Ruthènes

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49° 20′ 00″ N 20° 14′ 00″ E / 49.33333, 20.23333 ()

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Page d'aide sur l'homonymie Cet article concerne le peuple ruthène ou rusyn. Pour l'ancienne langue ruthène, voir Ruthène. Pour la langue rusyn moderne, voir Rusyn.

Ruthènes

Populations significatives par région
Drapeau de la Slovaquie Slovaquie 24 201 (2001)
Serbie Serbie 15 626 (2002)
Ukraine Ukraine 10 000 env. (2001)
Drapeau de la Croatie Croatie 2 337 (2001)
Population totale 2 000 000 (est.)
Autres
Langues

Rusyn, ruthène de Pannonie, ukrainien, slovaque, russe

Religions

Orthodoxie, catholicisme uniate

Ethnies liées

Slaves

Les Ruthènes (nommés aussi Ruthéniens, Rusins, Rusyns, Carpato-ruthènes, et Rusniaks ou Rusnaks) forment un groupe ethnique moderne qui parle le rusyn (ruthène moderne). Ils sont les descendants de la minorité de Ruthènes qui n'ont pas adopté une identité nationale ukrainienne au XIXe siècle et au début du XXe siècle.

Aujourd'hui, la majorité de Ruthènes habitant sur le territoire ukrainien ont adopté une identité ukrainienne[1], la plupart des Ruthènes vivent en dehors du pays. De plus, l'identité ethnique des Ruthènes est assez controversée, car certains chercheurs la considèrent comme une ethnicité slave orientale distincte des Russes, Ukrainiens, et Biélorusses, alors que d'autres pensent que les Ruthènes forment un sous-groupe de la nation ukrainienne, et donc qu'un parallèle peut être fait avec les Moldaves par rapport aux Roumains.

Localisation[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Lieux habités par les Ruthènes.

Les Ruthènes ont traditionnellement habité les Carpates orientales, et vivent encore dans ces régions. Alors que leur origine géographique est souvent citée comme étant la Ruthénie subcarpatique, cette dernière région ne correspond plus à la localisation actuelle des Ruthènes. Il y a en outre des communautés ruthènes dans la plaine de Pannonie, de même qu'en Serbie (particulièrement en Voïvodine - voir aussi Groupe ethnique de Voïvodine), en Croatie (en Slavonie). D'autres Ruthènes ont émigré dans les régions nord de la Bosnie-Herzégovine.

De nombreux Ruthènes ont aussi émigré aux États-Unis et au Canada, et sont maintenant très actifs par le biais d'Internet pour faire entendre leur voix afin de préserver leur identité culturelle et ethnique distincte.

Histoire[modifier | modifier le code]

Les Ruthènes sont un groupe ethnique qui n'a jamais constitué d'État indépendant, à part sur une courte période de six mois en 1919 (Podkarpatska Rus). Ainsi, leur destinée est restée dans les mains de plus grandes puissances : Hongrie, Tchécoslovaquie, Slovaquie, Pologne, Union soviétique, Ukraine et Russie. À la différence du mouvement national ukrainien, qui a unifié les Ukrainiens de l'Ouest avec ceux du reste de l'Ukraine, le mouvement national ruthène prend deux formes : l'une considère les Ruthènes comme une nation slave orientale séparée, alors que l'autre se fonde sur le concept de l'unité fraternelle avec les Russes.

La plupart des Slaves orientaux de l'actuelle Ukraine de l'ouest se nommaient eux-mêmes les Ruthènes, la transcription romane de l'ukrainien rusyny (uk) Русини, et avant le XIXe siècle, la majorité de ces populations furent d'actifs participants à la création de la nation ukrainienne, et devinrent eux-mêmes les Ukrainiens ((uk) Українці, transcription latine Ukrayintsi). Il y a eu, en fait, des enclaves ethniques ruthènes qui ne prirent pas part au mouvement : pour ceux qui vivaient aux frontières du territoire ou qui étaient plus isolés, comme les populations de Ruthénie subcarpatique, ou les Ruthènes de Podlachie. N'ayant aucune raison de changer la façon dont ils se nommaient, ces groupes isolés ont continué à se nommer eux-mêmes Ruthènes, même après que la majorité de leurs membres eut adopté une identité ukrainienne. Ainsi, les Ruthènes sont semblables aux autres ethnicités frontalières, et leur éveil national peut être considéré par certains comme une négation du nationalisme ukrainien.

Certains spécialistes considèrent les Lemkos, les Boykos, les Houtsoules, les Verkhovinetses (Verkhovynetses, ou Montagnards), et les Dolinyanins (Haynal) comme des Ruthènes. En fait, comme le reste des habitants de l'actuelle Ukraine occidentale, ces peuples se sont nommés eux-mêmes Ruthènes, au XIXe siècle et au début du XXe siècle. Certains de ces groupes se considèrent comme totalement différenciés, alors que certains se prétendent Ukrainiens, et d'autres encore s'identifient encore comme Ruthènes. Selon un recensement ukrainien récent, une large majorité de Boykos, Lemkos, Hutsules, Verkhovinetses et Dolinyanins vivant en Ukraine déclarent leur ethnicité comme ukrainienne. Près de 10 100 personnes, soit 0,8 % de l'oblast de Transcarpatie se déclarent Ruthènes ; par contre, 1 010 000 d'entre eux se considèrent comme Ukrainiens[1]. Les recherches menées par l'université de Cambridge pendant le pic de ruthénianisme des années 90, qui se concentrèrent sur cinq régions particulières de l'oblast de Zakarpattya, avec un activisme culturel et politique pro-ruthène le plus fort, montrèrent que seulement 9 % de la population se réclamait de l'ethnicité ruthène[2]. Ces chiffres peuvent changer avec la future acceptation de l'identité ruthène et du ruthène/rysyn dans les systèmes éducatifs de la région, mais actuellement la plupart des Ruthènes se considèrent comme Ukrainiens.

Le mouvement national ruthène est beaucoup plus fort parmi les groupes ruthènes qui ont quitté le territoire ukrainien, par exemple chez les émigrants aux États-Unis et au Canada, comme chez les Ruthènes toujours présents en Slovaquie. Un recensement en 2001 y a dénombré 24 000 personnes qui se considéraient Ruthènes, contre 11 000 comme Ukrainiens[3]. Les Ruthènes de Pannonie en Serbie, qui y ont immigré sous la domination austro-hongroise, se considèrent aussi comme des Ruthènes. Au XIXe siècle et au début du XX e, quelques-uns se sont ré-installés en Voïvodine (actuellement en Serbie), et en Slavonie (aujourd'hui la Croatie). D'autres Ruthènes encore ont migré dans les régions septentrionales de l'actuelle Bosnie Herzégovine, bien que nombreux d'entre eux se reconnaissent comme Ukrainiens. Jusqu'au recensement de 1971 en Yougoslavie, les Ukrainiens (en serbe: Украјинци, Ukrajinci) et les Ruthènes (en serbe : Русини, Rusini) de ces régions ont été enregistrés comme "Ruthènes". Podkarpatskije Rusiny est considéré comme l'"hymne national" ruthène, et Ja Rusyn byl jesm' i budu comme le chant national.

Historiquement, de façon à séparer la population ukrainienne, la (Pologne et la Hongrie ont considéré avoir aidé le développement d'une identité ruthène distincte des Ukrainiens. Les Ruthènes ont été même enregistrés sous d'autres nationalités lors des recensements polonais d'avant la Seconde Guerre mondiale. (voir le livre de Cezary Chlebowski sur l'organisation clandestine Wachlarz).

Religion[modifier | modifier le code]

Le moment où les Ruthènes ont accepté le christianisme (et qui ou quoi ils vénéraient auparavant) est une source de débats, mais cette date est clairement antérieure au Grand Schisme entre les Églises catholique et orthodoxe de 1054. De nombreuses églises ruthènes portent le nom des saints chrétiens orientaux, Cyrille et Méthode, qu'on appelle souvent les « Apôtres des Slaves ».

L'historien Paul Robert Magocsi a écrit qu'il avait approximativement 690 000 de croyants carpato-ruthène aux États-Unis, dont 320 000 catholiques, 270 000 orthodoxes et 100 000 protestants et autres[4].

Gréco-Catholiques[modifier | modifier le code]

De nombreux Ruthènes sont uniates, et, depuis l'Union de Brest en 1596 et l'Union d'Oujhorod en 1646, ils sont réunis avec les autres catholiques sous la direction spirituelle du Pape, mais ils gardent la liturgie en vieux slave et beaucoup de rites de l'Église orthodoxe.

Les Ruthènes de Croatie sont organisés sous l'éparchie de Krizevci, ceux de Serbie sous l'exarchat de Ruski Krstur et ceux de Hongrie sous l'exarchat apostolique de Miskolc, ceux de Slovaquie en Église grecque-catholique slovaque, ceux de Tchéquie sous l’exarchat apostolique de Tchéquie et ceux d’Ukraine dans le diocèse ruthène de Mukačeve.

Orthodoxes[modifier | modifier le code]

Bien qu'étant à l'origine associée à l'Église orthodoxe de Constantinople, l'affiliation de l'Église orthodoxe ruthène fut affectée par la révolution russe de 1917 en Russie et par le rideau de fer suivant qui sépara la diaspora orthodoxe de ceux qui vivaient encore dans leur patrie ancestrale. Certaines communautés ont continué à suivre la tradition orthodoxe, alors que d'autres ont soit nié soit diminué la validité de l'organisation ecclésiastique sous le régime communiste. Par exemple, l'Église orthodoxe en Amérique (Orthodox Church in America, OCA) a reçu le statut d'église autocéphale du Patriarche de Moscou en 1970. Bien que près de 25 % des membres de l'OCA fussent ruthènes (et appelés « Ruthènes ») au début des années 80, un flux positif d'émigrés orthodoxes depuis d'autres nations, et de nouveaux convertis qui désiraient se connecter à l'église d'« avant », a affaibli l'impact d'un poids spécifique en faveur de la nouvelle orthodoxie américaine.

Langue[modifier | modifier le code]

Article détaillé : rusyn.

Le rusyn est semblable à l'ukrainien, assez pour que le gouvernement ukrainien considère qu'il est finalement qu'un dialecte de l'ukrainien, au grand dam de certains Ruthènes. Dans la partie la plus occidentale de la Ruthénie subcarpatique, la langue est très proche du slovaque.

Depuis 1995, il a été reconnu et codifié comme une langue minoritaire en Slovaquie (dans les cas où se trouvent au moins 20 % de Ruthènes).

Le ruthène de Pannonie[modifier | modifier le code]

Article détaillé : ruthène de Pannonie.

Le ruthène de Pannonie a reçu un statut officiel et est codifié en Voïvodine. Toutefois, le ruthène en Voïvodine, est quelquefois considéré comme une (micro-)langue distincte.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Curiosité[modifier | modifier le code]

Historiquement, les Rutènes étaient la tribu gauloise occupant les territoires des actuels départements du Tarn et de l'Aveyron (les habitants de Rodez - préfecture de l'Aveyron - s’appellent aujourd'hui encore « ruthénois »). Par ailleurs, on sait que les Volques, tribu voisine des Rutènes en Gaule, étaient également voisins des Ruthènes avant leur migration d'Europe centrale.

Notes[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  • Chlebowski, Cezary (1983). "Wachlarz" : monographie sur l'organisation de diversion de l'armée nationale (AK) - septembre 1941-mars 1943 (Wachlarz: Monografia wydzielonej organizacji dywersyjnej Armii Krajowej : wrzesien 1941-marzec 1943), Instytut Wydawniczy Pax. ISBN 83-211-0419-3
  • Dyrud, Keith P. (1992). La quête de l'âme ruthène : les politiques de la Religion et de la Culture en Europe centrale et en Amérique, 1890-Première guerre mondiale (The Quest for the Rusyn Soul: The Politics of Religion and Culture in Eastern Europe and in America, 1890-World War I), Balch Institute Press. ISBN 0-944190-10-3
  • ed. by Patricia Krafeik (1994). Les Ruthènes (The Rusyns), Eastern European Monographs. ISBN 0-88033-190-9
  • Magocsi, Paul Robert (1978). Formation d'une identité nationale : la Rus' sub-carpatique, 1848-1948 (Shaping of a National Identity: Subcarpathian Rus', 1848-1948, Harvard University Press. ISBN 0-674-80579-8
  • Magocsi, Paul Robert (1988). Études carpato-ruthènes : une bibliographie annotée (V. 1: Bibliothèque de Lettres de Référence Garland) (Carpatho-rusyn Studies: An Annotated Bibliography (V. 1: Garland Reference Library of the Humanities)), Garland Publishing. ISBN 0-8240-1214-3
  • Magocsi, Paul Robert (1994). Notre peuple : Les Carpato-Ruthènes et leurs descendants en Amérique du Nord (Our People: Carpatho-Rusyns and Their Descendants in North America), Society of Multicultural Historical. ISBN 0-919045-66-9
  • Magocsi, Paul Robert (1994). Les Ruthènes de Slovaquie (The Rusyns of Slovakia), East European Monographs. ISBN 0-88033-278-6
  • Magocsi, Paul Robert (1996). Une nouvelle nation slave est née (A New Slavic Nation is Born), East European Monographs. ISBN 0-88033-331-6
  • Magocsi, Paul Robert (1999). Études carpatho-ruthènes : une bibliographie annotée, 1985-1994, Vol. 2 (Carpatho-rusyn Studies: An Annotated Bibliography, 1985-1994, Vol. 2), Columbia University Press. ISBN 0-88033-420-7
  • Magocsi, Paul Robert (2000). La construction des nationalités n'a pas de fin (Of the Making of Nationalities There Is No End), East European Monographs. ISBN 0-88033-438-X
  • Magocsi, Paul Robert, Sandra Stotsky and Reed Ueda (2000). Les Américains carpatho-ruthènes (l'expérience d'un immigrant) (The Carpatho-rusyns Americans (Immigrant Experience)), Chelsea House Publications. ISBN 0-7910-6284-8
  • Magocsi, Paul Robert (2002). Encyclopédie de l'histoire et de la culture ruthène (Encyclopedia of Rusyn History and Culture, University of Toronto Press. ISBN 0-8020-3566-3
  • Magocsi, Paul Robert (2006). Études carpatho-ruthènes : une bibliographie annotée, Vol. 3, 1995-1999 (Carpatho-rusyn Studies: An Annotated Bibliography, 1995-1999, Vol. 3), East European Monographs. ISBN 0-88033-531-9
  • Mayer, Maria, traduction de Janos Boris (1998). Ruthènes de Hongrie : Développements politique et social (Rusyns of Hungary: Political and Social Developments, 1860-1910, Eastern European Monographs. ISBN 0-88033-387-1
  • Petrov, Aleksei (1998). La Rus' médiévale des Carpates la plus vieille documentation sur l'Église carpatho-ruthène et l'Éparchie (Medieval Carpathian Rus': The Oldest Documentation about the Carpatho-rusyn Church and Eparchy), Eastern European Monographs. ISBN 0-88033-388-X
  • Rusinko, Elaine (2003). Littérature et Identité dans la Rus' subcarpatique (Straddling Borders: Literature and Identity in Subcarpathian Rus'), University of Toronto Press. ISBN 0-8020-3711-9

Liens externes[modifier | modifier le code]

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