quatrième théorie, la chute de Rudolf Slánský serait l'œuvre d'un groupe de Tchécoslovaques en exil qui, dans une lettre invitant Slánský à émigrer, auraient cherché à compromettre celui qui avait provoqué leur expatriation. La lettre, saisie par la police et utilisée lors du procès, serait un « vrai faux » et non pas une contrefaçon, œuvre de la police secrète contrairement à ce qu'affirme l’enquête, ouverte dans les années soixante par la police communiste.

La Révolution mange ses enfants[modifier | modifier le code]

Les procès de Prague qui s'ensuivirent du au sont célèbres pour leur « mise en scène » (les accusés apprennent leur « texte » avant la séance au tribunal. La « petite Histoire » raconte qu'un juge ayant sauté une question, l'accusé suivit néanmoins docilement le scénario de ses réponses). Un indéniable contexte antisémite les entoure (onze des quatorze accusés sont juifs).

Les accusations de haute trahison, d'espionnage et de sabotage sont rendues le 27 novembre. Les pourvois en grâce sont promptement rejetés.

Le président du gouvernement, Antonín Zápotocký et futur président de la République tchécoslovaque, déteste personnellement Rudolf Slánský depuis qu'en 1929, avec le processus de bolchévisation du parti, Slánský avait tenté d'évincer Zápotocký lors du Ve congrès du PCT. On peut voir une vengeance personnelle dans le refus de la grâce présidentielle plaidée par Slánský, on peut aussi deviner que, dans une atmosphère délétère où Zápotocký se voit lui-même menacé de déviance bourgeoise (peu avant, il a publiquement soutenu les petits propriétaires terriens contre la collectivisation forcée des terres), il ne peut apporter son soutien à son ancien « camarade ».

Slánský est pendu le avec dix autres de ses compagnons d'infortune, trois, dont Artur London sont condamnés à la prison à perpétuité. Ses cendres sont dispersées sur une route couverte de givre des environs de Prague.

Un an plus tard, c'est au tour de Gustav Husák, futur président, de se voir condamné à la prison à perpétuité pour « déviance nationaliste bourgeoise ».

Comme le dit le professeur Václav Černý dans ses Mémoires : « Avant le procès de Slánský ce n'étaient que les têtes des adversaires qui tombaient. Avec Slánský, la Révolution a commencé à manger ses propres enfants ».

Dans L'empire stalinien, L'URSS et les pays de l'Est depuis 1945 (Le Livre de Poche, La Librairie Générale Française, 2000), Jean-François Soulet, écrit au sujet de Slansky page 86 : « Intraitable dans la répression, il avait été à l'origine directe d'une première vague d'arrestations de dirigeants communistes slovaques, en février 1951 (Clémentis, ministre des Affaires étrangères, Gustav Husak, ancien de la Résistance…). L'année suivante, en novembre 1952, Slansky se retrouva sur le banc des accusés, aux cotés de ceux qu'il avait fait arrêter. »

Réhabilitation posthume[modifier | modifier le code]

La déstalinisation atteint aussi Slánský qui est absous en avril 1963 et totalement réhabilité lors du Printemps de Prague en mai 1968.

Son nom est cité par Jean Ferrat dans sa chanson de 1980 Le Bilan, parmi les victimes du stalinisme.

Son fils, également prénommé Rudolf, devient ambassadeur tchèque en URSS en 1990, sur décision du président Václav Havel.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

  • L'Aveu, récit d'Artur London relatant les évènements du procès à l'issue duquel l'auteur fut condamné à de la prison, adapté au cinéma par Costa-Gavras.

Sources et références[modifier | modifier le code]

  • Deux documentaires de Bernard Cuau à propos de Rudolf Slánský :
    • 1994 : Slanski (52 min)
    • 1995 : Les Mots et la mort, Prague au temps de Staline (52 min ou 57 min)