Chimpanzé

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Pan

Pan (ou le Chimpanzé) est un genre de singes appartenant à la famille des hominidés[1]. Ce genre comprend deux espèces : le Chimpanzé commun (Pan troglodytes) et le Bonobo ou Chimpanzé nain (Pan paniscus). Ces hominidés d'Afrique équatoriale sont les animaux génétiquement les plus proches de l'Homme.

La répartition géographique du Chimpanzé commun s'étend de la Guinée aux lacs Tanganyika et Victoria. Reconnu tardivement comme espèce à part entière, le Bonobo ne se trouve que dans le bassin oriental du fleuve Congo, en République démocratique du Congo.

Les deux espèces présentent des traits physiques, affectifs, mentaux, de même que des comportements relationnels et sociaux, particulièrement remarquables pour l'être humain dans leur similitude ou parfois dans leur différence. Pour cette raison, elles sont des sujets privilégiés d'étude scientifique avec en arrière-plan l'énigme de la nature humaine et de son histoire évolutive.

Le mot chimpanzé vient d'une langue congolaise, le kikongo[2], et signifie faux-homme[3],[4].

Le Chimpanzé et surtout le Bonobo sont menacés d'extinction du fait essentiellement de l'activité humaine : destruction de leur habitat, chasse, guerre.

Espèces[modifier | modifier le code]

Le genre Pan compte deux espèces, le Chimpanzé commun comptant quatre sous-espèces[5] :

  • Pan paniscus (Bonobo)
  • Pan troglodytes (Chimpanzé commun)
    • Pan troglodytes schweinfurthii
    • Pan troglodytes troglodytes
    • Pan troglodytes vellerosus
    • Pan troglodytes verus

Depuis 1928, le Chimpanzé commun (Pan troglodytes) et le Bonobo (Pan paniscus) sont reconnus comme deux espèces distinctes. Le premier vit au nord du fleuve Congo, le second au sud. De plus, le Chimpanzé commun est divisé en 4 sous-espèces alors que le Bonobo n'en compte aucune. Selon la théorie de l'horloge moléculaire, les deux espèces auraient divergé il y a plus de 2 millions d'années.

Les différences principales sont que le Chimpanzé commun est plus grand, plus agressif et vit dans des groupes dominés par des mâles, alors que le Bonobo est plus petit, léger et gracile, plus paisible et vit dans des groupes dominés par des femelles[6].

Les poils des Chimpanzés et des Bonobos sont habituellement bruns ou noirs. Les mâles et les femelles diffèrent en taille et en apparence. Les Chimpanzés et les Bonobos sont tous les deux parmi les grands singes les plus sociaux, avec des liens sociaux étendus au sein de larges groupes. Les Chimpanzés et les Bonobos peuvent vivre jusqu'à plus de trente ans en captivité ou dans la nature[7].

Écologie[modifier | modifier le code]

Répartition géographique du genre Pan :
  • Pan troglodytes verus (Chimpanzé commun)
  • Pan troglodytes ellioti (Chimpanzé commun)
  • Pan troglodytes troglodytes (Chimpanzé commun)
  • Pan troglodytes schweinfurthii (Chimpanzé commun)
  • Pan paniscus (Bonobo)

Répartition et habitat[modifier | modifier le code]

On rencontre les Chimpanzés dans 21 pays africains, souvent dans les forêts.

Alimentation[modifier | modifier le code]

Le régime alimentaire du Chimpanzé est omnivore[6], à dominante herbivore, notamment frugivore : feuilles, fruits et noix constituent le menu de base du Chimpanzé. Il mange également des chenilles, des termites, des fourmis, du miel sauvage et des œufs d'oiseaux. Il chasse occasionnellement des oiseaux et de petits mammifères[7].

Bien que dans la nature le Chimpanzé mange de la nourriture crue, il préfère la nourriture cuite[8],[9].

Phylogénie[modifier | modifier le code]

Phylogénie des familles actuelles de singes, d'après Perelman et al. (2011)[10] et Springer et al. (2012)[11] :

 Simiiformes 
 Catarrhini 
 Cercopithecoidea 

Cercopithecidae (babouins, macaques, colobes...)


 Hominoidea 

Hominidae (orang-outans, gorilles, chimpanzés et hommes)



Hylobatidae (gibbons)




 Platyrrhini 

Pitheciidae (calicèbes, sakis...)




Atelidae (atèles, singes hurleurs...)



Cebidae (sapajous, capucins...)





La classification phylogénétique permet aujourd'hui de positionner de façon précise le genre Pan au sein des huit genres de singes qui forment la super-famille des Hominoïdes :


Phylogénie des genres actuels d'hominidés, d'après Shoshani et al. (1996)[12] et Springer et al. (2012)[13] :

Hominidae 
 Ponginae 

 Pongo (les orang-outans)


 Homininae 
 Gorillini 

 Gorilla (les gorilles)


 Hominini 
 Panina 

 Pan (les chimpanzés)


 Hominina 

 Homo (les humains)






Génétique[modifier | modifier le code]

Le génome de l'Homme moderne comporte 46 chromosomes, soit deux de moins que celui du Chimpanzé. Deux paires de chromosomes {2p, 2q} de l'ancêtre commun aux Humains et aux Chimpanzés ont fusionné dans la lignée humaine en la paire de chromosomes {2}. Le Chimpanzé a en revanche conservé les deux paires de chromosomes {2p, 2q} de l'ancêtre commun et donc 48 chromosomes.

La comparaison génétique de l'Homme et du Chimpanzé montre des chromosomes sexuels X, et Y très voisins, treize autres paires de chromosomes {3, 6, 7, 8, 10, 11, 12, 14, 16, 19, 20, 21, 22} semblent quasiment identiques entre les deux espèces, ainsi que six paires qui sont restées proches car les changements intervenus (insertions {1}, inversions {4, 5, 17} et délétions {13, 18}) sont relativement simples et facilement identifiables ; à l'opposé, deux paires de chromosomes {9, 15} ont été plus profondément différenciées à la suite de mutations complexes probablement échelonnées dans le temps au sein des tribus Hominines et/ou Panines.

Au total, les génomes de l'Homme et du Chimpanzé diffèrent de 1,2 %[14].

Primatologie[modifier | modifier le code]

En 1960, Jane Goodall commence son étude sur les Chimpanzés en Tanzanie. Cette étude deviendra bientôt le plus long suivi de Chimpanzés jamais réalisé et fera l'objet d'une étude en primatologie qui permettra de redéfinir les rapports entre humains et animaux. L’une des plus grandes découvertes a été la mise en exergue de la capacité de fabrication et d’utilisation d'outils par les Chimpanzés. Elle allait modifier la limite homme-animal et forcer la science à repenser la définition du propre de l'Homme.

Jane Goodall donna une autre dimension à ses recherches en attribuant des noms aux individus qu'elle suivait plutôt que des numéros, elle mit également en valeur les relations durables qui étaient établies au sein d'une même famille. Elle insista sur le fait que les Chimpanzés ont une personnalité, et ressentent des émotions. Jane Goodall fut aussi l'une des premières personnalités à s'engager dans la protection des Chimpanzés en créant l'Institut Jane Goodall en 1977 aux États-Unis.

Les Chimpanzés et l'Homme[modifier | modifier le code]

Le premier chimpanzé arrivé en Europe est celui de la ménagerie du duc d'Orange. Il mourut en 1641 et fut disséqué.

Au cours des siècles suivants, de nombreux animaux sont capturés pour être rapportés en Occident. Doué d'une mimique extrêmement expressive, le chimpanzé est en effet une source de distraction dans les cirques et les jardins zoologiques. Les spectacles les plus appréciés font alors apparaître des animaux dressés et accoutrés dans des vêtements humains jouant des scènes quotidiennes. L'intelligence du Chimpanzé le rend en effet capable de maîtriser des tours complexes. Par la suite, on verra plusieurs individus chimpanzés au cinéma, le plus célèbre étant sans doute Cheeta, un chimpanzé qu'on a pu voir régulièrement à l'affiche des films de Tarzan.

Les Chimpanzés ont aussi contribué à l'aventure scientifique et technologique du XXe siècle. En 1961, envoyé à bord d'une capsule spatiale américaine en vol suborbital, le chimpanzé Ham précède de quelques mois le cosmonaute soviétique Youri Gagarine dans l'espace. De par sa proximité génétique avec l'Humain, le Chimpanzé a aussi souvent été utilisé comme modèle animal dans les domaines médicaux et scientifiques. La prise de conscience publique et l'évolution des pratiques en laboratoires ont toutefois largement réduit son utilisation à des fins d'expérimentation animale.

Au XXIe siècle, le Chimpanzé reste un animal de prédilection pour la psychologie comparée car en étudiant ses capacités cognitives en lien avec celles des êtres humains, on peut mieux comprendre la spécificité et l'évolution de l'esprit humain[15].

Chimpanzé et fiction[modifier | modifier le code]

  • Cheeta
  • L'étude des comportements (éthologie) des chimpanzés est au cœur du roman de William Boyd, Brazzaville Plage (1990).
  • Le roman de Pierre Boulle, La Planète des singes (et par la suite huit films et une série télévisée) met en scène une société dans laquelle les chimpanzés sont portés sur les sciences (et les orangs-outans sont les administrateurs, tandis que les gorilles sont détenteurs du pouvoir exécutif).

Menaces et conservation[modifier | modifier le code]

Distribution de nourriture aux chimpanzés du Limbe Wildlife Centre au Cameroun.

Les populations de Chimpanzés ont été divisées par un facteur 10 au cours du XXe siècle[16]. Aujourd'hui, classés comme des espèces en danger par la CITES, le Chimpanzé commun et, surtout, le Chimpanzé nain vivant en milieu naturel sont sous le coup de diverses menaces dont les principales sont la destruction de leur écosystème et le braconnage pour la viande de brousse et la capture (qui passe souvent par la mise à mort des adultes pour récupérer les petits destinés à être revendus comme animaux de compagnie).

Le Chimpanzé est très convoité pour son pelage et pour son nez. Comme les autres genres de Primates, les Chimpanzés sont menacés par le développement des activités humaines (déforestation, trafic, consommation) et par des maladies comme la maladie à virus Ebola.

Partout en Afrique les populations sont en régression : la population totale initiale de Chimpanzés était de plusieurs millions d'individus. Elle est passée de 2 millions au début du XXe siècle à 1 million en 1960 pour tomber à 300 000 dans les années 1980, et moins de 150 000 dans les années 2000. 90 % de la population des Chimpanzés a disparu au cours des 50 dernières années[17].

Les estimations actuelles[Quand ?] sont les suivantes :

Autrefois présents dans vingt-cinq pays d'Afrique, ces singes ont disparu de quatre d'entre eux (Gambie, Burkina Faso, Bénin, Togo) et sont en danger partout ailleurs. La déforestation les condamne à survivre dans des îlots isolés. De plus, la chasse devient massive car cette viande de brousse est très prisée des citadins.

Fondé en 1977, en Californie, par le Dr Goodall, l’Institut Jane Goodall inscrit son action dans une démarche globale de protection de la biodiversité, d’aide à la gestion durable et équitable des ressources naturelles, et d’éducation des plus jeunes.

Depuis l’Institut Jane Goodall protège les chimpanzés sauvages, gère des réserves naturelles et a créé des refuges en Afrique pour protéger nos plus proches cousins. Ces refuges accueillent majoritairement des orphelins dont les mères ont été victimes de la chasse. Sans les refuges de l'Institut, ils seraient condamnés.

Pour préserver la faune et lutter contre les menaces (trafics, chasse, déforestation, épidémies) qui pèsent sur l’avenir des grands singes, l’Institut développe, depuis sa création, des programmes innovants : Roots & Shoots pour l’éducation des plus jeunes (il encourage les jeunes à s'impliquer dans des projets visant à prendre davantage soin des animaux, de l'environnement et de la communauté humaine), Tacare pour aider au développement durable des populations et lutter contre les maladies, ChimpanZoo pour étudier et améliorer les conditions de vie des chimpanzés en captivité.

L'Institut Jane Goodall France a été créé en 2004.

Depuis 2001, les Chimpanzés font l'objet d'un programme de protection (Grasp : Great Apes Survival Project (en)) dans le cadre du PNUE (Programme des Nations unies pour l'environnement).

Confrontés à la destruction de leur habitat, « les chimpanzés en sont réduits à vivre dans des ghettos forestiers », selon les primatologues. Le chimpanzé verus a perdu plus de 80 % de sa population en trois générations, principalement en raison de la destruction de son habitat[18].

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. (en) Murray Wrobel, Elsevier's Dictionary of Mammals : in Latin, English, German, French and Italian, Amsterdam, Elsevier, , 857 p. (ISBN 978-0-444-51877-4, lire en ligne), entrée N°4889
  2. (en) « chimpanzee »(ArchiveWikiwixArchive.isGoogleQue faire ?), sur oxforddictionaries.com
  3. Nathalie Schwarz-Revol, Le Requiem des primates, Publibook, 2011, p. 57
  4. Définitions lexicographiques et étymologiques de « chimpanzé » du Trésor de la langue française informatisé, sur le site du Centre national de ressources textuelles et lexicales
  5. Mammal Species of the World
  6. a et b « Les grands singes non humains », sur www.grands-singes.com (consulté le 25 septembre 2016)
  7. a et b Éditions Larousse, « Encyclopédie Larousse en ligne - chimpanzé », sur www.larousse.fr (consulté le 25 septembre 2016)
  8. (en) Felix Warneken et Alexandra G. Rosati, « Cognitive capacities for cooking in chimpanzees », Proc. R. Soc. B, vol. 282, no 1809,‎ , p. 20150229 (ISSN 0962-8452 et 1471-2954, PMID 26041356, PMCID PMC4590439, DOI 10.1098/rspb.2015.0229, lire en ligne, consulté le 10 mai 2017)
  9. « Les chimpanzés, des cuisiniers dans l'âme »
  10. (en) P. Perelman, W. E. Johnson, C. Roos, H. N. Seuánez, J. E. Horvath, M. A. M. Moreira, B. Kessing, J. Pontius, M. Roelke, Y. Rumpler, M. P. Schneider, A. Silva, S. J. O'Brien et J. Pecon-Slattery, « A molecular phylogeny of living primates », PLoS Genetics, vol. 7, no 3,‎ , e1001342 (PMID 21436896, PMCID 3060065, DOI 10.1371/journal.pgen.1001342, lire en ligne)
  11. (en) Mark S. Springer, Robert W. Meredith, John Gatesy, Christopher A. Emerling, Jong Park, Daniel L. Rabosky, Tanja Stadler, Cynthia Steiner, Oliver A. Ryder, Jan E. Janečka, Colleen A. Fisher et William J. Murphy, « Macroevolutionary Dynamics and Historical Biogeography of Primate Diversification Inferred from a Species Supermatrix », PLoS ONE, vol. 7, no 11,‎ , e49521 (ISSN 1932-6203, PMID 23166696, PMCID 3500307, DOI 10.1371/journal.pone.0049521, lire en ligne)
  12. (en) J. Shoshani, C. P. Groves, E. L. Simons et G. F. Gunnell, « Primate phylogeny : morphological vs. molecular results », Molecular Phylogenetics and Evolution, vol. 5, no 1,‎ , p. 102-54 (PMID 8673281, lire en ligne)
  13. (en) Mark S. Springer, Robert W. Meredith et al., « Macroevolutionary Dynamics and Historical Biogeography of Primate Diversification Inferred from a Species Supermatrix », PLoS ONE, vol. 7, no 11,‎ , e49521 (ISSN 1932-6203, PMID 23166696, PMCID 3500307, DOI 10.1371/journal.pone.0049521, lire en ligne)
  14. (en) David R. Begun, The real Planet of the Apes : A new Story of human Origins, Princeton University Press, octobre 2015
  15. Georges Chapouthier, Kant et le chimpanzé : essai sur l'être humain, la morale et l'art, Paris, Belin, (ISBN 978-2-7011-4698-0).
  16. (en) « State of the Wild Chimpanzee », sur janegoodall.org
  17. Rebecca Kormos, Chimpanzés d'Afrique de l'Ouest : État de conservation de l'espèce et plan d'action, Union internationale pour la conservation de la nature, , 237 p. (lire en ligne)
  18. « Les chimpanzés ne survivent plus que dans des « ghettos forestiers » », sur Sciences et Avenir, .

Références taxonomiques[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

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Liens externes[modifier | modifier le code]