Auguste Vaillant

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Auguste Vaillant

Auguste Vaillant est un anarchiste français, né le à Mézières (Ardennes) et guillotiné le à Paris.

Une jeunesse difficile[modifier | modifier le code]

Né dans les Ardennes en 1861, Vaillant connaît une enfance misérable. À 12 ans, il vit seul à Paris où il a été plusieurs fois condamné : à l'âge de 13 ans pour avoir pris le train sans billet ou encore à 17 ans pour avoir mangé dans un restaurant et être parti sans payer, ce qui lui vaut six jours de prison.

Il exerce divers emplois manuels en tant qu'apprenti et se passionne pour l'astronomie et la philosophie. Préoccupé par sa propre misère et celle qui règne à Paris, il est séduit par les milieux anarchistes et commence à fréquenter certains de ces groupes. Il militera d'ailleurs aux Indépendants de Montmartre. Il se marie et vit dans le dénuement avec sa femme et leur fille Sidonie qui sera recueillie plus tard par Sébastien Faure.

Il décide alors de tenter sa chance en Argentine dans la région du Chaco, mais c'est un échec. Après trois ans d'exil, il revient en France où il ne trouve que des emplois occasionnels et a du mal à nourrir sa famille.

Il renoue alors avec le milieu des « compagnons » anarchistes, qui préconisent « la propagande par le fait ». Les vagues d'actes anarchistes se multiplient alors en France dans les années 1892-1894 à l'initiative de plusieurs activistes, parmi lesquels Ravachol, Sante Geronimo Caserio ou encore Émile Henry. Leurs actions visent la bourgeoisie, qu'ils jugent responsable de la misère en cette période de crise économique, et surtout les premiers responsables à leurs yeux des inégalités sociales, c'est-à-dire les parlementaires, au lendemain du scandale de Panama de 1892 qui révèle la corruption du personnel politique.

L'attentat du 9 décembre 1893[modifier | modifier le code]

Reconstitution de l'attentat.
Illustration parue dans Le Petit Parisien.

Ce contexte motive Auguste Vaillant, qui veut également venger la mort de Ravachol. Vaillant entend aussi dénoncer la répression du gouvernement de Jean Casimir-Perier contre les activistes anarchistes.

Il passe à l'acte le 9 décembre 1893. Vers 16 heures, il lance une bombe d'une grande puissance dans l'hémicycle de la chambre des députés au Palais Bourbon, présidée par Charles Dupuy. C'est une bombe chargée de clous, de morceaux de zinc et de plomb qui s'abat sur les députés et sur les spectateurs assistant aux délibérations. Une cinquantaine de personnes sont blessées, dont Auguste Vaillant lui-même.

Un article du Figaro du 10 décembre 1893 décrit la scène :

« La bombe a été lancée de la seconde tribune publique située à la droite du président de la Chambre, au deuxième étage, et a éclaté à la hauteur de la galerie du dessous, emportant dans un immense tourbillon tout ce qu'elle rencontrait devant elle. Plusieurs députés ont été renversés ; l'abbé Lemire est projeté sur le sol, il est atteint par un projectile derrière la tête et reçoit une blessure profonde. D'autres députés sont blessés : MM. de Lanjuinais, Leffet, le baron Gérard, Sazenove de Pradine, de Montalembert, Charpentier, de Tréveneue. On les entoure, on les emporte dans les bureaux pour leur donner les premiers soins. M. Ch. Dupuy, au fauteuil, a eu le cuir chevelu déchiré par un clou. »

Le procès[modifier | modifier le code]

Vaillant lors de son exécution.

Arrêté avec vingt autres personnes, Vaillant avoue dans la nuit qu'il est l'auteur de l'attentat. Lors de son procès, il fait remarquer que son geste était destiné à blesser et non à tuer, raison pour laquelle il a rempli sa bombe avec des clous et non avec des balles.

Avant le verdict, Vaillant s'exprime devant les jurés :

« Messieurs, dans quelques minutes vous allez me frapper, mais en recevant votre verdict, j'aurai la satisfaction d'avoir blessé la société actuelle, cette société maudite où l'on peut voir un homme dépenser inutilement de quoi nourrir des milliers de familles, société infâme qui permet à quelques individus d'accaparer la richesse sociale (…) Las de mener cette vie de souffrance et de lâcheté, j'ai porté cette bombe chez ceux qui sont les premiers responsables des souffrances sociales »

— Transcription publiée dans Le Petit Journal

Auguste Vaillant est condamné à mort. Malgré une pétition lancée en sa faveur par l'abbé Lemire, blessé durant l'attentat, et l'intervention de sa fille Sidonie auprès de l'épouse du président, Sadi Carnot refuse d'accorder sa grâce à Vaillant qui est guillotiné le 5 février 1894. Il avait 33 ans.

Sa mort entraîne la colère des anarchistes qui adoptent pour hymne la chanson La complainte de Vaillant de F. Xan-Neuf et de Charles Spencer. En représailles, Sante Geronimo Caserio, un anarchiste italien, assassinera le président de la République française Sadi Carnot à Lyon le 24 juin 1894.

Les conséquences de l'attentat du 9 décembre[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Lois scélérates.

La conséquence directe des actes anarchistes fut l'adoption des « Lois scélérates » en 1893 et 1894.

  • La première, votée le 12 décembre 1893, concerne la sécurité générale. Elle prévoit la création de nouveaux délits, dont l'apologie de faits ou apologie de crime. Cette loi permet aux autorités d'ordonner des arrestations et des saisies préventives.
  • La seconde, datée du 18 décembre 1893, concerne les associations de malfaiteurs. Elle a pour objectif d'autoriser toute poursuite contre des groupes accusés de préparer des attentats.
  • La troisième, adoptée le 28 juillet 1894, concerne la liberté de la presse. Elle interdit toute propagande aux anarchistes et se traduit par l'interdiction de leurs journaux.

Les lois scélérates ne sont abrogées que le 23 décembre 1992.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Sources et bibliographie[modifier | modifier le code]

Notices[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

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