Rirette Maîtrejean

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Anna Henriette Estorges
Rirette Maîtrejean
Image illustrative de l’article Rirette Maîtrejean

Surnom Rirette l'insoumise
Naissance
Saint-Mexant, Corrèze
Décès (à 80 ans)
Limeil-Brévannes, Val-de-Marne
Première incarcération 25 mars 1912 pour recel de revolvers
Origine française
Cause défendue anarchiste individualiste
amour libre

Anna Henriette Estorges, alias Rirette Maîtrejean, née le à Saint-Mexant en Corrèze et morte le à Limeil-Brévannes est une anarchiste individualiste libertaire.

Biographie[modifier | modifier le code]

Elle naît Anna Henriette Estorges dans un milieu paysan. À seize ans, elle perd son père et ne peut, faute d'argent, devenir institutrice.

Refusant un mariage arrangé par sa mère, elle arrive à Paris en 1904. Elle y découvre la vie des couturières, mais prend des cours à la Sorbonne, puis dans les universités populaires qui fleurissent alors (la première a été créée par l'anarchiste Georges Deherme)[1].

À Paris, elle donne naissance à sa première fille Maud et doit s'en occuper seule. Elle rencontre Louis Auguste Maîtrejean, sellier, avec qui elle se marie le [1]. Ce mariage permet à Louis Maîtrejean de reconnaître Maud comme son enfant légitime. En elle donne naissance à sa deuxième fille, Sarah (surnommée Chinette). Louis et Rirette se séparent en 1908, après trois ans de vie commune. Le mode de vie qui est le sien au cours de cette période ne la satisfait pas et ne la nourrit pas intellectuellement[2].

Milieu anarchiste individualiste[modifier | modifier le code]

Elle fréquente les Causeries populaires animées par Albert Libertad qui édite le journal L'Anarchie[1] et se joint aux sorties champêtres organisées par les individualistes qui prônent l'amour libre[1].

Si elle s'épanouit dans ce milieu, elle constate que la condition des femmes n'y est pas aisée :

« J'allais droit vers les intellectuels ; avec eux, au moins, on peut causer. Les causeries tiennent dans la vie d'anarchiste une très grande place. J'avais à prendre une étiquette. Serais-je individualiste ou communiste ? Je n'avais guère le choix. Chez les communistes la femme est réduite à un tel rôle qu'on ne cause jamais avec elle, même avant. Il est vrai que chez les individualistes ce n'était guère différent. L'individualisme, pourtant, eut mes préférences[3] »

C'est dans ce milieu qu'elle rencontre Maurice Vandamme, dit Mauricius, un des principaux collaborateurs du journal L'Anarchie, ainsi que Viktor Lvovitch Kibaltchich, plus connu sous le nom de Victor Serge[1], qui devient son compagnon à partir de 1909. Avec ce dernier elle partage engagements et activités anarchistes.

Collaboratrice active du journal L'anarchie, Rirette en prend la direction aux côtés de Viktor Lvovitch Kibaltchich, à Romainville pendant trois mois puis à Paris :

« À l'anarchie les salaires de tous les collaborateurs sont égaux. Chacun a droit au logement, à la nourriture, au blanchissage. D'argent, pas un sou[4]. »

Le , alors qu'elle prend part à une manifestation de solidarité avec les terrassiers, en grève depuis le 1er mai, le cortège est violemment chargé par un régiment de dragons qui n'hésite pas à tirer sur la foule, provoquant quatre morts et deux cents blessés, dont Rirette Maîtrejean qui est sérieusement atteinte à une jambe[5].

Le procès de la bande à Bonnot[modifier | modifier le code]

Victor Serge et Rirette Maitrejean.

Le , Rirette et Victor sont perquisitionnés par la police dans le cadre de l'enquête sur la bande à Bonnot. Rirette Maîtrejean subit plusieurs interrogatoires avant d'être placée en détention le pour un recel de revolvers, alors que la bande poursuit une escalade sanglante à Chantilly.

Elle est incarcérée pendant un an à la prison Saint-Lazare. Après dix jours passés dans un dortoir où vivent trente à quarante détenues, elle est placée dans une pistole, une cellule de six lits qui lui permettent de vivre dans des conditions d'incarcération moins difficiles. Elle sera marquée par la présence des sœurs, leur gentillesse et leur bonté :

« Dussent mes bons amis les anarchistes en hurler, j'ai conserver d'elles le plus tendre, le plus doux, le plus réconfortant souvenir. Pendant l'année que je passai à Saint-Lazare, elle ne furent pour moi que bonté. Connaissant mon goût pour les fleurs mortes elles m'apportaient délicatement les fleurs fanées de la chapelle de la Vierge[6]. »

En , elle est jugée dans le procès des survivants de la bande. Elle est acquittée mais Victor Serge est condamné à 5 ans de prison. Elle l’épouse le , alors qu'il purge sa peine. Libéré en , Victor Serge est expulsé de France. Il rejoint alors Barcelone, puis se brouille avec son épouse avant de rejoindre la Russie bolchevique[5].

À sa sortie de prison, elle livre au journal Le Matin ses Souvenirs d'anarchie (19 au ), qui dépeignent le milieu individualiste et ses rencontres. La description amère qu'elle en fait lui sera vivement reproché. Elle y expose notamment la divergence des idées et des modes d'action, et ses réserves quant à l'illégalisme.

Poursuite de son engagement après son incarcération[modifier | modifier le code]

Forcée de subvenir au besoin de ces deux filles, elle cherche un emploi salarié et travaille comme typographe, avant de devenir correctrice de presse à Paris Soir et d'intégrer le syndicat des correcteurs en 1923. Elle y fréquente de nombreux anarchistes.

Durant les années 1930, elle s'installe au Pré-Saint-Gervais et vit avec Maurice Merle, syndicaliste des usines Renault, et collabore à La Revue anarchiste[5].

Après la Seconde Guerre mondiale, elle se lie d'amitié avec Albert Camus. Selon Lou Marin, c'est elle qui fait découvrir à Camus, la pensée libertaire et les milieux anarchistes[7]. Elle travaille comme correctrice au journal Libération, jusqu'en 1953, puis aux Éditions Flammarion.

Elle s'engage aussi beaucoup, avec de nombreux intellectuels, pour faire libérer Victor Serge du goulag où l'avait envoyé Staline.

Elle participera encore, en 1959, au journal Liberté fondée par Louis Lecoin[5].

Elle devient progressivement aveugle à la fin de sa vie. Elle meurt le . Ses cendres sont déposées, dans le caveau n° 2440 du columbarium du Père-Lachaise.

Œuvre[modifier | modifier le code]

  • Souvenirs d'anarchie : la vie quotidienne au temps de la bande à Bonnot à la veille de 1914[8], Quimperlé, La Digitale, 2005 (ISBN 2-903383-53-7)[9]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a b c d et e Anne Steiner, « Une femme libre à la Belle Époque », Quartiers libres, n° 105, 2005, texte intégral.
  2. Anne Steiner, Les en-dehors : anarchistes individualistes et illégalistes à la Belle époque, Montreuil, L'Echappée, .
  3. Rirette Maîtrejean, Souvenirs d'anarchie, Paris, La Digitale, , p. 15.
  4. Rirette Maîtrejean, op.cit..
  5. a b c et d L'Éphéméride anarchiste : notice biographique.
  6. Rirette Maîtrejean, op.cit., p. 53.
  7. Lou Marin, Albert Camus et les libertaires : 1948-1960, Marseille, Égrégores éditions, 2008, page 5.
  8. Voir sur bibliotheques-specialisees.paris.fr.
  9. BNF : notice.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles[modifier | modifier le code]

  • Anne Steiner, « Une femme libre à la Belle Époque », Quartiers libres, n° 105, 2005, texte intégral.
  • (en) John Simkin, « Rirette Maitrejean », Spartacus Educational,‎ (lire en ligne)
  • Alain Albinet, « Née dans une ferme de Saint-Mexant, Anna Estorges a été jugée avec la célèbre bande à Bonnot », La Montagne,‎ (lire en ligne)

Audiovisuel[modifier | modifier le code]

  • Jacques Rozier, Cinéastes de notre temps : Jean Vigo, interview de Rirette Maîtrejean, 1964
  • Anne Steiner, Les Anarchistes, corpus individualistes, Dictionnaire biographique Maitron, Centre d'histoire sociale, , voir en ligne.
  • Stéphanie Duncan, Patrick Pécherot, « Rirette Maîtrejean : du col claudine à la bande à Bonnot », France Inter,‎ (lire en ligne).

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]