Jacques Roux (1752-1794)

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Jacques Roux
Naissance
Pranzac
Décès (à 41 ans)
Bicêtre
Nationalité Drapeau de France France
Profession
Autres activités

Jacques Roux (né le à Pranzac et mort par suicide dans la prison de Bicêtre le ) est un prêtre catholique et une personnalité de la Révolution française, pionnier d'une certaine forme de socialisme en France et précurseur de l'anarchisme, surnommé « le curé rouge » ou encore « le petit Marat ».

Biographie[modifier | modifier le code]

Fils d'un lieutenant d'infanterie, il est ordonné prêtre en 1779, et sert d'abord comme vicaire dans le diocèse de Saintes.

Il est frappé d’interdit après avoir participé au pillage de châteaux. Vicaire de Saint-Thomas-de-Conac en 1790, il fut l'un des premiers prêtres (« curé rouge » selon Maurice Dommanget) à prêter serment à la Constitution civile du clergé. Il accompagne Louis XVI à l'échafaud avec Jacques-Claude Bernard. Sa faction des Enragés (dont Jean-François Varlet fait partie), réclame la taxation et la réglementation en termes de prix. Il dénonce la bourgeoisie marchande plus terrible selon lui que « l'aristocratie nobiliaire et sacerdotale ». Il critique la notion de propriété, multiplie les attaques contre les riches, justifie les pillages de boutiques, les qualifiant de restitutions[1].

Ce « prêtre socialiste » [2] lie problème politique, crise sociale et question agraire et ce dès 1792. Il défend l'idée que les principes de liberté défendues par la nouvelle législation servent avant tout l'intérêt d'une classe au détriment de la société. L'expression la plus achevée de son programme est sans doute celle contenu dans son Adresse à la Convention nationale (également connue sous le nom de Manifeste des Enragés) le qui repose sur l'idée que

« La liberté n'est qu'un vain fantôme, quand une classe d'hommes peut affamer l'autre impunément. L'égalité n'est qu'un fantôme, quand le riche, par le monopole, exerce le droit de vie et de mort de son semblable. La république n'est qu'un vain fantôme, quand la contre-révolution s'opère de jour en jour par le prix des denrées auquel les trois quarts des citoyens ne peuvent atteindre sans verser des larmes. »

Trois points peuvent apparaître comme les lignes de force de ce programme : taxation générale, répression de l'accaparement, prohibition du commerce de l'argent monnayé.

Son mouvement inquiète la Convention. Ainsi, Marat n'hésite pas à la qualifier de « patriote de circonstance » ou de « boutefeu de la section des Gravilliers. » Même les Hébertistes le critiquent. Roux devient de plus en plus isolé. Les Montagnards déclenchent contre lui une campagne visant à le faire passer pour un contre-révolutionnaire. Arrêté en septembre 1793 pour être jugé par le Tribunal révolutionnaire, il préfère se donner la mort en se poignardant.

Citation[modifier | modifier le code]

« Le despotisme qui se propage sous le gouvernement de plusieurs, le despotisme sénatorial est aussi terrible que le sceptre des rois, puisqu'il tend à enchaîner le peuple, sans qu'il s'en doute, puisqu'il se trouve avili et subjugué par les lois qu'il est censé dicter lui-même[3]. »

« Les lois ont été cruelles à l'égard du pauvre parce qu'elles n'ont été faites que par les riches et pour les riches[4]. »

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Encyclopædia Universalis : Jacques Roux.
  2. d'après l'historien socialiste Albert Mathiez
  3. Albert Mathiez, p. 148, La révolution française.
  4. Maurice Dommanget, p. 74, Enragés et curés rouges en 1793 : Jacques Roux et Pierre Dolivier.

Sources imprimées[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • André Berland, Un grand révolutionnaire charentais, l'abbé Jacques Roux : les débuts en Angoumois et en Saintonge du futur chef des Enragés, 1752-1794, Libr. B. Sepulchre, 1988.
  • Serge Bianchi, « Les curés rouges dans la Révolution française », Annales historiques de la Révolution française, no 249,‎ , p. 364-392 (lire en ligne).
  • Maurice Dommanget, Les Enragés dans la Révolution française, Paris, Spartacus, coll. « Spartacus. Série B » (no 139), , 132 p. (ISBN 2-902963-19-X).
  • Maurice Dommanget, Enragés et curés rouges en 1793 : Jacques Roux, Pierre Dolivier, Paris, Spartacus, coll. « Spartacus. Série B » (no 149), , 171 p. (ISBN 2-902963-31-9).
  • (en) Geoffrey Ellis, « The « Marxist Interpretation » of the French Revolution », The English Historical Review, Oxford University Press, vol. 93, no 367,‎ , p. 353-376 (lire en ligne).
  • David Gilles, « Représentation et souveraineté chez les Enragés (1792-1794) », dans Le concept de Représentation dans la pensée politique : actes du colloque d'Aix-en-Provence (mai 2002), Aix-en-Provence, Presses universitaires d’Aix-Marseille, coll. « Histoire des idées politiques » (no XV), , 493 p. (ISBN 978-2-7314-0367-1, lire en ligne), p. 253-286.
  • Daniel Guérin, La lutte de classes sous la Première République : bourgeois et « bras nus » (1793-1797), vol. 1 et 2, Paris, Gallimard, coll. « La Suite des temps » (no 16), (présentation en ligne)
    Nouvelle édition revue et augmentée : Daniel Guérin, La lutte de classes sous la Première République (1793-1797), vol. 1 et 2, Paris, Gallimard, coll. « La Suite des temps », , 571+608 p.
    Édition abrégée : Daniel Guérin, Bourgeois et bras-nus : guerre sociale durant la Révolution française, 1793-1795, Paris, Libertalia, , 443 p. (ISBN 978-2-918059-29-5, présentation en ligne).
  • Jacques Guilhaumou, « « Moment actuel » et processus discursifs : le Père Duchesne d'Hébert et le Publiciste de la république française de J. Roux (14 juillet – 6 septembre 1793) », Bulletin du Centre d'Analyse du Discours de l'Université de Lille III, no 2,‎ , p. 147-173.
  • Jean-Marc Le Guillou, Jacques Roux, 1752-1794 : l'annonce faite à la gauche, Paris, Éditions des Écrivains, , 242 p. (ISBN 2-84434-350-3, présentation en ligne).
  • Walter Markov, « Les Jacquesroutins », Annales historiques de la Révolution française, no 160,‎ , p. 163-182 (lire en ligne).
  • Walter Markov, « Jacques Roux avant la Révolution », Annales historiques de la Révolution française, no 174,‎ , p. 453-470 (lire en ligne).
  • (it) Walter Markov, « La collera del prete rosso », Studi Storici, Fondazione Istituto Gramsci, no 4, 6e année,‎ , p. 629-649 (lire en ligne).
  • (it) Walter Markov et Gian Mario Bravo, « Jacques Roux e Karl Marx : Come gli Enragés entrarono nella Sacra famiglia », Studi Storici, Fondazione Istituto Gramsci, no 1, 6e année,‎ , p. 41-54 (lire en ligne).
  • (de) Walter Markov, Die Freiheiten des Priesters Roux, Berlin, éd. Akademie-Verlag, 1967, 430 p., présentation en ligne.
  • (de) Walter Markov, Exkurse zu Jacques Roux, Berlin, éd. Akademie-Verlag, 1970, 371 p., présentation en ligne, présentation en ligne.
  • Albert Mathiez, La révolution française, Volume 1, Armand Colin, 1922.
  • Dominic Rousseau, Le curé rouge : vie et mort de Jacques Roux, Spartacus, 2013, présentation en ligne.
  • (en) Morris Slavin, « Jacques Roux : A Victim of Vilification », French Historical Studies, Duke University Press, vol. 3, no 4,‎ , p. 525-537 (lire en ligne).
  • Albert Soboul, « Sur les « curés rouges » dans la Révolution française », Annales historiques de la Révolution française, no 249,‎ , p. 349-363 (lire en ligne).
  • Albert Soboul, La Civilisation de la Révolution française, Arthaud, 1988.

Notices[modifier | modifier le code]

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