Massacre de Srebrenica

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Massacre de Srebrenica
Image illustrative de l'article Massacre de Srebrenica
Tombes au mémorial de Srebrenica.

Date 11 -
Lieu Srebrenica
Victimes Civils bosniaques musulmans
Morts 8 372
Auteurs Flag of Republika Srpska.svg Armée de la République serbe de Bosnie
Scorpions
Guerre Guerre de Bosnie-Herzégovine
Coordonnées 44° 06′ 23″ N 19° 17′ 49″ E / 44.106388888889, 19.29694444444444° 06′ 23″ Nord 19° 17′ 49″ Est / 44.106388888889, 19.296944444444

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Massacre de Srebrenica

Le massacre de Srebrenica, parfois appelé « génocide de Srebrenica », désigne l'assassinat de plus de 8 000 hommes et adolescents mâles bosniaques (bosniens musulmans, qui formaient un groupe national dans la Yougoslavie titiste), dans la région de Srebrenica en Bosnie-Herzégovine au mois de durant la guerre de Bosnie-Herzégovine.

Les tueries ont été perpétrées par des unités de l'Armée de la République serbe de Bosnie (VRS) sous le commandement du général Ratko Mladić, appuyées par une unité paramilitaire de Serbie, les Scorpions[1],[2],[3], dans une ville déclarée « zone de sécurité » par l'Organisation des Nations unies (ONU). Cette dernière y maintenait une force d'environ 400 Casques bleus néerlandais, présents dans la région de Srebrenica au moment du massacre[4].

Ce crime est considéré comme le « pire massacre commis en Europe depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale »[5],[6]. Il a été qualifié de génocide par le Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie et la Cour internationale de justice à plusieurs reprises[7],[8]. Le programme officiel de l'Éducation nationale en France use aussi de cette qualification[9]. Celle-ci est cependant contestée par certains historiens spécialisés, mais aussi farouchement rejetée par des nationalistes serbes[10].

Tous les 11 juillet, des dizaines de milliers de personnes se retrouvent au mémorial de Potočari, créé en mémoire des victimes. Encore aujourd'hui, à mesure de l'identification des victimes, on procède à des inhumations dans le cimetière.

Chronologie[modifier | modifier le code]

Contexte[modifier | modifier le code]

Srebrenica

Après la dissolution de la République fédérale socialiste de Yougoslavie et la guerre consécutive, les Serbes de Bosnie-Herzégovine prirent le contrôle de la majeure partie de la Bosnie orientale, conduisant une campagne de nettoyage ethnique contre les Bosniaques (« Musulmans ») de la région, rapportée par des milliers de témoins oculaires et d'organismes internationaux.

Ayant fait de Srebrenica l’une des pierres angulaires de leur stratégie, les forces serbes ont graduellement renforcé l'isolement de l’enclave. Dès avril 1992, l'Armée populaire yougoslave (JNA) avait positionné de l'artillerie à tous les points-clés et partout sur les hauteurs autour de Srebrenica et redéployé dans la région de Podrinje un grand nombre d'unités retirées de la Croatie voisine. Le 8 avril 1992, les forces serbes ont pris la ville de Zvornik, isolant ainsi Srebrenica de Tuzla. Le 11 avril 1992, elles ont pris Skelani, au sud-est de Srebrenica, et ont mis en place des postes de contrôle sur la route de Srebrenica. Le 17 avril 1992, une délégation de cinq Musulmans de Srebrenica dirigée par Bešim Ibišević, président de la municipalité, a rencontré des dirigeants serbes de Bosnie dans leur fief de Bratunac. C’est là, à l’hôtel Fontana, qu’un ultimatum est lancé aux habitants musulmans de Srebrenica, sommés de rendre toutes leurs armes et de quitter la ville dans les 24 heures. Beaucoup de Serbes des régions périphériques et de la ville ont rejoint l'armée serbe au début du conflit, aidés par la population serbe de la région qui leur a fourni des armes et des munitions, participant même parfois aux attaques pour piller et détruire les maisons bosniaques.

Après la prise de Bratunac, les forces serbes lancèrent leur attaque sur Srebrenica le 18 avril 1992 où ils tirèrent environ 5 000 obus d'artillerie sur la ville et les villages bosniaques environnants. Ils ne rencontrèrent aucune résistance. Le jour même, les Serbes entrèrent dans la ville, où ils commencèrent à piller les biens, incendier les maisons et tuer les habitants qui, en raison de maladie ou de leur grand âge n'étaient pas en mesure de s'échapper dans les bois à proximité de la ville. La plus jeune victime était un bébé âgé de 12 mois, Nezir Suljić.

Le 20 avril 1992, des formations militaires serbes essaient de pénétrer à Potočari, un village bosniaque sur la route de Srebrenica-Bratunac. Ils sont interceptés par un groupe de villageois bosniaques armés de fusils de chasse et dirigés par Naser Orić. Les villageois ont mis en place une embuscade et ont tué quatre agresseurs qui appartenaient à une unité paramilitaire connue sous le nom tristement célèbre des « Tigres d'Arkan ». Pendant le siège de cette enclave de l'Est de la Bosnie, Orić a été l'un des plus efficaces organisateurs de la défense de la ville. Les forces serbes se retirèrent de Srebrenica après la mort de leur chef, Goran Zekić, qui a été tué dans une embuscade le 8 mai 1992. Zekić était un des principaux organisateurs de la purification ethnique de la population bosniaque de Srebrenica et de Bratunac. Après sa mort, les Bosniaques ont pu retourner dans leur ville détruite, et ont commencé à organiser une défense. Cependant, Srebrenica libérée n'en était pas moins assiégée, totalement isolée et coupée des territoires contrôlés par les autorités de la République de Bosnie-Herzégovine. L’Organisation des Nations Unies a décrit plus tard le siège brutal de Srebrenica comme « un processus de génocide au ralenti. »[réf. nécessaire]

Les forces serbes ont régulièrement bombardé Srebrenica depuis la Serbie, à partir de positions sur le mont Tara, où se trouve le centre de formation des unités spéciales du ministère de l'Intérieur (MUP) de Serbie. Le Tribunal de La Haye dans l'affaire « Naser Orić » a conclu que :

« D’avril 1992 à mars 1993, les Serbes ont soumis la ville de Srebrenica et les villages situés en territoire musulman à de multiples offensives, notamment à des attaques d’artillerie, des tirs isolés et, occasionnellement, à des bombardements aériens. Ces attaques suivaient toutes le même schéma. Des soldats et des paramilitaires serbes investissaient un village ou hameau musulman, appelaient la population à rendre les armes, puis commençaient à bombarder et à tirer sans discrimination. Dans la plupart des cas, ils entraient ensuite dans le village ou le hameau, chassaient ou tuaient les habitants, qui n’offraient que peu de résistance, et détruisaient leurs maisons. À cette époque, Srebrenica était chaque jour et de toutes parts la cible de bombardements indiscriminés. C’était surtout le village de Potočari, maillon stratégique de la ligne de défense autour de Srebrenica, qui essuyait les attaques quotidiennes de l’artillerie et de l’infanterie serbes. Par ailleurs, d’autres villages musulmans étaient systématiquement attaqués. Ces opérations ont jeté un grand nombre de réfugiés sur les routes et fait beaucoup de victimes. »

Trois ans avant le génocide de Srebrenica, les nationalistes serbes de Bosnie - avec le soutien logistique, moral et financier de la Serbie et de l'Armée populaire yougoslave (JNA) - détruisent 296 villages bosniaques autour de Srebrenica au moins 3,166 Bosniaques ont été massacrés, y compris de nombreuses femmes, enfants et personnes âgées[réf. insuffisante][11].

En 1993 Srebrenica, est décrétée « zone protégée » par le Conseil de sécurité de l'ONU. Les forces bosniaques de l'ABiH, commandées par Naser Orić, conservaient, malgré la démilitarisation officielle, certaines de leurs armes et plusieurs tranchées derrière la zone sûre. Pour briser l'enclavement, Naser Orić passe à l'offensive, étend son territoire. C'est pendant ces opérations que se produisent les crimes qui lui sont reprochés. Ainsi, le général français Philippe Morillon, qui commandait les forces de l’ONU sur place, accuse : « Dans la nuit du Noël orthodoxe, nuit sacrée de janvier 1993, Naser Orić a mené des raids sur des villages serbes... Il y a eu des têtes coupées, des massacres abominables commis par les forces de Naser Orić dans tous les villages avoisinants »[12].

Le jugement dans l'affaire Orić montre clairement que le village serbe de Kravica était une base militaire à partir de laquelle les Serbes de Bosnie lançaient des attaques meurtrières sur les villages musulmans voisins et sur la ville de Srebrenica elle-même. La contre-attaque bosniaque sur Kravica, le 7 janvier 1993, était une réponse au blocus de l'aide humanitaire par les forces serbes et les attaques constantes contre les villages bosniaques musulmans à proximité. Selon l'arrêt du Tribunal :

« Les combats s'intensifient en décembre 1992 et au début de janvier 1993, lorsque les Musulmans de Bosnie ont été attaqués par des Serbes de Bosnie venant principalement de Kravica et Ježestica. Au petit matin du 7 janvier 1993, le jour du Noël orthodoxe, les Musulmans de Bosnie attaquent Kravica, Ježestica et Šiljkovići. Des preuves irréfutables indiquent que les gardes de village ont été soutenus par l'armée de la République serbe de Bosnie (VRS), suite au combat à l'été 1992, ils ont reçu un soutien militaire, y compris des armes et une formation. Une quantité considérable d'armes et de munitions a été conservée à Kravica et Šiljkovići. En outre, il existe des preuves que, outre les gardes de village, il y avait la présence militaire de Serbes de Serbie et de Serbes de Bosnie dans la région. »

L'arrêt confirme également que les réfugiés bosniaques dans l'enclave assiégée ont commencé à mourir de faim en raison du blocus serbe de l'aide humanitaire. En conséquence, les Bosniaques ont dû contre-attaquer les bases militaires serbes autour de Srebrenica pour obtenir la nourriture nécessaire et d'autres nécessités pour la survie :

« Entre juin 1992 et mars 1993, les Musulmans de Bosnie ont attaqué un certain nombre de villages et hameaux habités par les Serbes de Bosnie, ou de lieux desquels les Musulmans de Bosnie avaient auparavant été expulsés. L'un des objectifs de ces actions était de se procurer de la nourriture, armes, munitions et équipements militaires. Les forces serbes de Bosnie qui contrôlent les routes d'accès ne permettant pas l'aide humanitaire internationale - le plus important, la nourriture et les médicaments - d'atteindre Srebrenica. En conséquence, il y avait une pénurie constante et grave de la famine alimentaire provoquant un pic durant l'hiver 1992/1993. De nombreuses personnes sont mortes ou ont été dans un état extrêmement émacié à cause de la malnutrition. »

La chute de Kravica, a créé une onde de choc chez les Serbes de Bosnie orientale, la population de Bratunac paniquée, les autorités ont dû fermer les ponts sur la Drina pour empêcher les gens de traverser la rivière en masse et rejoindre la Serbie. Pour les Bosniaques, cependant, la victoire sur Kravica était un encouragement considérable. Cette victoire a permis aux forces d'Orić de relier les forces musulmanes à Konjević Polje et Cerska.

Naser Orić a été condamné par le TPIY, puis acquitté en appel en 2008, le tribunal retenant la jeunesse du commandant à l'époque des faits et l'absence de preuves de sa connaissance des exactions de ses troupes[13].

Siège de la ville[modifier | modifier le code]

En 1995, les forces serbes lancèrent une offensive massive contre la ville, forçant les défenseurs à donner leur accord au plan surveillé de démilitarisation de l'ONU, faisant de Srebrenica une zone sûre. À peu près six cents casques bleus néerlandais de la FORPRONU sont déployés pour protéger les citadins mais sont impliqués dans des escarmouches.

Fin mai 1995, 400 casques bleus sont pris en otage par les forces bosno-serbes suite à un raid aérien de l'Organisation du traité de l'Atlantique nord (OTAN) contre un dépôt de munitions.

Le 4 juin 1995, le commandant français des forces militaires de l'ONU en ancienne Yougoslavie, le général Bernard Janvier, rencontre secrètement le général Ratko Mladić pour obtenir la libération des otages, dont plus de la moitié étaient français. Mladić exige de Janvier qu'il n'y ait plus de frappe aérienne. Cinq jours plus tard le représentant dans la région de l'ONU, Takashi Akashi, déclare que l'ONU « se conformerait strictement au principe de maintien de la paix ».

Le 7 juillet 1995, les forces serbes de Bosnie menées par le général Ratko Mladić prennent d'assaut la ville. Les Néerlandais de la FORPRONU demandent, en vain, une aide aérienne avant d'être pris en otages par les forces serbes. Orić avait quitté Srebrenica, laissant le commandement à ses lieutenants et incitant les médias à accuser les forces bosniaques de ne pas mettre en œuvre une défense adéquate. La plupart des civils partent immédiatement pour la ville de Potočari où se trouvait la base militaire principale de l'ONU. D'autres civils prennent des autobus pour des territoires bosniaques.

Massacre des civils[modifier | modifier le code]

Le 11 juillet 1995, les responsables militaires et civils bosniaques comprennent que l'enclave de Srebrenica va tomber. La majorité des hommes valides décide de s'exfiltrer, dans la nuit du 11 au 12, en colonne par un pour traverser un champ de mines — on estime à environ 12 500 le nombre de personnes —. Environ un tiers des hommes portent des armes et deux tiers sont non armés[14]. Le 12 juillet, la plus grande partie de la colonne perce sans combat les lignes serbes dans la vallée de la Cerska et ne rencontre aucune opposition[14]. Elle est néanmoins rapidement encerclée par les forces serbes. Dans la nuit du 12 au 13 juillet, celles-ci sont entrées dans Srebrenica. Les hommes sont emmenés dans des lieux de détention. Le 13 juillet, lors des transferts en autobus un certain nombre d'exécutions se déroulent[14].

Le même jour, les combats entre la colonne et les forces serbes sont extrêmement violents. C'est durant cette journée du 13 juillet que le plus grand nombre de prisonniers est capturé. Ils sont systématiquement transférés vers Bratunac. Dans l'après-midi a lieu le premier massacre : un important groupe de prisonniers est exécuté dans un hangar à Kravica[14]. Le 14 juillet au matin, l'ensemble des prisonniers se trouve à Bratunac. Ils sont visités par le général Mladic qui leur soutient qu'ils seront l'objet d'un échange de prisonniers[14]. Le 14, les prisonniers sont embarqués vers différentes destinations plus au Nord où sont perpétrées des exécutions de masse. Les bulldozers creusent des fosses communes pour les cadavres. Les massacres se poursuivent le 15 et 16 juillet, l'évaluation portant à 1 200 le nombre des morts sur le lieu dit de Branjevo[14]. Le 17 juillet, les massacres sont terminés et les fosses communes refermées.

Les forces serbes continuent à poursuivre le reste de la colonne, faisant des victimes jusqu'au territoire bosniaque. Des survivants accusent les serbes d'avoir utilisé des armes chimiques ou biologiques. Apparemment il s'agissait d'un gaz incapacitant composé de benzilate, qui désoriente ses victimes et leur donne des hallucinations[15].

Jean-René Ruez, chef de l’Equipe Srebrenica du Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie évalue le nombre des personnes exécutées dans un « processus organisé et systématique » entre 4 000 et 5 000, le reste des victimes étant mortes au combat[14].

Bilan[modifier | modifier le code]

Responsabilités[modifier | modifier le code]

En février 2006, la Cour internationale de justice rejette la responsabilité de l'État serbe dans le génocide mais souligne que l'État serbe n'a pas pris « toutes les mesures en son pouvoir » pour éviter ces événements. En mars 2010, le parlement de Serbie[16] reconnaît le massacre de Srebrenica, geste lu comme un premier signal pour la réconciliation de toute la région par les instances de l'Union européenne[17]. Le général serbe Ratko Mladić ainsi que le chef politique des Serbes de Bosnie Radovan Karadžić ont été accusés par le Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie (TPIY) de génocide, de complicité de génocide, de crimes contre l'humanité et de violations des lois et coutumes de la guerre[18],[19].

En revanche, les responsabilités individuelles ont été retenues :

Le 2 août 2001, Radislav Krstić, un général serbe de Bosnie qui a mené l'assaut sur Srebrenica aux côtés de Ratko Mladić, est condamné par le TPIY à 46 ans de prison pour génocide et autres crimes. L'accusation de génocide est rejetée en appel, mais le tribunal retient une charge de complicité de génocide et condamne Krstić à 35 ans de prison le 19 avril 2004. En décembre 2004, il est transféré au Royaume-Uni où il purge sa peine[20].

Le 22 juin 2004, le président de la République serbe de Bosnie (région autonome à forte majorité serbe de Bosnie-Herzégovine), Dragan Čavić, reconnait, à la télévision de la Republika Srpska, que les forces serbes ont tué plusieurs milliers de civils en violant le droit international[21]. Il déclare que Srebrenica était un chapitre sombre dans l'histoire des Serbes. Le 10 novembre 2004, le gouvernement de la République serbe de Bosnie a présenté ses excuses pour le massacre de Srebrenica et s'est engagé à traduire en justice les coupables.

En mai 2007, L’ex-général Zdravko Tolimir, proche du général Ratko Mladić, a été arrêté près de la frontière entre la Serbie et la Republika Srpska. Le TPIY avait inculpé Zdravko Tolimir, en février 2005, de génocide, de crimes contre l'humanité et de crime de guerre pour « le meurtre, l'expulsion et les traitements cruels » commis contre les populations musulmanes de Bosnie des enclaves de Srebrenica et de Zepa[22]. Il a été condamné pour génocide en décembre 2012.

En juin 2007, une plainte a été déposée par le cabinet d'avocats Van Diepen & Van der Kroef, au nom des survivants et parents des victimes de Srebrenica, contre les Pays-Bas et les Nations Unies pour non-respect d'obligations contractuelles, «échec à prévenir un génocide» et «non-déclaration de crimes de guerre». Il est reproché aux 450 casques bleus néerlandais, positionnés à proximité de l'enclave et censés la protéger, de n'être pas intervenus face aux attaquants serbes (environ un millier), cela bien que la population ait cherché refuge auprès de leur base[23].

Le 21 juillet 2008, Radovan Karadžić est arrêté par les services secrets serbes à Belgrade. Le 15 février 2009, il est accusé par le Tribunal pénal international de deux génocides. Le premier étant les crimes commis en Bosnie-Herzégovine en 1992 et le second le massacre de Srebrenica en juillet 1995.

Ratko Mladić a été arrêté le 26 mai 2011 après avoir échappé pendant seize ans à la justice internationale. Il est actuellement en détention durant son procès devant Tribunal pénal inter-nation pour l'ex-Yougoslavie.

Le 16 juillet 2014, le tribunal de la Haye estime que l'État néerlandais est civilement responsable de 300 morts à Srebrenica parce que les soldats néerlandais n'auraient pas dû évacuer ces hommes de la base où ils s'étaient réfugiés[24]. Cette décision est potentiellement lourde de conséquences pour les missions de l'ONU.

Nombre de victimes[modifier | modifier le code]

Exhumation de restes de victimes du massacre
Exhumation d'un crâne.

L'estimation du nombre de personnes tuées lors de la prise de la ville a beaucoup varié au cours du temps[25].

La Croix-rouge a publié une liste de 7 333 personnes portées disparues basée sur les témoignages des familles des disparus [26]).

Les recherches de corps auxquelles le TPIY a procédé jusqu'à la fin 2001 ont permis d'identifier 2 361 cadavres dans les environs de Srebrenica.

La liste préliminaire des personnes disparues publiée par la Commission nationale des personnes disparues (en) (Federalna Komisija za nestale osobe) compte 8 106 noms, elle inclut 500 noms de personnes qui avaient moins de 18 ans, plusieurs dizaines de femmes et quelques jeunes filles[réf. à confirmer][27]. Bien que les victimes soient principalement des hommes et des jeunes garçons, les femmes et les enfants ayant été évacués en cars vers les lignes bosniaques, on y compte aussi des adolescents de moins de 15 ans et des vieillards de plus de 65 ans.

En juillet 2009, l'ADN de 6 186 victimes a été identifié, par l'analyse de restes humains trouvés dans les charniers et 3 647 victimes ont été inhumées au mémorial de Potočari[28]. C'est sur ce mémorial qu'est gravé le nombre de 8 372 victimes[29].

La commission internationale des personnes disparues estime, à 8 100, le nombre de personnes disparues à la chute de Srebrenica[30].

Controverses sur la qualification génocidaire[modifier | modifier le code]

Pour les institutions internationales il n'y aucun doute quant à la qualification de génocide :

La majorité des politiques et médias français comme étrangers s'accordent sur le terme de génocide, bien que certains historiens et intellectuels contestent cette qualification[33] :

  • Rony Brauman, ancien président de Médecins sans frontières, déclarait : « Les faits sont pourtant clairs et acceptés par tous, mais on a appelé ça un génocide. Srebrenica a été le massacre des hommes en âge de porter des armes. C'est un crime contre l'humanité indiscutable, mais on a laissé partir des femmes, des enfants, des vieillards, des gens qui n'étaient pas considérés comme des menaces potentielles »[34].
  • L'universitaire Joël Kotek, régulièrement invité à des conférences sur la notion de génocide organisées par l'éducation nationale française[35].
  • L'historien Yves Ternon[36].

Certains militaires impliqués dans les opérations de maintien de la paix ont aussi dénoncé la qualification de génocide. C'est notamment le cas de Lewis MacKenzie, général maintenant retraité qui fut le commandant en chef de la force de maintien de la paix de l'ONU à Sarajevo[37]. Quelques observateurs, dont la journaliste canadienne Carol Off, estiment cependant que MacKenzie ignore la situation politique en Bosnie et est manipulé par une propagande pro-serbe qui, lorsqu'elle minimise le nombre des victimes du massacre, confine au négationnisme[38].

Le 9 juillet 2015, la Russie a opposé son véto à un projet de résolution de l'Organisation des Nations unies (ONU) qui reconnaissait le massacre de Srebrenica comme un génocide, qualifiant le texte d' « agressif, motivé politiquement et pas constructif [39]». Selon la Russie, un tel texte ne ferait que raviver les tensions dans les Balkans, plutôt que de favoriser la paix. Il est à noter que l'Angola, la Chine, le Nigéria et le Venezuela se sont abstenus lors du vote.

Divergences et évolution des autorités serbes[modifier | modifier le code]

Le mercredi 31 mars 2010, le parlement de Serbie, à majorité pro-occidentale avec le Parti démocratique, reconnaît pour la première fois depuis la fin de la guerre le massacre de Srebrenica. Pour Catherine Ashton, haute représentante de l'UE pour la politique étrangère et Štefan Füle, commissaire à l'élargissement, le geste du parlement serbe est le premier signal pour la réconciliation de toute la région[40].

À l'opposé, le 31 mai 2012, le président Tomislav Nikolic déclare lors d'une interview à la télévision monténégrine qu'« il n'y a pas eu de génocide à Srebrenica[41] », ajoutant qu'« il est très difficile d'inculper et prouver devant un tribunal qu'un événement avait la forme d'un génocide ». Cependant, l'année suivante, lors d'un entretien à la télévision bosnienne BHT dont des extraits paraissent dès le 25, deux jours avant sa diffusion intégrale, il demande « que la Serbie soit pardonnée pour le crime commis à Srebrenica », sans toutefois aller jusqu'à reprendre le terme de « génocide »[42].

Mémorial de Potocari-Srebrenica[modifier | modifier le code]

Le mémorial et cimetière de Srebrenica-Potocari a été inauguré le 20 septembre 2003 par Bill Clinton. Il se trouve sur l’ancienne base du bataillon néerlandais à Potočari.

En 2009, environ 3 200 victimes y sont inhumées.

Sur une pierre figure cette inscription :


In the Name of God The Most Merciful, the Most compassionate / Au Nom de Dieu, Le Très Miséricordieux, le Très Compatissant
We pray to almighty god / Nous prions Dieu tout-puissant
May grievance become hope ! / Que les griefs deviennent l'espoir !
May revenge become justice ! / Que la vengeance devienne la justice !
May mothers tears become prayers / Que les larmes des mères deviennent prières
That Srebrenica / Que Srebrenica
Never happens again / Ne se reproduise jamais
To no one and nowhere ! / Pour personne et nulle part !

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Isabelle Delpla, Xavier Bougarel et Jean-Louis Fournel, Investigating Srebrenica, Institutions, facts and responsibilities, Berghahn, 2012, 224 p.
  • (de) Alexander Dorin, In unseren Himmeln kreuzt der fremde Gott: Verheimlichte Fakten der Kriege in Ex-Jugoslawien : Kroatien, Bosnien..., 2001, Ahriman, ISBN 978-3894848149
  • (it) Alexander Dorin, Zoran Jovanovic, Srebrenica. Come sono veramente andate le cose, 2012, Zambon Editore, 2012, ISBN 978-8887826753

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Institute for War and Peace Reporting., « "Serbia: Mladic “Recruited” Infamous Scorpions" » (consulté le 27 octobre 2008)
  2. « Srebrenica Video Vindicates Long Pursuit by Serb Activist », The Washington Post (consulté le 27 octobre 2008)
  3. Jugement de la CIJ, paragraphe 385 à 415 [1]
  4. Jugement du TPIY, paragraphes 18 et 26 [2]
  5. Par exemple, dans les journaux suivants : Le Point, Ouest France, L'Express, Le Figaro, Libération.
  6. Institute for War and Peace Reporting, Note (TU No 398, 18-Mar-05) [3]
  7. Theodor Meron, « Address by ICTY President Theodor Meron, at Potocari Memorial Cemetery »,‎ (consulté le 27 octobre 2008) : « By seeking to eliminate a part of the Bosnian Muslims [Bosniaks], the Bosnian Serb forces committed genocide. They targeted for extinction the forty thousand Bosnian Muslims living in Srebrenica, a group which was emblematic of the Bosnian Muslims in general. They stripped all the male Muslim prisoners, military and civilian, elderly and young, of their personal belongings and identification, and deliberately and methodically killed them solely on the basis of their identity »
  8. « The Application of the Convention on the Prevention and Punishment of the Crime of Genocide (Bosnia and Herzegovina v. Serbia and Montenegro), case 91 »,‎ (consulté le 27 octobre 2008) : « The Court concludes that the acts committed at Srebrenica falling within Article II (a) and (b) of the Convention were committed with the specific intent to destroy in part the group of the Muslims of Bosnia and Herzegovina as such; and accordingly that these were acts of genocide, committed by members of the VRS in and around Srebrenica from about 13 July 1995. », page 108, paragraphe 297
  9. http://cache.media.education.gouv.fr/file/42/57/5/4855_annexe1_280575.pdf
  10. http://www.20minutes.fr/monde/1647983-20150708-20e-anniversaire-srebrenica-genocide-mot-difficile-accepter-serbes
  11. Prelude to the Srebrenica Genocide: Mass murder and ethnic cleansing of Bosniaks in the Srebrenica region during the first three months of the Bosnian War (April-June 1992), sur bosniak.org, 23 novembre 2010
  12. Documents d’information de l’Assemblée nationale, Srebrenica, t. 2, p. 140-154.
  13. Justice dans les Balkans
  14. a, b, c, d, e, f et g « Evénements de Srebrenica - Audition du commissaire Jean-René Ruez », sur www.assemblee-nationale.fr,‎ (consulté le 22 juillet 2015)
  15. Hay A, Surviving the impossible: the long march from Srebrenica. An investigation of the possible use of chemical warfare agents, Med Confl Surviv, avril-juin 1998, 14(2), p. 120-155
  16. le 31 mars, pour la première fois, depuis la fin de la guerre, le parlement étant dominé par le Parti démocratique (Serbie), partipro-occidental
  17. La Serbie présente ses excuses pour le massacre de Srebrenica, sur boursier.com, 31 mars 2010
  18. Carla Del Ponte, « Le procureur du tribunal contre Ratko Mladic - acte d'accusation modifié », Le tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie,‎ (consulté le 7 août 2009)
  19. Carla Del Ponte, « Le procureur du tribunal contre Radovan Karadzic », Le tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie,‎ (consulté le 7 août 2009)
  20. (en) « KRSTIC (IT-98-33) Case Information Sheet », sur www.un.org,‎ (consulté le 7 août 2009)
  21. La Libre Belgique, « Le massacre de Srebrenica enfin reconnu », sur www.lalibre.be,‎ (consulté le 7 août 2009)
  22. Un Ancien bourreau serbe arrêté, Le Figaro, 31 mai 2007.
  23. Srebrenica : les Pays-Bas et l'ONU mis en cause
  24. « La Haye civilement responsable de plus de 300 morts à Srebrenica », AFP,‎ (consulté le 30 juillet 2014)
  25. Rapport du Srebrenica Research Group : Srebrenica Numbers
  26. Srebrenica Genocide Deniers sur SREBRENICA GENOCIDE ANSWERS
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  31. « Le procureur contre R. Krstić », sur un.org : « la Chambre de première instance a conclu à bon droit qu’un génocide avait été commis à Srebrenica en juillet 1995 »
  32. « Le général Zdravko Tolimir condamné à la réclusion à perpétuité », sur lexpress.fr
  33. Massacre de Srebrenica: "Hommage aux victimes", Daniel Salvatore Schiffer, lexpress.fr, 10 juillet 2015
  34. Deux ou trois choses que je sais du Mal..., entretien avec Rony Brauman, Témoignage Chrétien, 17 janvier 2008.
  35. http://www.ac-grenoble.fr/histoire/temporaire/actes_8_mars.pdf
  36. http://www.lemonde.fr/europe/chat/2007/02/27/yves-ternon-la-decision-de-la-cij-sur-srebrenica-ouvre-une-boite-de-pandore_876947_3214.html
  37. (en) The Real story behind Srebrenica, Lewis MacKenzie.
  38. « Going for the generals », The Globe and Mail,‎ , D12-D13
  39. «Génocide» de Srebrenica: la Russie oppose son veto | Carole LANDRY | Europe (consulté le 9 juillet 2015)
  40. Boursier.com - La Serbie présente ses excuses pour le massacre de Srebenica.
  41. Article du Point du 1er juin 2012.
  42. Benoît Vitkine, « Le président serbe demande pardon « à genoux » pour le massacre de Srebrenica », sur Le Monde.fr,‎ .

Liens externes[modifier | modifier le code]