Jean Hunyadi

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Jean Hunyadi
Image illustrative de l'article Jean Hunyadi
Fonctions
Régent du Royaume de Hongrie
14411456
Voïvode de Transylvanie
14411446
Ban de Severin
avec son frère Jean Hunyadi (1439–1440)
avec Nicholas Újlaki (1445–1446)
14391446
Biographie
Dynastie Famille Hunyadi
Date de naissance ca. 1387 ou 1407
Date de décès 11 août 1456
Lieu de décès Nándorfehérvár, Drapeau du Royaume de Hongrie Royaume de Hongrie
Père Wayk de Hunyad
Mère Erzsébet Morzsinay
Conjoint Erzsébet Szilágyi
Enfant(s) Ladislas Hunyadi
Matthias Hunyadi

Signature
Le blason de Jean Hunyadi, 1453.
Jean Huniade- gravure de Johannes de Thurocz dans la Chronica Hungarorum, Brno, 1488.

Jean Huniade parfois appelé Jean Hunyadi ou Jean de Hunyad (en latin : Ioannes de Hunyad ou Corvinus, en hongrois : Hunyadi János, en roumain : Ioan Corvin ou Iancu de Hunedoara, en serbe : Сибињанин Јанко / Sibinjanin Janko, en croate : Сабинян Янко / Sabinjan Yanko, en slovaque : Ján Huňady, en slovène : Ivan Hunjadi, en allemand : Johann Hunyadi) (né vers 1387 ou 1407 – mort le 11 août 1456) était un militaire et homme politique transylvain du XVe siècle, voïvode de Transylvanie et, à ce titre, vassal du roi de Hongrie Vladislas Ier Jagellon, puis de son successeur, le jeune Ladislas V le Posthume. Il a été régent de Hongrie de la fin de l'interrègne suivant la mort de Ladislas VI à la majorité de Ladislas VII.

Biographie[modifier | modifier le code]

Jeunes années[modifier | modifier le code]

Originaire d'une famille de boyards roumains et (ou) coumans[1] et magyare passée au catholicisme et intégrée à la noblesse hongroise, Jean Huniade est le fils "Wayk de Hunyad"[2] (Wayk, Woyk, Voicu, Vaïk ou encore Vajk) et de Erzsébet Morzsinai. Jean Hunyadi a un frère cadet, Jean Hunyadi le jeune (en).

Hunyadi entre dans l'armée royale sous Sigismond, se fait remarquer par ses chefs, traverse rapidement les grades inférieurs, s’élève jusqu'au commandement et devient l'un des conseillers de la couronne[3]. Il suit le roi Sigismond à Francfort lorsque celui-ci se fait sacrer empereur en 1433. Il prend part à la guerre de Bohême, aux expéditions contre les Turcs, et gagne, par ses loyaux services, des emplois importants et de belles propriétés[4]. A la mort de Sigismond, il est déjà compté au nombre des Milites Regii, nobles royaux[5].

Hunyadi, et son jeune frère Jean Hunyadi le jeune, se sont ainsi fait connaître sous Sigimond. Ils s'illustrent sous Albert, son gendre et successeur. Ce denier les élève l'un et l'autre au rang de barons du royaume (baroni regnii) et les crée bans de Szörény en 1439. Lors d'une expédition commandée par le voïvode de Transylvanie, János Hunyadi le jeune est blessé très grièvement. Après cette malheureuse campagne, on ne rencontre plus son nom et à partir de 1441, il n'y a plus qu'un seul Jean de Hunyad. C'est à cette époque que l'aîné entre réellement dans l'Histoire.

Guerre civile et guerre turque[modifier | modifier le code]

Le roi Albert ne règne que vingt mois sur la Hongrie et laisse deux filles. Un décret de janvier 1438, lors de son inauguration, assure la succession royale à sa femme Elisabeth et à ses descendants. A sa mort, celle-ci est enceinte. Cependant, aussitôt après les funérailles du roi Albert, une inquiétude profonde s'empare de la noblesse hongroise. Élisabeth sera-t-elle à la hauteur ? Néanmoins, on hésite à chercher un souverain en dehors de la famille d'Albert et de Sigismond. Par bonheur, Elisabeth met elle-même un terme à cette indécision et fait un abandon complet du décret jadis voté en sa faveur. Malgré cette renonciation volontaire, certains proposent de conserver la couronne à Elisabeth et d'attendre son accouchement. D'autres au contraire - et parmi eux Hunyadi — prétendent interpréter à la lettre les paroles de la reine et proposent de marier la reine à Ladislas, fils du roi de Pologne Ladislas II Jagellon et âgé de dix-huit ans. Une troisième option fait consensus : si l'enfant d'Albert et d'Élisabeth est un garçon, il régnera en Autriche et en Bohême, mais les enfants issus du prince polonais seront reconnus par avance souverains futurs des royaumes électifs de Hongrie et de Pologne. Mais la naissance de Ladislas le posthume en février 1440 ruine ce projet : la reine, excitée par l'Autriche, Ulric de Cilley, László Garai et Dénes Szécsi renie sa parole et déclare nulles les propositions portées à Ladislas de Pologne et fait élire et inaugurer son fils. La diète de Bude confirme l'élection et l'acceptation de Ladislas en le supplit de venir au plus tôt prendre possession de son trône de Hongrie. Ladislas entre à Bude, y est acclamé et reçoit les hommages d'Hunyadi.

Ladislas III Jagellon finalement roi de Pologne et de Hongrie apaise les troubles et asseoit son autorité. Hunyadi est chargé de mater la rébellion de László Garai qui vient d'envahir la Transylvanie et permet la levée du siège de Belgrade par les Ottomans (1439-1440). Ladislas le nomme commandant de Belgrade, « capitaine des parties inférieures », c'est-à-dire chef militaire du bas Danube, et l'adjoint en 1441 à Miklós Újlaki comme Voïvode de Transylvanie. Újlaki et lui défont les Turcs de Ishak Pacha non loin de Szendrő. Il vainc à nouveau les ottomans lors de la bataille de Hermannstadt (en) en 1442. Elisabeth, la reine-mère, subit une défaite fatale à Eger et négocie la paix. Dans le même temps, Schehabeddin, envoyé par Mourad Ier, envahit et désole la Transylvanie. Hunyadi proclame l'« insurrection » générale et bat les ottomans, bien supérieurs en nombre, dans les gorges des Portes de Fer. Cette brillante victoire eu un retentissement immense en Hongrie et en Europe.

Croisade de Varna (1443-1444)[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Guerres ottomanes en Europe.

Giuliano Cesarini, habile prélat envoyé par le pape Eugène IV, et les implorations du despote serbe George Branković convainquent Ladislas de partir en croisade afin de reconquérir les Balkans, cela pour sauver la chrétienté et ses royaumes. Le roi est ainsi à la tête de vingt mille hommes et des nombreux croisés enrôlés par Cesarini, Hunyadi commande ses douze mille cavaliers levés sur ses fonds et les derniers débris de l'armée serbe sont commandés par Branković. La première campagne qui se conclut par la Paix de Szeged (1444) fut aussi glorieuse que la seconde triste. Cette dernière se clôt par la défaite de Varna le 10 novembre 1444.

Régent de Hongrie[modifier | modifier le code]

De 1446 à 1452, au cours de la minorité du jeune roi Ladislas V, il est désigné comme régent du royaume de Hongrie[6].

Jean Huniade ne renonce pas à délivrer les Balkans des Turcs. En septembre 1448, il organise une nouvelle croisade en Serbie, également vaincue par le sultan Murat II à la deuxième bataille de Kosovo (18-19 octobre), où l'armée de Gjergj Kastriot Skanderbeg n'avait pas pu le rejoindre. La Serbie est occupée définitivement. Huniade est fait prisonnier par le despote serbe Đurađ Branković, qui le libère contre une rançon de 100 000 florins, la restitution de ses domaines confisqués en Hongrie et les fiançailles du fils aîné de Jean Huniade, László, avec Elisabeth, fille de Catherine Branković et d’Ulrich de Cillei.

De retour en Hongrie, il renforce les défenses du pays puis, s'étant retiré de la régence, soutint la candidature de Ladislas au trône. Soutenu par le légat du pape Calixte III, Jean de Capistran, il défend victorieusement Belgrade en 1456 et repousse les Turcs jusqu'en Bulgarie.

Ioan Huniade est mort peu de temps après sa victoire de Belgrade, le 11 août 1456, probablement de la peste qui avait frappé le camp turc et avait contaminé les chrétiens.

Il eut deux fils, Ladislas Hunyadi (en hongrois : Hunyadi László ; en roumain : Vlad de Hunedoara), et Mathias Corvin (en hongrois : Hunyadi Mátyás ; en roumain : Matei Corvinul), élu roi de Hongrie.

Citations[modifier | modifier le code]

Montaigne fait allusion à Jean Hunyadi dans Les Essais (II, 29) :

« Un jeune seigneur Turc, ayant faict un signalé fait d'armes de sa personne, à la veuë des deux battailles, d'Amurath et de l'Huniade, prestes à se donner, enquis par Amurath, qui l'avoit, en si grande jeunesse et inexperience (car c'estoit la premiere guerre qu'il eust veu), rempli d'une si genereuse vigueur de courage, respondit, qu'il avoit eu pour souverain precepteur de vaillance un lievre. »

De même, Antoine-Henri de Bérault-Bercastel, dans son Histoire de l'église (1809) évoque le rôle de Jean Hunyadi dans la victoire de 1456[7] :

« Trois hommes de même nom, et d'état bien différent, savoir Jean de Carvajal, cardinal-légat, Jean Huniade, général du roi de Hongrie, et Jean de Capistran, religieux franciscain, furent les instruments qui dans la main de Dieu servirent également, chacun en sa manière, à confondre l'arrogance musulmane. Carvajal, légat habile, prélat d'une éminente piété, homme d'un courage propre à tout genre de fonctions, aidé par Capistran, puissant en œuvres et en paroles, rassembla une armée d'environ quarante mille combattants, mais sans expérience et sans renommée, tirés à la hâte du bas peuple, sans solde, presque sans armes et sans discipline, tels enfin qu'il importait, pour ne pas méconnaître dans leur victoire l'œuvre du Tout-puissant. Huniade mit aussi en campagne une armée assez nombreuse, mais qui, au général près, si accoutumé à triompher des Turcs, ne valait guère mieux que la première, et que les officiers de marque craignirent ou dédaignèrent d accompagner. »

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (hu) Zoltán Balassa, « A Hunyadiaktól karácsonyig », Jel, Budapest, Keresztény Értelmiségiek Szövetsége,‎ décembre 2001 (ISSN 0865-0616, lire en ligne) [« Depuis les Hunyadi jusqu'au mot karácsony (Noël) »]
  2. Ladislas III Jagellon : Ex litteris Uladislai Budae datis in vigilia festi beali Laurencij, anno 1440. Pièces justificatives, à la fin du volume
  3. Ex litteris Ladislai Posthumi, 30 jan. 1453. (Chassin : Jean de Hunyad, Garnier Frères, Paris, 1856 : page 238)
  4. Teleki, t.1, page 62 (Jean de Hunyad, Garnier Frères, Paris, 1856 : page 238)
  5. Ex litteris, 1453 (Jean de Hunyad, Garnier Frères, Paris, 1856 : page 238)
  6. Amiral Horthy, Mémoires de l'Amiral Horthy, Régent de Hongrie, Hachette, Paris, 1954, p. 109
  7. Antoine-Henri de Bérault-Bercastel, Histoire de l'église, J.B. Broulhiet, Paris, 1809, p. 374

Littérature[modifier | modifier le code]

Chassin : Jean de Hunyad, Garnier Frères, Paris, 1856 (page 220 et suivantes)