Yves Coppens

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Yves Coppens

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Yves Coppens en 2006

Naissance (79 ans)
Vannes,
Drapeau de la FranceFrance
Nationalité Drapeau de la France Français
Profession Professeur au Collège de France,
paléontologue
Distinctions
Legion Honneur GO ribbon.svg Grand officier de la Légion d'honneur[1]
Ordre national du Merite GO ribbon.svg Grand officier de l'ordre national du Mérite[2]
Palmes academiques Commandeur ribbon.svg Commandeur des Palmes académiques
Coat of arms of Chad.svgOfficier de l'Ordre national du Tchad
Ordre des Arts et des Lettres Commandeur ribbon.svg Commandeur dans l'Ordre des Arts et des Lettres en janvier 2010[3].

Yves Coppens, né à Vannes le , est un paléontologue et paléoanthropologue français, professeur honoraire au Collège de France. En France, son nom est attaché à la découverte en 1974 du fossile surnommé Lucy, puisqu'il était avec l'Américain Donald Johanson et le Français Maurice Taïeb l'un des trois codirecteurs de l'équipe qui l'a mis au jour.

Biographie[modifier | modifier le code]

Son père, le physicien René Coppens a travaillé sur la radioactivité des roches et a rédigé de nombreuses notes scientifiques pour l’Académie des sciences. Il fut professeur à la Faculté des Sciences et a été inhumé à Vandœuvre-lès-Nancy. Sa mère fut une pianiste concertiste[4].

Yves Coppens est passionné par la Préhistoire et l'archéologie depuis son enfance, il a commencé très tôt à participer à des travaux de fouille et de prospection en Bretagne. Il obtient un baccalauréat en sciences expérimentales au lycée Jules Simon de Vannes puis une licence ès sciences naturelles à la faculté des sciences de l'université de Rennes. Il prépare le diplôme de docteur de troisième cycle en débutant une thèse sur les proboscidiens au laboratoire du professeur Jean Piveteau à la faculté des sciences de l'université de Paris.

En 1956, il devient attaché de recherche du Centre national de la recherche scientifique alors qu'il n'a que 22 ans. Il se dirige vers l'étude des époques quaternaire et tertiaire. En 1959, chercheur dans le laboratoire de l'Institut de paléontologie du Muséum national d'histoire naturelle sous la direction de René Lavocat, ce dernier lui confie la détermination des dents de proboscidiens (sur lesquels porte sa thèse) du pliocène issus de fossiles de vertébrés trouvés par des géologues en Afrique. Ce contact avec des géologues lui permet de partir dès janvier 1960 en Afrique et par la suite de monter des expéditions au Tchad, en Éthiopie, puis en Algérie, en Tunisie, en Mauritanie, en Indonésie et aux Philippines[5].

En 1965, il découvre un crâne d'hominidé à Yaho (Angamma, Tchad) qu'il nomme alors Tchadanthropus uxoris en hommage au pays où il a été trouvé et considérant qu'il s'agit d'un individu féminin. D'un âge estimé à un million d'années, ce fossile est aujourd'hui rapproché d'Homo erectus.

Il devient maître de conférences au Muséum national d'histoire naturelle en 1969, puis obtient la sous-direction du Musée de l'Homme.

Le à Hadar, un fossile relativement complet d'Australopithecus afarensis est découvert dans le cadre de l'International Afar Research Expedition, un projet regroupant une trentaine de chercheurs éthiopiens, américains et français codirigé par Donald Johanson (paléoanthropologie), Maurice Taieb (géologie) et Yves Coppens (paléontologie). Le premier fragment du fossile a été repéré par Tom Gray, l'un des étudiants de Donald Johanson[6]. Le fossile est surnommé « Lucy », en référence à Lucy in the Sky with Diamonds, la chanson des Beatles écoutée par l'équipe.

Yves Coppens est nommé directeur et professeur au Muséum national d'histoire naturelle en 1980, ainsi que directeur d'étude à l'École pratique des hautes études. Il est élu à la chaire de paléontologie et préhistoire au Collège de France en 1983, chaire qu'il occupe jusqu'en 2005, date à laquelle il devient professeur honoraire.

En 1994, il préside une commission de l'Académie des Sciences sur une affaire concernant les frères Igor et Grichka Bogdanoff, l'astrophysicien Trinh Xuan Thuan les accusant de plagiat dans leur ouvrage Dieu et la Science publié en 1991[7].

En 2002, il est nommé à la présidence d'une commission particulière (dite Commission Coppens) dont les travaux ont servi de base à l'élaboration de la Charte de l’Environnement, texte préparé par le Secrétariat Général du Gouvernement et par le cabinet du Président de la République et qui a été soumis à l'Assemblée nationale et au Sénat en 2004.

En 2006, il est nommé au Haut Conseil de la science et de la technologie par Jacques Chirac[8].

En janvier 2010, il est nommé président du conseil scientifique chargé de la conservation de la grotte de Lascaux par Nicolas Sarkozy.

Aujourd'hui, Yves Coppens est présent dans de nombreuses instances nationales et internationales gérant les disciplines de sa compétence. Il a dirigé en outre un laboratoire associé au CNRS, le Centre de Recherches Anthropologiques - Musée de l'Homme, et deux collections d'ouvrages du CNRS, les Cahiers de Paléoanthropologie et les Travaux de Paléoanthropologie est-africaine. Il est membre de l'Académie des sciences, de l'Académie de médecine, de l'Académie des Sciences d'Outremer et de l'Academia Europaea, membre associé de l'Académie royale des sciences, des lettres et des beaux-arts de Belgique, correspondant de l'Académie royale de médecine de Belgique, Honorary fellow du en:Royal Anthropological Institute of Great Britain and Ireland, Foreign associate de la Royal Society d'Afrique du Sud et docteur honoris causa des universités de Bologne, de Liège, de Mons et de Chicago. Il est également membre du conseil scientifique de l'Office parlementaire d'évaluation des choix scientifiques et technologiques (OPECST).

Travaux[modifier | modifier le code]

À partir de 1983, Yves Coppens popularise sous le nom d’East Side Story[9],[10] un modèle proposé initialement par l’éthologue hollandais A. Kortlandt[11]. Il s'agit d'une explication environnementale pour rendre compte de l'acquisition de la bipédie permanente, qui sépare les Homininae et les pré-Paninae. Suite aux découvertes de Toumaï et surtout celle d'Abel par l'équipe franco-tchadienne de Michel Brunet, Yves Coppens remet lui-même en cause cette théorie en 2003. Il maintient cependant ce scénario pour comprendre l'émergence de la bipédie permanente du genre Homo, distincte des autres homininae (espèces du genre Australopithecus) et popularisée par un jeu de mot "Omo event" (vallée de l'Omo dans le rift éthiopien), comme en 2009 au colloque de l'Académie des sciences en hommage à Charles Darwin et à sa théorie de l'évolution des espèces par adaptation anatomique graduelle à des changements de l'environnement (en l'occurrence l'apparition de la savane entre 2,5 et 1,8 million d'années) sans pour autant souscrire à l'origine accidentelle ou hasardeuse des mutations.

Article détaillé : East Side Story.

Yves Coppens a également développé l'idée selon laquelle l'acquis a pris le pas sur l'inné, ce qui aurait notamment ralenti l'évolution humaine depuis plusieurs dizaines de milliers d'années [réf. nécessaire].

Il remet en cause l'importance conférée au hasard dans la théorie néo-darwinienne : « Au risque de faire hurler les biologistes, et sans revenir aux thèses de Lamarck, je crois qu'il faudrait s'interroger sur la façon dont les gènes pourraient enregistrer certaines transformations de l'environnement. En tout cas, le hasard fait trop bien les choses pour être crédible… »[12].

Il soutient la thèse selon laquelle « le développement technique et culturel dépasse le développement biologique », c'est-à-dire que l'évolution biologique a précédé l'évolution culturelle, cette dernière étant considérée comme davantage déterminante des transformations du genre Homo jusqu'à l'anatomie moderne [réf. nécessaire].

Origine de l'homme moderne[modifier | modifier le code]

Pour la majorité des auteurs, Homo sapiens serait apparu en Afrique il y a environ 200 000 ans et se serait répandu il y a 60 000 ans à travers le monde. Cette théorie est connue du public sous le nom anglais d'Out of Africa et sur le plan scientifique sous le nom d'« hypothèse d'une origine unique récente » (en anglais « recent single-origin hypothesis ou RSOH), « hypothèse du remplacement » (replacement hypothesis) ou modèle de l'« origine africaine récente » (recent african origin ou RAO). D'autres chercheurs, dont Yves Coppens, ne croient pas à la seule origine africaine d'Homo sapiens et défendent depuis les années 1980, la théorie multirégionale ou « théorie de continuité avec hybridation ». Selon cette théorie, qu'Yves Coppens aime nommer « Out of nowhere », le passage d'Homo erectus à Homo sapiens s’est fait parallèlement dans toutes les régions du monde, sauf dans un certain nombre de régions particulièrement isolées, notamment en Europe ou Homo erectus n'a pas évolué en H. sapiens mais a donné naissance à l'homme de Néandertal. Par la suite, selon lui, il y a sans doute eu un « grand métissage » entre les Homo sapiens venus d'Afrique et ceux se trouvant sur place [13],[14].

Vulgarisation scientifique[modifier | modifier le code]

Récompenses[modifier | modifier le code]

Distinctions[modifier | modifier le code]

  • 1963 : Prix Edmond Hébert
  • 1969 : Prix André C. Bonnet
  • 1973 : médaille d'or de l'Empereur d'Éthiopie
  • 1974 : grand prix Jaffé de l'Académie des sciences
  • 1975 : grand prix scientifique de la Fondation de France
  • 1975 : médaille Fourmarier de la Société géologique de Belgique
  • 1978 : prix Glaxo
  • 1982 : médaille d'argent du CNRS
  • 1984 : prix Kalinga de l'UNESCO
  • 1984 : 27e Annual Address de la Palaeontological Association à Londres
  • 1985 : 55e James Arthur Lecture on the Evolution of the Human Brain à l'American Museum of Natural History à New York
  • 1985 : IXe conférence Augustin Frigon de l'École polytechnique de Montréal
  • 1987 : médaille Vandenbroeck de la Société belge de géologie, de paléontologie et d'hydrologie
  • 1989 : médaille André Duveyrier de la Société de géographie
  • 1991 : médaille d'or de l'encouragement au progrès
  • 2005 : Prix Nonino (Italie)

Décorations[modifier | modifier le code]

Publications[modifier | modifier le code]

Yves Coppens dédicaçant Pré-textes lors du salon du livre de Paris en 2013.

Il a en outre apporté sa collaboration scientifique à Pierre Pelot pour l'écriture de plusieurs romans préhistoriques : la série Sous le vent du monde, Gallimard, Le nom perdu du soleil, 1998, Denoël et Le rêve de Lucy, 1997, Seuil.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Journal officiel du 29 mars 2013
  2. Décret du 13 novembre 2009
  3. Ordre des Arts et des Lettres
  4. Madeleine Chapsal, Si je vous dis le mot passion..., Fayard,‎ 1999, 252 p. (lire en ligne)
  5. L’Essentiel avec… Yves Coppens, de l’Académie des sciences Canal Académie, 31 juillet 2011
  6. D. Johanson et M. Edey, Lucy : une jeune femme de 3 500 000 ans, traduit de l'américain (Lucy, the beginnings of humankind), Paris, R. Laffont, (1981) ISBN 2-221-01200-3
  7. Yves Coppens préside une commission de l'Académie des sciences sur une affaire concernant les frères Bogdanov
  8. Journal officiel du 24 septembre 2006
  9. Coppens, Y. (1983) - Le singe, l'Afrique et l'Homme, Paris, Fayard, 148 p.
  10. Coppens, Y. (1994) - « East Side Story, the origin of Humankind », Scientific American, vol. 270, n° 5, pp. 88-95.
  11. Kortlandt, A. (1972) - New perspectives on ape and human evolution, Amsterdam, Stichting voor Psychobiologie.
  12. D'après Quand Yves Coppens parle de la théorie de l'évolution… sur Hominides.com.
  13. Yves Coppens, Histoire de l'homme et changements climatiques, Fayard, 2006
  14. Sciences et Avenir, n° 772, juin 2011
  15. Journal officiel du 29 mars 2013
  16. Décret du 13 novembre 2009
  17. Ordre des Arts et des Lettres

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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