Fédération Międzymorze

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La Pologne-Lituanie à son apogée

Fédération Międzymorze, (pron. "myendzymojè", traduisible par Fédération Entre Mers) était le nom donné, par Józef Piłsudski pour son projet de fédération de Pologne, Lituanie, Biélorussie et Ukraine. La fédération proposée suivant le modèle de l'Union de Pologne-Lituanie du XIVe siècle au XVIIIe siècle, se serait alors étendue depuis la mer Baltique à la mer Noire, en incorporant la Biélorussie et l'Ukraine.

Précédents historiques[modifier | modifier le code]

République de Deux Nations[modifier | modifier le code]

L'Union de Pologne-Lituanie et l'alliance militaire qui en découle étaient venues comme une réponse mutuelle à la menace que représentait l’ordre Teutonique. Cette Union avait été cimentée par l'union personnelle en 1385 de la Reine de Pologne, Hedwige d'Anjou et du Grand-duc de Lituanie, Jogaila qui est devenu ainsi Ladislas II Jagellon, roi de Pologne. Cet arrangement avait été renforcé par l'Union de Lublin en 1569, quand les deux états ont fusionné en une fédération, la République des Deux Nations (en polonais : Rzeczpospolita Obojga Narodów) ou République de Pologne-Lituanie, qui resterait jusqu'au XVIIe siècle le plus grand état d'Europe. Les ressources combinées l'ont rendu capable de tenir tête à l’ordre Teutonique, aux Mongols, Russes, Turcs et Suédois, pendant quatre siècles jusqu'au XVIIe siècle, où affaibli par ses voisins, le territoire de la République subit plusieurs partitions. Sous la République, des propositions ont été avancées pour former un nouvel état : La République tripartite de Pologne-Lituanie-Moscovie ou République tripartite de Pologne-Lituanie-Ruthénie, mais ces projets n'ont jamais abouti.

Le plan du prince Adam Jerzy Czartoryski[modifier | modifier le code]

Entre l'Insurrection de Novembre 1830 et l'Insurrection de janvier 1863, l'idée d'une résurrection de la République des Deux Nations est évoquée par le prince Adam Jerzy Czartoryski, alors en exil à Paris où il réside à l'Hôtel Lambert. Homme d'État visionnaire, ancien ami et confident du Tsar Alexandre Ier de Russie, Czartoryski a fait fonction de ministre des affaires étrangères d'une Pologne inexistante. Arguant qu'il aurait été de l'intérêt de la Russie de s'entourer « d'amis plutôt que d'esclaves », il écrivit : « Ayant étendu son influence au sud et à l'ouest, et par la nature de choses ne pouvant pas s'étendre à l'est et au nord, la Russie devient une source de menaces constantes pour l'Europe. ». Czartoryski, qui avait aussi compris que la Prusse représenterait une future menace, prêcha pour l'incorporation de l'est de la Prusse dans une Pologne ressuscitée. Par-dessus tout, cependant, il aspirait à reconstituer — avec le soutien des Français, Britanniques et Turcs — une République de Pologne-Lituanie fédérée avec les Tchèques, Slovaques, Hongrois, Roumains et tous les Slaves du sud de la future Yougoslavie. La Pologne, dans son concept, aurait pu agir en médiateur dans les conflits entre Hongrois et Slaves, et entre Hongrois et Roumains.

Le projet de Czartoryski a semblé près de se réaliser pendant la période la révolution de 1848-1849 mais a sombré par manque de soutien de l'Ouest, par l'intransigeance hongroise envers les Tchèques, Slovaques et Roumains, et avec l'ascension du nationalisme allemand. Néanmoins, sa tentative a constitué un lien entre la fédération jagelonne du XVIe siècle et le programme de fédération prométhéiste de Józef Piłsudski qui suivit la première Guerre mondiale.

Le concept de "Międzymorze"[modifier | modifier le code]

Józef Piłsudski

Le but stratégique de Józef Piłsudski était de ressusciter une forme moderne de la vieille République, tout en travaillant à la désintégration de l'Empire russe, et plus tard de l'Union soviétique, dans ses composantes ethniques (le dernier était son projet Prometheism). Quelques décennies plus tard, la création de l'Union européenne et la fin de l'Union soviétique en 1991 se rapproche un peu de cette vision, qui devait rendre cette Troisième Europe invulnérable aux antagonistes historiques (Allemagne et Russie) de la Pologne.

Le rêve de Piłsudski a dû faire face à l'opposition de pratiquement toutes les parties intéressées. Les Soviétiques exercèrent leur influence pour le contrecarrer. Les alliés de l'Ouest craignaient que l'Allemagne et la Russie affaiblies soient incapables de payer les dommages de la Première Guerre mondiale, et que l'équilibre européen ne soit bouleversé par l'action coordonnée des pays récemment indépendants. Les Lituaniens, Ukrainiens et autres invités à joindre une fédération redoutaient d'avoir à faire un quelconque compromis à leur propre indépendance. Plusieurs guerres (Pologne et Lituanie et Pologne et Ukraine, et des conflits de frontière entre Pologne et Tchécoslovaquie), éclatèrent de divers côtés. Finalement, beaucoup de politiciens polonais tels que Roman Dmowski s'opposèrent à l'idée d'une fédération multi-culturelle, préférant travailler à une Pologne nationaliste et ethniquement pure. À la suite de la Guerre entre la Pologne et l'Union soviétique, le concept de Piłsudski d'une fédération de pays du centre et de l'Est de l'Europe avait perdu toute chance de réalisation. Seulement quatre années après sa mort, tous les pays qui avaient si jalousement gardé leur indépendance étaient engloutis par leurs voisins Allemands et Soviétiques.

Une version dernière du projet de fédération fut tentée par de Józef Beck Ministre des affaires étrangères, un protégé de Piłsudski. Il a envisagé une Union de centre-Europe comprenant Tchécoslovaquie, Hongrie, Scandinavie, États baltes, Italie, Roumanie, Bulgarie, Yougoslavie et Grèce, allant donc plus seulement de la Baltique à la mer Noire, mais de l'Arctique à la Méditerranée. Un tel régime politique, comprenant quelque 150 millions d'Européens, avec une politique étrangère commune, aurait rassemblé une force capable de tenir tête à l'Allemagne nazie à l'Ouest et à l'Union soviétique à l'Est.

Seconde guerre mondiale[modifier | modifier le code]

Le concept d'une Union Européenne Centrale — entité géopolitique allant de la Baltique, à la mer Noire, et de Adriatique à la mer Égée — a été ranimé dans le gouvernement en exil de Władysław Sikorski pendant la Seconde Guerre mondiale. Une première étape vers son implémentation — les discussions entre les gouvernements en exil de Pologne et de Tchécoslovaquie concernant une possible union — a sombré finalement dans l'hésitation tchèque et l'indifférence ou l'hostilité alliée.

Plus récemment, depuis la fin de l'hégémonie soviétique, le projet est ressorti sous différents noms comme Intermarum ou Intermarium (forme latine de Międzymorze). Dans cette dernière version, la fédération deviendrait un constituant de l'Union européenne. Intermarum pourrait ainsi mieux défendre les États membres contre la domination des pays, plus riches et plus puissants, de l'Europe de l'Ouest.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]