Robert Soucy

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Robert Soucy, né le 25 juin 1933 à Topeka, est un historien américain.

Il est surtout connu pour ses travaux sur le fascisme français qui portent, en particulier, sur les intellectuels et les écrivains appartenant à cette mouvance. 

Ses thèses ne font pas l’unanimité auprès de certains fascistologues qui mettent en question le rapprochement qu’il fait entre Maurice Barrès et le fascisme. Ses travaux ont été remis en question notamment par les historiens Zeev Sternhell, Michel Winock et Serge Berstein. Soucy a répondu à ces critiques dans deux ouvrages[1]. Dans ses deux derniers livres, Soucy se concentre beaucoup plus sur les mouvements fascistes que sur les intellectuels fascistes, en s’appuyant amplement sur les rapports de la police française de l’époque[2].

Dans son livre Fascismes français ? 1933-1939 : mouvements antidémocratiques, il présente une version révisée et augmentée de l’édition américaine française French Fascism, the Second Wave, 1933-1938, avec un chapitre sur les intellectuels fascistes français Bertrand de Jouvenel, Pierre Drieu La Rochelle, Robert Brasillach et Louis-Ferdinand Céline.

Appréciations[modifier | modifier le code]

Plusieurs historiens ont salué la qualité des ouvrages de Robert Soucy :

« Robert Soucy, professeur d’histoire à Oberlin College, étudie le fascisme français depuis vingt ans. Un certain nombre d’articles et deux ouvrages importants : Fascism in France: the case of Maurice Barrès (1972) et Fascist Intellectual: Drieu La Rochelle (1979), précèdent cette dernière étude [French Fascism: the First Wave (1986)]. Reposant en grande partie sur les documents de la police française récemment mis à la disposition des chercheurs, Soucy conteste un certain nombre de ce qu’il estime les « idées fausses » sur la nature du fascisme français… Soucy soulève de nombreuses questions importantes sur ce qui pousse certains groupes sociaux à adopter le fascisme et sur la nature et de la doctrine du fascisme lui-même »[3].

« Il s’agit sans doute de la meilleure étude de la droite française dans les années 1930[4]. »

« Soucy a écrit une belle histoire sociale de la France, qui souligne [dans French fascism] l’importance de l’appui financier des riches sympathisants et de son attrait généralisé aux yeux des membres petit-bourgeois du parti[5]. »

« Le fascisme français est une « patate chaude » historiographique. L’école d’historiens associée à René Rémond et Serge Berstein, particulièrement forte en France, considère le fascisme comme essentiellement non-français et donc jamais en mesure d’acquérir des partisans dans l’entre-deux-guerres au-delà d’une frange de déçus de gauche comme Jacques Doriot et son Parti populaire français. Une autre école, dirigée par les historiens américains de la France tels que Robert Soucy et William D. Irvine, rejette la thèse selon laquelle la France était en quelque sorte à l’abri du virus fasciste, et pointe non seulement le nombre de ligues fascisantes dans les années 1930, mais aussi l’appui qu’elles ont reçu de la part des plus conservateurs traditionnels, radicalisés par la peur du bolchevisme et impressionnés par Mussolini et Hitler[6]. »

Pour l’historien, Tony Judt : « Soucy présente ses conclusions controversées, en contraste avec le point de vue des historiens, pour la plupart plus âgés et français qui… ont longtemps insisté sur une résistance de la France républicaine au fascisme… Soucy, chercheur méticuleux, a certainement ici le meilleur de l’argument[7]. »

Selon Robert Paxton, « Soucy s’en prend à ceux qu’il appelle « les historiens du consensus » de la droite française de l’entre-deux-guerres. Il avance l’avis contraire qu’il existait un fascisme local fort dans la France de la fin des années 1930. Soucy relève à juste titre que le cœur de la question est de savoir si les Croix-de-feu du colonel de La Rocque, auxquelles succéda, après juin 1936, le Parti social français, peut être légitimement étiqueté comme fasciste. […] Si La Rocque a acquis plus d’un million de membres en 1936-1939 en devenant modéré, le cas de l’« allergie » au fascisme est renforcé. […] Soucy a raison d’ignorer les avertissements de ceux qui sont concernés. La plupart de la nouvelle droite musclée française niait être fasciste (Hitler lui-même rejetait cette étiquette). […] Les comparaisons judicieuses de Soucy démolissent l’argument selon lequel le PSF n’était pas fasciste parce qu’il a joué le jeu électoral. Il souligne à juste titre que ce critère… exclurait Hitler et Mussolini eux-mêmes. Soucy recherche à juste titre pour une version française du fascisme, qu’elle accepte cette étiquette ou non.[…] Avec son French Fascism : the First Wave, 1924-1933 (1986), Soucy a fourni l’une des vues d’ensemble indispensables des thèmes, des clientèles, et les itinéraires de la Nouvelle Droite française de l’entre-deux guerres, quelle qu’en soit la taxonomie qu’on lui applique[8]. »

« Le travail stimulant de Robert Soucy identifie et traite des questions-clé au cœur de la poursuite du débat entre les historiens et les universitaires sur la question du fascisme français[9]. »

« C’est n’est pas la moindre des vertus du dernier ouvrage de Soucy sur le fascisme français dans les années 1930, que de consacrer beaucoup d’espace à une discussion sérieuse sur [les grandes formations comme les Croix-de-feu, Solidarité française et le Parti populaire français qui, malgré leur importance incontestable dans la politique des années 1930, ont été sérieusement négligés. Alors que les historiens de la France moderne (à la fois en France et à l’étranger) croient que de traiter les Croix-de-Feu de fascistes adopte la rhétorique partisane des années 1930, Soucy démontre de manière convaincante que « fasciste » est précisément la bonne étiquette pour ce mouvement de masse. […] Ce n’est plus le fascisme français limité à des comités de rédaction des revues littéraires, comme le croit en grande partie Zeev Sternhell, il comprend maintenant les milliers d’adhérents des Croix-de-Feu, qui ont constitué, et de loin, la plus grande formation politique de l’histoire de la Troisième République. […] [L’ouvrage de Soucy] est une œuvre majeure et un défi interprétatif auquel devront faire face tous les étudiants du fascisme et de la Troisième République. […] Il s’agit, en bref, d’une étude qui fait autorité, qui constitue à ce jour, et de loin, le meilleur travail sur le fascisme français dans les années 1930[10]. »

« [Cette étude] monumentale du fascisme français jette un filet beaucoup plus large et les prises de poissons tels que le colonel de La Rocque, qui a été exonéré de tendances fascistes par [d’autres chercheurs]. Fondée sur des recherches solides, l’analyse de Soucy du fascisme français est présentée avec clarté, précision et force de persuasion[11]. »

Principales publications[modifier | modifier le code]

  • (en) Fascism in France : the case of Maurice Barrès, Berkeley, University of California Press, 1972. 
  • (en) Fascist intellectual : Drieu La Rochelle, University of California Press, 1979. 
  • (en) French fascism : the first wave (1924-1933), New Haven, Yale University Press, 1986.
  • (en) French fascism : the second wave (1933-1939), New Haven, Yale University Press, 1995.
  • Le Fascisme français, 1924-1933, Paris, Presses universitaires de France, 1992.
  • Fascismes français ? 1933-1939 : mouvements antidémocratiques, Paris, Éditions Autrement, 2004.
  • (en) « Fascism in France : problematizing the immunity thesis », éd. Brian Jenkins, France in the era of fascism : essays on the French authoritarian right, Brian Jenkins, New-York, Berghahn Books, 2005.
  • (fr) « La Rocque et le fascisme français : réponse à Michel Winock », Vingtième siècle : Revue d'histoire, no 95, juillet-septembre, 2007, p. 219-236. [lire en ligne]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Robert Soucy « Fascism in France: Problematizing the Immunity Thesis », France in the era of fascism ; essays on the French authoritarian right, éditeur Brian Jenkins, Londres et New-York, Berghahn Books, 2005 et Robert Soucy, « La Rocque et le fascisme français : réponse à Michel Winock », Vingtième Siècle. Revue d’histoire, vol. 95 (juillet-septembre 2007), p. 219-236.
  2. « L’ouvrage tente de restituer au fascisme français son épaisseur sociale, en l’examinant à la base plutôt qu’au sommet, en étudiant les troupes plutôt que les leaders, les fiches de police plutôt que les discours des lettrés fascinés par Rome ou par Nuremberg (un chapitre leur reste cependant consacré). .. Les pièces du dossier sont suffisamment fournies et accablantes pour que soit relancé par les historiens de notre pays, et sans concession, le débat sur le fascisme français. », Nicolas Weill, Le Monde.
  3. Emiliana P. Noether,  historienne américaine, Université du Connecticut, History, 1986.
  4. Nathanaell Greene, historien américain,  Wesleyan University, History, 1996.
  5. James F. McMillan, historien britannique,  London Times Literary Supplement, 1995.
  6. James F. McMillan, London Times Literary Supplement, 1997.
  7. Tony Judt, historien, New York Review of Books.
  8. Robert Paxton, historien américain, université Columbia, French Politics and Society''.
  9. David Drake, London Financial Times
  10. William D. Irvine, historien, Université York, Toronto, The American Historical Review.
  11. William Keylor, historien, Université de Boston.