Romani

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Rromani
Rromani chib
Nombre de locuteurs 1,5 million (estimation)
Typologie SVO
Classification par famille
Codes de langue
ISO 639-2 rom
ISO 639-3 (en) rom
IETF rom
Échantillon
Article premier de la Déclaration des droits de l'homme (voir le texte en français)

Jèkhto artìklo

Sa e manuśa biandǒn meste thaj barabara penqe pepatǐvǎçar aj hakajençar. Si len godǐ aj somʒanipen thaj si len te oven laćhe ta te ʒiven phralikanes e avera manuśençar.

[1].

Le romani, ou rromani[2], est la langue parlée par les Romane Chave (Gitans, Tziganes etc.), peuple originaire du Nord de l'Inde, qui a entrepris une migration massive vers le début du IIe millénaire suite à une invasion par les Turcs Ghaznévides puis par les Turcs Seldjoukides dans leur colonisation de l'Asie Mineure.

On inclut habituellement le romani dans le groupe des langues indo-aryennes centrales, qui comprend également le hindi occidental, le bhili, le marathi, le gujarati, le khandeshi (en), le rajasthani, etc.

Histoire de la langue [modifier]

Dialectes de la langue en Europe

Le rromani est une langue indo-européenne de la branche indo-iranienne et plus précisément indo-aryenne. Le romani n'est pas une mosaïque de langues indiennes. Il s'est développé à partir d'une seule langue populaire ou prâkrit parlée dans la moyenne vallée du Gange et dont la forme savante était le sanskrit.

Au cours du long séjour de ses locuteurs (1071-1381) dans le Sultanat de Roum, sous domination seldjoukide en Asie Mineure, et où la langue officielle était le persan et les langues vernaculaires le grec et l'arménien, le romani s'est enrichi en chemin de nombreux mots d'origine dite néo-persane (pārsi-ye darbāri, post-pahlavi), arménienne et grecque byzantine pontique.

Les emprunts aux diverses langues européennes avec lesquelles l'idiome s'est trouvé en contact sont postérieurs au XIVe siècle.

Le rromani se divise en trois grands groupes ou strates. De la première strate se sont détachées la « branche atlantique », aujourd'hui réduite à quelques dizaines de mots utilisés par les Kalé ou Kaló (Gitans ibériques, caló) et les Romanichels (anglo-romani), puis les parlers sinto-manouches, plus proches du « romani commun », avec des emprunts importants aux langues germaniques et baltes. La strate III, dont la forme la plus connue est le kelderàri, s'est formée par mutation phonétique à partir des parlers de la strate II et emprunts au roumain, à d'autres langues des Balkans et aux langues slaves.

Il existe également des dialectes mixtes, regroupés sous l'appellation de para-romani (en), qui ne sont pas d'origine romani, mais comportent un nombre important d'apports romanis : c'est le cas de l'anglo-romani (en) (Royaume-Uni), du scandoromani (en) (Suède et Norvège), du caló (Espagne, Portugal, Amérique latine), etc.

Nombre de locuteurs par pays [modifier]

Europe [modifier]

Autres pays [modifier]

Écriture [modifier]

Il existe depuis les années 1930 une littérature romani. Les orthographes ou alphabets utilisés dans les différentes variétés du romani correspondent en général à ceux des pays où vivent les communautés rom correspondantes. Les alphabets utilisés sont dans l'ordre décroissant d'utilisation l'alphabet latin, l'alphabet cyrillique, puis l'alphabet arabe (ce dernier est employé en Iran, et a été utilisé par le premier périodique produit par des Roms pour des Roms, nommé "Laćo" - qui veut dire "bon" -, publié à Edirne en Turquie dans les années 1920"[3]) et l'alphabet grec.

Toutefois une orthographe unifiée utilisant l’alphabet latin a été proposée dans les années 1980-1990 par Marcel Courthiade. Cette orthographe dite « méta-phonologique » est censée « permettre aux variations dialectales d’être traitées au niveau phonologique et morpho-phonologique »[4], [5]. Cet alphabet romani standard a été présentée à l’Union Romani Internationale en 1990, laquelle l’a adoptée comme orthographe officielle à son niveau. Cependant cette orthographe est loin encore d’être universellement adoptée par les écrivains en romani.

Pour être complet, il faut signaler également l'existence d'autres écritures proposées pour le romani, quoiqu'à un niveau très marginal : selon Ian Hancock, "des alphabets construits, n'utilisant pas l'écriture latine, tels que celui fabriqué par Andrzej Mirga sur un modèle indien, ou un système basé sur la Devanagari, qui ont été occasionnellement utilisés, sont d'un intérêt académique seulement, mais reflètent une conscience des liens historiques du romani avec le sous-continent indien"[6]. Cela dit, certaines personnes ont montré récemment un intérêt pour l'emploi de la Devanagari pour le romani, et ont proposé un système de transcription[7] présent dans le Wikipédia en Romani. Cependant ces efforts réalisés au niveau individuel n'ont eu jusqu'à présent aucun écho au niveau institutionnel, et pour l'instant aucune publication et aucun périodique dans une des variétés du romani n'a adopté un tel système.

Dans la transcription normalisée, r et rr ne notent pas le même phonème, r transcrivant un r roulé (r), et le rr un r grasseyé (ʁ), c'est-à-dire le r habituel de la langue française. Rromani est donc une graphie scientifique, préférable, au moins dans les ouvrages didactiques, à romani.

Lexique [modifier]

Exemples lexicaux [modifier]

Langue originaire de la moyenne vallée du Gange, le rromani a, comme son peuple, traversé l’Asie aux XIe et XIIe siècles - d’où ses racines indiennes et persanes, mais aussi grecques, arméniennes, et même géorgiennes , pour venir se fixer à partir de 1300 en Europe orientale. Issus de ce long déplacement historique de population, les Rroms sont cependant de nos jours sédentaires à 98 %. Le rromani présente également des emprunts slaves et roumains, mais aussi germaniques , turcs ou hongrois.

Mot romani Traduction Etymologie
pani eau sanskrit. pānīya (पानीय) , c.f. panjabi. pāṇī (ਪਾਣੀ)
manro pain sanskrit. maṇḍaka (मण्डक) , c.f. sindhi. mānī (مَانِي)
jakh œil sanskrit. akṣi (अक्षि) , c.f. hindi. aṅkha (आंख)
ćiriklo oiseau sanskrit. ciriṭīka (चिरिटीक) , c.f. rajasthani. ciṛakalī (चिड़कली)
ʒan- savoir sanskrit. jānāti (जानाति)
kalo noir sanskrit. kāla (काल) , c.f. bengali. kālō (কালো)
mol vin persan. mul (مل)
xulaj maître de maison persan. xudā (خدا)
buzno bouc persan. buz (بز)
tirax chaussure ossète. tsyryx'x (цырыхъхъ) « botte »
grast cheval arménien. grast (գրաստ) « bête de somme »
xumer pâte arménien. xmor (խմոր)
khilǎv prune géorgien. k'liavi (ქლიავი)
khoni graisse géorgien. k'oni (ქონი)
drom route grec. drómos (δρόμος)
pètalo fer à cheval grec. pétalo (πέταλο)
xoli bile , colère grec. cholí (χολή)
pùśka fusil slave. puška (пушка)
pràxo poussière slave. prax (прах)
kùjbo nid roumain. cuib
màćka chat hongrois. macska
manʒin trésor turc. mangır « pièce de monnaie »
niglo[8] (sinto) hérisson allemand. Igel

Mots français d'origine romani [modifier]

Le français a emprunté divers mots au romani, surtout dans le domaine argotique, comme par exemple berge (√ berś = année) ; surin (couteau ; √ ćhuri) ; dikaver (√ dikh- : regarder, voir), maraver (√ mar- : battre, frapper), chourer et chouraver (√ ćor- : voler), choucard(e) (√ śukar : beau), gadjo (gaӡo : homme non-rom), Romanichel (rromani ćel : peuple rom), Manouche (manuś : être humain), poucave (délateur √ phukav- : dénoncer), bicrave (vendre √ bikr- : vendre), crayave (bouffer√ xa- : manger) bouillaver (forniquer)[9]...

Grammaire [modifier]

Il existe en romani :

Notes et références [modifier]

  1. http://www.ohchr.org/EN/UDHR/Pages/Language.aspx?LangID=rmn1
  2. Selon V.de Gila-Kochanowski (voir Bibliographie), on devrait dire la romani, le -i étant la marque du féminin.
  3. P. Bakker, K. Kyuchukov, What is the Romani language ?, p. 90, Centre de Recherches Tsiganes, University of Hertfordshire Press, 2000. ISBN 978-1-902806-06-8
  4. Matras, Yaron (2002), Romani: A Linguistic Introduction, Cambridge, Cambridge University Press, 2002 (ISBN 978-0-521-63165-5)
  5. Les propositions de M. Courthiade sont virulemment attaquées par Vania de Gila-Kochanowski (qui l’appelle Cortiade) dans son Précis de la langue romani littéraire (pp. 280-323)
  6. http://www.radoc.net/radoc.php?doc=art_c_language_standardization&lang=en&articles=true
  7. http://www.geonames.de/alphrs.html
  8. D'où le nom du parc d'attractions de Nigloland, dans l'Aube. En allemand : Igel.
  9. Frédéric Dard utilise ce terme dans le sens de « remuer, pénétrer, triturer » (ex : je bouillave des urlupes = je triture des serrures), mais souvent aussi dans un sens plus explicitement sexuel (ex : l'ancien bouillaveur d'Angèle = l'ancien « amant »). (Dictionnaire San-Antonio, Fleuve Noir, 1993 (ISBN 2-265-04964-6)).

Voir aussi [modifier]

Bibliographie [modifier]

  • Les bons ouvrages en français sur les Romane Chave sont rares, mais ceux-ci constituent un bon début, même si quelques points sont ardemment discutés :
    • Vania de Gila-Kochanowski, Parlons tsigane — Histoire, culture et langue du peuple tsigane, L'Harmattan, Paris, 2001 (ISBN 978-2-7384-2624-6). Une version audio existe également.
    • Vania de Gila-Kochanowski, Précis de la langue romani littéraire, L'Harmattan, Paris, 2002 (ISBN 978-2-7475-3779-7)
  • Pour les anglophones, une méthode pour apprendre le dialecte vlax :

Articles connexes [modifier]

Liens externes [modifier]

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