Traité de Trianon

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Différence entre les frontières de l'Autriche-Hongrie avant-guerre et à la suite du traité de Trianon. En blanc, le royaume de Hongrie.
Carte de l'Europe en 1923
Carte des nationalités en Autriche-Hongrie (recensement de 1890) avec les frontières de l'Empire en 1914.
Carte des frontières des pays danubiens en 1919, suite à l'application du traité du Trianon.

Le traité de paix du Trianon est signé le au Grand Trianon de Versailles par les puissances belligérantes de la Première Guerre mondiale : d'un côté le Royaume-Uni, la France, les États-Unis, l'Italie, la Roumanie, le Royaume des Serbes, Croates et Slovènes (qui devient le Royaume de Yougoslavie en 1929) et la Tchécoslovaquie, de l'autre l'Autriche-Hongrie qui a perdu la guerre et qui y est représentée par la Hongrie (séparée de l'Autriche le 31 octobre 1918). Il fait suite aux traités de Versailles (qui traite le cas de l'Allemagne) et de Saint-Germain-en-Laye (qui définit celui de l'Autriche).

Les pourparlers[modifier | modifier le code]

Fin 1919, la Hongrie, en tant que puissance vaincue, est convoquée à Paris pour des négociations de paix. Robert Vallery-Radot rend compte ainsi de l'arrivée de la délégation du gouvernement hongrois conduite par le comte Albert Apponyi :

« On les reçut comme des prisonniers. Ils furent enfermés, sous la garde de policiers avec l'interdiction d'en sortir. Seul, le comte Apponyi, en considération de son grand âge (74 ans), fut autorisé à faire un petit tour de promenade, escorté d'un inspecteur de la Sûreté. »[1],[2].

La délégation hongroise est confrontée à l'existence préalable du traité de Saint-Germain. Celui-ci a déjà fixé le tracé de la frontière avec l'Autriche à l'est et la Tchécoslovaquie au nord. La Hongrie exige sans succès une révision de celui-ci au nom de ses droits historiques, mais se heurte au principe du « Droit des peuples à disposer d'eux-mêmes » affirmé par le président américain Woodrow Wilson et adopté par les vainqueurs au profit des puissances victorieuses, mais non au bénéfice des vaincus (ainsi, les germanophones d'Autriche-Hongrie qui souhaitaient s'unir à l'Allemagne en furent empêchés par le traité de Saint-Germain). Toutefois, en accord avec ce principe, l'Autriche et la Hongrie conclurent en 1921 le Protocole de Venise qui organisa un plébiscite en 1922 dans la ville de Sopron (en allemand Ödenburg), et celle-ci opta pour la Hongrie ; des commissions neutres furent désignées début 1919 pour déterminer la frontière ethnique, ainsi par exemple à Kassa (en slovaque Košice), les procès-verbaux enregistrés par la commission neutre constituèrent lors des négociations de paix un argument décisif pour détacher Kassa de la Hongrie. La délégation hongroise contesta les procès-verbaux de Kassa en affirmant que « Les observateurs américains censés être neutres étaient en fait des Tchèques récemment naturalisés américains, qui ont falsifié la commission d'enquête et déclaré qu'il n'y avait aucun Hongrois à Kassa »[3].

Les clauses du traité et ses conséquences[modifier | modifier le code]

Le traité de Trianon s'appuie sur le neuvième des 14 points du président américain Woodrow Wilson, du droit des peuples à disposer d'eux-mêmes, sauf que, comme dans le cas du traité de Saint-Germain, ce point n'est pas appliqué aux Magyars et Allemands de l'ancienne Autriche-Hongrie, mais seulement aux autres peuples. Les nouvelles frontières de la Hongrie sont tracées par une commission internationale (la commission Lord) présidée par des géographes tels Robert Seton-Watson ou Emmanuel de Martonne, l'historien Ernest Denis[4] où figurent aussi des Italiens, des Serbes, des Tchèques et des Roumains, mais seulement trois Hongrois : Istvan Bethlen, Gyula Varga et Istvan Tisza. Ces commissions tiennent compte des majorités linguistiques rurales, mais défavorisent la Hongrie en ne tenant pas compte des villes (presque toutes majoritairement hongroises) et en appliquant à son détriment le « principe de viabilité des frontières » (ainsi, pour donner accès au Danube à la Tchécoslovaquie, une vaste région à majorité magyare lui est rattachée, avec les villes de Pozsony, Ersekujvar et Komarom, tandis que la frontière hongro-roumaine inclut une importante voie ferrée côté roumain, parce que la campagne alentour est roumaine, alors qu'elle relie quatre villes importantes alors à majorités mixtes (hongroises, souabes, serbes et juives) : Temesvar, Arad, Nagyvarad et Szatmar-Nemeti[5].

Borne à la frontière hongro-roumaine, datant de 1922

La Mittel Europa subit ainsi une refonte radicale de ses frontières :

La Hongrie perd ainsi les deux tiers de son territoire, passant de 325 411 km² avant la guerre à 92 962 km² après la signature du traité. Le pays perd aussi son accès à la mer via la Croatie, rattachée au Royaume des Serbes, Croates et Slovènes.

Si, avant la Première Guerre mondiale, plus de la moitié des 21,5 millions d'habitants du royaume de Hongrie ne sont pas Magyars (lesquels sont au nombre de 9.549.000), l'une des conséquences du traité de Trianon est qu'après-guerre, un magyarophone sur trois vit en dehors des frontières de la Hongrie : 3,3 millions de Hongrois se retrouvent avec une nationalité roumaine, yougoslave ou tchécoslovaque.

L'essentiel de la politique extérieure hongroise de l'entre-deux-guerres-mondiales, dirigée par l'amiral Horthy, consista à réclamer la révision du traité de Trianon. Durant la Deuxième Guerre mondiale, la Hongrie eut partiellement satisfaction en s'alliant à l'Allemagne, et obtint le Sud de la Slovaquie en 1938, la Ruthénie en 1939, le Nord de la Transylvanie en 1940 et le Nord de la Serbie en 1941, mais les frontières de Trianon furent remises en vigueur en 1945[6].

Depuis 2004, la Hongrie et quatre de ses sept voisins (Autriche, Slovénie, Slovaquie et Roumanie) font partie de l'Union européenne, de sorte qu'entre ces États les visas sont abolis et le bilinguisme reconnu dans les communes où les Hongrois sont très implantés, notamment en Roumanie dans les deux départements de Covasna et de Harghita à très large majorité (plus de 75 %) magyare et celui de Mureş à forte présence (40 %) ainsi que dans la plaine danubienne de la Slovaquie, où la pratique du hongrois est courante, y compris pour les Roumains ou les Slovaques.

Toutefois, certains Hongrois considèrent encore de nos jours le traité du Trianon comme un inique diktat, cause de tous leurs malheurs au XXe siècle. On peut notamment citer parmi les contestataires le parti nationaliste d'extrême droite HVIM, Mouvement de jeunesse des 64 comtés (Hatvannégy Vármegye Ifjúsági Mozgalom) fondé par László Toroczkai, remarqué en France par une manifestation de plus de 400 personnes dans les rues de Versailles le 4 juin 2006, avec l'appui d'une section française du mouvement ou encore l'actuel parti politique hongrois d'extrême droite Jobbik.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Robert Vallery-Radot, La Hongrie et l'esprit maçonnique des traités, extrait de La Revue hebdomadaire, Paris, 1929, pp. 21 et 27
  2. Yves de Daruvar, Le Destin Dramatique de la Hongrie — Trianon ou la Hongrie écartelée, Les Éditions Albatros, Paris, 1971, p. 84
  3. Robert Vallery-Radot, La Hongrie et l'esprit maçonnique des traités, extrait de La Revue hebdomadaire, Paris, 1929
  4. Lowczyk Olivier, La fabrique de la paix. Du Comité d'études à la Conférence de la paix, l'élaboration par la France des traités de la Première Guerre mondiale, Paris, Economica, Coll. Bibliothèque stratégique, 2010, 533p.
  5. Edgar Lehmann, Meyers Handatlas, Bibliographisches Institut, Leipzig, 1932
  6. Matyas Unger, Történelmi Atlasz, Budapest 1989, ISBN 963-351-422-3 CM

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]