Noam Chomsky

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Noam Chomsky
Linguiste occidentalXXe siècle
Noam Chomsky en 2004
Noam Chomsky en 2004
Naissance (85 ans)
Philadelphie, États-Unis
Nationalité Drapeau des États-Unis États-Unis
Principaux intérêts Linguistique théorique
Syntaxe
Acquisition du langage
Idées remarquables Fondateur de la grammaire générative et transformationnelle (linguistique générative)
Hiérarchie de Chomsky
Forme normale de Chomsky
Œuvres principales Structures syntaxiques
Aspect de la théorie syntaxique
Adjectifs dérivés chomskien, chomskienne

Noam Chomsky[1] né le à Philadelphie, est un linguiste et philosophe américain. Professeur émérite de linguistique au Massachusetts Institute of Technology où il a enseigné toute sa carrière[2], il a fondé la linguistique générative. Il s'est fait connaître du grand public, à la fois dans son pays et à l'étranger[3], par son parcours d'intellectuel engagé de sensibilité anarchiste[4],[5].

Chomsky a commencé à développer sa théorie de la grammaire générative et transformationnelle dans les années 1950 en cherchant à dépasser aussi bien l'approche structuraliste, distributionnaliste que comportementaliste dans l'étude du langage naturel. Visant à rendre compte des structures innées de la « faculté de langage », cette théorie est souvent décrite comme la contribution la plus importante dans le domaine de la linguistique théorique du XXe siècle et on a parfois parlé de « révolution chomskienne »[6]. Pour répondre aux critiques développées dans les années 1970 envers son premier modèle, Chomsky a proposé au début des années 1980 une nouvelle version de sa théorie fondée sur une approche modulaire. Il a ensuite jeté les bases, au cours des années 1990, de ce qu'il a appelé le « programme minimaliste ».

Les recherches de Chomsky ont joué un rôle crucial dans ce que l'on appelle la « révolution cognitive ». Sa critique du Verbal Behavior (« comportement verbal ») de Skinner en 1959, a remis en question l'approche comportementale de l'étude de l'esprit et du langage, qui dominait dans les années 1950. Son approche naturaliste de l'étude du langage a également rencontré un grand écho en philosophie du langage et de l'esprit[7]. Il a également établi la hiérarchie de Chomsky, moyen de classification des langages formels en fonction de leur pouvoir de génération.

En parallèle de sa carrière scientifique, Noam Chomsky mène une intense activité militante depuis le milieu des années 1960 lorsqu'il prend publiquement position contre la guerre du Viêt Nam. Sympathisant du mouvement anarcho-syndicaliste et membre du syndicat IWW, il donne une multitude de conférences un peu partout dans le monde et publie de nombreux livres et articles dans lesquels il fait part de ses analyses historiques, sociales et politiques. Ses critiques portent tout particulièrement sur la politique étrangère des États-Unis et le fonctionnement des mass médias.

En 1992, d'après l'Arts and Humanities Citation Index, Chomsky est plus souvent cité qu'aucun autre universitaire vivant pendant la période 1980–92. Il occupe la huitième position dans la liste des auteurs les plus cités[8],[9],[10],[11]. Il est considéré comme une figure intellectuelle majeure du monde contemporain, à la fois controversée et admirée[12],[13],[14]. Plusieurs livres et documentaires lui ont été consacrés.

Biographie[modifier | modifier le code]

Le Ray and Maria Stata Center dans lequel Chomsky possède son bureau d'Institute Professor au sein du département de « linguistique et philosophie » du MIT.

Chomsky est né à Philadelphie en Pennsylvanie. Son père, William Chomsky, était un spécialiste de l'hébreu qui avait fui la Russie en 1913[15]. Sa mère Elsie, née Simonofsky aux États-Unis, enseignait également l'hébreu. Noam grandit « immergé dans la culture, l'érudition et les traditions du judaïsme et de l'hébreu »[16]. Vers l'âge de huit ou neuf ans, Chomsky passait chaque vendredi soir à lire de la littérature hébraïque avec son père[17]. Il a été scolarisé avant l'âge de deux ans dans une école d'inspiration deweyite gérée par l'université Temple, l'Oak Lane Country Day School, école dont le principe d'évaluation était basé principalement sur la créativité – individuelle et collective – des élèves[18]. Il y est resté jusqu'à l'âge de douze ans puis a retrouvé le système scolaire classique en entrant à l'école secondaire centrale de Philadelphie dont le climat de compétition interpersonnelle le consternait[19].

Selon ses souvenirs, Chomsky écrivit son premier article pour le journal de son école en 1939 au sujet de la menace de l'expansion du fascisme après la chute de Barcelone dans la guerre d'Espagne, il fut bouleversé par cette chute et l'écrasement final des mouvements anarcho-syndicalistes comme du Parti ouvrier d'unification marxiste (POUM)[20]. C'est au début de l'adolescence qu'il entra en contact avec les idées anarchistes[21] en fréquentant notamment le kiosque à journaux que tenait un de ses oncles bossu mêlé au milieu du crime organisé[22] à New York et qui formait une sorte de « salon politico-littéraire très vivant où se retrouvaient des intellectuels et des professions libérales »[23]. Au cours de ses excursions new-yorkaises, Il se retrouvait souvent dans les locaux du journal anarchiste Freie Arbeiter Stimme dont l'un des plus importants collaborateurs était Rudolf Rocker[24].

Chomsky est entré en 1945 à l'université de Pennsylvanie en donnant des cours d'hébreu pour financer ses études[25]. Il y a notamment étudié la philosophie auprès de C. West Churchman, Nelson Goodman et Morton White, et la linguistique auprès de Zellig Harris[26]. Les idées à la fois linguistiques et politiques de Harris furent déterminantes dans l'orientation intellectuelle et scientifique de Chomsky[27] et leur relation de maître à élève déboucha sur une étroite amitié[28]. Il a décroché son Bachelor of Arts en 1949 avec un mémoire intitulé Morphophonetics of Moderne Hebrew[28]. La même année, Chomsky s'est marié avec la linguiste Carol Doris Schatz (1930-2008[29]) qu'il connaissait depuis l'enfance[30] – ils ont eu deux filles, Aviva (née en 1957) et Diane (1960), et un fils, Harry (1967).

Chomsky a soutenu sa thèse de linguistique à l'université de Pennsylvanie en 1955[31], après avoir poursuivi ses recherches de 1951 à 1955 à Harvard en tant que Harvard Junior Fellow[32]. Dans son mémoire, il a commencé à développer certaines des idées qu'il a approfondies dans son livre de 1957 intitulé Structures syntaxiques.

Chomsky a rejoint ensuite le Massachusetts Institute of Technology (MIT) en 1955 grâce à l'appui de Roman Jakobson, comme professeur associé au sein du laboratoire de recherche en électronique de l'institut qui travaillait sur un projet de machine à traduire[33]. En 1961, il a été nommé professeur dans le « département de langues modernes et de linguistique », créé pour accueillir le troisième cycle en linguistique mis sur pied par Morris Halle et lui-même[34].

C'est vers 1964 que Chomsky a pris la décision de s'engager publiquement dans le débat politique[35]. C'est comme intellectuel qu'il est devenu l'un des principaux opposants à la guerre du Viêt Nam avec la publication en février 1967 de son essai « Responsabilités des Intellectuels » dans la New York Review of Books[36]. Il y insistait sur l'idée que dans la mesure où les intellectuels ont, comparé au reste de la population, plus facilement accès à la vérité, ils ont d'autant plus de responsabilité face à elle[37]. Si cette publication a entraîné la mobilisation de nombreux universitaires dans les mois qui suivirent[38], son activisme, et notamment son soutien public aux déserteurs de l'armée américaine par le biais de l'« appel à la résistance contre toute forme d'autorité illégitime »[39], lui valut d'être poursuivi en justice pour complicité de « résistance active à la loi d'incorporation militaire »[40]. Mais après l'Offensive du Tết de fin janvier 1968, les poursuites furent abandonnées. Il s'est retrouvé également sur la liste secrète des « opposants politiques » du Président Nixon dont l'existence a été révélée en 1971[41]. Depuis lors, Chomsky n'a pas cessé de publier ses analyses politiques et de donner de nombreuses conférences et interviews dans le monde entier. Ses critiques de la politique étrangère américaine, souvent reprises en dehors des États-Unis, l'ont exposé aux critiques nourries aussi bien des libéraux que des conservateurs américains.

Entre 1966 et 1976, il a été titulaire de la chaire « Ferrari P. Ward de langues modernes et linguistique ». En 1976, il a accédé au titre rare d’Institute Professor. Chomsky a enseigné au MIT toute sa carrière.

Profondément rationaliste[42], Chomsky rejette formellement le post-structuralisme et les critiques postmodernes de la science[43].

L'adjectif « chomskyen » a été créé pour désigner ses travaux et ses idées, mais ce terme est peu apprécié par Chomsky lui-même qui considère la « personnalisation » comme indue dans le domaine de la science[44].

Sa fille aînée, Aviva Chomsky, historienne spécialiste de l'histoire de l'Amérique latine et des Caraïbes, est coordinatrice des études latino-américaines au collège d'État de Salem (Massachusetts).

Activité scientifique[modifier | modifier le code]

Linguistique[modifier | modifier le code]

« Depuis la publication en 1957 de Structures syntaxiques, Chomsky exerce sur la linguistique une influence considérable[45] ». Structures syntaxiques introduisait la grammaire générative. Cette théorie considère que les expressions (séquences de mots) ont une syntaxe qui peut être caractérisée (globalement) par une grammaire formelle ; en particulier, une grammaire hors-contexte étendue par des règles de transformation. Les enfants sont supposés avoir une connaissance innée de la grammaire élémentaire commune à tous les langages humains (ce qui présume que tout langage existant en est une sorte de restriction). Cette connaissance innée est appelée « grammaire universelle ». Il est soutenu que la modélisation de la connaissance de la langue par une grammaire formelle explique la « productivité » de la langue : avec un jeu réduit de règles de grammaire et un ensemble fini de termes, les humains peuvent produire un nombre infini de phrases. Il existe et il existera donc toujours des phrases qui n’ont jamais été dites.

The Principles and Parameters approach (P&P) (L'Approche des principes et des paramètres), développée dans les Conférences (Pise, 1979), publiées plus tard sous le titre Lectures on Government and Binding (LGB) s'inscrivent dans le prolongement du concept de grammaire universelle : les principes grammaticaux sous-tendant les langages sont innés et fixés. Les différences entre les divers langages dans le monde peuvent être caractérisées en termes de paramètres programmés dans le cerveau (tel le paramètre du sujet nul, pro-drop parameter, qui indique quand un sujet explicite est requis, comme en anglais, ou s'il peut être élidé, comme en espagnol) souvent comparés à des commutateurs (d'où le terme de principes et paramètres utilisé pour qualifier cette approche). De ce point de vue, un enfant qui apprend une langue a seulement besoin d'acquérir les items lexicaux nécessaires (mots, morphèmes grammaticaux et les tournures idiomatiques) et fixer les valeurs appropriées des paramètres, ce qui peut être fait sur quelques exemples clés.

Les partisans de cette conception arguent du fait que la vitesse particulièrement grande avec laquelle les enfants apprennent des langues est difficile à expliquer, à moins que les enfants n'aient une capacité innée pour apprendre des langues. Les étapes semblables que suivent tous les enfants à travers le monde quand ils apprennent des langues, et le fait que les enfants commettent des erreurs caractéristiques quand ils apprennent leur première langue, tandis que d'autres types d'erreur apparemment logiques ne se produisent jamais (et, selon Chomsky, elles devraient être attestées si le mécanisme d'apprentissage utilisé était général plutôt que spécifique à une langue) est également perçu comme une raison de l'innéité. Outre ces considérations générales, les arguments les plus convaincants en faveur de l'innéité d'un certain nombre d'aspects des systèmes linguistiques dérivent de l'analyse minutieuse de nombreuses propriétés linguistiques des langues les plus diverses. Cette analyse suggère fortement que ces propriétés, qui apparaissent de façon systématique chez les jeunes enfants, ne semblent pas découler de façon plausible des données linguistiques auxquelles ils ont été soumis au cours de leur phase d'acquisition du langage. Ce dernier type d'argument est connu sous le nom d'argument « de la pauvreté du stimulus ». Comme le résument Michael Siegal, Olivier Pascalis et Stephen C. Want du département de psychologie de l'université de Sheffield : « Une expérience limitée avec le langage est suffisante pour permettre le développement d’un langage structuré chez l’enfant. Selon le principe de la « pauvreté du stimulus » proposé par Chomsky, il existe de nombreuses preuves que l’acquisition de la grammaire se fait indépendamment de l’intelligence non verbale. Malgré de grandes variations dans l’environnement langagier, l’apprentissage de la grammaire se fait dans un ordre fixe[46] ».

Plus récemment, dans son Minimalist Program (1995) (Programme minimaliste), tout en conservant le concept central des « principes et des paramètres », Chomsky tente une révision importante des machines linguistiques impliquées dans le modèle de LGB, les dépouillant de tout, sauf des stricts éléments nécessaires, tout en préconisant une approche générale de l'architecture de la faculté du langage humain, qui souligne les principes de l’économie et de la conception optimale. Il revient à l'approche dérivationnelle de la génération, en opposition avec la majeure partie de l'approche représentative du classique P&P .

Les travaux de Chomsky ont exercé une forte influence sur l'étude de l'acquisition du langage, bien qu'une partie des chercheurs qui travaillent dans ce domaine aujourd'hui ne soutiennent pas ses théories et s'appuient davantage sur les processus d'émergence ou les théories connexionnistes, ramenant la langue à un cas particulier des processus généraux du cerveau.

Grammaire générative et études empiriques[modifier | modifier le code]

L’approche chomskyenne de la syntaxe, souvent qualifiée de grammaire générative, est contestée, surtout en dehors des États-Unis, mais bénéficie d’une certaine popularité. L’analyse de Chomsky, largement abstraite, repose en grande partie sur l’examen minutieux de l’interface entre constructions et ruptures grammaticales dans le langage (à rapprocher des cas pathologiques, qui jouent un rôle similaire en mathématiques). De telles analyses grammaticales ne peuvent être réalisées finement que dans une langue maîtrisée au mieux et les linguistes qui s’y intéressent se consacrent donc souvent à leur langue maternelle pour des raisons pratiques. Il s’agit généralement de l’anglais, du français, de l’allemand, du néerlandais, de l’italien, du japonais ou du mandarin. Cependant, comme le fait remarquer Chomsky : « La première application de cette approche a porté sur l’hébreu moderne, étudié de manière relativement précise vers 1949-50. La seconde, au milieu des années 1950, concernait un idiome américain indigène, le Hidatsa : elle fut la première grammaire générative exhaustive. Le turc fit l’objet de la première thèse de doctorat, au début des années 1960. Ces travaux furent ensuite adaptés à un large panel de langues. Le MIT devint de fait le centre international d’étude des langues aborigènes australiennes par l’approche générative […] grâce aux travaux de Ken Hale, qui est également à l’origine de l’un des plus ambitieux programmes de recherche sur les langues indigènes américaines ; en fait, le premier programme faisant intervenir des indigènes, amenés à l’université pour se former à la linguistique afin qu’ils puissent travailler sur leurs propres langues, de manière bien plus profonde que tout ce qui avait jamais pu être réalisé auparavant. Cela s’est poursuivi par la suite et est devenu un travail de référence sur la collection de langues la plus variée du point de vue typologique ».

La théorie de la grammaire générative se révèle parfois peu pertinente pour analyser des langues jamais étudiées auparavant. Cette approche a connu de nombreuses évolutions au fur et à mesure que le nombre de langues étudiées augmentait. La thèse des invariants (ou universaux) linguistiques connaît pourtant un soutien de plus en plus important ; dans les années 1990, Richard Kayne a par exemple suggéré que toutes les langues sous-tendent une structure Sujet-Verbe-Objet, ce qui aurait paru peu plausible dans les années 1960. L’une des principales motivations d’une approche alternative comme l’approche typologico-fonctionnelle (souvent associée à Joseph Greenberg) est de confronter les hypothèses d’invariances linguistiques à l’étude du plus grand nombre possible de langues, de classer les écarts constatés et d’en induire des lois théoriques. Bien qu’elle ait déjà été appliquée à un grand nombre de langues, l’approche de Chomsky est trop méticuleuse et nécessite une connaissance trop pointue des langues étudiées pour répondre à une telle méthodologie.

Le modèle proposé dans Principes de phonologie générative (The Sound Pattern of English, 1968), écrit en collaboration avec Morris Halle, est aujourd’hui considéré comme dépassé, y compris par Chomsky lui-même[47].

Langages formels : la hiérarchie de Chomsky[modifier | modifier le code]

Chomsky est devenu célèbre en étudiant différentes sortes de langages formels et leurs capacités respectives à intégrer des caractéristiques intrinsèques du langage humain[48]. Ses travaux fondateurs sont à l'origine des « progrès de la linguistique moderne »[49]. La hiérarchie de Chomsky décompose les grammaires formelles en catégories de pouvoir d’expression croissant, c’est-à-dire en groupes successifs pouvant chacun générer une variété de langages plus large que le groupe précédent. Il démontra formellement que certains aspects du langage humain nécessitent de recourir à une grammaire formelle plus complexe (en termes de hiérarchie chomskyenne) que pour d’autres. Par exemple, alors que le groupe des langages réguliers est suffisamment puissant pour modéliser la morphologie de la langue anglaise, il ne l’est pas assez pour en modéliser la syntaxe.

La hiérarchie de Chomsky est un résultat important de la branche de l'informatique théorique qu'est la théorie des automates. Chaque niveau de grammaire est strictement isomorphe à un type particulier d'automate, la grammaire générative correspond au pouvoir expressif des automates finis qui est strictement inférieur à celui des fonctions récursives, qui elles, correspondent aux machines de Turing, c'est-à-dire, à la puissance de calcul des ordinateurs.

Psychologie[modifier | modifier le code]

Les travaux linguistiques de Chomsky ont eu une influence majeure sur la psychologie et son orientation fondamentale dans la deuxième moitié du XXe siècle. Pour Chomsky, la linguistique est une branche de la psychologie cognitive, et de véritables compétences en linguistique impliquent une compréhension concomitante des aspects du processus mental et de la nature humaine. Sa théorie de la grammaire universelle est vue par beaucoup comme un défi direct aux théories comportementalistes établies. Elle a eu des conséquences majeures sur la compréhension de l'apprentissage du langage par les enfants et sur ce qu'est exactement la capacité d'interpréter le langage.

Beaucoup des principes les plus fondamentaux de cette théorie ne sont pas acceptés par certains cercles de pensée (même si ce n'est pas le cas des théories les plus importantes basées sur les principes et paramètres décrits ci-dessus).

En 1959, Chomsky publie un compte-rendu resté célèbre[50] du livre de B. F. Skinner Verbal Behavior[51] dans lequel Skinner donne une explication spéculative et comportementaliste du langage. Le comportement linguistique y est défini comme un comportement appris, avec pour conséquence caractéristique d'être transmis par le comportement déjà appris par d'autres individus. Cette théorie apporte une vision globale du comportement communicatif, bien plus large que celle généralement admise par les linguistes. L'approche de Skinner diffère considérablement de la plupart des théories linguistiques traditionnelles sur la mise en valeur des circonstances dans lesquelles le langage est utilisé. Par exemple, demander de l'eau est une réponse cognitive fonctionnellement différente que lorsqu'on désigne l'eau par le mot eau, ou encore lorsqu'on répond à quelqu'un qui demande de l'eau… Ces utilisations fonctionnellement différentes demandent chacune une explication différente : l'approche contraste fortement avec les notions traditionnelles du langage et avec l'approche psycholinguistique de Chomsky, qui se concentre sur les représentations mentales des mots et les mots acquis qui, une fois appris, peuvent apparaître dans toutes les fonctions.

La critique de Chomsky dans son article de 1959, bien que touchant aux différentes fonctions verbales, se résume plus largement à une attaque de la base même de l'approche de Skinner, à savoir la psychologie comportementale, que Chomsky, en 1969, au détour d'un de ses premiers écrits politiques, qualifie de « nouvelle idéologie coercitive, vaguement teintée de science »[52]. L'essence des arguments de Chomsky est que l'application des principes comportementalistes, issus de la recherche animale, n'a aucun sens lorsqu'il s'agit de l'appliquer à des humains hors d'un laboratoire, et que pour comprendre un comportement complexe il faut avant tout reconnaître qu'il y a dans le cerveau des entités inobservables qui en sont fondamentalement responsables.

Cet article de Chomsky de 1959, qui remet en cause le comportementalisme radical de Skinner, a lui-même été critiqué entre autres dans un article intitulé On Chomsky’s Review of Skinner’s Verbal Behavior de Kenneth MacCorquodale en 1970[53]. Ces différentes critiques notent des faits importants généralement non reconnus hors de la psychologie comportementale, et estiment que Chomsky ne comprend ni la psychologie comportementale dans son ensemble, ni comment le radicalisme comportementaliste de Skinner diffère des autres variantes comportementalistes, et qu'il fait des erreurs embarrassantes. Ils indiquent aussi que les personnes les plus influencées par cet article de Chomsky étaient déjà substantiellement d'accord avec lui, et ne l'ont peut-être même pas lu.

La critique de Chomsky envers la méthodologie de Skinner a posé les jalons de la révolution cognitive. Dans son livre de 1966 Cartesian Linguistics et dans d'autres travaux, Chomsky explique que l'étude des facultés du langage humain est devenue un modèle pour les études dans d'autres domaines de la psychologie. La majorité des nouvelles conceptions émises sur le fonctionnement de l'esprit sont issues d'idées formulées par Chomsky.

Parmi celles-ci, trois idées clefs :

  • L'esprit est cognitif, c'est-à-dire qu'il contient des croyances, des doutes, etc. La conception passée ne prenait pas en compte ce côté cognitif, ne reconnaissant que des relations logiques du style « si tu me demandes si je veux X, je te répondrai oui ». Au contraire, Chomsky explique que la façon commune de comprendre l'esprit comme ayant des croyances ou encore des états mentaux non conscients, est l'approche à privilégier ;
  • Une grande partie de ce que l'esprit d'un adulte peut faire est innée. Même si aucun enfant ne naît avec la capacité de parler directement, tous naissent avec la capacité d'acquisition du langage qui leur permet d'apprendre le langage rapidement dans leurs premières années.
Nombre de psychologues ont étendu cette thèse à d'autres domaines que le langage, en contradiction avec la vision du nouveau-né en tabula rasa ;
  • L'architecture de l'esprit est modulaire. L'esprit est composé d'un ensemble d'interactions, de sous-systèmes spécialisés (modules), avec un flot limité d'intercommunication. Cette théorie contraste fortement avec l'ancienne conception selon laquelle chaque part d'information peut être accessible par tous les autres processus cognitifs (par exemple, on ne peut pas annuler l'effet d'une illusion optique même si on sait consciemment que c'est une illusion d'optique).

Neurologie et biologie[modifier | modifier le code]

Chomsky a postulé l'existence d'une « grammaire universelle » inscrite dans les tissus cérébraux. En 2003, des chercheurs italiens et allemands font état, dans Nature Neuroscience, de leur identification d'une subdivision de l'aire de Broca spécialisée dans le traitement de la grammaire[54].

Niels Kaj Jerne, lauréat du prix Nobel de médecine en 1984, a utilisé le modèle génératif de Chomsky pour expliquer le système immunitaire humain, faisant le lien entre structures grammaticales et protéiques. Le discours de Jerne à la remise du Nobel s’est intitulé « la grammaire générative du système immunitaire ».

Un intellectuel dissident[modifier | modifier le code]

Contre les élites et la « pensée dominante »[modifier | modifier le code]

Stanley Cohen, professeur de sociologie à la LSE, explique que Chomsky ne cherche pas à s'adresser aux puissants – « the Kissingers of the world » – qui savent très bien ce qu'il en est, mais aux gens ordinaires qui ont besoin d'être mieux informés pour agir. Il considère que « les intellectuels qui gardent le silence à propos de ce qu'ils savent, qui se désintéressent des crimes qui bafouent la morale commune, sont encore plus coupables quand la société dans laquelle ils vivent est libre et ouverte. Ils peuvent parler librement, mais choisissent de ne rien en faire[55]. » Chomsky reconnaît vivre dans un pays possédant de hauts standards en matière de liberté d'expression[56] et agit comme « intellectuel critique », en étant à la fois au service des militants luttant pour un monde plus juste et en proposant ce que Jean Bricmont appelle des « outils d'auto-défense intellectuelle contre le discours dominant »[57]. Pour ce dernier, qui a codirigé un Cahier de L'Herne consacré à Chomsky, « dans un monde où des cohortes d’intellectuels disciplinés et de médias asservis servent de prêtrise séculière aux puissants, lire Chomsky représente un acte d’autodéfense. Il peut permettre d’éviter les fausses évidences et les indignations sélectives du discours dominant »[58]. La Revue internationale et stratégique, dans un compte-rendu de son recueil d'articles publié sous le titre De la guerre comme politique étrangère des États-Unis, souligne que « Chomsky permet au lecteur de tenir une réflexion critique sur les discours officiels, de ne pas se soumettre à la pensée dominante »[59].

Critique de la « fabrication du consentement »[modifier | modifier le code]

Noam Chomsky, en collaboration avec l'universitaire Edward Herman, a contribué à la naissance des travaux consacrés à « l'économie politique » (« political economy ») des médias de masse[60]. Cette approche s'intéresse, dans une perspective critique, au fonctionnement de l'industrie des médias dans ses rapports avec les pouvoirs économique et politique. Partis du constat qu'en démocratie les élites ne peuvent pas se contenter d'user de la force pour asseoir leur domination et du principe que les intérêts de la majorité de la population diffèrent de ceux de l'élite, Chomsky et Herman ont cherché à démontrer empiriquement, dans leur livre La Fabrication du consentement (1988), comment, dans le contexte américain, les principaux médias participent au maintien de l'ordre établi. Dans leur optique, les médias tendent à maintenir le débat public et la présentation des enjeux dans un cadre idéologique construit sur des présupposés et intérêts jamais questionnés, afin de garantir aux gouvernants l'assentiment ou l'adhésion des gouvernés. C'est ce qu'ils ont appelé, en reprenant une formule forgée en 1922 par Walter Lippmann, l'un des fondateurs des relations publiques, la « fabrication du consentement » (« manufacturing consent »). Ils ont basé leur analyse sur ce qu'ils ont appelé un « modèle de propagande ». Selon ce modèle, cinq filtres déterminent en grande partie l'information produite dans et par les médias, à savoir : les caractéristiques économiques du média considéré (taille, actionnariat, orientation lucrative), la régulation par la publicité, la nature des sources d'information employées, les « contre-feux » (« flak ») et moyens de pression, l'idéologie anticommuniste[61] (peut être étendu à tout élément idéologique dominant[62]). Ils ont ainsi « décrit la relation étroite entre l'économie et les intérêts militaires américains et le concept de "menace soviétique" dans ses différentes manifestations »[63] et relevé de « nombreux liens et intérêts partagés entre les médias, le gouvernement et le monde de l'entreprise aux États-Unis »[64]. Leur étude a établi que le traitement médiatique des pays ennemis des États-Unis est systématiquement différent de celui réservé aux pays alliés[65], défavorable dans le premier cas et favorable dans le second.

Chomsky avance aussi que dans une société démocratique, la ligne politique défendue n'est jamais énoncée comme telle mais sous-entendue. Ainsi, les débats et les dissensions, dont l'existence est nécessaire pour pouvoir continuer à soutenir que la liberté règne[66], se situent dans le cadre d'un « consensus largement internalisé »[67].

Le modèle proposé par Chomsky et Herman, vivement débattu et contesté[68], a parfois été jugé « statique » ou « unidimensionnel », en ce qu'il ne prend pas en compte les capacités de résistance du public[69] et les effets réellement produits sur l'opinion publique[70]. Il a également été critiqué d'un point de vue sociologique comme trop « fonctionnaliste »[71]. Mais pour l'universitaire Jeffery Klaehn, qui a dirigé en 2005 un livre consacré au « modèle de propagande »[72], celui-ci est aujourd'hui encore plus pertinent qu'il ne l'était à l'époque de sa genèse au vu de la « globalisation de l'économie et du pouvoir et de l'influence croissants des grandes multinationales » face à l'« impuissance croissante d'une vaste majorité de la population mondiale »[73].

Dissidence politique[modifier | modifier le code]

Noam Chomsky au Forum social mondial de 2003.

Depuis la manifestation publique de son opposition à la Guerre du Viêt Nam, Chomsky n'a plus quitté la sphère du débat public. Il a formulé des analyses sur la politique et les affaires internationales, notamment dans les nombreux livres, articles et tribunes qu'il a consacrés à ces questions. Ses analyses, largement citées ou reprises, ont fait l'objet de vifs débats et controverses.

Depuis la publication de L'Amérique et ses nouveaux mandarins en 1969, Chomsky a consacré l'essentiel de ses interventions publiques à une critique radicale de la politique étrangère des États-Unis. Elle n'est selon lui guidée que par la volonté de favoriser coûte que coûte l'expansion ou le maintien de l'empire américain, si bien que « les États-Unis ne peuvent tolérer le nationalisme, la démocratie et les réformes sociales dans le tiers monde, parce que les gouvernements de ces pays devraient alors répondre aux besoins de la population et cesser de favoriser les intérêts des investisseurs américains[74] ». Pour Robin Blackburn, Chomsky déploie un large spectre de critiques bien informées contre le gouvernement américain[75], et Irene Gendzier souligne que ses innombrables écrits ont apporté la preuve que la politique américaine a été impliquée dans « le renversement de la démocratie, l'entrave au développement indépendant et la légitimation de la force dans le tiers-monde, au nom de la démocratie »[76]. De manière plus générale, il développe des positions anti-guerres, et s'est élevé contre la plupart des conflits dans lesquels l'armée américaine s'est trouvée engagée[75]. Parfois classé comme pacifiste, il ne considère cependant pas toute violence comme illégitime a priori[77].

À ce titre, Chomsky pense notamment que l'étiquette de « terroriste » est une arme idéologique employée par des gouvernements qui ont été incapables de reconnaître la dimension terroriste de leurs propres activités[78]. Il critique largement la politique d'Israël vis-à-vis des Palestiniens et le soutien des États-Unis à cette politique[79]. Pour lui, loin de conduire à un véritable « processus de paix », le soutien diplomatique et militaire apporté depuis la résolution 242 par les États-Unis à leurs alliés israéliens au Moyen-Orient bloque toute initiative concrète en ce sens[80]. En Israël, selon le quotidien Haaretz, « Chomsky est vu par la droite, mais pas seulement, comme un déserteur, un traître et un ennemi de son peuple »[81].

Deux mois après les attentats du 11 septembre, Chomsky publie chez une maison d'édition indépendante un petit livre d'entretiens intitulé 9-11. Il y explique notamment, comme le New York Times s'en fait l'écho, que ces attaques sont d'« horribles atrocités » mais que « nous ne pouvons considérer les États-Unis comme des victimes que si nous nous plaçons dans la perspective commode qui consiste à ignorer tout ce que ce pays et ses alliés ont fait »[82]. Le livre devient un succès de librairie avec 300 000 exemplaires écoulés en quelques semaines[83]. Traduit en 23 langues et publié dans 26 pays[84], il est devenu « l'une des meilleures ventes dans la catégorie des écrivains politiques vivants, comptabilisant des millions d'exemplaires vendus aux États-Unis et à l'étranger »[85]. Son second livre sur le sujet, Power and Terror. Post-9/11 Talks and Interviews, publié en mars 2003 chez le même éditeur, devient lui aussi un best-seller.

En février 2002, Chomsky s'invite au procès de son éditeur turc Fatih Tas, poursuivi pour avoir publié des textes dans lesquels il dénonce ce qu'il qualifie d'opérations terroristes menées contre la minorité kurde par le gouvernement d'Ankara. Réclamant d'être lui aussi placé sur le banc des accusés, il contribue à l'obtention de l'acquittement de l'éditeur[86].

En 2006, il se déclare favorable à la partition du Kosovo entre Serbes et Albanais dans le but de couper les « racines de la haine », comme l'intellectuel serbe Dobrica Ćosić[87], ou à la refonte d'une grande Yougoslavie avec intégration de l'Albanie grâce à la création d'un parti social-révolutionnaire en Albanie et dans tous les États de l'ex-Yougoslavie[88].

Le , il fait partie des intellectuels cités par Oussama ben Laden parmi ceux que le peuple américain devrait étudier[89]. Le chef d'Al-Qaida précise en janvier 2010 dans un enregistrement audio diffusé par Al Jazeera que « Noam Chomsky a raison quand il compare la politique américaine à celle de la Mafia »[90].

Le , Israël le retient quatre heures et refuse finalement son entrée en Cisjordanie alors qu'il devait donner une conférence à l'université de Beir Zeit dans le cadre d'une tournée de conférence dans la région[91].

Le , Noam Chomsky réaffirme qu'il n'existe aucune preuve sérieuse qu'Oussama Ben Laden, pas plus qu'Al Qaida, soit à l'origine des événements du 11 septembre 2001 et donc que Barack Obama a menti. Pour lui, des « aveux » ne signifient rien. Il soutient que l'opération américaine menée pour tuer Ben Laden est un assassinat planifié qui multiplie clairement les violations du droit international. Il ajoute enfin que les crimes de G. W. Bush surpassent largement ceux de Ben Laden et que, si l'on suit la doctrine Bush, c'est Bush lui-même qui en a appelé à l'invasion et à la destruction des États-Unis[92].

En 2011, Noam Chomsky s’engage à plusieurs reprises en faveur du mouvement Occupy, à travers des entretiens[93],[94] et des publications[95]. En avril 2012, il donne au journal suisse Bilan son opinion sur les mouvements démocratiques qui émergent : « Aux États-Unis, le mouvement des "Occupy" a été la première réaction [au cynisme des classes possédantes] depuis au moins trente ans. Et tant que [ce cynisme] durera on va assister, à mon avis, à une amplification de ces mouvements qui créent des communautés, des solidarités et des idées qui seront durables »[96].

Critiques et polémiques[modifier | modifier le code]

L'« affaire Faurisson »[modifier | modifier le code]

Chomsky signe en 1979 une pétition lancée par le militant négationniste Mark Weber (en) en faveur de Robert Faurisson, qui fait alors scandale en France à la suite de la parution dans la presse d'articles où il nie l'existence des chambres à gaz pendant la Seconde Guerre mondiale[97]. Pour répondre aux réactions que suscita son geste, Chomsky rédigea alors un court texte[98] dans lequel il expliquait que défendre le droit pour une personne d'exprimer ses opinions ne revenait nullement à les partager. Cette position classique en matière de liberté d'expression est celle des Lumières et du premier amendement de la Constitution américaine.

Il donna son texte à un ami d'alors, Serge Thion, en lui permettant de l'utiliser à sa guise. Or Thion le fit paraître, comme « avis », au début du livre publié en 1980 par Faurisson et intitulé Mémoire en défense. Chomsky n'a cessé de rappeler qu'il n'avait jamais eu l'intention de voir publier son texte à cet endroit et qu'il chercha, mais trop tard, à l'empêcher[58]. À ce propos, Chomsky explique : « J'appris plus tard que ma déclaration devait apparaître dans un livre dans lequel Faurisson se défend des charges qui devaient bientôt être retenues contre lui lors d'un procès. Bien que ceci ne fût pas mon intention, ce n'était pas contraire à mes instructions. Je reçus une lettre de Jean-Pierre Faye, un écrivain et militant anti-fasciste bien connu, qui était d'accord avec ma position mais me pressait de retirer ma déclaration car le climat de l'opinion en France était tel que ma défense du droit de Faurisson à exprimer son point de vue serait interprétée comme un soutien pour ce dernier. Je lui écrivis que j'acceptai son jugement, et demandais que ma déclaration n'apparaisse pas, mais il était alors trop tard pour stopper la publication[99]. » Au sujet de sa demande de non publication de sa déclaration, Chomsky précise que « a posteriori, je pense que probablement je n'aurais pas dû faire cela. J'aurais dû dire "Ok, laissez [le texte] paraître ainsi car il doit paraître". Mais cela mis à part, je considère [ma prise de position] dans cette affaire comme non seulement anodine, mais surtout insignifiante comparée à d'autres positions que j'ai prises sur la liberté d'expression »[100].

L'historien français Pierre Vidal-Naquet, spécialiste du négationnisme, a considéré cependant que la pétition signée par Chomsky allait plus loin que la simple défense de sa liberté d'expression, défense à laquelle il souscrivait lui aussi. La pétition présentait la recherche de Faurisson comme sérieuse (« une recherche historique approfondie et indépendante sur la question de "l'holocauste" »). De plus, Vidal-Naquet a reproché à Chomsky d'avoir qualifié Faurisson de « sorte de libéral relativement apolitique » alors que les textes de ce dernier manifestaient selon lui un antisémitisme frappant : « Vous aviez le droit de dire : mon pire ennemi a le droit d'être libre, sous réserve qu'il ne demande pas ma mort ou celle de mes frères. Vous n'avez pas le droit de dire : mon pire ennemi est un camarade, ou un "libéral relativement apolitique". Vous n'avez pas le droit de prendre un faussaire et de le repeindre aux couleurs de la vérité[101]. »

Pour Chomsky, comme l'analyse Justin Wintle, « la liberté d'expression est plus importante que n'importe quelle version des faits soutenue par l'ordre établi, quel que soit le rapport qu'elle puisse entretenir avec la vérité factuelle »[102].

Il confirme sa position le 5 septembre 2010 en soutenant la « pétition pour l'abrogation de la loi Gayssot et la libération de Vincent Reynouard » (ce dernier ayant été condamné pour négationnisme). Il explique que s'il ne connaît pas les opinions de Vincent Reynouard, il combat fermement la loi Gayssot : « Je ne connais rien à propos de Monsieur Reynouard, mais je considère la loi Gayssot comme complètement illégitime et en contradiction avec les principes d'une société libre, tels qu'ils ont été compris depuis les Lumières[103]. »

Dans le domaine de la linguistique[modifier | modifier le code]

Certaines critiques concernent les travaux de Chomsky en linguistique. Même s'ils sont largement reconnus comme fondamentaux, ces travaux ont fait l'objet de débats scientifiques[104],[105]. Selon le linguiste Timothy Mason, « si vous parcourez la toile, vous découvrirez que la majorité des documents sur l'acquisition du langage – que ce soit pour une première ou une seconde langue – est fortement nativiste et souvent considère comme un fait accompli que Chomsky et Fodor ont, pris ensemble, balayé toute possibilité d'opposition. Dans le monde anglophone – les Français sont, par exemple, bien plus sceptiques – la Grammaire Universelle ou encore le module langagier règnent sans partage »[104]. Le Français Sylvain Auroux[106] par exemple, tout en reconnaissant l'importance historique du travail mené par Chomsky, estime que « tous les modèles épistémologiques chomskiens sont ou faux, ou ambigus ou absurdes »[107].

Sur des sujets politiques[modifier | modifier le code]

Les critiques à l'égard de Chomsky concernent surtout ses écrits et ses prises de position sur les questions de la politique américaine et de l'usage que ce pays fait de sa puissance militaire[108].
Le politologue Philippe Moreau Defarges a parlé au début des années 1980 de « rage manichéenne » à propos des écrits de Chomsky et Edward Herman sur la « Washington Connection »[109]. Dans le même esprit, Richard Posner critique le caractère unilatéral des critiques chomskyennes et voit dans son « anarcho-pacifisme » un exemple de l'erreur classique – commise selon lui par de nombreux intellectuels issus de l'université – qui consiste à confondre politique et éthique personnelle[110]. Le journaliste américain Paul Bogdanor a publié en 2007 sur son site personnel, un texte intitulé « The Top 200 Chomsky Lies » (les « 200 plus gros mensonges de Chomsky »)[111]. Mais, sur ce point Richard Dawkins, par exemple, éthologiste reconnu, a reproché à Bogdanor des erreurs, la partialité et la faible crédibilité de l’argumentation et des références utilisées dans le texte en question[112].

La droite américaine prend régulièrement Noam Chomsky pour cible. Daniel Pipes a confié en 2002 : « Je désire que Noam Chomsky soit enseigné dans les universités au moins autant que je désire que les écrits de Hitler ou Staline le soient. Ce sont des idées violentes et extrémistes qui n'ont pas il me semble leur place à l'université[113]. » Il figure en bonne place dans les livres The Professors: The 101 Most Dangerous Academics in America de David Horowitz et 100 People Who Are Screwing Up America de Bernard Goldberg, deux pamphlets publiés en 2006. En 2005, Alan Dershowitz a débattu âprement avec lui à propos du conflit israélo-palestinien[114]. Ses idées économiques et politiques ont également été critiquées par un auteur attaché au Ludwig von Mises Institute qui considère que, malgré le refus du marxisme chez Chomsky, sa pensée est très inspirée de celle de Marx et qu’il est contradictoire que Chomsky refuse le capitalisme tout en pensant pouvoir en conserver les fruits[115].

Noam Chomsky essuie également quelques critiques de certains membres de mouvements antiguerre américains récents : le journaliste Jeffrey Blankfort lui reproche d'une part d'écarter les questions sur les attentats du 11 septembre 2001, d'autre part de s'être opposé au MIT à la campagne de désinvestissement et finalement de sous-estimer l'importance du « Congrès sioniste » sur le gouvernement américain (via notamment l'influence de l'AIPAC)[116],[117],[118].

Au sein du mouvement anarchiste contemporain, les vues politiques de Chomsky sont souvent critiquées pour leur caractère « étatiste ». Ainsi le militant américain Murray Bookchin fustigeait-il dans une interview en 1996 la « gauche américaine » qui « pousse si loin la sottise que quelqu'un comme Chomsky, qui se dit anarchiste, veut renforcer, ou du moins soutenir l'État centralisé contre les demandes de "dévolution" aux gouvernements des États, comme si l'État centralisé pouvait être utilisé contre les compagnies, qu'il a toujours fini par aider ! »[119]. Alors qu'il se présente comme un héritier de la tradition anarcho-syndicaliste, il est considéré par certains comme un simple démocrate réformiste[120]. Dans le même esprit, un militant du mouvement Cuba Libertaria le décrit en « bouffon de Chavez »[121] à la suite de sa rencontre avec le Président du Venezuela fin août 2009[122].

À l'extrême gauche trotskiste, l’International Committee of the Fourth International (Comité International de la Quatrième Internationale) l'a également critiqué à l'occasion de sa prise de position en faveur du candidat John Kerry lors de l'Élection présidentielle américaine de 2004, lui reprochant, avec sa maxime du « entre deux maux, il faut choisir le moindre », de faire le jeu de l'establishment et de la « bourgeoisie "libérale" »[123].

En France, Emmanuel Todd, qui défend dans son essai Après l'empire la thèse que les États-Unis ne sont plus tout-puissants, considère Chomsky comme un « antiaméricain structurel » qui n'a « aucune conscience de l'évolution du monde » et pour lequel « après comme avant l'effondrement de la menace soviétique, l'Amérique est la même, militariste, oppressive, faussement libérale, en Irak aujourd'hui comme au Viêt Nam il y a un quart de siècle »[124]. Pierre Guerlain nuance le propos en considérant que pour Chomsky « le monde est complexe, un réseau complexe d'interactions dans lequel les États-Unis pèsent de tout leur poids » et qu'il essaie simplement de « comprendre quel rôle les États-Unis jouent dans ces interactions complexes »[125].

Sa critique des médias a été qualifiée de « conspirationniste » par certains de ses critiques, ce que Chomsky conteste. Il ne prétend que produire une simple « analyse institutionnelle » et avance : « à mon avis, "théorie de la conspiration" est devenu l'équivalent intellectuel d'un mot de cinq lettres. C'est quelque chose que les gens disent quand ils ne veulent pas que vous réfléchissiez à ce qui se passe vraiment »[126]. Des points de vue se sont opposés en France, au sein des gauches radicales, sur cette question[127].

Distinctions[modifier | modifier le code]

Au cours de sa carrière, Chomsky a été invité à donner des conférences dans de nombreuses universités : cycle de conférences sur John Locke à l'université d'Oxford (printemps 1969), conférence commémorative sur Bertrand Russell à l'université de Cambridge (janvier 1970), conférence commémorative Nehru à New Delhi (1972), conférence Huizinga à Leyde (1977), conférence commémorative Davie sur la liberté académique au Cap (1997).

Chomsky a reçu des diplômes honorifiques de plus de trente universités un peu partout dans le monde. Il est membre de l'Académie américaine des arts et des sciences, de l'Académie nationale américaine des sciences et de la Société philosophique américaine. Il appartient également à d'autres associations et sociétés privées aux États-Unis et ailleurs, et est notamment récipiendaire du prix de la contribution scientifique de l'Association américaine de psychologie (1984).

Il a reçu le prix Kyoto en 1988[128], la médaille Helmholtz, le prix de la paix Dorothy Eldridge, et la médaille Benjamin Franklin en sciences cognitives et de l'information. Il a reçu deux fois le prix Orwell accordé par le Conseil américain des professeurs d'anglais pour ses « éminentes contributions à la sincérité et la clarté du langage public[129] » en 1987 et 1989 (« Distinguished Contributions to Honesty and Clarity in Public Language »).

Chomsky a été reconnu « plus grand intellectuel vivant » par un sondage organisé et publié en 2005 par les magazines Prospect (britannique) et Foreign Policy (américain)[130]. Il a réagi en déclarant qu'il ne faisait pas très attention aux sondages[131].

Publications[modifier | modifier le code]

Science[modifier | modifier le code]

Liste complète de ses publications disponible sur le site du MIT[132].

Livres traduits en français :

Politique et médias[modifier | modifier le code]

Livres traduits en français :

Entretiens[modifier | modifier le code]

Livres traduits en français :

  • Langue, linguistique, politique : dialogues avec Mitsou Ronat [1977], Flammarion, coll. « Champs », 1992, (ISBN 2-08-081261-0)
  • Deux heures de lucidité : conversations avec Noam Chomsky, avec Denis Robert et Weronika Zarachowicz, Les Arènes, 2001, (ISBN 2912485126) [lire en ligne]
  • Entretiens avec Chomsky, avec Normand Baillargeon et David Barsamian, Écosociété, 2002
  • De la propagande, avec David Barsamian, Fayard, 2002, (ISBN 226403761X)
  • Pouvoir et terreur : entretiens après le 11 septembre, Le Serpent à plumes, 2003, (ISBN 2842614356)
  • Comprendre le pouvoir : l'indispensable de Chomsky, édité par Peter R. Mitchell et John Schoeffel.
    • Édition américaine : Understanding Power : The Indispensable Chomsky, éditions New Press, New York, 2002, xiii + 416 p., (ISBN 1565847032), (LCCN 2001034298).
      • L'appareil de notes, indépendant de l'ouvrage lui-même, est consultable et téléchargeable sur le site http://understandingpower.com/. Ces notes, disponibles aux formats HTML et PDF, n'ont pas été traduites en français.
    • Édition en langue française : trois volumes, éditions Aden, coll. « Petite bibliothèque d'Aden », Bruxelles, 2006 et 2006 :
  • De la nature humaine. Justice contrepouvoir, entretien avec Michel Foucault, L'Herne, 2007
  • La Doctrine des bonnes intentions, avec David Barsamian, Fayard, 2006
  • L'Ivresse de la force, avec David Barsamian, Fayard, 2008
  • Le Champ du possible : dialogue sur le conflit israélo-palestinien, avec Ilan Pappé et Frank Barat, Aden, 2008
  • Raison contre pouvoir, le pari de Pascal, avec Jean Bricmont, L'Herne, coll. « Carnets », 2009, (ISBN 9782851979070)
  • Pour une éducation humaniste, avec Normand Baillargeon, L'Herne, coll. « Carnets », 2010, (ISBN 9782851979308)
  • Guerre nucléaire et catastrophe écologique, entretien avec Laray Polk, Agone, coll. « Contre-feux », 2014, (ISBN 9782748902044)

Non traduits en français :

  • Noam Chomsky and Voices from North, South, and Central America, New World of Indigenous Resistance (édité par Lois Meyer et Benjamin Maldonado Alvarado), éditions City Lights Publishers, avril 2010, 300 p., (ISBN 978-0-87286-533-4)

Autres écrits[modifier | modifier le code]

  • « Quelques commentaires élémentaires sur le droit à la liberté d'expression » : texte inséré par les éditeurs de La Vieille Taupe au début du livre Mémoire en défense contre ceux qui m’accusent de falsifier l’histoire de Robert Faurisson (1980). (en) [lire en ligne]

Divers[modifier | modifier le code]

  • Nim Chimpsky, célèbre chimpanzé auquel on a essayé – avec un succès tout relatif – d'apprendre la langue des signes, a été nommé à partir d'un jeu de mots sur Noam Chomsky, qui considère le langage comme une propriété des seuls êtres humains[133] et sur le mot chimp qui signifie « chimpanzé » en anglais. Ce singe est l'objet du documentaire Le Projet Nim (2011).
  • En 2012, Chomsky apparaît brièvement dans la vidéo parodique MIT Gangnam Style (en), également diffusée sous le titre Chomsky Style[134].

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Ouvrages[modifier | modifier le code]

  • (en) Louise M. Antony et Norbert Hornstein (dir), Chomsky and His Critics, Blackwell Publishing, 2003, (ISBN 0631200215).
  • (en) Robert Barsky, The Chomsky Effect: A Radical Works Beyond the Ivory Tower, Cambridge, Mass., MIT Press,‎ 2007 (ISBN 9780262026246)
  • (fr) Robert Barsky, Noam Chomsky : une voie discordante, Paris, Odile Jacob,‎ 1998 (ISBN 0262522551)[135]. (en) [lire en ligne]
  • (fr) Jean Bricmont et Julie Franck (dir), Cahier Chomsky, Paris, L'Herne, coll. « Cahiers no 88 »,‎ 2007 (ISBN 2-85197-145-X)[136]
  • (en) Peter Collier et David Horowitz (dir), The Anti-Chomsky Reader, Encounter Books, 2004, (ISBN 189355497X).
  • (en) Alison Edgley, The Social and Political Thought of Noam Chomsky, Routledge, 2002. (ISBN 0415285674).
  • (de) Günther Grewendorf, Noam Chomsky, C.H.Beck, 2006, (ISBN 3406541119).
  • (en) Douglas A. Kibbee (dir), Chomskyan (R)evolutions, Amsterdam/Philadelphie, John Benjamins Publishing Company,‎ 2010, 488 p. (ISBN 9789027211699)
  • (en) John Maher, Introducing Chomsky, Icon Books, Limited, 2004, (ISBN 1-84046-589-1).
  • (en) James McGilvray, Chomsky: language, mind, and politics, Wiley-Blackwell, coll. « Key Contemporary Thinkers », 1999 (ISBN 9780745618883)
  • (en) James McGilvray (dir), The Cambridge Companion to Chomsky, Cambridge, Cambridge University Press,‎ 2005 (ISBN 052178431X)[137]
  • (fr) Christiane Notari, Chomsky et l'ordinateur. Approche critique d'une théorie linguistique, Presses universitaires du Mirail, Toulouse, 2010. (ISBN 978-2-8107-0080-6)
  • (en) Neilson Voyne Smith, Chomsky: Ideas and Ideals, Cambridge University Press, 2004, (ISBN 0521546885).
  • (en) Wolfgang Sperlich, Noam Chomsky, Londres, Reaktion Books, coll. « Critical Lives »,‎ 2006 (ISBN 1861892691)

Articles[modifier | modifier le code]

  • (fr) Solomon Marcus, « Mathématique et linguistique », Mathématiques et sciences humaines, tome 103 (1988), p.  7-21.
[lire en ligne] [PDF]
  • (en) Alison Edgley, « Chomsky's Political Critique: Essentialism and Political Theory », Contemporary Political Theory (2005) 4, p. 129–153. [lire en ligne] [PDF]
  • (en) Eric Herrington et Piers Robinson, « Too polemical or too critical? Chomsky on the study of the news media and US foreign policy », Review of International Studies (2003), 29, p. 553–568. [lire en ligne] [PDF]
  • (en) Mark Laffey, « Discerning the patterns of world order: Noam Chomsky and international theory after the Cold War », Review of International Studies (2003), 29, p. 587–604. [lire en ligne] [PDF]

Filmographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. De son nom complet Avram Noam Chomsky. La prononciation originale de ses prénoms et nom est /avram noam 'xomskij/. En anglais, on prononce en général /'ævɹæm 'nəʊm 'tʃɒmpski/ (anglais) ou /'ævɻæm 'noʊm 'tʃampski/ avec un accent américain, qui est la manière dont Chomsky prononce (Prononciation du titre dans sa version originale Écouter).
  2. (en) Page personnelle de Chomsky sur le site du MIT (biographie et bibliographie)]
  3. Samantha Power écrivait dans le New York Times en 2004 : « Noam Chomsky is a global phenomenon [...] he may be the most widely read American voice on foreign policy on the planet today. » (« The Everything Explainer », 4 janvier 2004)
  4. « Noam Chomsky est le plus connu des anarchistes contemporains ; il est aussi l'un des plus célèbres intellectuels vivants » écrit le Québécois Normand Baillargeon dans L'Ordre moins le pouvoir. Histoire et actualité de l'anarchisme, Agone, coll. « Éléments », 2008, p. 82.
  5. (en) Paul McLaughlin, Anarchism and authority: a philosophical introduction to classical anarchism, Ashgate Publishing, Ltd., 2007, p. 162-163.
  6. Voir par exemple Randy Allen Harris, The Linguistics Wars, Oxford University Press, 1995.
  7. « Chomsky has been a direct participant in several key philosophical debates in the last half century, taking issue with interlocutors such as Quine, Donald Davidson, Hilary Putnam, Saul Kripke, and John Searl on the nature of language and mind » dans Aloysius Martinich, David Sosa, A companion to analytic philosophy, Wiley-Blackwell, 2001, p. 419.
  8. (en) « Chomsky is Citation Champ », MIT News Office, 15 avril 1992. [lire en ligne]
  9. « According to a recent survey by the Institute for Scientific Information, only Marx, Lenin, Shakespeare, Aristotle, the Bible, Plato, and Freud are cited more often in academic journals than Chomsky, who edges out Hegel and Cicero » rapporte Hughes Samuel dans « Speech! », The Pennsylvania Gazette, juillet/août 2001. [lire en ligne]
  10. « Judged in terms of the power, range, novelty and influence of his thought, Noam Chomsky is arguably the most important intellectual alive today. He is also a disturbingly divided intellectual. » écrit Paul Robinson dans « The Chomsky Problem », The New York Times, 25 février 1979.
  11. Selon Eugene Garfield, Chomsky fait partie des dix auteurs les plus cités dans le monde au XXe siècle entre 1976 et 1983 (voir (en) [PDF] Eugene Garfield, « The 250 Most-Cited Authors in the Arts & Humanities Citation Index », Essays of an Information Scientist, 1986, Vol:9, p. 381.
  12. (en) Matt Dellinger, « Sounds and Sites: Noam Chomsky », The New Yorker, 31 mars 2003. [lire en ligne]
  13. Gisèle Sapiro souligne que Noam Chomsky incarne aux États-Unis « la figure de l'intellectuel critique universaliste » (« Modèles d'intervention politique des intellectuels. Le cas français », Actes de la recherche en sciences sociales, n° 176-177, mars 2009, p. 31).
  14. Le journaliste Jean-Luc Porquet souligne que Chomsky « est un des intellectuels critiques les plus lus, écoutés [et] discutés au monde » (« Contre l'enfumage », Le Canard enchaîné, 26 novembre 2008, p. 5).
  15. Robert Barsky 1998, p. 19
  16. Robert Barsky 1998, p. 22
  17. Interview de Chomsky à Berkeley (2002).
  18. Robert Barsky 1998, p. 26
  19. Robert Barsky 1998, p. 33
  20. Robert Barsky 1998, p. 27
  21. D'après une interview accordée à Amy Goodman dans l'émission Democracy Now! le 26 novembre 2000.
  22. La Fabrication du consentement, 0:31:50
  23. Robert Barsky 1998, p. 35
  24. Robert Barsky 1998, p. 36
  25. Robert Barsky 1998, p. 63
  26. Robert Barsky 1998, p. 62-67
  27. Wolfgang Sperlich 2006, p. 30
  28. a et b Robert Barsky 1998, p. 69
  29. (en) « Carol Chomsky; at 78; Harvard language professor was wife of MIT linguist », The Boston Globe, 20 décembre 2008.
  30. Robert Barsky 1998, p. 65
  31. Robert Barsky 1998, p. 107-108
  32. Robert Barsky 1998, p. 102-103
  33. Robert Barsky 1998, p. 111-113
  34. Robert Barsky 1998, p. 128-130
  35. (en) « Sixties Radical », Noam Chomsky interviewé par Ron Chepesiuk, extrait de Sixties Radicals, Then and Now, McFarland, 1995, p. 133-146.
  36. (en) Noam Chomsky, « The Responsibility of Intellectuals », The New York Review of Books, vol 8, no 3, 23 février 1967. [lire en ligne]
  37. « Using the events of Vietnam as a focus for his views in "The Responsability of Intellectuals," Noam Chomsky argues that intellectuals have greater access to the truth than other people and therefore more responsability to it », Mary Susannah Robbins, Against the Vietnam War: Writings by Activists, Rowman & Littlefield, 2007, p. xxi.
  38. (en) Michael S. Foley, Confronting the war machine: draft resistance during the Vietnam War, UNC Press, 2003, p. 192.
  39. (en) « The Call to Resist Illegitimate Authority » (1967). Voir également Robert Barsky 1998, p. 161-162
  40. Robert Barsky 1998, p. 164-166
  41. Wolfgang Sperlich 2006, p. 80
  42. Selon Sylvain Auroux, « quand il parle du “rationalisme”, il le confond avec un simple nativisme ».
  43. (en) Takis Michas, « The Other Chomsky », The Wall Street Journal, 4 novembre 2005. [lire en ligne]
  44. « I don't like this personalization. That is a wrong way to think about things. There is no personalization in rational inquiry, everybody is working on it » déclare Chomsky dans « The 'Chomskyan Era' », entretien extrait de The Architecture of Language (2000).
  45. David Zemmour, Initiation à la linguistique, Ellipses, coll. « thèmes et études », 2004, p. 19.
  46. Michael Siegal, Olivier Pascalis et Stephen C. Want, « Le développement social des enfants sourds », Enfance, 2003/1 - Volume 55, p. 81-87. [lire en ligne]
  47. Denis Costaouec, « De nouvelles phonologies ? Sur quelques évolutions récentes de la phonologie générative », La Linguistique, 2002/2, 38, p. 139-158. [lire en ligne]
  48. « La grande innovation apportée par N. Chomsky dans l'histoire des théories linguistiques, à la fin des années 1950, a consisté dans l'utilisation de la conception mathématique des langages formels pour la description des langues naturelles. » Sylvain Auroux, Jacques Deschamps, Djamel Kouloughi, La Philosophie du langage, PUF, coll. « Quadrige », 2004, p. 32.
  49. Benoit Habert, « Outiller la linguistique : de l’emprunt de techniques aux rencontres de savoirs », Revue française de linguistique appliquée, 2004/1 - Volume IX, p. 5-24. [lire en ligne]
  50. Sylvain Auroux, Jacques Deschamps, Djamel Kouloughi, La Philosophie du langage, PUF, coll. « Quadrige », 2004, p. 114.
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  75. a et b « The apparent straightforwardness of Chomsky's political judgements—his "predictable" or even "kneejerk" opposition to western, especially US, military intervention—could seem simplistic. Yet they are based on a mountain of evidence and an economical account of how power and information are shared, distributed and denied. » écrit Robin Blackburn dans « For Chomsky », Prospect, novembre 2005.
  76. Irene Gendzier, « Noam Chomsky: The struggle continues » in James McGilvray 2005, p. 265
  77. « I'm not a pacifist » déclare-t-il dans un entretien (« On the Afghanistan War, American Terrorism, and the Role of Intellectuals », 16 janvier 2002).
  78. (en) « The New War Against Terror », conférence de Chomsky au Technology & Culture Forum du MIT prononcée le 24 octobre 2001.
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  80. Irene Gendzier, « Noam Chomsky: The struggle continues » in James McGilvray 2005, p. 276
  81. « On the right, but not only there, Chomsky is seen as a deserter, a traitor and an enemy of the people » « Declaring war on the intellect - Israel and Noam Chomsky », Haaretz, 18 mai 2010.
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  95. http://www.adelantealliance.org/?page_id=152
  96. « Mais où sont donc passés les Indignés? », Bilan, 11 avril 2012.
  97. Valérie Igounet, Robert Faurisson. Portrait d'un négationniste, Paris, 2012, p. 246-247 Le texte de la pétition reproduit dans Bricmont et Franck 2007, p. 287-288.
  98. (en) « Some Elementary Comments on The Rights of Freedom of Expression », 11 octobre 1980.
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  100. Déclaration dans le documentaire Noam Chomsky, les Médias et les Illusions nécessaires (1992)
  101. Pierre Vidal-Naquet : « De Faurisson et de Chomsky », texte publié en appendice à « Un Eichmann de papier » dans Les Juifs, la mémoire et le présent, publié aussi dans Esprit (1981), réédité dans Les Assassins de la mémoire, La Découverte, 2005. [lire en ligne]
  102. « For the radical professor of linguistics, freedom of speech is more important than any version of events sponsored by the establishment, however consonant the latter may appear to be with evidential truth » Justin Wintle, The Concise Makers of Modern Culture, Taylor & Francis, 2009, p. 140.
  103. Site hébergeant la pétition lancée à l’initiative de l’historien Paul-Éric Blanrue le 6 août 2010, consulté en mars 2012.
  104. a et b « Could Chomsky be Wrong? » par Timothy Mason
  105. (en) John Williamson, « Chomsky's Linguistics Refuted », FrontPageMagazine.com, 3 janvier 2005. [lire en ligne]
  106. Page personnelle de Sylvain Auroux sur le site de l'Université Paris Diderot.
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  108. (en) David Horowitz (un des principaux critiques de Chomsky), « The Sick Mind of Noam Chomsky », FrontPageMagazine.com, 26 septembre 2001. [lire en ligne]
  109. Philippe Moreau Defarges, « Noam Chomsky et Edward S. Herman. Économie politique des droits de l'Homme, la "Washington Connection" et le fascisme dans le Tiers Monde », Politique étrangère, 1982, no 1, p. 192-194. [lire en ligne]
  110. « His embrace of that creed [anarcho-pacifism] illustrates the academic public intellectual's common mistake of confusing political with personal ethics », Richard Posner, Public Intellectuals: A Study of Decline, Harvard University Press, 2001, p. 88.
  111. [PDF] (en) « The Top 200 Chomsky Lies » et voir également « The Chomsky Hoax ».
  112. (en)[1].
  113. (en) « Mau-mauing the Middle East », 30 septembre 2002.
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  115. « He is against any form of capitalism » Source : (en) James Ostrowski, « Chomsky's Economics », Ludwig von Mises Institute, 1er juin 2003.
  116. « Les mouvements anti-guerre ont totalement échoué », entretien avec Silvia Cattori, 11 février 2006.
  117. Chomsky sur Mearsheimer&Walt, mars 2006.
  118. Trois articles de Jeffrey Blankfort sur Chomsky sur le site du Réseau Voltaire, juillet/août 2006.
  119. « Entretien avec Murray Bookchin par Janet Biehl », 19 novembre 1996.
  120. « L’effet chomsky ou l’anarchisme d’État » sur le site de l'CNT-AIT, 22 octobre 2002.
  121. Octavio Alberola, « Chomsky, le bouffon de Chavez », Ni patrie ni frontières, 18 septembre 2009.
  122. « Chomsky rencontre Chávez á Caracas », América Latina en Movimiento, 27 août 2009.
  123. (en) David Walsh, « Professor Chomsky comes in from the cold », Comité International de la Quatrième Internationale, 5 avril 2004.
  124. Emmanuel Todd, Après l'empire, Gallimard, coll. « Folio actuel », 2002, p. 18.
  125. (en) Pierre Guerlain, « A Tale of Two Anti-Americanisms », European Journal of American Studies, EJAS 2007-2. [lire en ligne]
  126. Noam Chomsky, Comprendre le pouvoir : tome I, Aden, 2005, p. 56-57.
  127. Voir parmi les critiques de Chomsky sur les médias, celles de Philippe Corcuff, Corcuff-Chomsky Critique médias 2006-2009 et Corcuff « Autour de Chomsky et Cie » Rue 89 2008, et parmi les défenseurs de Chomsky, Arnaud Rindel, RindelChomsky Acrimed 2003, et Gilbert Achcar, Achcar-Chomsky Acrimed 2006
  128. « Dr. Chomsky's theoretical system remains an outstanding monument of 20th century science and thought. He can certainly be said to be one of the great academicians and scientists of this century » peut-on lire à la fin de l'allocution de remise du prix Kyoto de « Basic Sciences » en 1988 (source).
  129. (en) [PDF] Past Recipients of the NCTE Orwell Award
  130. Robert Barsky 2007, p. ix
  131. « Chomsky is voted world's top public intellectual », The Guardian, 18 octobre 2005.
  132. Liste complète des publications de Noam Chomsky sur le site internet du MIT
  133. Jo Godefroid, Psychologie : science humaine et science cognitive, De Boeck Université, 2007, p. 534.
  134. (en) « Noam Chomsky appears in M.I.T. 'Gangnam Style' parody  », boston.com, 31 octobre 2012.
  135. John Goldsmith, Journal of the History of the Behavioral Sciences, 1998 34.2: 173-180. [lire en ligne]
  136. Nicolas Plagne, « Un vrai fils des Lumières », parutions.com, 16 mars 2007. [lire en ligne]
  137. Françoise Dubois-Charlier, « James McGilvray. The Cambridge Companion to Chomsky », E-rea, 3.2 | 2005. [lire en ligne]
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