Croatie unie à la Hongrie

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Croatie unie à la Hongrie

L'union du royaume de Croatie à celui de Hongrie à partir du XIIe siècle est un événement majeur de l'histoire de l'Europe du Sud-Est (Balkans).

La région était dirigée au nom du roi par un ban, faisant de ce titre préexistant l'un des plus élevés de Croatie. Un seul ban gouvernant toutes les provinces de Croatie jusqu'en 1225, date à laquelle l'autorité sera divisée entre un ban pour la Slavonie, et un ban pour la Dalmatie et la Croatie. Après 1345 ces deux positions seront occupées tour à tour par la même personne, et finalement regroupées en une seule en 1476.

Féodalisme[modifier | modifier le code]

En 1137, les seigneurs de Bosnie (Duché de Rama) s’associent au royaume de Hongrie-Croatie dont le souverain porte désormais aussi le titre de « Rex Ramae ». Au milieu du XIIe siècle, après plusieurs postes en Hongrie et en Rascie, le comte de Raška Beloš Ier devient à la fin de sa vie ban de Croatie.

Les rois de Hongrie ont introduit une variante du système féodal. De larges fiefs sont accordés à ceux qui sont prêts à les défendre contre les incursions extérieures, ce qui assure ainsi la protection du pays tout entier. Cependant, en permettant à la noblesse d'accroître son pouvoir économique et militaire, le royaume perd de son influence au profit de familles comme les Frankopan, les Šubić, les Nelipčić, les Kačić, les Kurjaković, les Drašković, ou les Babonić. La « bulle d’or » rédigée en 1222 par André II de Hongrie (Andrija, András) réduit l’absolutisme royal à l'égard de la noblesse croate et hongroise.

Détournant à leur profit la quatrième croisade, les Vénitiens s’emparent de Zadar en 1202, la plus importante ville côtière de Dalmatie supérieure. En 1205, la ville libre de Dubrovnik reconnaît la suzeraineté de la République maritime de Venise. Durant cette période, les Templiers, les Hospitaliers et Venise acquièrent un quantité considérable de terres en Croatie.

Les futurs rois cherchent à rétablir leur influence en donnant certains privilèges aux cités, qui peuvent devenir des Quartiers Royaux ou des Villes Royales Libres (similaires aux Villes Impériales Libres du Saint-Empire romain germanique), et qui obtiennent la protection du roi contre les seigneurs en échange de leur soutien. En 1242, le roi Béla IV accorde à Zagreb le statut de « ville royale libre ».

Les princes de Bribir issus de la famille des Šubić deviennent particulièrement influents entre 1272 et 1312 grâce à Paul I Šubić de Bribir(Pavao Šubić Bribirski)), qui prend le contrôle de larges parts de la Dalmatie, de la Slavonie et de la Bosnie suite au conflit qui opposait les dynasties d'Árpád et d'Anjou. Dès 1301, Charles Robert de Hongrie (Karlo, Károly Róbert) fut prétendant au trône de Hongrie et de Croatie mais il ne fut définitivement couronné qu'en 1309. La paix de Zadar scella en 1358 la défaite des Vénitiens face à Louis Ier de Hongrie (Ludovik, Lajos), marqua la réunification de la Dalmatie à la couronne croate au sein du royaume commun et prévit la reconnaissance de la suzeraineté hungaro-croate sur la République de Raguse. En 1377, la province de Bosnie s’émancipa définitivement de la tutelle hungaro-croate et devient un royaume indépendant sous la dynastie des Kotromanić, lequel engloba alors la majeure partie de la Dalmatie.

La famille des Angevins réagit face à la noblesse croate. La famille Šubić est évincée de ses domaines (la famille Zrinski en sera une branche importante). Les nobles hongrois, las des violences de leur roi Sigismond Ier du Saint-Empire, se révoltèrent, l'emprisonnèrent à son retour de croisade. Ils élisent Ladislas Ier de Naples pour succéder à Sigismond sur le trône de Croatie et il le couronne à Zara. Mais Sigismond s'évade, reprend la couronne et Ladislas, occupé par d'autres projets, se désintéresse de la Croatie. Lors du « Sabor sanglant de Križevci » en 1397, Sigismond fait massacrer plusieurs seigneurs croates qui lui étaient hostiles afin de se venger de leur « trahison ». Affaibli par des luttes dynastiques, Ladislas cède la Dalmatie croate à la République de Venise en 1409 contre 100 000 ducats d'or.

En 1483, moins de trente ans après la Bible de Gutenberg, le premier missel en caractères glagolitiques croates est imprimé à Senj.

Les guerres ottomanes[modifier | modifier le code]

Lorsque débutent les guerres ottomanes en Europe, la Croatie se trouve une fois de plus à la frontière entre deux grandes puissances de cette partie du monde. Les Croates contribuent avec le frère Jean de Capistran à la victoire chrétienne sur les Ottomans au siège de Belgrade en 1456. Mais après la Bosnie et l’Herzégovine voisines, les Turcs s'attaquent à la Croatie et lui inflige en 1493 une importante défaite lors de la bataille de Corbavie dans la région de Lika. Cet évènement marque le début de l’amputation par les Ottomans de près de la moitié de la Croatie, suivie de l’islamisation de la population locale (tout particulièrement dans la région dite de la « Croatie turque », territoire situé entre les rivières Una et Vrbas).

Le Pape Léon X appelle la Croatie le front de la Chrétienté (Antemurale Christianitatis) en 1519, en regard des contributions importantes de plusieurs soldats croates dans la lutte contre les Turcs. Parmi eux on peut citer le ban Petar Berislavić, qui l'emporte à Dubica sur la rivière Una en 1513, le capitaine de Senj, Petar Kružić, qui défend la forteresse de Klis pendant 15 ans, le capitaine Nikola Jurišić, qui repousse une force turque plus importante en route vers Vienne en 1532, ou le ban Nikola Šubić Zrinski, qui aide à sauver la ville de Pest de l'occupation en 1542 et combat à la bataille de Szigetvár en 1566.

La bataille de Mohács en 1526 est un événement crucial, au cours duquel le règne de la dynastie Jagellon est anéanti par la mort du Roi Louis II. La victoire de Mohács ouvre aux Ottomans la porte de la Hongrie dont ils occuperont une grande partie. Cette défaite souligne l'incapacité du système militaire féodal de la Chrétienté à stopper les Ottomans, qui resteront une menace majeure pendant des siècles.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]