Louise Weiss

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Louise Weiss
Louise Weiss parmi des suffragettes en mai 1935.
Louise Weiss parmi des suffragettes en mai 1935.
Fonctions
Députée européenne
20 juillet 197926 mai 1983
Élection 12 juin 1979
Législature 1re
Biographie
Date de naissance 25 janvier 1893
Lieu de naissance Arras (Pas-de-Calais)
Date de décès 26 mai 1983 (à 90 ans)
Lieu de décès Magny-les-Hameaux (Yvelines)
Nationalité Française

Louise Weiss, née le 25 janvier 1893 à Arras et décédée le 26 mai 1983 à Magny-les-Hameaux[1], est une journaliste, écrivaine, féministe et femme politique française.

Biographie[modifier | modifier le code]

Reconstitution du salon parisien de Louise Weiss au Musée de Saverne.

Enfance et jeunesse d'une Alsacienne[modifier | modifier le code]

Elle est d'origine alsacienne. Son père, Paul Louis Weiss (1867-1945), ingénieur des mines est un protestant alsacien dont les parents originaires de La Petite-Pierre se sont installés à Phalsbourg. Son grand-père, Georges-Émile Weiss est notaire. Il démissionne après l'annexion de l'Alsace-Lorraine en 1871. Paul Louis Weiss fait toute sa carrière dans l'industrie minière, dirigeant successivement plusieurs sociétés et finissant président de l'Union des mines. Sa mère, Jeanne Félicie Javal est la fille de l'ingénieur et médecin Émile Javal, un des inventeurs de l'orthoptique. La famille de sa mère, la famille Javal, est une riche famille alsacienne d'origine allemande, tchèque et juive[2], installée à Seppois-le-Bas et très engagée dans la vie publique. Louise Weiss est l'ainée de cinq enfants (sa sœur benjamine Marie Jenny Émilie sera connue comme psychanalyste et pédiatre ; son frère Jacques, polytechnicien, inspecteur des finances, directeur de société de charbon et traducteur de livres spiritualistes). Elle passe sa jeunesse à Paris, élève, notamment, au lycée Molière. Contre l'avis de son père, peu favorable à l'éducation des filles, Louise Weiss devient agrégée de lettres à 21 ans et diplômée d'Oxford. Elle refuse le poste d'enseignant qui lui est proposé puis se tourne vers le journalisme. Elle fréquente alors les exilés tchèques et slovaques à Paris quartier du 19e, Tomáš Masaryk, Edvard Beneš et Milan Stefanik et s'intéresse aux relations internationales.

Le combat pour la paix[modifier | modifier le code]

Elle s'engage comme infirmière, pendant la Première Guerre mondiale dans un hôpital pour soldats à Saint-Quay-Portrieux (Côtes-du-Nord) où sa famille s'était réfugiée.

Femme de convictions et marquée par l'horreur du premier conflit mondial, elle cherche à rapprocher la France et l'Allemagne pour des intérêt publics. Après avoir collaboré au journal Le Radical sous le pseudonyme masculin Louis Lefranc, elle écrit jusqu'en dans la revue hebdomadaire L'Europe nouvelle - fondée avec le soutien financier du journaliste Hyacinthe Philouze, dont le premier numéro paraît le 12 janvier 1918 et le dernier en juin 1940. Avec cet hebdomadaire, elle a pour ambition de fonder « une méthode et un instrument de travail pour une science de la paix ».

En désaccord avec la ligne doctrinale de Philouze, Louise Weiss quitte L'Europe nouvelle, collabore à L'Information et au Petit Parisien, se rend en reportage à Prague, Budapest, Vienne, Varsovie et, dès son retour, retrouve L'Europe nouvelle, se débarrasse de Philouze qui quitte à son tour le journal, la laissant aux commandes. Elle entend utiliser ce journal pour diffuser sa volonté de pacifisme. Elle sait s'entourer de personnalités encore peu connues qui exerceront à l'avenir de hautes fonctions et qui lui fournissent une aide précieuse au sein du comité de rédaction : Louis Joxe, son collaborateur privilégié et Henry de Jouvenel, Wladimir d'Ormesson, Georges Bonnet, Aristide Briand, Édouard Herriot, Marcel Cachin, Léon Blum, Saint-John Perse, Paul Valéry, Élie Faure qui lui apportent leur influent concours, parfois occasionnel. Louise reprend ses voyages en Europe et se rend notamment en Russie où elle rencontre Léon Trotski, mais ne peut approcher Lénine.

Plus que jamais, elle croit en l'efficacité de la SDN et, au début d'octobre 1924, elle accompagne Aristide Briand qui fait partie de la délégation française à la SDN et vient d'exprimer dans L'Europe Nouvelle son souhait de créer une « compagnie anonyme de la paix ». Pacifiste, elle s'efforce de le suivre dans ses déplacements, convaincue comme lui que le recours à l'arbitrage est la seule voie pour assurer la sécurité.

Pacifiste convaincue, elle perçoit qu'une routine sclérosante envahit désormais le fonctionnement de la SDN. En 1930, l'atmosphère en Allemagne n'inclinant pas à l'optimisme et les chances s'amenuisant de sauver la paix par le désarmement, Louise Weiss organise un cycle de conférences dans le cadre de L'École de la Paix qu'elle a fondée fin 1930. Louis Joxe en est le secrétaire général. Placée sous le haut patronage d'Aristide Briand, elle est inaugurée le 3 novembre 1930 et connaît un certain succès du fait de la renommée des conférenciers. Devenue un "établissement libre d'enseignement supérieur", l'École de la Paix, rattachée à l'académie de Paris, alloue aussi des bourses d'étude et de voyage aux étudiants des Écoles normales d'instituteurs et institutrices pour former des missionnaires de la paix qui feront évoluer les mentalités.

L'accession au pouvoir de Hitler, le 30 janvier 1933, et la politique initiée par le nouveau chancelier allemand inquiètent Louise Weiss. Elle se fait un devoir de publier en 1933 les lois d'Adolf Hitler relatives à l'aryanisation des écoles et administrations allemandes, à la stérilisation des infirmes et des malades, et elle ajoute dans ses Mémoires d'une Européenne « Personne, en France, n'y fit alors attention ».

Elle quitte L'Europe Nouvelle à la suite de l'arrivée d'Hitler au pouvoir en Allemagne qui marque l'échec du projet européen de rapprochement franco-allemand porté dès 1930 [3]par Aristide Briand, et à cause des dissensions au sein de l'équipe de la revue, certains souhaitant encore une coopération avec l'Allemagne. Elle y signe son dernier article le 3 février 1934 [4].

Affiche de La Femme nouvelle au musée de Saverne.

Le combat féministe[modifier | modifier le code]

Avertissement : Louise Weiss est souvent égocentrique et accepte mal la concurrence des autres féministes. De Maria Vérone, elle dresse ce portrait acide « Le souvenir qu'elle me laisse est celui d'une avocate dont le grand talent n'éclipsait ni la méchanceté, ni le manque de grâce. Quels chapeaux et quels souliers! À elle seule, Maria entretenait la légende de la femme croque-mitaine, ogresse encline à dévorer les pauvres hommes! ». De Cécile Brunschvicg « Si le féminisme l'avait introduite dans les milieux politiques, le radicalisme lui avait permis d'y rester et d'en retirer les agréments qui découlent toujours de relations avec un pouvoir que l'on ne désire point heurter ». De façon injuste et méprisante au regard des féministes qui l'ont précédée « c'est à coups de pied qu'il faut sortir le féminisme des quelques salons où il se pavane et des ligues orthodoxes où il se momifie ».

En 1934, elle épouse José Imbert, un architecte dont elle divorce deux ans plus tard en 1936, ce que certains jugeront comme un mariage de convenance.

Droit de voter et d'être élue : elle entend bousculer l'inertie des élus nationaux par des méthodes radicales et fonde en 1934 l'association Les femmes nouvelles. Louise Weiss se présente symboliquement aux élections municipales de Montmartre le 5 mai 1935 ; elle excelle dans la provocation ironique: transformant des cartons à chapeaux en urnes, elle recueille 18 000 bulletins en sa faveur ; aux élections législatives de 1936, elle se présente symboliquement dans le 5e arrondissement de Paris et mène des actions spectaculaires destinées à attirer l'attention de la Presse.
En 1936, elle aurait refusé un poste ministériel proposé par Léon Blum en lui répondant « J'ai lutté pour être élue pas pour être nommée ».

Bulletin de vote Louise Weiss au musée de Saverne.

Actions féministes des membres de l'association La femme nouvelle.

  • 1936 : elles lâchent des ballons rouges, lestés de tracts, dans le stade de la finale de la Coupe de France de football.
  • Le 1er juin 1936, elles distribuent aux députés des myosotis, fleur qui signifie symboliquement "Ne m'oubliez pas".
  • Le 2 juin 1936, elles offrent aux sénateurs des chaussettes avec l'inscription « Même si vous nous donnez le droit de vote, vos chaussettes seront raccommodées ».
  • Le 28 juin 1936, elles investissent la piste du champ de course de Longchamps, lors du Grand Prix, avec des pancartes portant l'inscription "La Française doit voter".
  • Le 10 juillet 1936, elles s'enchaînent les unes aux autres et empêchent la circulation, rue Royale, à Paris [5].

À l'épreuve de la Seconde Guerre mondiale[modifier | modifier le code]

Après l'annexion de l'Autriche par l'Allemagne, le 12 mars 1938, Louise Weiss fonde fin 1938 l'Union des Françaises décorées de la Légion d'honneur, comptant sur leur patriotisme pour promouvoir l'importance de la défense passive d'un "service national féminin". Les volontaires sont nombreuses à vouloir s'engager pour défendre la patrie en cas de guerre, mais Édouard Daladier, ministre de la Guerre, et Albert Lebrun, président de la République, refusent de les incorporer. À la fin d'août 1939, elle propose au général responsable du Comité de la défense passive, d'utiliser les femmes à la défense de la patrie. Il lui propose d'organiser des quêtes pour recueillir de l'argent !

Le 31 décembre 1938, elle obtient de son ami Georges Bonnet, ministre des Affaires étrangères, la création d'un Comité des réfugiés - dont le baron Robert de Rotschild assurera généreusement le fonctionnement - pour accueillir ceux qui fuyaient le régime nazi. Elle écrit « les persécutions d'Adolf Hitler contre la "race maudite" laissaient la moyenne des Français encore incrédules, les atrocités de la Kristallnacht, à partir desquelles l'extermination des israélites de la Grande Allemagne avait été décidée, n'avaient pas autrement ému l'opinion publique, maintenue dans une ignorance délibérée par les partisans de la paix à tout prix, qui fermaient les yeux et se bouchaient les oreilles ».

Le 18 juin 1940, le général de Gaulle appelle au sursaut et à la résistance, mais Louise Weiss passe à côté de son destin qui aurait dû la pousser vers Londres et l'homme de la France libre.

Son séjour de quatre mois aux États-Unis à la tête d'une mission confiée par le gouvernement de Vichy, pour collecter des médicaments destinés aux enfants de France, et son retour à Vichy le jour de la Noël 1940, apparaissent comme des ombres sur un itinéraire éclairé par la volonté de paix et de respect des peuples. De retour à Paris, elle s'aperçoit que son nom figure sur la liste des personnalités juives à éliminer ; elle se fait délivrer un "certificat" de non-appartenance à la "race juive", grâce à la complaisance du pasteur Monod. La mention de son nom disparaît de la liste publiée par le commissariat aux Questions juives.
Après l'avoir brièvement soutenu, elle prend vite ses distances avec Pétain.

À la Libération, elle entreprend de s'informer en multipliant les voyages à l'étranger, aux États-Unis, au Canada, au Mexique, en attendant que la situation politique en France se décante et qu'elle puisse y retrouver une position d'influence. Le 3 septembre 1946, elle indique à Radio Canada qu'elle a dirigé, pendant l'occupation allemande, en tant que rédactrice en chef, le journal clandestin La nouvelle République ; elle laisse aussi entendre qu'elle a participé au réseau de résistance Patriam Recuperare, ce qui sera catégoriquement démenti par ses membres.
Elle couvre le procès de Nuremberg comme journaliste [6].

Au service de la polémologie[modifier | modifier le code]

En 1945, avec Gaston Bouthoul, fondateur de la polémologie (science de la compréhension des conflits), elle fonde l'Institut de polémologie, qu'elle fera rentrer à l'université de Strasbourg dans les années 1960. Elle va alors commencer à parcourir le monde, réalisant de nombreux films documentaires. En 1971, elle fonde à Strasbourg l'Institut des sciences de la paix.

La fondation :
En 1971, elle crée une fondation qui porte son nom qui chaque année prime les auteurs ou les institutions ayant le plus contribué à l'avancement des sciences de la paix, à l'amélioration des relations humaines et aux efforts en faveur de l'Europe. Parmi les lauréats, on compte Helmut Schmidt, Médecins sans frontières, Anouar el Sadate. Elle présente en 1973, dans Italiques, un essai sociologique, Lettres à un embryon[7].

L'ultime message[modifier | modifier le code]

Elle tentera par deux fois en 1975 d'être élue à l'Académie française. Elle s'est engagée dans les premiers projets d'une union européenne et a été membre lors de la création du Parlement européen. À 86 ans, elle y prononcera, au titre de doyenne, un discours d'ouverture historique lors de la première session du nouveau parlement à Strasbourg le 17 juillet 1979.

Le souci de transmettre[modifier | modifier le code]

Possédant une maison à Conflans-Sainte-Honorine, elle est à l'origine de la création, en 1965, du Musée d'intérêt national de la batellerie de cette ville. Elle participe également activement à la notoriété du pardon national de la batellerie créé quelques années plus tôt.

En 1981, elle fait don à la ville de Saverne de ses collections historiques et ethnographiques. Une section Louise Weiss sera ouverte dans le musée du château des Rohan dans cette ville. Elle lègue l'ensemble de sa correspondance et de ses manuscrits à la Bibliothèque nationale et ses livres à la Bibliothèque nationale et universitaire de Strasbourg.

Louise Weiss meurt le 26 mai 1983.

Distinctions et hommages[modifier | modifier le code]

Elle fut élevée à la dignité de Grand officier de la Légion d'honneur en 1976, troisième femme seulement à recevoir ce grade dans cet ordre. En 1999, le nouveau bâtiment du Parlement européen à Strasbourg est nommé Louise Weiss en son honneur.

Chaque année est décerné le prix du journalisme Louise Weiss créé en 2005[8].

La promotion 2000 des administrateurs territoriaux de l'Institut national des études territoriales (INET) a pris le nom de Louise Weiss en sa mémoire[9].

Son nom est donné au bâtiment principal du Parlement européen à Strasbourg, ainsi qu'à :

Publications de Louise Weiss[modifier | modifier le code]

Ouvrages politiques[modifier | modifier le code]

  • La République Tchécoslovaque, (1919)
  • Milan Stefanik, Prague (1920)

Ouvrages biographiques[modifier | modifier le code]

  • Souvenirs d'une enfance républicaine, Denoël, Paris, (1937)
  • Ce que femme veut, Gallimard, Paris, (1946)
  • Mémoires d'une Européenne, Payot/Albin Michel, Paris, 6 tomes, (1968-1976)

Romans[modifier | modifier le code]

  • Délivrance, Albin Michel, Paris (1936)
  • La Marseillaise, TI et II Paris, (1945); T. III Paris (1947)
  • Sabine Legrand, Paris (1951)
  • Dernières voluptés, Paris, (1979)

Pièces de théâtre[modifier | modifier le code]

  • Arthur ou les joies du suicide
  • Sigmaringen ou les potentats du néant
  • Le récipiendaire
  • La patronne
  • Adaptation des Dernières voluptés

Récits de voyage[modifier | modifier le code]

  • L'or, le camion et la croix, Paris, (1949)
  • Le voyage enchanté, Paris, (1960)
  • Le Cachemire, Les Albums des Guides Bleus, Paris, (1955)
  • Tempête sur l'Occident Albin Michel (1976)

Essai sociologique[modifier | modifier le code]

  • Lettre à un embryon, Julliard, Paris (1973)

Art, archéologie et folklore[modifier | modifier le code]

  • Contes et légendes du Grand-Nord, Paris, (1957)

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (fr) « Biographie de Louise Weiss », sur www.magny-les-hameaux.fr (consulté le 7 juillet 2010)
  2. (fr) « Louise WEISS 1893 - 1983 par Charles REICH », sur judaisme.sdv.fr (consulté le 7 juillet 2010)
  3. Décédé le 7 mars 1932.
  4. Debré et Bochenek 2013, p. 274-280
  5. Debré et Bochenek 2013, p. 283-289
  6. Debré et Bochenek 2013, p. 290-293
  7. Italiques, deuxième chaîne de l'ORTF, 22 juin 1973.
  8. (fr) « Cafebabel vous présente le prix Louise Weiss du journalisme européen », sur coffeefactory.cafebabel.com (consulté le 7 juillet 2010)
  9. « Liste des noms de promo sur le blog des élèves administrateurs de l'INET »

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Célia Bertin, Louise Weiss, Paris, Albin Michel, 1999 (ISBN 2226107762)
  • Jean-Louis Debré et Valérie Bochenek, Ces femmes qui ont réveillé la France, Paris, Arthème Fayard,‎ 2013, 374 p. (ISBN 978-2-213-67180-2)
  • Marie-Emmanuelle Reytier, Louise Weiss : pacifiste et féministe par opportunisme ? ou par conviction ?, dans Femmes, culture et pouvoir, Centre universitaire d'études québécoises, Université de Laval, Canada, 2011.
  • Michel Lœtscher, Louise Weiss, une Alsacienne au cœur de l'Europe, Éd.Place Stanislas (2009)

Vidéographie[modifier | modifier le code]

  • Louise Weiss, une femme d'influence, documentaire télévisé d'Alain Jomy, 2003