Jacques Roux (1752-1794)

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Jacques Roux
Jacques Roux - gravure de J.-Frédéric Cazenave.jpg
Vue d'artiste de Jacques Roux rédigeant le compte rendu de l'exécution de Louis XVI, le .
Détail d'une gravure de J.-Frédéric Cazenave d'après Charles Benazech, BnF, 1795.
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Jacques Roux, né le à Pranzac et mort par suicide dans la prison de Bicêtre le , est un prêtre catholique et une personnalité de la Révolution française, pionnier d'une certaine forme de socialisme en France et précurseur de l'anarchisme, surnommé « le curé rouge » ou encore « le petit Marat ».

Biographie[modifier | modifier le code]

Des origines bourgeoises[modifier | modifier le code]

Issu d'une famille bourgeoise, son père était lieutenant juge assesseur au marquisat de Pranzac et ancien officier du régiment de Hainaut sa mère fille d'un médecin du Périgord. Il bénéficiera de la protection du Seigneur de Pranzac, le Comte de Peyrusse des Cars qui lui conféra le titre de chanoine et le dota d'une pension lui permettent de financer ses études au séminaire d’Angoulême, études sans doute brillante , il y devient en effet à l'âge de 20 ans professeur de philosophie et de physique avant d’être ordonné prêtre en 1779[1].

Pendant cette période il sera mêlé à une affaire de meurtre, le 18 juillet 1879 un frère subalterne de l’établissement fit feu une nuit sur des jeunes qui avaient pris l'habitude de lancer des pierres contre les fenêtres du séminaires et tua l'un d'eux le jeune chanoine Mioulle. Tous les prêtres furent arrêtes, à l'exception de Roux qui fut arrêté plus tard à Pranzac et du frère Ancelet auteur du coup de feu qui ne fut jamais retrouvé. De nombreux témoins affirmèrent que les jeunes séminaristes, excédés de la sévérité de certains professeurs et particulièrement de celle Jacques Roux, lançaient des pierres contre les fenêtres de leurs professeurs. les frères lazaristes postèrent Ancelet en surveillance qui tira et tua. Le supérieur et plusieurs prêtres dont jacque Roux furent emprisonnés mais après trois mois de détention, ils feront finalement l'objet d'une grâce royale[1] Sans être davantage inquiété Roux servira au séminaire jusqu'en 1784.

Un ecclésiastique atypique[modifier | modifier le code]

En 1785, avec d'excellentes références, il est nommé aumônier du Château de Montozier.[2] Il y servira un an auprès du Comte de Crussol d'Uzes qu'il quitte en mai 1786 avec une attestation flatteuse « sur ses mœurs irréprochables et la régularité de sa conduite ecclésiastique »

L'année suivante il est vicaire à Jonzac où il ne fait pas parler de lui. En juillet 1787 il devient vicaire de Cozes. Il se fait déjà remarquer en fréquentant les milieux protestants nombreux dans la région; mais surtout il va faire paraître dans le journal de Saintonge et d'Angoumois un poème "délirant " [3] [4]Cette publication va déclencher une polémique ou les lecteurs du journal vont fustiger pendant des mois « le poétereau et le rimailleur, craignant qu'il ne se soit fêlé le cerveau »

Bien entendu cela provoqua des réponses cinglantes de Jacques Roux se plaignant d'être incompris et persécuté. Il contre attaque violemment et dès septembre 1788, sa hiérarchie le nomme à Saint-Thomas-de-Conac. Y compris pendant la Grande Peur , alors que des troubles éclatent en certains points de Saintonge, Jacques Roux ne se fait pas remarquer et il ne se passe rien à Saint-Thomas de Conac en 1789.

Le dimanche 25 avril 1790 des troubles très grave éclatent à propos de l'abolition des droits féodaux. La réaction d'autorité du Seigneur Paty de Bellegarde sera l'étincelle mettant le feu aux poudres, des centaines de paysans des communes voisines se joignent à ceux de Saint-Thomas. La maison du notaire, les trois châteaux du seigneur du Paty sont pillés incendiés et détruits; d'autres son menacés. Les villes de Saintes, Pons et Saint Genis envoient un détachement de soldats et de Gardes nationaux pour mater la révolte, 120 personnes sont arrêtées. Très vite le nom de jacques Roux circula comme étant l’instigateur de ce mouvement . C'est Turpin de Jouhé, commissaire du Roi pour la formation du département de la Charente inférieure qui en est à l'origine « Le sieur Roux, vicaire de cette paroisse, a une grande part à cet événement, il est généralement accusé d'avoir prêché la doctrine dangereuse qui annonçait aux peuples que les terres appartenaient à tous également, qu'on ne devait plus se soumettre au paiement des droits seigneuriaux; on assure encore que non content d'en avoir parlé dans quelques uns de ses prônes, il s'est occupé sourdement par la séduction de faire soulever les peuples contre les hommes favorisés de la nature »[5]

Cette affirmation, reprise souvent comme une certitude par certains exégètes, doit être prise avec prudence. S'il n'est pas impossible que les idées progressistes qui étaient les siennes aient pu transpirer dans certains passages de ses sermons, pour les débordements spontanés du 25 avril , il n'est pas possible de les lui imputer. En effet depuis le 20 avril précédent il effectuait un remplacement à Ambleville situé à 45 km du lieu de l'émeute dont le curé venait de mourir[5].

Sur le contenu de ses sermons André Berland fait état de celui intitulé « Le triomphe des braves parisiens sur les ennemis du bien public » il n'y parlait pas du partage des terres , ni du refus des droits féodaux; il y célébrait la Prise de la Bastille , voulue par Dieu et louait le roi « monarque de bonté de justice et de paix »[5] Ce prêche n'est pas daté

Il n'est pour autant pas possible d'exclure qu'il en ait prononcé d'autres plus virulents, encore que simple vicaire un tel discours aurait appelé l'attention du curé et donc de sa hiérarchie.

Toujours est-il que les vicaires généraux de Saintes prononcèrent à son encontre la sanction la plus grave et qu'il fut frappé d’interdit. Ne pouvant plus exercer il quitte la région en mai 1790 pour Paris où il ne réapparaîtra que six mois plus tard pour être l'un des tout premiers prêtres (« curé rouge » selon Maurice Dommanget) à prêter serment à la Constitution civile du clergé.

Ses débuts politiques[modifier | modifier le code]

Louis XVI au pied de l’échafaud. En bas à gauche Jacques Roux rédigeant le compte rendu de l'exécution

Il arrive à Paris en mai / juin 1790 et y vit dans un premier temps sous un nom d'emprunt Renaudi. À la fin de 1790 il reprend son identité et s'inscrit au Club des Cordeliers. Il est l'un des premiers à prêter serment à la Constitution Civile du Clergé le 16 janvier 1791.

Il devient ainsi le vicaire constitutionnel de l'église Saint Nicolas des Champs, à l'époque une des paroisses les plus pauvres de la capitale; l’église Saint Nicolas est la principale église de la section des Gravilliers où se déroule l'essentiel de sa vie politique.

Membre du conseil général de la commune de Paris, il sera chargée par elle d'accompagner Louis XVI à la guillotine avec Jacques-Claude Bernard. l'attitude à l'égard du Roi qu'on lui prête à cette occasion pèsera de tout son poids dans l'image négative qu'il laissera à la postérité.

Il va rapidement acquérir une grande notoriété auprès des sans-culottes par son action dans la section des Gravilliers, ses prises de position généreuses, ses discours de plus en plus appuyés contre les émigrés, les tyrans et surtout les agioteurs et les accapareurs de denrées trouvent un écho certains auprès des sans-culottes femmes. Il sera un des premiers féministes et aura auprès d'elles une aura certaine. Ses brochures et ses prêches patriotiques ont de plus en plus d'audience.

Les enragés[modifier | modifier le code]

Roux : Principale figure d'un groupuscule dérangeant[modifier | modifier le code]

Emblème de la section des Gravilliers - Liberté - Égalité    Vaincre ou Mourir

Leur action se situe entre février et septembre 1793. Sans en être mes meneurs les discours qu'ils tiennent depuis déjà plusieurs mois trouvent un écho auprès des Sans-culottes, particulièrement les femmes. Le renchérissement des denrées, notamment du sucre et le savon les rendent sensibles aux propositions de taxation (ce qui deviendra le maximum) Les manifestants des femmes mais aussi des hommes se font livrer le savon, la cassonade le sucre , les chandelles au prix qu'elles on fixé. Les épiciers qui refusent voient leur boutiques pillées. Jacques Roux justifie ces actions « Je pense que les épiciers ne font que restituer au peuple ce qu'ils lui faisaient payer beaucoup trop cher depuis longtemps »[6] Derrière ce discours économique les propositions politiques qui les sous tendent sont aussi largement approuvées qu'il s'agisse de l'expulsion des Girondins, la peine de mort pour les agioteurs et les accapareurs de comestibles

Les enragés est dès l'origine un terme méprisant que l'on trouve sous la plume de Brissot dans Le Patriote Français « Le caractère de ses enragés est de porter à l’excès leur doctrine populaire. [...] Enragès faux amis du peuple, ennemis de la Constitution »[7]

Marat le premier s'oppose à leurs exigences, aux pétitionnaires venus le 12 février réclamer à la Convention la taxation générale des denrées, il répond avec violence :« Les mesures que l'on vient de vous proposer à la barre pour rétablir l'abondance sont si excessives, si étranges, si subversives de tout bon ordre, elles tendent si évidemment à détruire la libre circulation des grains et à exciter des troubles dans la République que je m'étonne qu'elle soient sorties de la bouche d'hommes qui se prétendent des êtres raisonnables et des citoyens libres , amis de la justice et de la paix [....] Je demande que ceux qui en auront imposé à la Convention soient poursuivis comme perturbateurs du repos public. »[8]

Si la critique Girondine peut se comprendre aisément plus surprenante est cette position des grandes voix de la Montagne. Les Montagnards partageaient en fait avec les Girondins le dogme du caractère sacré de la propriété privée et du libéralisme économique. Le 25 février Robespierre le traduisait clairement « Je ne dis pas que le peuple soit coupable, je ne dis pas que ses actes soient un attentat, mais quand le peuple se lève, ne doit-il pas avoir un but digne de lui, amis de chétives marchandises vont-elles l'occuper »[8] Cette approche idéaliste d'un peuple désincarnée ne résistera pas à la pression des Sans-culottes, d'autant qu'ils ont besoin de leur soutien pour éliminer les Girondins. En mars sont institués le Tribunal Révolutionnaire et les Comités de surveillance, le 11 avril est imposé le cours forcé des assignats, le 4 mai enfin le maximum des grains et farines Le 24 avril Robespierre propose d'ajouter à la déclaration des droits de l'homme quatre articles qui restreignent le Droit de Propriété Les Sans-culottes joueront un rôle essentiel dans les journées du 30 mai et du 2 juin qui verront la Chute des Girondins Révolution française#République en danger (1793). Mais jugeant que le mouvement n'est pas terminé , ils seront eux aussi,comme les Hébertistes - Les Exagérés - qui par opportunisme voudront occuper l'espace politique que libérait leur élimination, les grand vaincus de cette insurrection incomplète.

L'Adresse du 25 juin : une critique cinglante du pouvoir[modifier | modifier le code]

Le 25 juin, après qu'elle eut été chaudement approuvée par le club des Cordeliers dans sa séance 23, Jacques Roux expose à la barre de la Convention l'adresse du Club des Cordeliers. C'est un procès des représentants du peuple d'une grade violence. Dès les premiers mots le ton est donné « Cent fois cette enceinte sacrée a retenti des crimes des égoïstes et des fripons ; toujours vous nous avez promis de frapper les sangsues du peuple. L’acte constitutionnel va être présenté à la sanction du souverain ; y avez-vous proscrit l’agiotage ? Non. Avez-vous prononcé la peine de mort contre les accapareurs ? Non. Avez-vous déterminé en quoi consiste la liberté du commerce ? Non. Avez-vous défendu la vente de l’argent monnayé ? Non. Eh bien ! Nous vous déclarons que vous n’avez pas tout fait pour le bonheur du peuple. » [9] Cette déclaration provoque une vive réaction de toutes les sensibilités de la Convention. La séance est présidée par Thuriot, qui déclare à la fin de l'intervention « Vous venez d'entendre professer dans cette enceinte les principes monstrueux de l'anarchie [...] Cet homme est un prêtre digne émule des fanatiques de la Vendée »[10] mais, comme le fait remarquer Eric Hazan, en pleine contradiction avec ses propos il termine sa diatribe par une proposition en plein accord avec le discours de Jacques Roux en demandant « que les comités d'agriculture et du commerce soient chargés de faire un prompt rapport sur la motion qu'il [jacques Roux] a faite de taxer les denrées » [10] Face à ces réactions un des accompagnateurs de Jacques Roux déclare que le texte qui vient d'être lu n'est pas celui qui a été approuvé par la section des Gravilliers. Tous les pétitionnaires, sauf Jacques Roux, sont admis aux honneurs de la séance. Robespierre, puis Billaud-Varenne et Legendre demandent qu' soit chassé de la barre où il est resté. Cette proposition est adoptée[11]

Dès le 28 juin à la tribune des Jacobins, Robespierre est plus menaçant, y compris et surtout, pour tous ceux qui pourraient se laisser séduire par la discours du prêtre « S'il est vrai que l'on ait rendu à cet homme [Jacques Roux] la justice qu'il mérite, alors mon attente est remplie ; mais je ne puis que présumer mal de ceux, qui sous l'ombre de s'attacher plus fortement aux intérêts du peuple, voudraient donner de la suite aux vociférations délirantes de ce prêtre forcené »[12]

Marat poursuivra cette critique, quelques jours avant sa mort dans le N° 233 du 4 juillet 1793 du Journal de la République française qui succède à l'Ami du peuple, il encore fustige leur action« Ces intrigants ne se contentent pas d’être les factotums de leurs sections respectives, ils s’agitent du matin au soir pour s’introduire dans toutes les sociétés populaires, les influencer et en devenir enfin les grands faiseurs. Tels sont les trois individus bruyants qui s’étaient emparés de la section des Gravilliers, de la Société fraternelle et de celle des Cordeliers : je veux parler du petit Leclerc, de Varlet et de l’abbé Renaudi soi-disant Jacques Roux » [8]

Quelques jours après l’assassinat de Marat, Roux réfute son argumentaire dans une adresse a Marat[13] qu'il rend responsable de son exclusion du Club des Cordeliers après son adresse à la convention le 25 juin ; mais il est déjà trop tard et de plus cette réplique dans le contexte de la mort de l'Ami du Peuple non seulement est de nul effet mais de plus est une lourde maladresse.

Une historiographie ambiguë[modifier | modifier le code]

Difficile de ne pas citer Marx qui le premier voit dans les Enragés les premiers germes de l'idée communiste « Le mouvement révolutionnaire qui commença en 1789 au cercle social, qui, au milieu de sa carrière, eut pour représentants principaux Leclerc et Roux et finit par succomber provisoirement avec la conspiration de Babeuf, avait fait germer l’idée communiste que l’ami de Babeuf, Buonarroti réintroduisit en France après la révolution de 1830. Cette idée, développée avec conséquence, c’est l’idée du nouvel état du monde » [14]

Une partie de l'historiographie représentée par Jaures « une sorte de parti social se formait qui voulait mettre au premier plan les problèmes économiques »[15]ou encore Mathiez « Le parti qui a exigé la taxation, le parti des enragés dont les chefs étaient Varlet et Jacques Roux »[16] font de cette mouvance un parti. Parti ou faction le terme est un peu fort. Ils n'étaient que trois avec outre Roux, Jean-François Varlet et Jean Théophile Leclerc. Si leurs idées convergent, si ponctuellement ils se soutiennent mutuellement[17], ils se croisent, participent aux mêmes luttes, mais ne mettent ensemble en œuvre aucune action , ni journal ou pamphlet, encore mois une organisation. Par contre, chacun à sa manière réclame la taxation et la réglementation en termes de prix, dénonce la bourgeoisie marchande plus terrible selon les mots de Jacques Roux que « l'aristocratie nobiliaire et sacerdotale ». Ils critiquent tous la notion de propriété, multiplient les attaques contre les riches, justifient les pillages de boutiques, les qualifiant de restitutions. Ils ont jusqu'en juillet 1793 une audience large auprès des sections des Gravilliers et des Batignoles . Il nouent des liens avec la Société des républicaines révolutionnaires animée par Pauline Léon et Claire Lacombe . Même si Pauline Leon épouse Theophile Leclerc, le soutien qu'elles apportent aux trois "enragés" est à géométrie variable, en tout état de cause aucune d'elle ne soutiendra plus Jacques Roux après le 25 juin, et même jouera un rôle de premier plan dans la dramaturgie orchestrée par David l lors des funérailles de Marat. A aucun moment les deux mouvances n'organiseront de réunions pour mettre en oeuvre des actions en communes.

Même s'il démontre par la suite le soutien très réel de la section des Gravillers y compris après l'épisode du 25 juin il reconnait que les « Enragés, Jacques Roux, Varlet, Leclerc, ne se préoccupent guère de coordonner leurs action et d'organiser dans la capitale un mouvement unitaire [...] leur action apparaît même parfois empreinte d'une certaine rivalité [...] l'influence réelle des "chefs" Enragés semble s’être le plus souvent limitée à une section ou aux sections voisines de celle où ils vivaient »[18].

Pour autant, la place limitée qui est la leur dans le déroulement de la Révolution, n'est pas de nature à la réduire à une révolution bourgeoise. Cette interprétation, qu' Albert Mathiez qualifiât d'énorme sottise, n'engage que ses auteurs et les travaux de Georges Lefebvre, Richard Cobb , Albert Soboul et bien d'autres ont désormais bien montré la réalité des mouvement sociaux populaires tant dans les milieux ruraux, qu'urbains.[19]

Un dénouement sans surprise[modifier | modifier le code]

Le 27 juillet 1793 Robespierre entre au Comité de Salut Public. Il s'agit désormais de faire accepter le fait accompli de l'élimination des Girondins par les classes moyennes et possédantes. Dès lors les rapports du Gouvernement avec les mouvements populaires vont rapidement se tendre. Dans un premier temps sectionnaires , sans-culottes, membres de clubs y compris cordeliers et jacobins, soutenus par les commissaires des assemblées primaires représentants les patriotes des départements imposèrent à la Convention la levée en masse et réclamèrent la terreur et le maximum. La proposition de Danton de transformer le Comité de Salut Public en comité de gouvernement déclencha une nouvelle offensive où l'on retrouva Leclerc en première ligne « C'est un Capet à neuf têtes que l'on crée à la place de leui qui n'est plus » écrit-il dans l'Ami du peuple du 4 août 1793[20] Il est rejoint par François-Nicolas Vincent , secrétaire général du département de la guerre, qui jouit d'une forte influence au ministère de la Guerre mais qui n'a pas grande audience auprès des sans-culottes. C'est à Leclerc, mais aussi à Jacques Roux, qui pourtant n'a pas pris position dans ce débat, que e'en prends Robespierre« Deux hommes salariés par les ennemis du peuple, deux hommes que Marat dénonça, ont succédé ou cru succéder à cet écrivain patriote [...] pour pouvoir tomber sur les patriotes vivants avec plus de fureur » août [21] la polémique s'envenime , nourrie au Jacobins par Robespierre, Roux est toujours silencieux. Le 8 août, coup de théâtre: La veuve de Marat, Simone Evrard s'éleva contre "les écrivains scélérats" qui usurpent le nom de l'Ami du Peuple, dénonça tout à la fois Roux et Mercier leur prêtant les pires intentions pour les prochaines journées des 10 août [22] et[23]. Les deux analyses largement concordantes sur les faits divergent sur les suites et notamment la place faite aux Hébertistes, autant Soboul accorde une importance capitale au N° 269 du Père Duchesne où Hebert vient au secours des Enragés et les dépasse même « Il faut avant toute chose organiser un pouvoir exécutif et ne pas réunir tous les pouvoirs dans les mêmes mains. La contre-révolution sera faite avant un mois si on laisse le comité de salut public organisé tel qu(il l'est aujourd'hui.[...] je vois d'avance certains fripons qui convoitent les cinquante millions que la convention a accordés à ce comité; garre le pillage et la contre révolution, foutre. »[24], autant Mathiez passe sous silence le rôle joué par les Hébertistes.

Tout au long du mois d'août Robespierre défendra le Comité avec un acharnement sans faille, brandissant la crainte de l'étranger qui enverrait à la convention "des envoyés de Pitt et de Cobourg", sacralisant le dépôt à la Convention par les délégués des assemblées primaires de l'acte sacré ( la constitution) que l'on scella dans une urne de cèdre. Cette fermeté vit plusieurs sociétés populaires tout au long du mois d'août faire allégeance au pouvoir en place.Les attaques se poursuivent toute la deuxième quinzaine d'août de Leclerc avec le soutien de la Socièté des Républicaines Révolutionnaires,de Roux avec celui de ses soutiens de la section des Gravilliers. Hébert, qui ne veut pas leur laisser le champ libre, intervient avec son journal et au Jacobins le 21 août en prenant soin de masquer son attaque du pouvoir par une diatribe à l'encontre de Jacques Roux,mais il critique néanmoins l'organisation du pouvoir exécutif[25]

La fermeté de Robespierre amène le ralliement d' autres sections, notamment la section de Marseille et Marat qui dans une adresse aux départements les exhorte à se rallier autour de la Montagne [26]

A partir du 23 août le ton de la presse extrémiste monte, l'unité de la Convention se fendille. Billaud-Varenne Cherchant une voie de compromis s'attire les foudres de Robespierre . Dans les premiers jours de septembre la tension monte, le 5 la Convention est envahie par le peuple et les Jacobin? Robespierre abandonne précipitamment la présidence

Citation[modifier | modifier le code]

« La liberté n'est qu'un vain fantôme, quand une classe d'hommes peut affamer l'autre impunément. L'égalité n'est qu'un fantôme, quand le riche, par le monopole, exerce le droit de vie et de mort de son semblable. La république n'est qu'un vain fantôme, quand la contre-révolution s'opère de jour en jour par le prix des denrées auquel les trois quarts des citoyens ne peuvent atteindre sans verser des larmes. »

« Le despotisme qui se propage sous le gouvernement de plusieurs, le despotisme sénatorial est aussi terrible que le sceptre des rois, puisqu'il tend à enchaîner le peuple, sans qu'il s'en doute, puisqu'il se trouve avili et subjugué par les lois qu'il est censé dicter lui-même[27]. »

De tout temps, on s'est servi des hommes de caractère pour faire les révolutions. Quand on n'a plus besoin d'eux, on les brise comme du verre. "

« Les lois ont été cruelles à l'égard du pauvre parce qu'elles n'ont été faites que par les riches et pour les riches[28]. »

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Andrè Berland, « Jacques Roux en Saintonge Les débuts d'un grand révolutionnaire (1752-1790) », Bulletin de la Société d'histoire et d'archéologie en Saintonge maritime,‎ n°11 - année 1990, Pages 14 et suivante (lire en ligne)
  2. Ancien fief des comtes d’Angoulême Taillefer, confisqué en 1793 et largement détruit sur la commune de Baignes-Sainte-Radegonde
  3. Jacques Roux, « La fête manquée ou la hure de sanglier portée du Château de M près Baigne à Barbezieux », Journal de Saintonge et d'Angoumois,‎ 30 décembre 1787 n°52, pages 409 à 410
  4. les 12 premiers vers de ce poème sont reproduits par W; Markow dans Annales historiques de la Révolution Française 1963 N° 4 page 464
  5. a b et c Andrè Berland, « Jacques Roux en Saintonge Les débuts d'un grand révolutionnaire (1752-1790) », Bulletin de la Société d'histoire et d'archéologie en Saintonge maritime,‎ n°11 - année 1990, Pages 16 (lire en ligne)
  6. François Furet et Mona Ozouf, Dictionnaire critique de la Révolution Française, vol. 2 acteurs, Paris, Flammarion, 2017 (3e édition), article "Enragès" par Denis Richet pages 331 à 339)
  7. [cité par Claude Guillon Notre patience est a bout . Les écrits des enragé(e)s. Paris. Editions LMHO. Coll. Radicaux Libres. 2009 page 10] « article de Brissot sur les "enragés" », Le Patriote Français,‎
  8. a b et c François Furet et Mona Ozouf, Dictionnaire critique de la Révolution Française, vol. 2 acteurs, Paris, Flammarion, 2017 (3e édition), article "Enragès" par Denis Richet page 337)
  9. « Manifeste des Enragés - Wikisource », sur fr.wikisource.org (consulté le 9 novembre 2019)
  10. a et b Eric Hazan, Une histoire de la Révolution française, Paris, La Fabrique Editions, , pages 218-219
  11. Maximilien Robespierre et École pratique des hautes études (France) Société des études robespierristes, Oeuvres de Maximilien Robespierre, Paris, PUF, (lire en ligne), Tome IX - Discours, 4e Partie, page 593
  12. Jacques de Cock, Les Cordeliers dans la Révolution française: Textes et documents - Volume 2, fantasques éditions, (ISBN 9782913846081, lire en ligne), p. 1233
  13. l'imprimeur prend soin d'affirmer que la réponse de Jacques Roux était imprimée avant avant l’assassinat commis sur la personne de l'ami du peuple, Jacques Roux à Marat - 1793
  14. « La Sainte Famille (Marx, Engels) », dans Wikipédia, (lire en ligne)
  15. Jean Jaures, Histoire socialiste de la Révolution française, Paris, Editions Sociales, , Tome V - page 207
  16. Albert Mathiez, La vie chère et le mouvement social sous la Terreur, vol. 1, Paris, Payot, (lire en ligne), page 134
  17. A titre d'exemple, Leclerc, le 30 juin prend la défense de Jacques Roux attaqué de toutes parts à la suite de l'adresse qu'il a présenté à la Convention le 25 au nom de la section des Gravilliers. Ce qui lui vaudra d'être, avec lui, chassé du club des Cordeliers.
  18. Michel Vovelle, Paris et La Révolution : actes du Colloque de Paris I, 14-16 avril 1989, Paris, Sorbonne, , 395 p. (lire en ligne), article Les Gravilliers, plateforme des Enragés Parisiens par Roland Gotlib
  19. Florence Gauthier, « Critique du concept de «révolution bourgeoise» », Raison présente, vol. 123, no 1,‎ , p. 59–72 (DOI 10.3406/raipr.1997.3418, lire en ligne, consulté le 12 novembre 2019)
  20. Société d'histoire moderne et contemporaine (France) Auteur du texte, « Revue d'histoire moderne et contemporaine / Société d'histoire moderne », sur Gallica, (consulté le 12 novembre 2019)
  21. Journal de la Montagne, 7 août 1793, cité par Albert Soboul, « Robespierre et la formation du gouvernement révolutionnaire 27 juillet - 10 octobre 1793 », Revue d'histoire moderne et contemporaine,‎ , p. 284 (lire en ligne)
  22. Albert Mathiez (1874-1932) Auteur du texte, La vie chère et le mouvement social sous la Terreur. Tome 1, (lire en ligne)
  23. Albert Soboul, « Robespierre et la Formation du Gouvernement Révolutionnaire (7 juillet -10 octobre 1793) », sur Gallica, Revue d'Histoire Moderne et Contemporaine, (consulté le 12 novembre 2019)
  24. Jacques-René Hébert (1757-1794) Auteur du texte, « La Grande Colère du Père Duchesne », sur Gallica, Je suis le véritable pere Duchesne, foutre, (consulté le 12 novembre 2019)
  25. Le 20 août avait lieu la désignation du Ministre de l'intérieur, Hébert était candidat, Paré lui fût préféré. Dès le lendemain, alors qu'il n'avait rien écrit depuis le 10 août, Hébert reprend sa campagne contre le gouvernement.
  26. Journal de La Montagne, 21 août 1793
  27. Albert Mathiez, p. 148, La révolution française.
  28. Maurice Dommanget, p. 74, Enragés et curés rouges en 1793 : Jacques Roux et Pierre Dolivier.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

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Voir Aussi[modifier | modifier le code]


Sources imprimées[modifier | modifier le code]

  • Jacques Roux, Scripta et acta : textes présentés par Walter Markov, Berlin, Akademie Verlag, 1969, VIII-688 p.
  • Jacques Roux, Jacques Roux à Marat, Paris, De l'Imprimerie de la Société typographique, rue et collége des Cholets, (lire en ligne)

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • André Berland, Un grand révolutionnaire charentais, l'abbé Jacques Roux : les débuts en Angoumois et en Saintonge du futur chef des Enragés, 1752-1794, Libr. B. Sepulchre, 1988.
  • Serge Bianchi, « Les curés rouges dans la Révolution française », Annales historiques de la Révolution française, no 249,‎ , p. 364-392 (JSTOR 41913631).
  • Maurice Dommanget, Les Enragés dans la Révolution française, Paris, Spartacus, coll. « Spartacus. Série B » (no 139), , 132 p. (ISBN 2-902963-19-X).
  • Maurice Dommanget, Enragés et curés rouges en 1793 : Jacques Roux, Pierre Dolivier, Paris, Spartacus, coll. « Spartacus. Série B » (no 149), , 171 p. (ISBN 2-902963-31-9).
  • (en) Geoffrey Ellis, « The « Marxist Interpretation » of the French Revolution », The English Historical Review, Oxford University Press, vol. 93, no 367,‎ , p. 353-376 (JSTOR 567066).
  • David Gilles, « Représentation et souveraineté chez les Enragés (1792-1794) », dans Le concept de Représentation dans la pensée politique : actes du colloque d'Aix-en-Provence (mai 2002), Aix-en-Provence, Presses universitaires d’Aix-Marseille, coll. « Histoire des idées politiques » (no XV), , 493 p. (ISBN 978-2-7314-0367-1, lire en ligne), p. 253-286
  • Roland Gotlibéd.), « Jacques Roux et les Jacquesroutins », Annales historiques de la Révolution française, no 221 « La Fête révolutionnaire »,‎ , p. 478-485 (lire en ligne).
  • Daniel Guérin, La lutte de classes sous la Première République : bourgeois et « bras nus » (1793-1797), vol. 1 et 2, Paris, Gallimard, coll. « La Suite des temps » (no 16),
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Notices[modifier | modifier le code]

Ces notices biographiques montrent assez clairement Les différentes sensibilités dans l'approche du rôle de Jacques Roux.


Liens externes[modifier | modifier le code]