Yánis Varoufákis

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Yánis Varoufákis
Γιάνης Βαρουφάκης
Yánis Varoufákis en 2015.
Yánis Varoufákis en 2015.
Fonctions
Ministre grec des Finances

(5 mois et 9 jours)
Premier ministre Aléxis Tsípras
Gouvernement Tsípras I
Prédécesseur Gíkas Khardoúvelis
Successeur Euclide Tsakalotos
Biographie
Date de naissance (56 ans)
Lieu de naissance Athènes (Grèce)
Nationalité Grecque
Australienne
Parti politique SYRIZA
Diplômé de Université de l'Essex

Yánis Varoufákis (en grec Γιάνης Βαρουφάκης), né le à Athènes, est un économiste et homme politique grec, spécialiste de la théorie des jeux.

Ancien conseiller économique de Giórgos Papandréou, qui deviendra Premier ministre du pays, avant de démissionner de cette fonction, il s'est rendu célèbre en critiquant sévèrement les plans de sauvetage d'Athènes, s'attirant au passage l'inimitié des cercles dirigeants du pays. Élu député sous la bannière de SYRIZA lors des élections anticipées du 25 janvier 2015, sans être toutefois membre de ce parti, il a été nommé ministre des Finances du gouvernement d'Alexis Tsípras, le 27 janvier 2015. Il démissionne de son poste au lendemain du référendum du 5 juillet.

En mars 2015, il se définit comme marxiste libertaire[1],[2].

Biographie[modifier | modifier le code]

Jeunesse et formation[modifier | modifier le code]

Yánis Varoufákis est né à Athènes en 1961 et possède la double nationalité grecque et australienne[3]. Son père, Geórgios Varoufákis, chimiste, professeur d'université et président des aciéries Halyvourgiki S.A. (en), fut emprisonné et exilé à Makronissos, une île utilisée par le gouvernement d'alors pour rééduquer politiquement ceux qui avaient combattu dans le camp communiste lors de la guerre civile de 1946-1949[1].

Après avoir envisagé une carrière de pianiste, il suit toutes ses études supérieures en mathématiques et en économie en Angleterre, poussé par son père à quitter le pays[1]. Il intègre l'université de l'Essex où il obtient en 1981 un bachelor en économathématiques[4],[5], avant de partir pour l'université de Birmingham où il obtient une MSc en mathématiques statistiques l'année suivante, et de revenir à l'université d'Essex et d'y obtenir en 1987 un doctorat en économie[4]. Avant d'obtenir son doctorat il avait déjà commencé à enseigner l'économie et l'économétrie à l'université de l'Essex et à l'université d'East Anglia en tant qu'assistant[4].

Étudiant, il milite dans une association de défense des étudiants noirs[1]. Durant ses études, il a notamment eu pour professeur Pétros Móralis, devenu ensuite ministre (PASOK), qui est le père de l'ancien maire du Pirée, Giánnis Móralis.

Carrière professionnelle[modifier | modifier le code]

En 1988, il passe 6 mois en tant que fellow au département d'économie appliquée et au Trinity College de l'université de Cambridge[4].

Après la réélection de Margaret Thatcher comme Premier ministre[1] en 1988, il quitte le Royaume-Uni et émigre en Australie où il devient, de 1989 à 2002, lecturer puis senior lecturer (professeur associé) en théorie économique à l'université de Sydney[4]. Durant cette période il sera aussi, pendant un an, senior lecturer en économie politique à l'université de Glasgow[4], puis fellow de la chaire Hoover d'éthique économique et sociale de l'université catholique de Louvain[4],[6] (Belgique).

En 2000, il revient enseigner en Grèce en tant que professeur associé de théorie économique à l'université d'Athènes, il y restera jusqu'en 2006[4]. En 2002, il crée le programme doctoral économique de l'université d'Athènes (UADPhilEcon), qu'il dirige jusqu'en 2008.

De janvier 2004 à décembre 2006, il est conseiller économique de Giórgos Papandréou[7],[8], alors président du PASOK.

Auteur de nombreux ouvrages universitaires sur la théorie économique et la théorie des jeux, Yánis Varoufákis écrit un ouvrage grand public après le krach de 2008, dans lequel il décrypte le mécanisme par lequel les États-Unis auraient assis leur hégémonie économique sur le monde, et comment la financiarisation de l'économie aurait conduit au Krach de 2008, qui marque, selon lui, la fin d'un monde : The Global Minotaur (Zed Books, Londres, 2011, 2013). Cet ouvrage résumant la pensée de Yánis Varoufákis a été traduit dans de nombreuses langues, notamment en français : Le Minotaure planétaire : l'ogre américain, la désunion européenne et le chaos mondial, publié aux éditions du Cercle (2014 et 2015).

À la traduction en français de sa Modeste proposition pour résoudre la crise de la zone euro (Les Petits Matins, février 2014), il reçoit le soutien de l'ancien Premier ministre Michel Rocard, qui préfacera ce petit ouvrage.

En 2012, il est recruté comme consultant par Gabe Newell, directeur de Valve, un studio américain de développement de jeux vidéo. Il étudie l'économie des communautés en ligne[9].

Depuis janvier 2013, il enseigne à la Lyndon B. Johnson School of Public Affairs (en) de l'université du Texas à Austin (États-Unis).

Carrière politique[modifier | modifier le code]

En , Aléxis Tsípras pressentant la tenue de nouvelles élections législatives et la victoire de SYRIZA, demande à Varoufákis s'il serait prêt à être son ministre des Finances (en). Celui-ci accepte, à condition d'être présenté aux élections législatives, pour, dit-il, « ne pas être un technocrate comme [ses] prédecesseurs »[1].

Le , le gouvernement d'Antónis Samarás convoque des élections anticipées. Yánis Varoufákis se présente à la députation à Athènes. Sans être membre de SYRIZA, il fait campagne en créant son site Internet, n'emploie aucun personnel et ne fait aucune autre dépense en communication[1]. Il est élu le 25 janvier 2015, en obtenant le plus grand nombre de voix du pays[10].

SYRIZA vainqueur, il est nommé ministre des Finances dans le gouvernement Tsípras I[8]. À ce poste, il est chargé de renégocier les termes de l'aide européenne à la Grèce[1],[7]. Avec un rôle central dans les négociations autour de la crise de la dette publique grecque, il devient une personnalité médiatisée, et devient célèbre pour ses tenues décontractées et atypiques pour un membre de l'Eurogroupe : veste en cuir, crane rasé et chemises de couleur vive. D'abord mélioratifs, les commentaires de la presse européenne deviennent sévères au fur et à mesure du durcissement des négociations, fustigeant un personnage narcissique, provocateur, et imputant à son caractère l'échec des négociations internationales[11].

Le 27 avril, après des réunions non concluantes avec les ministres des Finances de l'Eurogroupe, Aléxis Tsípras décide de remanier son équipe, Yánis Varoufákis perd alors sa place centrale de coordination des travaux au profit d'Euclid Tsakalotos[12]. Le 24 mai, Yánis Varoufákis publie sur son blog un billet contestant vivement le récit fait par les médias de cet épisode tout en regrettant que les débats des réunions en question soient tenus confidentiels[13].

Après son éviction, il rappelle l'absence de flexibilité laissée aux États qui ne peuvent dévaluer leur monnaie en cas de crise nationale. La volonté de réformes contre la corruption qui a porté SYRIZA au pouvoir se heurte selon lui à ce qu'il nomme le « triangle du péché » entre les banques, les médias et les prestataires surfacturant les prestations à l’État, mais selon lui la Troika s'est plus souciée des restrictions dans les prestations sociales de base que des abus de ces trois entités[3].

Le , il démissionne de son poste de ministre des Finances à l'issue du référendum du 5 juillet. La raison officielle invoquée est que son départ permettrait une plus facile obtention d'un accord entre la Grèce et la troïka européenne[14]. Quelques jours après, dans une interview au Newstatesman[15], il révèle que sa position, celle d'une ligne dure dans les négociations avec les créanciers, passant par la préparation tactique d'un Grexit, a été mise en infériorité au sein du gouvernement Tsípras I.

Il ne se représente pas lors des élections législatives de septembre 2015, ni au sein de SYRIZA ni avec le parti dissident Unité populaire, qu'il juge trop isolationniste. Il déclare vouloir contribuer à la mise en place d'un réseau européen visant à restaurer la démocratie, avec l'ambition de le transformer par la suite en parti politique à l'échelle européenne[16]. Le 9 février 2016, Varoufakis lance le Mouvement pour la démocratie en Europe : DiEM 25 à Berlin.

Vie personnelle[modifier | modifier le code]

De 2005 à 2006, il voyage dans plusieurs pays avec l'artiste Danae Stratou, qui devient ensuite son épouse. Il a une fille, née d'une précédente union[7],[1]. Varoufákis rédige[Quand ?] le commentaire écrit de l'œuvre CUT: 7 Dividing Lines, créée par sa femme. En 2010, ils fondent ensemble le projet « Vital Space »[17].

Publications[modifier | modifier le code]

  • (en) Conflict in Economics, Palgrave Macmillan, 1990 (ISBN 978-0312052188).
  • (en) Rational Conflict, Blackwell Publishers, 1991 (ISBN 978-0631166061).
  • (en) Avec Shaun Hargreaves-Heap, Game Theory: A Critical Introduction, Routledge, 1995 (ISBN 978-0415094030).
  • (en) Foundations of Economics. A beginner's companion, Routledge, 1998 (ISBN 978-0415178921).
  • (en) Game Theory: Critical Concepts in the Social Sciences, Routledge, 2001 (ISBN 978-0415222402).
  • (en) Game Theory: Critical Perspectives, 5 volumes, Routledge, 2001.
  • (en) Avec Joseph Halevi et Nicholas Theocarakis (en), Modern Political Economics: Making sense of the post-2008 world, Routledge, 2011 (ISBN 978-0415428880).
  • (en) Economic Indeterminacy: A personal encounter with the economists' most peculiar nemesis, Routledge, 2013 (ISBN 978-0415668491).
  • Avec James K. Galbraith et Stuart Holland (en), Modeste proposition pour résoudre la crise de la zone euro, Les Petits matins, (ISBN 978-2363831248).
  • Le Minotaure planétaire : l'ogre américain, la désunion européenne et le chaos mondial, Le Cercle, coll. « Enquêtes et perspectives », 2014 (ISBN 979-1094546000).
  • Un autre monde est possible : pour que ma fille croie encore à l'économie, Flammarion, 2015 (ISBN 978-2081365964).
  • Notre printemps d'Athènes, Les Liens qui libèrent, 2015 (ISBN 979-1020903679).
  • Et les faibles subissent ce qu'ils doivent ?, Les Liens qui libèrent, 2016 (ISBN 979-1020903686).

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d, e, f, g, h et i Marie-Pierre Gröndahl et Anne-Sophie Lechevallier, « Yanis-Varoufakis - Le ministre star nous a reçu chez lui », sur parismatch.com,
  2. Renaud Février, « La séance photo incongrue de Varoufakis pour Paris Match », sur tempsreel.nouvelobs.com,
  3. a et b (en) Christos Tsiolkas, « Greek Tragedy », themonthly.com.au, (consulté le 17 août 2015)
  4. a, b, c, d, e, f, g et h (en) « Curriculum Vitae of Yanis Varoufakis », sur varoufakis.files.wordpress.com (consulté le 7 juillet 2015)
  5. (en) Peter Spence, « Yanis Varoufakis: Greece's finance minister is no extremist », The Daily Telegraph,
  6. « Liste anciens Hoover Fellows », sur uclouvain.be
  7. a, b et c Anne-Sophie Lechevallier, « Yanis Varoufakis, le héraut de l'espoir grec », Paris Match, semaine du 5 au 11 février 2015, page 36.
  8. a et b Alain Salles, « Yanis Varoufakis, la nouvelle tête des finances grecques », Le Monde,
  9. William Audureau et Damien Leloup, « Ce que les jeux vidéo ont appris au nouveau ministre des finances de Grèce », Le Monde,
  10. (en) « Résultats des élections de janvier 2015 », sur Ministère de l'intérieur, (consulté le 26 septembre 2015)
  11. Christian Salmon, « Rencontre avec Yanis Varoufakis : « Il est temps d’ouvrir les boîtes noires » », Mediapart,‎ (lire en ligne)
  12. Catherine Chatignoux, « Sous la pression, Tsípras remanie son équipe de négociation », lesechos.fr,‎ (lire en ligne)
  13. (en) « The truth about Riga », sur yanisvaroufakis.eu, (consulté le 30 mai 2015)
  14. Le ministre grec des Finances Yanis Varoufakis annonce sa démission, Le Figaro, 6 juillet 2015.
  15. Yanis Varoufakis sur l'Eurogroupe et sur sa démission, traduction par Monica M. du Club Mediapart, 14 juillet 2015.
  16. (en) Hardeep Matharu, « Former Greek finance minister Yanis Varoufakis rules out standing in 'sad' election next month », sur The Independent, (consulté le 22 septembre 2015)
  17. http://www.vitalspace.org/

Liens externes[modifier | modifier le code]

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