Edgar Morin

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Edgar Morin

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Edgar Morin au forum Libération, en 2008

Naissance 8 juillet 1921 (93 ans)
Paris
Nationalité Français
Œuvres principales La Méthode

Edgar Nahoum, dit Edgar Morin, né à Paris le 8 juillet 1921, est un sociologue et philosophe français.

Il définit sa façon de penser comme « constructiviste »[1] en précisant : « c’est-à-dire que je parle de la collaboration du monde extérieur et de notre esprit pour construire la réalité ».

Biographie[modifier | modifier le code]

D'origine juive séfarade, descendant d'un père commerçant juif de Thessalonique mais se déclarant athée (il se décrit lui-même comme d'identité néo-marrane), et fils unique, sa mère décède alors qu'il a dix ans. En 1938, il rejoint les rangs du Parti frontiste, petite formation de la gauche pacifiste et antifasciste. Il obtient une licence en histoire et géographie et une licence en droit (1942), et entre alors dans la Résistance communiste en 1942 au sein des "forces unies de la jeunesse patriotique". Il entre ensuite dans le mouvement de Michel Cailliau, le MRPGD. En 1943 il est commandant dans les Forces françaises combattantes et sera homologué comme lieutenant[2]. Il rencontre notamment François Mitterrand. Il adopte alors le pseudonyme de Morin, qu’il garde par la suite. Attaché à l'état-major de la 1re Armée française en Allemagne (1945), puis chef du bureau « Propagande » au Gouvernement militaire français (1946). À la Libération, il écrit L’An zéro de l’Allemagne où il décrit la situation du peuple allemand de cette époque. Ce livre a été apprécié en particulier par Maurice Thorez qui l'invite à écrire dans l'hebdomadaire Les Lettres françaises. Membre du Parti communiste français depuis 1941, il s'en éloigne à partir de 1949 : il en est exclu peu après en tant que résistant antistalinien. En 1955, il anime un comité contre la guerre d'Algérie. Il défend, en particulier, Messali Hadj, puis intègre l'Union de la gauche socialiste (UGS), qui participa en 1960 à la création du Parti socialiste unifié (PSU). Contrairement à Jean-Paul Sartre, André Breton, Guy Debord ou encore ses amis Marguerite Duras et Dionys Mascolo, il ne signe pas la Déclaration sur le droit à l'insoumission dans la guerre d'Algérie, dite "Manifeste des 121", publiée en septembre 1960 dans le journal Vérité-Liberté.

Sur les conseils de Georges Friedmann, qu'il a rencontré pendant l'Occupation, et avec l'appui de Maurice Merleau-Ponty, de Vladimir Jankélévitch et de Pierre George, il entre au CNRS (1950), il y conduit en 1965 notamment une étude pluridisciplinaire sur une commune en Bretagne, publiée sous le nom de La Métamorphose de Plozevet (1967). Il y séjourne près d'un an. Ce fut un des premiers essais d’ethnologie dans la société française contemporaine.

Il s'intéresse très vite aux pratiques culturelles qui sont encore émergentes et mal considérées par les intellectuels : L'Esprit du temps (1960), La Rumeur d'Orléans (1969). Il cofonde la revue Arguments en 1956. Il fonde (codirecteur de 1973 à 1989) et dirige le CECMAS (Centre d'études des communications de masse), qui publie des recherches sur la télévision, la chanson dans la revue Communications qu’il dirige et qui paraît encore aujourd’hui.

Durant les années 1960, il part près de deux ans en Amérique latine où il enseigne à la Faculté latino-américaine des sciences sociales. En 1969, il est invité à l'Institut Salk de San Diego. Il y rencontre Jacques Monod, l'auteur du Hasard et la Nécessité et y conçoit les fondements de la pensée complexe et de ce qui deviendra sa Méthode.

Aujourd'hui directeur de recherche émérite au CNRS, Edgar Morin est docteur honoris causa de plusieurs universités à travers le monde. Son travail exerce une forte influence sur la réflexion contemporaine, notamment dans le monde méditerranéen et en Amérique latine, et jusqu'en Chine, Corée, Japon. Il a créé et préside l’Association pour la pensée complexe, l'APC.

Il est membre du comité de parrainage de la Coordination française pour la Décennie de la culture de paix et de non-violence. Il soutient, depuis sa création en 2001, le fonds associatif Non-Violence XXI.

Morin a écrit plusieurs ouvrages revenant sur son passé, dont Autocritique en 1959, Vidal et les siens sur son père en 1989 et Itinérance publié en 2006.

Il a apporté son soutien à la candidature de Christian Garino, candidat à l'investiture du mouvement Esperanto-Liberté pour l'élection présidentielle française de 2007[réf. nécessaire]. Il a également participé, durant l'entre-deux tours des élections, à un débat sur le thème de la non-violence au Comité 748 - Désirs d'avenir sur Second Life[réf. nécessaire].

Il considère le monothéisme comme un « fléau de l'humanité »[3] et apprécie le bouddhisme, entre autres, car c'est une religion sans dieu.

Il participe à la création en mars 2012 du Collectif Roosevelt 2012 avec l'aide de Stéphane Hessel, Michel Rocard et de nombreux intellectuels et personnalités publiques de la société civile et politique. Ce collectif présente 15 propositions pour éviter un effondrement économique, élaborer une nouvelle société et lutter contre le chômage endémique et créer une Europe démocratique[4]. Le 28 novembre 2013, il participe à la création du parti politique Nouvelle donne, issu du Collectif Roosevelt[5],[6],[7],[8], mais s'en distancie rapidement et ne vote pas pour eux aux élections européennes suivantes[9].

En 2012, il soutient publiquement le chef Raoni dans son combat contre le barrage de Belo Monte. Il participe avec ce dernier et de nombreux autres intellectuels, juristes et politiques au lancement d'un Tribunal moral pour les crimes contre la nature et le futur de l'humanité[10] lors de la Conférence "Rio+20".

Distinctions[modifier | modifier le code]

  • Laus honoris causa de l'Institut Piaget au Portugal
  • Colegiado de Honor du Conseil de l'enseignement supérieur d'Andalousie (Espagne)
  • Membre d'honneur du Club de Budapest[11].
  • Médaille de la compétence intellectuelle (30 Juillet 2014) (Maroc)

Œuvre[modifier | modifier le code]

La pensée complexe[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Pensée complexe.

Concept dont la première formulation date de 1982 dans le livre Science avec conscience (1982)[12] qui exprime une forme de pensée acceptant les imbrications de chaque domaine de la pensée et la transdisciplinarité. Le terme de complexité est pris au sens de son étymologie « complexus » qui signifie « ce qui est tissé ensemble » dans un enchevêtrement d'entrelacements (plexus).

La Méthode[modifier | modifier le code]

Edgar Morin (à gauche) avec Jean-Louis Le Moigne

La Méthode est son œuvre majeure. Comprenant six volumes au total, on pourrait la qualifier d'encyclopédique : la méthode y est déroulée de façon cyclique, pour ne pas dire répétitive, s'appliquant à de nombreuses notions dont certaines sont reprises ci-après. Il convient de noter que les quatre premiers volumes n'ont pas été écrits à la suite les uns des autres. De ce fait, il n'est pas utile de s'attacher à les lire dans l'ordre.

Le premier tome, intitulé La nature de la nature, présente la méthode en adoptant un point de vue physique où sont traités les concepts d'ordre et de désordre, de système, d'information, etc.

Le second, intitulé La vie de la vie, aborde le vivant, la biologie.

Le troisième et le quatrième volume pourraient être regroupés en un seul puisqu'ils abordent le thème de la connaissance. Le troisième est intitulé La connaissance de la connaissance et aborde la connaissance du point de vue anthropologique.

Le quatrième tome de La Méthode, Les idées, d'après les mots d'Edgar Morin, « pourrait aussi en être le premier ». En effet, « il constitue l'introduction la plus aisée à « la connaissance de la connaissance » et de façon inséparable au problème et à la nécessité d'une pensée complexe ». Il complète l'œuvre épistémologique du troisième tome en abordant la connaissance du point de vue collectif ou sociétal (« l'organisation des idées »), puis au niveau de la « vie des idées », qu'il appelle la noologie. Il traite en particulier dans un dernier chapitre des notions philosophiques de langage, de logique et de paradigme, auxquelles il applique sa méthode.

Dans une note de lecture[13], Jean-Louis Le Moigne souligne l'importance du dernier chapitre de ce tome 4 qu'Edgar Morin consacre à « la Paradigmatologie » : « encore un néologisme nouveau dira-t-on ? Sans doute, mais il me semble si fécond pour nous permettre d'entendre la richesse de l'univers pensable sans commencer par l'appauvrir en la simplifiant ». Jean-Louis Le Moigne cite pour conclure Edgar Morin : « Nous en sommes au préliminaire dans la constitution d'un paradigme de complexité lui-même nécessaire à la constitution d'une paradigmatologie. Il s'agit non de la tâche individuelle d'un penseur mais de l'œuvre historique d'une convergence de pensées. » Selon les mots de Morin, la paradigmatologie est « le niveau qui contrôle tous les discours qui se font sous son emprise et qui oblige les discours à obéir »[1].

Le cinquième volume L'humanité de l'humanité, L'Identité humaine est consacré à la question de l'identité. La Méthode se termine par un sixième tome intitulé L'Éthique qui se consacre à cette notion philosophique et prône une éthique de la compréhension.

Conscience planétaire et Politique de civilisation[modifier | modifier le code]

Avec Terre-Patrie, écrit en 1993, (avec Anne-Brigitte Kern), Edgar Morin en appelle à une « prise de conscience de la communauté du destin terrestre », véritable conscience planétaire : « C'est en Californie, en 1969-1970, que des amis scientifiques de l'université de Berkeley m'ont éveillé la conscience écologique » rapporte-t-il, avant de s'alarmer : « Trois décennies plus tard, après l'assèchement de la mer d'Aral, la pollution du lac Baïkal, les pluies acides, la catastrophe de Tchernobyl, la contamination des nappes phréatiques, le trou d'ozone dans l'Antarctique, l'ouragan Katrina à La Nouvelle-Orléans, l'urgence est plus grande que jamais ».

En 2007, il est l'auteur de L'An I de l'ère écologique : la Terre dépend de l'homme qui dépend de la Terre. Le livre comporte un dialogue avec Nicolas Hulot.

Cette conscience doit s'accompagner pour Edgar Morin d'une nouvelle « politique de civilisation », pour sortir de cet « âge de fer planétaire... préhistoire de l'esprit humain »[14].

La politique de civilisation (concept emprunté à Leopold Sedar Senghor[réf. nécessaire]), explique Edgar Morin, « vise à remettre l’homme au centre de la politique, en tant que fin et moyen, et à promouvoir le bien-vivre au lieu du bien-être »[15]. Cette notion de politique de civilisation s'inspire explicitement de l'ouvrage Le Réel au Pouvoir[16] et de l'économiste Henri Bartoli, qui appelle à replacer l’homme au centre de l'économie (l'économie doit être au service de la vie et non l'inverse)[17]. Plus concrètement partant du constat que la civilisation moderne génère souvent mal être profond et individualisme, il propose de s'attacher « à régénérer les cités, à réanimer les solidarités, à susciter ou ressusciter des convivialités, à régénérer l'éducation »[18].

L'expression « politique de civilisation » a été reprise par le président de la République française Nicolas Sarkozy, lors de ses vœux du 31 décembre 2007[19]. Edgar Morin s'est montré très nuancé quant à cette utilisation du concept : « Je ne peux exclure que M. Sarkozy réoriente sa politique dans ce sens, mais il ne l'a pas montré jusqu'à présent et n'en donne aucun signe. »[20], « J’ai deux désaccords très importants avec Sarkozy : sur la politique extérieure, où je vois un alignement sur Bush ; et sur l’intérieur et la politique inhumaine envers les immigrés. Pour le reste, il y a une marge d’incertitude et il peut évoluer.[...] Le chef de l’État est un personnage plastique, en mouvement. Il n’a pas encore pris conscience du caractère radical d’une politique de civilisation. »[21].

Les Sept Savoirs nécessaires à l’éducation du futur[modifier | modifier le code]

Penser la crise : l'abîme ou la métamorphose ?[modifier | modifier le code]

La réflexion d’Edgar Morin[22] plonge au cœur des mouvements de l’histoire, faite de sauts et de soubresauts, loin de l’idée de progrès linéaire, comme il l’explique à un journaliste de Sciences humaines au cours d’une conférence de décembre 2008[23] : « la réflexion sur le monde d’aujourd’hui ne peut s’émanciper d’une réflexion sur l’histoire universelle. Les périodes calmes et de prospérité ne sont que des parenthèses de l’histoire. Tous les grands empires et civilisations se sont crus immortels – les empires mésopotamien, égyptien, romain, perse, ottoman, maya, aztèque, inca… Et tous ont disparu et ont été engloutis. Voilà ce qu’est l’histoire : des émergences et des effondrements, des périodes calmes et des cataclysmes, des bifurcations, des tourbillons des émergences inattendues. » Et parfois, ajoutera-il à la fin de sa conférence, « au sein même des périodes noires des graines d’espoir surgissent. Apprendre à penser cela, voilà l’esprit de la complexité. »

Le critique d'art[modifier | modifier le code]

Edgar Morin s'est intéressé aussi à la peinture de l'École de Paris, et, à ce titre, il a commenté l'œuvre de Gaëtan de Rosnay[24].

En 2009, lors d'une conférence au Teatro Dal Verme de Milan sur « l’Ethique et la Reliance » dans le cadre de la manifestation annuelle « Meet the Media Guru », il découvre les œuvres du photographe plasticien Michel Kirch. L'artiste fait à cette occasion don d'une œuvre à la Fondation l'Art pour la Conscience et le Partage des Biens Communs[25] dont Edgar Morin est le parrain et devient le premier artiste choisi par la fondation.

Dès lors Edgar Morin suit le travail de cet artiste. Il signe la préface de son prochain livre Climats.
Il parraine l'exposition « Spacialités »[26] présentant l'œuvre de Dominique Paulin et Michel Kirch.

Style d'Edgar Morin[modifier | modifier le code]

Edgar Morin se distingue par l'emploi régulier de formules paradoxales ou auto-référentielles, comme « Nous faisons le langage qui nous fait », de préfixes comme dans l'invention du terme ré-auto-éco-organisation et l'invention de néologismes comme la paradigmatologie[travail inédit ?].

Quelques notions abordées dans la Méthode[modifier | modifier le code]

Tout au long de son œuvre, Edgar Morin a employé sa méthode pour traiter de concepts clés de la philosophie comme par exemple : l'éthique, la connaissance, le langage, la logique, l'information.

Éthique[modifier | modifier le code]

La morale non complexe obéit à un code binaire bien/mal, juste/injuste. L'éthique complexe conçoit que le bien puisse contenir un mal, le mal un bien, le juste de l'injuste, l'injuste du juste[27].

Connaissance[modifier | modifier le code]

Pour Morin, il n'y a « pas de connaissance sans connaissance de la connaissance » (La Méthode, tome 3). Cette Connaissance au troisième degré, qu'il appelle de ses voeux, n'est cependant pas clairement identifiée dans ses ouvrages qui n'en donnent ni les clés, ni la méthode, ni le code.

Connaître c'est computer (La Méthode, tome 3), Edgar Morin propose une connaissance de type computique - une computation étant, écrit Morin, une opération sur/via signes/symboles/formes dont l'ensemble constitue traduction/construction/solution - qui prend la forme d'un « complexe organisateur/producteur de caractère cognitif comportant une instance informationnelle, une instance symbolique, une instance mémorielle et une instance logicielle » (René Barbier[28]). En réalité, ces quatre instances de la Connaissance proposées par Edgar Morin ne constituent aucune originalité, ayant été parfaitement identifiées par les traditions et notamment la tradition kabbalistique qui les a formalisées sous la formule du PARDES [29] dont il emprunte le schéma fondamental sans le nommer.

Toute connaissance (et conscience) qui ne peut concevoir l'individualité, la subjectivité, qui ne peut inclure l'observateur dans son observation, est infirme pour penser tous problèmes, surtout les problèmes éthiques. Elle peut être efficace pour la domination des objets matériels, le contrôle des énergies et les manipulations sur le vivant. Mais elle est devenue myope pour appréhender les réalités humaines et elle devient une menace pour l'avenir humain.[30]

Pour répondre aux critiques en relativisme ou nihilisme, il avance : Le fond du nihilisme contemporain, je le surmonte en disant que s'il n'existe pas de fondement de certitude à partir duquel on puisse développer une connaissance vraie, alors on peut développer une connaissance comme une symphonie. On ne peut pas parler de la connaissance comme d'une architecture avec une pierre de base sur laquelle on construirait une connaissance vraie, mais on peut lancer des thèmes qui vont s'entre-nouer d'eux-mêmes[31].

S'il n'y a pas de fondement à la connaissance, Morin identifie, à la suite de Humberto Maturana, une source originelle dans le computo de l'être cellulaire, qui est lui-même « indissociable de la qualité d'être vivant et d'individu-sujet » (René Barbier, idem).

Langage[modifier | modifier le code]

Il est donc sensé de penser que c'est le langage qui a créé l'homme, et non l'homme le langage, mais à condition d'ajouter que l'hominien a créé le langage[32].

Le langage est en nous et nous sommes dans le langage. Nous faisons le langage qui nous fait. Nous sommes, dans et par le langage, ouverts par les mots, enfermés dans les mots, ouverts sur autrui (communication), fermés sur autrui (mensonge, erreur), ouverts sur les idées, enfermés dans les idées, ouverts sur le monde, fermés au monde.[33]

Logique[modifier | modifier le code]

A contrario du positivisme logique et du Cercle de Vienne, pour Edgar Morin (la Méthode, tome 4) il faut abandonner tout espoir de fonder la raison sur la seule logique et il faut reconnaître ce qu'il appelle un principe d'incertitude logique.

En effet, explique Edgar Morin, pour commencer la logique rencontre la contradiction au niveau le plus basique comme l'illustre le paradoxe du Crétois, mis en évidence dès l'antiquité par le crétois Épiménide, qui déclare que tous les crétois sont des menteurs. Ensuite, le théorème d'incomplétude de Gödel montre que la logique ne peut « trouver en elle-même un fondement absolument certain », tandis que la physique quantique – avec la reconnaissance paradoxale du comportement à la fois ondulatoire et corpusculaire de toute particule (dualité onde-corpuscule) – conduit à penser que « certains aspects de la réalité micro-physique n'obéissent pas à la logique déductive-identitaire ».

Ainsi il souligne que la pensée perdrait la « créativité, l'invention et la complexité » si la logique pouvait l'asservir.

Mais il ne propose pas pour autant de bannir la logique, il adopte une position nuancée :

L'usage de la logique est nécessaire à l'intelligibilité, le dépassement de la logique est nécessaire à l'intelligence. La référence à la logique est nécessaire à la vérification. Le dépassement de la logique est nécessaire à la vérité[34].

Et si la logique ne peut fonder la raison c'est que la vraie rationalité reconnait ses limites et est capable de les traiter (méta-point de vue), donc de les dépasser d'une certaine manière tout en reconnaissant un au-delà irrationalisable.

Information[modifier | modifier le code]

Edgar Morin apporte deux idées fondamentales pour compléter la théorie de l'information de Shannon :

  • La notion d'information ne peut être dissociée du support physique portant cette information : l'information a une réalité physique.
  • Le sens de l'information est indépendant de la théorie de l'information, et est porté par la sphère anthropo-sociale.

Selon ses propres mots (la Méthode 1) :

« L'information doit toujours être portée, échangée, et payée physiquement.(...) L'information s'enracine dans la physis, mais sans qu'on puisse la réduire aux maîtres-concepts de la physique classique, masse et énergie. (...) Les traits les plus remarquables et les plus étranges de l'information ne peuvent se comprendre physiquement qu'en passant par l'idée de l'organisation. » (ib p. 307)

Par exemple, « Le sens [d'une information] fonctionne en dehors de la théorie [de l'information de Shannon] » (La Méthode 1, 3.2.I). En fait, « La théorie de l'information [de Shannon] occulte le méta-système anthropo-social qu'elle suppose et dans lequel elle prend son sens. » (ib.)

Mais surtout, « Pour concevoir l'information dans sa plénitude physique, il ne faut pas seulement considérer ses interactions avec énergie et entropie ; il ne faut pas seulement considérer ensemble néguentropie et information, il faut aussi considérer ensemble information, néguentropie, et organisation, en englobant l'information dans la néguentropie et la néguentropie dans l'information. » (ib p. 307)

« La réalité physique de l'information n'est pas isolable concrètement. Je veux dire qu'il n'y a pas, à notre connaissance et sur notre planète, d'information extra-biologique. L'information est toujours liée aux êtres organisés néguentropiquement que sont les vivants et les êtres métabiotiques qui se nourrissent de vie (sociétés, idées). De plus, le concept d'information a un caractère anthropomorphe qui me semble non éliminable. » (ib p. 316)

Et enfin « La notion d'information est nécessairement associée à la notion de redondance et de bruit » (La Méthode 1, 3.2.I).

Son implication internationale[modifier | modifier le code]

Le Collegium international éthique, politique et scientifique[modifier | modifier le code]

Edgar Morin compte également parmi les membres fondateurs du Collegium international éthique, politique et scientifique, association regroupant des scientifiques, intellectuels, anciens Chefs d'États ou de gouvernements, qui souhaitent apporter des réponses intelligentes et appropriées à l'échelle mondiale aux nouveaux défis de notre temps.

Edgar Morin et le « cancer israélo-palestinien »[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Affaire Morin (France).

Le 4 juin 2002, Edgar Morin publie dans le journal Le Monde, avec Sami Naïr et Danièle Sallenave, une retentissante tribune libre intitulée « Israël-Palestine : le cancer »[35]. Cet article y développe l'idée que « ce cancer israélo-palestinien s'est formé d'une part en se nourrissant de l'angoisse historique d'un peuple persécuté dans le passé et de son insécurité géographique, d'autre part du malheur d'un peuple persécuté dans son présent et privé de droit politique ».

Il critique « l'unilatéralisme » que porte la vision israélienne des choses. Pour lui, « c'est la conscience d'avoir été victime qui permet à Israël de devenir oppresseur du peuple palestinien. Le terme Shoah qui singularise le destin victimaire juif et banalise tous les autres (ceux du Goulag, des Tsiganes, des Arméniens, des Noirs esclavagisés, des Indiens d'Amériques) devient la légitimation d'un colonialisme, d'un apartheid et d'une ghettoïsation pour les Palestiniens. »

Il ajoutera que « les juifs d'Israël, descendants des victimes d'un apartheid nommé ghetto, ghettoïsent les Palestiniens. Les juifs qui furent humiliés, méprisés, persécutés, humilient, méprisent et persécutent les Palestiniens. Les juifs qui furent victimes d'un ordre impitoyable imposent leur ordre impitoyable aux Palestiniens. Les juifs victimes de l'inhumanité montrent une terrible inhumanité ».

Cet article valut à Edgar Morin et à ses coauteurs un procès pour « diffamation raciale et apologie des actes de terrorisme » intenté par les associations France-Israël et Avocats sans frontières. Ces associations obtinrent la condamnation[36] du philosophe par la Cour d'Appel de Versailles, mais ce jugement fut cassé par un arrêt définitif de la Cour de Cassation[37] qui a reconnu que la tribune incriminée relevait de la liberté d'expression de ses auteurs.

La lutte pour mettre en place un « tribunal moral des crimes contre l'environnement »[modifier | modifier le code]

Edgar Morin a créé en février 2008, l’Institut International de Recherche, Politique de Civilisation à Poitiers, ceci en étroite relation avec l'Espace Mendès-France et avec trois autres fondateurs[38]. Il est allé en juin 2012 au sommet de la Terre dit « Rio+20 » où il s'est demandé dans quelle mesure il serait possible de créer un tribunal moral mondial pour juger les crimes commis contre l'avenir de l'humanité, et en particulier les crimes contre la nature, débat mené notamment avec le sénateur brésilien Cristovam Buarque et les juges Eva Joly et Doudou Diène[39].

Ouvrages[modifier | modifier le code]

Les ouvrages d'Edgar Morin ont été traduits en 28 langues et dans 42 pays.

  • 1946, L'An zéro de l'Allemagne, Paris, éditions de la Cité Universelle.
  • 1948, Une cornerie, Édition Nagel, Paris, 223 p.
  • 1951, L’Homme et la mort, Le Seuil
  • 1956, Le Cinéma ou l'homme imaginaire, Éditions de minuit
  • 1957, Les Stars, Collections Microcosme « Le Temps qui court », Le Seuil ; 3e édition, remaniée et augmentée, coll. Points, 1972
  • 1959, Autocritique, Le Seuil
  • 1962, L'Esprit du temps, Éditions Grasset Fasquelle
  • 1967, Commune en France. La métamorphose de Plodémet, Fayard, Paris, 1967, 287 p. (cf. Plozévet)
  • 1969, La Rumeur d'Orléans
  • 1969, Introduction à une politique de l'homme, Le Seuil
  • 1970, Journal de Californie
  • 1973, Le Paradigme perdu : la nature humaine
  • La Méthode (6 volumes), coffret des 6 volumes en 2 tomes, collection Seuil Opus, 2008
    • 1977, La Nature de la nature (t. 1), Le Seuil, Nouvelle édition, coll. Points, 1981
    • 1980, La Vie de la vie (t. 2), Le Seuil, Nouvelle édition, coll. Points, 1985
    • 1986, La Connaissance de la connaissance (t. 3), Le Seuil, Nouvelle édition, coll. Points, 1992
    • 1991, Les Idées (t. 4), Le Seuil, Nouvelle édition, coll. Points, 1995
    • 2001, L’Humanité de l’humanité - L’identité humaine (t. 5), Le Seuil, Nouvelle édition, coll. Points, 2003
    • 2004, Éthique (t. 6), Le Seuil, Nouvelle édition, coll. Points, 2006
  • Autocritique Le Seuil - (sa prise de distances avec le Parti communiste)
  • 1981, Pour sortir du XXe siècle, Nathan. Nouvelle édition, Seuil, coll.
  • 1982, Science avec conscience, Fayard, Nouvelle édition remaniée, coll. Points, 1990
  • 1983, De la nature de l’URSS, Fayard, 272 p.
  • 1984, Le Rose et le noir, Galilée, 127 p.
  • 1984, Sociologie, Fayard (1re édition), Le Seuil, Points Essais (1994), p. 462
  • 1987, Penser l'Europe, Gallimard, Folio Actuel 1990 (260 p).
  • 1988, Mais, Édition Neo/Soco Invest, avec Marek Halter. 145 p.
  • 1989, Vidal et les siens
  • 1990, Introduction à la pensée complexe, Le Seuil
  • 1993, Terre-patrie (avec la collaboration d’A.B. Kern), Le Seuil, Nouvelle édition coll. Points, 1996
  • 1994, Mes démons, Stock, coll. Au vif
  • 1994, La Complexité humaine, Textes choisis, Champs Flammarion, coll. l’Essentiel
  • 1995, Les Fratricides - Yougoslavie-Bosnie 1991-1995, Édition Arléa. 123 P
  • 1995, Une année sisyphe Seuil, 500 p.
  • 1997, Comprendre la complexité dans les organisations de soins, (avec Jean-Louis Le Moigne), ASPEPS Éd.
  • 1997, Une Politique de civilisation (en collaboration avec Sami Naïr), éd. Arléa, Paris, 250 p.
  • 1997, Amour Poésie Sagesse Seuil, 81 p.
  • 1999, L’Intelligence de la complexité, (avec Jean-Louis Le Moigne), Éd. l’Harmattan
  • 1999, Relier les connaissances, Le Seuil
  • 1999, La Tête bien faite, Le Seuil
  • 2000, Les Sept savoirs nécessaires à l'éducation du futur, Le Seuil
  • 2000, Dialogue sur la nature humaine, Édition France Culture/l'Aube intervention, avec Boris Cyrulnik. 70 p.
  • 2001, Journal de Plozévet, Bretagne, 1965 (Préparé et préfacé par Bernard Paillard), La Tour d’Aigues, L’Aube
  • 2002, Dialogue sur la connaissance. Entretiens avec des lycéens (entretiens conçus et animés par Alfredo Pena-Vega et Bernard Paillard), La Tour d’Aigues, L’Aube, 70 p.
  • 2002, Pour une politique de civilisation, Paris, Arléa, 78 p.
  • 2003, La Violence du monde (avec Jean Baudrillard), Édition du Félin, 92 p.
  • 2003, Éduquer pour l’ère planétaire, la pensée complexe comme méthode d’apprentissage dans l’erreur et l’incertitude humaine (avec Raul Motta, Émilio-Roger Ciurana), Balland, 158 p.
  • 2003, Université, quel avenir ? (avec Alfredo Pena-Vega), 120 p., Éditions Charles Léopold Mayer, (ISBN 2-84377-074-2);
  • 2003, Les Enfants du ciel : entre vide, lumière, matière (avec Michel Cassé), Odile Jacob, 142 p.
  • 2004, Pour Entrer dans le XXIe siècle, réédition de Pour sortir du XXe siècle publié en 1981, Le Seuil, 400 p.
  • 2006, Itinérance, Arléa, transcription d'un entretien avec Marie-Chritine Navarro en 1999 sur France-Culture, retraçant sa carrière.
  • 2006, Le Monde moderne et la question juive, Le Seuil. (ISBN 2-02090-745-3)
  • 2007, L'an I de l'ère écologique (avec la collaboration de Nicolas Hulot), Tallandier, 127 p. (ISBN 2-84734-441-1)
  • 2007, Vers l'abîme, L'Herne, 181 p. (ISBN 978-2-85197-692-5); 2010 - Kindle edition. (ASIN B004EPYW6U)
  • 2007, Où va le monde?, L'Herne, 108 p. (ISBN 978-2-85197-669-7)
  • 2008, Mon chemin. Entretiens avec Djénane Kareh Tager, Fayard, 368 p. (ISBN 9782213636832)
  • 2008, Mai 68, La Brèche, avec Claude Lefort et Cornelius Castoriadis, Fayard, 306 p. (ISBN 9782213636986)
  • 2008, Vive la politique ?, avec Claude Lefort, Forum Libération de Grenoble sur CD audio, Frémeaux & Associés
  • 2009, Crises, CNRS, Débats (5 novembre 2009)
  • 2009, La Pensée tourbillonnaire - Introduction à la pensée d'Edgar Morin, Éditions Germina, Entretiens
  • 2009, Edwige, l'inséparable, Fayard, 320 p. (ISBN 9782213644080)
  • 2010, Pour et contre Marx, Temps Présent, 128 p.
  • 2010, Ma gauche, Bourin Éditeur, 272 p.
  • 2010, Comment vivre en temps de crise? (avec Patrick Viveret), Bayard Centurion, coll. « Le temps d'une question », 91 p.
  • 2010, Regards sur le sport, collectif, dirigé par Benjamin Pichery et François L'Yvonnet, Le Pommier/INSEP 2010, 256 p. (ISBN 9782746504844)
  • 2011, La Voie : Pour l'avenir de l'humanité, Paris, Éditions Fayard, 307 p. (ISBN 9782213655604)
  • 2011, Conversation pour l'avenir (avec Gilles et Michel Vanderpooten), La Tour d'Aigues, L'Aube, coll. « Monde en Cours ».
  • 2011, Dialogue sur la connaissance : Entretiens avec des lycéens, Editions de l'Aube, 69 p.
  • 2011, Mes philosophes, Meaux, Germina, 128 p.
  • 2011, Le chemin de l'espérance, en collaboration avec Stephane Hessel, Fayard
  • 2012, La France est une et multiculturelle. Lettre aux citoyens de France, en collaboration avec Patrick Singaïny, Fayard, 172 p.
  • 2013, Mon Paris, ma mémoire, Fayard, 270 p. (ISBN 978-2-213-67203-8)
  • 2014, Au péril des idées, avec Tariq Ramadan
  • 2014, Enseigner à vivre. Manifeste pour changer l’éducation, Actes Sud, coédition Play Bac Éditions (ISBN 978-2-330-03432-0)

Filmographie[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Daniel Bougnoux et Bastien Engelbach, « Entretien avec Edgar Morin (2) : Science et philosophie », nonfiction.fr,‎ 10 avril 2008 (lire en ligne)
  2. "Mon chemin", entretiens avec Djénane Kareh Tager
  3. Émission Des mots de minuit - France 2 - 7/05/08
  4. Collectif Roosevelt, site officiel
  5. « Nouvelle Donne, un parti pour concurrencer le PS », Le Nouvel Observateur,‎ 2013 (lire en ligne)
  6. « « Nouvelle Donne », un nouveau parti à gauche », Le Figaro,‎ 2013 (lire en ligne)
  7. « Larrouturou, l'homme des 32 heures, crée son parti », Le Parisien,‎ 2013 (lire en ligne)
  8. « L'économiste socialiste Pierre Larrouturou lance son parti », Le Monde,‎ 2013 (lire en ligne)
  9. Compte twitter d'Edgar Morin
  10. Voir le site du site du tribunal.
  11. (en) Edgar Morin, membre d'honneur du Club de Budapest
  12. Science avec conscience, 1982, Edgar Morin: « le but de la recherche de méthode n’est pas de trouver un principe unitaire de toute connaissance, mais d’indiquer les émergences d’une pensée complexe, qui ne se réduit ni à la science, ni à la philosophie, mais qui permet leur intercommunication en opérant des boucles dialogiques. »
  13. voir le site du Mouvement pour la Pensée Complexe
  14. Voir Pour sortir du XXe siècle (1981) et sa réédition Pour entrer dans le XXIe siècle (2004), ou encore Pour une politique de civilisation (1997)
  15. Entretien avec Edgar Morin : pour une politique de civilisation sur le site du ministères Affaires étrangères, 1997
  16. D. Aubier Le Réel au Pouvoir éd, Dervy-Albin Michel 1997
  17. voir notamment la trilogie Économie et création collective (Economica, 1977), L'Économie multidimensionnelle (Economica, 1991), et L'Économie, service de la vie : Crise du capitalisme - Une politique de civilisation (Presses universitaires de Grenoble, 1996).
  18. Article « Les couleurs de la France » du NouvelObs (1996)
  19. Article Agoravox du 17 janvier 2008.
  20. Article du Monde du 2 janvier 2008.
  21. Article de Libération du 9 janvier 2008.
  22. Voir Vers L'abîme, L'Herne, 2007
  23. L'abîme ou la métamorphose ?, Rencontre avec Edgar Morin Sciences humaines, mensuel no 201 - février 2009
  24. Gaëtan de Rosnay, Roger Bouillot, éditions de la Revue moderne -Paris, juillet 1985
  25. Article et vidéo : La Voix du net - Le mouvement des Biens Communs : L'Art pour la Conscience.
  26. Vidéo : Interview Edgar Morin - Dominique Paulin - Michel Kirch.
  27. Éthique (La méthode 6), Seuil, 2004, p. 60.
  28. dans le texte Morin et la connaissance
  29. Scholem, Gershom G., Les origines de la Kabbale, Collection Pardès, Aubier-Montaigne, Paris 1966,
  30. Éthique (La méthode 6), Seuil, 2004, p. 65
  31. « Le complexus, qui est tissé ensemble » in La Complexité, vertiges et promesses, Le Pommier/Poche, 2006, p. 25.
  32. Le paradigme perdu, Points no 109, p. 86.
  33. La Méthode, tome 4, Points no 303, p. 172.
  34. La Méthode, tome 4, Points no 303, p. 207.
  35. « Israél-Palestine : le cancer », sur MCXAPC,‎ 4 juin 2002 (consulté le 10 mai 2010)
  36. Edgar Morin : « On a créé un état d’intimidation » (Interview accordée par Edgar Morin en juin 2005 à la journaliste suisse Silvia Cattori.
  37. « Jugement du 12 juillet 2006 : La condamnation d'Edgar Morin pour diffamation raciale cassée », sur Le Monde
  38. Cf. site de l'espace Mendès-France
  39. C'était le sujet de la table ronde finale de l'activité « La Terre est Inquiète », activité que Edgar Morin avait contribué à initier dans le cadre de l'IIRPC, cf. le rapport du Workshop international « La Terre est Inquiète » organisé à Rio les 18, 19 et 29 juin 2012

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Entretiens[modifier | modifier le code]