Mouvement völkisch

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Le Mouvement völkisch est un courant intellectuel et politique de la Révolution conservatrice apparu en Allemagne à la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle, héritée des « Teutomanes »[1], pour désigner un entrelacs de personnalités, et de conglomérat d'associations, dont l’élément commun est le projet de donner à l’ensemble des Allemands une spiritualité païenne, en général le paganisme germanique[2].

Ce courant d'idées puise ses sources dans le romantisme allemand des années 1840 et dans les désillusions de la période 1849-1862, entre l'écrasement du printemps des peuples et l'arrivée de Bismarck au pouvoir en Prusse[3].

Important par le nombre de groupuscules, mais peu par celui de ses adhérents, et de par les évolutions sociétaires[2], le mouvement idéologique s’est trouvé face à de nouveaux problèmes lui imposant une nouvelle définition.

Pour les uns, le courant völkisch découle d’une vocation raciste permanente, lié aux apports de la biologie et du « darwinisme social ». Pour d’autres, il représente un courant foncièrement antisémite, ou ravivant un passé germanique largement mythique soit occultiste et luttant contre le christianisme, plus généralement les monothéismes.

Étymologie[modifier | modifier le code]

Völkisch, terme difficilement traduisible en français, peut revêtir plusieurs significations ; en allemand aussi, le terme Volk revêt plusieurs significations : la nation, le peuple, dans un sens ethnique. En droit, ce mot désigne « le peuple », au sens du détenteur de la souveraineté au sein de l'État (Dem Deutschen Volke, Au peuple allemand est inscrit au frontispice du Reichstag à Berlin).

Au XIXe siècle, le terme völkisch met l'accent [entre autres par le mouvement völkisch] sur le caractère spécifique, exceptionnel, mystique du peuple allemand et le maintien de ses traditions. C'est ensuite l'affirmation de l'idée et du concept de race, de la supériorité des germaniques, unis par des liens de sang, de langue et de culture.

Préalable : le Volk[modifier | modifier le code]

Les termes völkisch et Volk partagent en commun une racine : le terme Volk, qui renvoie au terme français de Peuple. Le Volk ne renvoie pas uniquement à une population donnée, mais aussi, pour les théoriciens de la nation allemande au XIXe siècle, à quelque chose de plus abstrait, un intermédiaire entre les individus et une entité supérieure, pour certains la nature (perçue comme spécifique à un espace donnée, vivante et spontanée), pour d'autres l'univers[4].

Le Volk est non seulement inscrit dans un cadre précis, la nature et ses manifestations, mais aussi dans une histoire longue et mythifiée. Ainsi, le Volk est une entité historique oubliée, qui resurgit à la faveur de la Révolution française : est ainsi idéalisé le Volk médiéval, tel que le perçoivent les romantiques allemands[5]. Pour tous les penseurs du Volk, l'enracinement de celui-ci à un paysage, à un pays, constitue l'un des piliers du Volksgeist, notion difficilement traduisible, mais qui rend indissociable l'histoire, le territoire, l'architecture et le paysage (ou la nature) dans une totalité indivisible[6].

De plus, le Volk est un tout unique, une communauté immuable que les évolutions de la société dans les années 1860 désorganisent et disloquent. Ainsi, pour Paul de Lagarde, les agents de division de la nation allemande sont les libéraux et les Juifs, les uns car ils sont favorables à la liberté de circulation, les autres car ils forment précisément un Volk uni, qui tend à diriger les autres nations et sont les propagateurs du libéralisme, mais des Juifs peuvent individuellement être détachés de ce Volk et intégrés dans la communauté germanique[7]. Au fil des réflexions sur le Volk, les penseurs völkisch développent un antisémitisme de plus en plus virulent : Lagarde, par exemple, voit dans le peuple juif un autre Volk, puis, à partir de 1873, souhaite exterminer les Juifs comme on extermine de la vermine et des bacilles contagieux[8].

L'Empire allemand en question : les origines du mouvement[modifier | modifier le code]

Face aux évolutions politiques et économiques de l'Allemagne du dernier tiers du XIXe siècle, un certain nombre de penseurs se réfugient dans la nostalgie d'un passé mythifié et magnifié. Ces penseurs tentent de ressusciter un moment historique dans lequel le Volk était uni et non divisé en multiples catégories sociales. Ainsi, l'Empire allemand ne répond pas à ces attentes, car il n'est pas tourné vers le retour aux espaces ruraux, mais s'oriente vers l'industrialisation et ses corollaires économiques et sociaux.

Mais surtout, les conditions de l'Unité, qui contrairement à 1848, n'a pas été l'occasion de grands élans populaires, déçoivent fondamentalement les précurseurs du Volk. Ainsi, dans les débuts de l'Empire, Paul de Lagarde s'en prend constamment aux fondements de l'État nouvellement unifié[9]. Il ne cesse de se proclamer le principal adversaire de Bismarck, qu'il accuse d'avoir mis en place une petite-Allemagne atrophiée, qui ne peut ainsi réaliser son destin, la conquête de la Mitteleuropa, définie comme l'Empire d'Autriche ; en outre, conservateur, Lagarde s'oppose à la forme institutionnelle prise par le nouveau Reich, essentiellement la mise en place d'une forme de parlementarisme[10]. De plus, dans son obsession de retour aux origines du Volk, Lagarde s'oppose aux libéraux, perçus par les conservateurs dont il fait partie, comme des fauteurs de troubles. Les libéraux sont en effet ceux par lesquels les conflits arrivent, qui remettent en cause l'unité et l'esprit du Volk[11].

Mais les réserves de Lagarde ne sont pas celles de la génération suivante, qui analyse le Reich, une fois Bismarck parti, comme une république avec une tête couronnée ; il[Qui ?] appelle donc de ses vœux la création d'une pompe impériale, avec la création d'un empereur secret, doté des attributs à la fois de Luther, qui serait à la fois législateur éclairé et Führer du peuple, mais qui ne serait en aucun cas un représentant de la dynastie prussienne[12].

Le corpus idéologique völkisch[modifier | modifier le code]

Le mouvement völkisch se dote très tôt d'une série d'idées et de penseurs, et forme ainsi une nébuleuse intellectuelle très active dès les années 1860. De ce fourmillement d'idées, certaines lignes de forces se dégagent.

L'obsession de l'histoire et des racines germaniques[modifier | modifier le code]

Tout d'abord, un certain intérêt pour la genèse de l'Allemagne et des Allemands, donc pour l'histoire se fait jour. Ainsi, dès la phase finale de l'unification allemande (1867-1871), les anciens Germains décrits par Tacite, puis les Goths par leur activité, sont magnifiés, car ils représentent, les uns, les « Allemands de leur jeunesse », les autres, une valeur absolue, car, par leurs victoires, liées à leur vitalité, ils accélèrent la chute de Rome. Ainsi, le Volk allemand se trouve le dépositaire, par ces racines, de toute l'énergie de ces peuples disparus[13].

Ensuite, les penseurs völkisch, obsédés par les racines du Volk germanique, défendaient l'idée de pureté de la race germanique ; dans un contexte scientifique marqué par le développement de l'anthropologie et de la philologie, certains penseurs völkisch déterminent non seulement un certain nombre de traits physiques communs à tous les peuples partageant des racines germaniques, mais aussi insistent sur les liens de parenté entre certaines langues, donc entre certains peuples, plongeant eux aussi leurs racines dans le terreau germanique[14]. Mais cette pureté n'est pas seulement avérée par l'étude de la philologie ou de l'anthropologie, elle est aussi avérée par certains par des critères de pureté de la race : pour Max Müller, les populations européennes de langues germaniques sont les descendants directs des populations aryennes qui ont essaimé depuis l'Inde ; dans la lignée d'Arthur de Gobineau, les penseurs völkisch défendent la nécessité de pureté de la race, sous peine de disparition[15].
Un certain nombre de penseurs völkisch, dans la lignée du courant romantique, magnifie le passé médiéval de l'Allemagne, et s'intéresse à l'histoire allemande. Pour Julius Langbehn, le modèle impérial allemand reste celui incarné par les Hohenstaufen, dont les Hohenzollern ne sont que la triste et pâle copie[16].

L'antisémitisme völkisch[modifier | modifier le code]

Cette exigence de pureté de la race germanique trouve son prolongement logique dans le développement de différentes formes d'antisémitisme. L'existence de ces différentes formes illustrent les différentes conceptions de la figure du Juif qui sont présentes au sein du mouvement völkisch. Dès le départ, le Juif, habitant mystérieux d'un ghetto fantasmé, est perçu comme un élément étranger au Volk ; il peut être appréhendé comme un déraciné[17], donc privé des hautes qualités morales permises par l'intimité du lien entre le Volk et son territoire, ou bien comme un acteur entreprenant de complots ourdis contre les non-Juifs[18].
Dans les années 1850, la littérature populaire présente le Juif comme un archétype caractérisé par l'avarice, l'ambition, l'envie, la laideur et l'absence d'humanité: il ne peut donc connaitre l'ascension sociale que s'il s'appuie sur des procédés déloyaux, et l'oppose à l'Allemand (ou au chrétien), membre d'un Volk, droit et honnête, qui finit par triompher du malhonnête par sa droiture et sa grandeur d'âme[19]. Dans le cadre de cette opposition, la question juive n'est plus, pour les membres des courants völkisch, seulement une question de race ou de religion, mais aussi une question d'éthique[20].

Pour Julius Langbehn, les Juifs sont des représentants d'un Volk étranger, que le Volk allemand ne peut assimiler (à l'image d'une « pomme qui ne peut se transformer en prune[21] ») qu'il divise en deux catégories : les Juifs orthodoxes et les Juifs assimilés. La première est acceptée, car elle n'a pas répudié sa spécificité et les traits qui rendent ses membres parties d'un Volk spécifique, la seconde, les Juifs assimilés, doivent par contre être exterminés, comme un poison[22]. Cette approche eschatologique, qui voit dans l'extermination d’éléments étrangers au Volk une étape vers la réalisation d'un projet national allemand à l'échelle du continent, se place ainsi dans une perspéctive de régénération du Volk allemand, par la victoire remportée par une conception du monde sur une autre conception du monde[23].

Le refus de la modernité[modifier | modifier le code]

Pour les penseurs Völkisch, tout ce qui fait référence à la société industrielle, alors en cours de formation, est rejeté ; mais cette opposition touche différents domaines selon les auteurs : pour Paul de Lagarde, l'incarnation du mal, c'est le libéralisme, pour Julius Langbehn, c'est la science[24]. Ce refus de la modernité est en réalité le refus d'un monde quantifiable, réductible à des équations mathématiques et à des phénomènes mécaniques, d'un monde physique composé uniquement d'atomes, c'est-à-dire de matière[25].
La modernité dans son ensemble est rejetée, car elle brise les liens qui unissent les membres du Volk, elle constitue la cause première du déclin de l'Allemagne ; corolaire de ce rejet, sont rejetés ceux qui apportent cette modernité, les Juifs, « peste et choléra passagers » selon le mot de Langbehn, peuple protéiforme, sans patrie, mais candidat à la domination sur les Allemands[26].
Ainsi est magnifiée l'image du paysan allemand. En effet, celui-ci n'est pas encore touché par la société moderne, qui est proche des racines du Volk germanique. Ces paysans ont leur aire de prédilection, la Basse Allemagne, l'Allemagne du Nord-Ouest ; cette Allemagne authentique s'oppose à la Prusse, conglomérat de Slaves, de Juifs et de Français, mais fait cependant alliance avec elle pour faire renaître la germanité. C'est dans cette Allemagne du Nord-Ouest, l'ancienne Saxe d'avant la conquête carolingienne, que vivent les Allemands les plus authentiques, selon Langbehn : les paysans Niederdeutsche, dont le type même constitue l'incarnation du Volk germanique, non touché par la modernité, d'ascendance respectable, car enraciné sur un terroir[27].

La nécessité coloniale[modifier | modifier le code]

Une partie importante de la nébuleuse Völkisch souhaite un essor territorial de l'Allemagne bien au-delà des frontières du Reich. Les idéologues Völkisch ne sont pas forcément favorable à une expansion outre-mer, mais plutôt à une expansion européenne, avec la création d'un vaste empire européen à coloniser par l'envoi de populations germaniques qui prendraient la place de populations non allemandes refoulées.
Ainsi, pour Paul de Lagarde, l'avenir de l'Allemagne est à l'Est, sur des territoires enlevés à l'Autriche ou à la Russie ; une fois annexée l'ensemble de l'Autriche, l'Allemagne devrait pouvoir librement coloniser le pourtour russe de la Mer Noire et l'Ukraine[28].
Julius Langbehn, dans la lignée Paul de Lagarde, préconise la création d'un espace allemand d'Amsterdam à Riga, avec la réunification de tous les peuples du rameau germanique, dans le cadre de ce qu'il nomme une « politique familiale »[29].

Formation et essor à partir de 1900[modifier | modifier le code]

Une multitude d'associations[modifier | modifier le code]

Après la fondation dans les années 1890 des premières associations völkisch comme le Deutschbund fondé en 1894, le mouvement völkisch, capable de souplesse en matière d’édition et de propagande, se créa au tournant du siècle en Allemagne sous la forme d’associations libres en étroit échange avec le nationalisme organisé, à savoir essentiellement l'Alldeutscher Verband. À côté de contacts soutenus entretenus avec le mouvement Alldeutscher autrichien qui leur était étroitement apparenté sur le plan des idées, des personnes et des institutions, il existait également de nombreux échanges formalisés avec les mouvements réformateurs qui avaient vu le jour en grand nombre depuis les années 1880. Dans le mouvement völkisch se retrouvaient des groupements qui divergeaient grandement tant sur leurs buts politiques, sociaux et culturels que sur le plan de leur forme organisationnelle et leur représentativité.

La place de la jeunesse[modifier | modifier le code]

Dès ses débuts, les mouvements Völkisch accordent une place importante à la jeunesse. En effet, déçus par l'âge des Épigones, comme on désigne le règne de Guillaume II, les intellectuels Völkisch se représentent la jeunesse à leur image, déçus par le Reich bourgeois et grandiloquent qui a succédé au Reich de 1871. Ainsi, les principaux penseurs Völkisch développent des corpus pédagogiques, pour former la jeunesse allemande à leurs idées. Paul de Lagarde, précocement, s'en prend au système éducatif du IIe Reich, qui, à ses yeux, participe à la mise en place d'un esprit mercantiliste[30], dispensant un savoir cloisonné, utilitaire et conformiste[31].

Langbehn, de son côté, incite la jeunesse à prendre la tête du combat contre les Juifs et les libéraux, ce qu'elle fait, d'après lui, en excluant d'office les Juifs des associations étudiantes, prenant modèle sur le corps des officiers et la congrégation des Jésuites[32]

En 1919, Moeller van Den Bruck met en place une structure, le Front de la Jeunesse[33]. Ce front, qui regroupe un certain nombre d'intellectuels conservateurs exerce une influence conservatrice sur l'ensemble des acteurs de la Révolution conservatrice de la République de Weimar. Son objectif est de mettre en place des éléments cohérents d'éducation populaire conservatrice, en partie grâce au journal hebdomadaire Conscience. Journal Indépendant pour la culture du peuple (Volksbildung) que ce cercle édite[34]. C'est également à la jeunesse qu'il dédie son ouvrage Les Allemands, espérant lui donner la Weltanschauung qui lui manque[35]

Caractère et buts du mouvement[modifier | modifier le code]

Selon Louis Dupeux, les idées völkisch sont la métamorphose de la révolution conservatrice au nationalisme. Ils se situent entre le Kulturpessimismus et la révolution conservatrice[36].

Le mouvement présentait des caractères protestataires nationalistes-réformistes, corroborés par une vision du monde teintée de fusion entre mysticisme, idée de décadence[37] (Oswald Spengler), restauration de l'idée et du concept de race[38], notamment du peuple germain, du droit « allemand », du calendrier et des fêtes, des mythes et des tendances profondes de la société[36]...

Sa clientèle majoritaire, masculine et d'origine protestante, fait montre d’un profil social essentiellement bourgeois, émanant de l’ancienne comme de la nouvelle classe moyenne.

Partant d’une base idéologique raciste (antisémite, antislave et antiromaine[39]), le mouvement aspirait à une société organisée sur des principes anti-égalitaires — parfois phallocrates[réf. nécessaire], mais aussi « féministes » (influence probable de Johann Jakob Bachofen)[40] d'une certaine façon, et corporatistes — qui devait être fondée sur un christianisme germanique ou sur une religion païenne propre. Il avait pour objectif de créer au centre de l’Europe, sur la base d’un système de valeurs fondé sur des idéologies germaniques, un État racial ou, éventuellement, une fédération d’États pangermaniques.

Le mouvement völkisch dans la république de Weimar et le national-socialisme[modifier | modifier le code]

Structuration du mouvement après 1918[modifier | modifier le code]

Après 1918, le nombre d’organisations et de leurs affiliés allait dans un premier temps clairement s’accroître. Avec le Deutschvölkischer Schutz- und Trutzbund (1919-1923), le mouvement disposa même pour une courte période d’un cartel influent d’associations völkisch et des personnes adhérant à ces idées furent élues aux parlements des Länder comme au Reichstag. À partir de 1924-1925, en raison de ses déficiences structurelles, le mouvement allait néanmoins se trouver progressivement mis à l’écart de la politique par l’idéologiquement proche national-socialisme qui était devenu la nouvelle caisse de résonance de la droite radicale[41].

Une influence quasi-intacte sur la jeunesse[modifier | modifier le code]

Cependant, son influence sur des pans entiers de la société allemande reste forte. Ainsi, par le biais de son influence dans le monde scolaire, le idées développées par la nébuleuse völkisch attirent à elles une part non négligeable de la jeunesse du Reich, séduite par la perspéctive du changement révolutionnaire promis par les idéaux völkisch, par l'identification d'un bouc-émissaire facilement identifiable et soumise aux pressions idéologiques radicales[42].

En effet, l'idéologie völkisch d'après la Grande Guerre, fournit à la jeunesse un archétype idéal, le Juif, rendu responsable de tous les échecs présents, passés en futurs et sur lequel déverser ses frustrations[43]. Cet antisémitisme est inculqué dès le plus jeune âge dans le système éducatif, de manière insidieuse: si les manuels ne portent aucune mention directe au Juif, ils développent néanmoins les thèses völkisch de l'âge d'or préindustriel[44].
Malgré ses succès dans le primaire et le secondaire, les succès rencontrés par les idéaux völkisch à l'université s'apparentent à un triomphe. Tout d'abord la concurrence pour les postes entre universitaires Juifs et non-Juifs exacerbent les tensions[45]; ensuite, reprenant les pratiques d'avant-guerre, les associations étudiantes excluent systématiquement les étudiants Juifs de leurs rangs, en dépit des pressions exercées par certains gouvernements fédérés[46]; de plus, en 1931, le Reich et l'Autriche connaissent dans leurs campus des émeutes antisémites massivement suivies, et en 1932, les universités de Breslau et d'Heidelberg excluent les enseignants juifs de leur corps enseignant[47].

Cependant l'antisémitisme ne constituait pas l'apanage de la totalité des mouvements de jeunesse d'inspiration völkisch. Ainsi, le marginal Mouvement de Jeunesse, organisé en Thuringe sur des bases élitistes autour de Muck Lamberty, développent simplement l'idée que les Juifs constituent un Volk différent du Volk germanique, tout en affirmant l'idée qu'un autre Volk pouvait s'immerger dans le germanisme originel[48].

Un certain nombre d'autres groupes de jeunesse marginaux membres de la nébuleuse völkisch des années 1920 apparaissent, prospèrent, dans une certaine mesure, puis se fondent avec des réserves, plus ou moins affirmées, plus ou moins formulées, dans le mouvement nazi, le plus souvent dans la mouvance Strasser, moins inféodée selon eux aux intérêts industriels. Mais les succès de Hitler et sa prise du pouvoir rendent cette allégeance fragile, car ils finissent par se rallier à la vision adoptée par Hitler et ses proches[49].

Influence politique et associative[modifier | modifier le code]

Des mouvements chrétiens proches du paganisme s’enthousiasmèrent également pour le mouvement völkisch. Ainsi, Artur Dinter, politicien völkisch, propagandiste et écrivain raciste, créa en 1927 la "Geistchristliche Religionsgemeinschaft", précurseur de l’« organisation pour l’État populaire national-socialiste pour les Chrétiens », renommée en 1934 « Deutsche Volkskirche » (église populaire allemande). Ainsi, le mouvement völkisch a servi nombreuses de fois de base pour le développement du national-socialisme.

Le NSDAP essaya par la suite de se profiler comme la force agissante du mouvement völkisch en vue de mettre en avant sa vision du monde. Ainsi, dans Mein Kampf, Adolf Hitler écrit : « Le Parti national-socialiste des travailleurs allemands tire les caractères essentiels d’une conception "völkisch" de l’univers »[50] et « Si aujourd'hui toutes les associations, tous les groupes, grands et petits — et, à mon avis, même de "grands partis" — revendiquent le mot völkisch[51] », c'est la conséquence de l'action du Parti national-socialiste »[52].

Le chef de la société Thulé, Rudolf Freiherr von Sebotendorff, fils de cheminot et aventurier haut en couleurs, devenu riche en faisant des affaires louches en Turquie et en épousant une riche héritière, offrit au mouvement völkisch de Munich son journal, le Münchener Beobachter, rebaptisé en août 1919 Völkischer Beobachter[53]. Le Parti national-socialiste, au départ lui-même groupuscule völkisch, le racheta en décembre 1920 pour en faire son organe de presse officiel.

La période nazie[modifier | modifier le code]

À partir de 1933 les organisations subsistantes (et leurs dirigeants) perdirent rapidement de leur signification : certaines furent absorbées par les organisations national-socialistes, d'autres furent réprimées (cas du mouvement des époux Ludendorff dans les premières années du régime), la plupart finirent par se dissoudre ou vivotèrent dans l’ombre jusqu’à leur interdiction par les Alliés après la Seconde Guerre mondiale.

Idées völkisch après 1945[modifier | modifier le code]

Après 1945, des tentatives isolées de lancer une renaissance organisationnelle ne rencontrèrent aucun succès, si ce n’est marginalement au travers de petits mouvements relevant du néopaganisme et des mouvements religieux völkisch comme la Deutschgläubige Gemeinschaft ou la Germanische Glaubensgemeinschaft. Certains aspects du mouvement se retrouvent également dans l’extrémisme de droite international auprès d’associations comme l'Allgermanische Heidnische Front (en) et aussi, partiellement, dans différents mouvements et sous-cultures alternatifs, comme la branche völkisch de la religion Asatru. Toutefois, de nombreuses communautés Asatru nient catégoriquement toute relation avec le national-socialisme et la scène néonazie (« le paganisme contre la haine »). En France, l'association Terre et Peuple est parfois considérée comme héritière du courant völkisch[54].

Au sein du genre musical neofolk les décorations völkisch sont également utilisées massivement. La question de savoir si des idées völkisch y sont liées fait l’objet de discussion tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du mouvement[55].

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Stéphane François, Qu’est ce que la Révolution Conservatrice ?, Temps Presents, le 24 août 2009.
  2. a et b Stéphane François, Qu’est ce que la Révolution Conservatrice ?, Temps Présents, le 24 août 2009.
  3. Fritz Stern, Politique et désespoir, p.36.
  4. G.L.Mosse, Les Racines intellectuelles du Troisième Reich, p.32-33.
  5. G.L.Mosse, Les Racines intellectuelles du Troisième Reich, p.35.
  6. G.L.Mosse, Les Racines intellectuelles du Troisième Reich, p.37-38.
  7. Fritz Stern, Politique et Désespoir, p.85.
  8. Fritz Stern, Politique et Désespoir, p.87.
  9. Fritz Stern, Politique et Désespoir, p.56-57.
  10. Fritz Stern, Politique et Désespoir, p.81.
  11. Fritz Stern, Politique et Désespoir, p.88.
  12. Fritz Stern, Politique et Désespoir, p.169.
  13. G.L.Mosse, Les Racines intellectuelles du IIIe Reich, p.90-93.
  14. G.L.Mosse, Les Racines intellectuelles du IIIe Reich, p.113.
  15. G.L.Mosse, Les Racines intellectuelles du IIIe Reich, p.113-115.
  16. Fritz Stern, Politique et désespoir, p.168-169.
  17. G.L.Mosse, les racines intellectuelles du IIIe Reich, p.153.
  18. G.L.Mosse, les racines intellectuelles du IIIe Reich, p.155-156.
  19. G.L.Mosse, les racines intellectuelles du IIIe Reich, pp.153-154.
  20. G.L.Mosse, les racines intellectuelles du IIIe Reich, p.154.
  21. Selon le mot de Langbehn, rapporté par Fritz Stern, p.161.
  22. Fritz Stern, Politique et Désespoir,p. 161.
  23. Saul Friedländer, L'Allemagne nazie et les Juifs, T.1, p.95-97.
  24. Fritz Stern, Politique et Désespoir, p 142.
  25. Fritz Stern, Politique et Désespoir, p 143-144.
  26. Fritz Stern, Politique et désespoir, p.161.
  27. Fritz Stern, Politique et désespoir, p.166-167.
  28. Fritz Stern, Politique et Désespoir, p.91.
  29. Fritz Stern, Politique et Désespoir, p.170.
  30. Fritz Stern, Politique et désespoir, p.99.
  31. Fritz Stern, Politique et désespoir, p.100-102.
  32. Fritz Stern, Politique et désespoir, p.162.
  33. Fritz Stern, Politique et désespoir, p 238.
  34. Fritz Stern, Politique et désespoir, p.240.
  35. Fritz Stern, Politique et désespoir, p.209.
  36. a et b Louis Dupeux : « Kulturpessimismus, Révolution Conservatrice et modernité » in Raulet
  37. Selon Louis Dupeux, le völkisch n'est pas plus proche du Kulturpessimismus que de la Révolution Conservatrice, notamment par le fait que nombre de groupuscules se revendiquant du völkisch refuse à croire que le déclin soit irréversible. Voir Louis Dupeux : « Kulturpessimismus, Révolution Conservatrice et modernité » in Raulet
  38. voir Eric Voegelin, notamment Race et État.
  39. Témoignant d'une volonté de rupture avec la latinité (le catholicisme) et de retour à la terre et au sang germaniques, « Los von Rom ! » (« Rupture avec Rome ! ») est un slogan utilisé par le mouvement völkisch.
  40. Décrivant l'incompatibilité de la pensée de Julius Evola avec le mouvement völkisch, Alain de Benoist insiste sur l'intérêt de certains de ses théoriciens pour la féminité : « Plusieurs théoriciens völkisch, parmi lesquels Ernst Bergmann et surtout Herman Wirth, dont Evola appréciait les travaux sur les origines "atlanto-occidentales" de la civilisation européenne, soutenaient, en ce qui concerne la polarité masculin-féminin, l’idée, totalement opposée à la sienne, d’une nette supériorité des valeurs féminines sur les valeurs masculines. Cf. Ernst Bergmann, Erkenntnisgeist und Muttergeist. Eine Soziosophie der Geschlechter, Ferdinand Hirt, Breslau 1932 ; Herman Wirth, Der Aufgang der Menschheit. Untersuchungen zur Geschichte der Religion, Sumbolik und Schrift der Atlantisch-Nordischen Rasse, Eugen Diederichs, Jena 1928. » (cf. « Julius Evola. Réactionnaire radical et métaphysicien engagé »).
  41. Le mouvement a non seulement le droit, mais le devoir de se considérer comme le champion et le représentant des idées « völkisch ». Autant les idées qui sont à la base du national-socialisme sont « völkisch », autant de leur côté, les idées « völkisch » appartiennent au national-socialisme. ibidem p.239.
  42. G.L.Mosse, Les Racines Intellectuelles du Troisième Reich, pp.302-303 et 305.
  43. G.L.Mosse, Les Racines Intellectuelles du Troisième Reich, p.303.
  44. G.L.Mosse, Les Racines Intellectuelles du Troisième Reich, p.305.
  45. G.L.Mosse, Les Racines Intellectuelles du Troisième Reich, p.306.
  46. G.L.Mosse, Les Racines Intellectuelles du Troisième Reich, pp.306-307.
  47. G.L.Mosse, Les Racines Intellectuelles du Troisième Reich, p.307.
  48. G.L.Mosse, Les Racines Intellectuelles du Troisième Reich, p.310.
  49. G.L.Mosse, Les Racines Intellectuelles du Troisième Reich, pp.314-315.
  50. Hitler, Mein Kampf,T.2 chap.1
  51. En page 380 de la traduction française de Mein Kampf, le traducteur annonce sans fournir de raison que désormais, le terme « völkisch » sera en principe traduit par le mot « raciste ». À l'inverse, pour Francis Bertin, le mot « ne doit pas être traduit unilatéralement par “raciste” comme on le fait trop souvent, mais connote à la fois les idées de peuple, de nation et de communauté ; il a donc une signification communautaire et organique très marquée. » (« Ésotérisme et vision de la race dans le courant “Volkische” (1900-1945 », Politica Hermetica n°2, L’Âge d’Homme, 1988, p. 91).
  52. ibidem, page 239 ou 460, selon les versions.
  53. Ian Kershaw : Hitler 1889-1936 : Hubris, édition Flammarion, 1999, pp. 218-219.
  54. Voir « Quand les Gaulois sont dans la peine... », REFLEXes, 18 octobre 2007.
  55. « The gods looked down : la musique « Industrielle » et le paganisme », tiré de Stéphane François, « Musique, ésotérisme et politique : naissance d’une contre-culture de droite », Politica Hermetica, n°17, L’Âge d’Homme, 2003 ; y est décrit ainsi le glissement du völkisch ancien vers le völkisch contemporain : « Les völkischer sont apparus en Allemagne et en Autriche au début du XXe siècle. Ils développaient une pensée foncièrement raciste et anti-moderne. Depuis la Seconde Guerre mondiale, ils ont évolué vers une forme d’anarchisme ethnique et différentialiste. »

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (de) Stefan Breuer, Grundpositionen der deutschen Rechten (1871-1945), Historische Einführungen 2. Tübingen, Ed. diskord, 1999. (ISBN 3-89295-666-9)
  • (de) Stefan Breuer, Ordnungen der Ungleichheit - die deutsche Rechte im Widerstreit ihrer Ideen (1871-1945), Darmstadt, Wiss. Buchges, 2001. (ISBN 3-534-15575-0) Recension sur H-Soz-u-Kult et H-Net
  • (de) Stefan Breuer: Die Völkischen in Deutschland. Kaiserreich und Weimarer Republik. Wiss. Buchges., Darmstadt 2008. ISBN 978-3-534-21354-2.
  • (de) Kai Buchholz, Rita Latocha, Hilke Peckmann, Klaus Wolbert (éd.), Die Lebensreform. Entwürfe zur Neugestaltung von Leben und Kunst um 1900, 2 t, Darmstadt, Häusser, 2001, (ISBN 3-89552-080-2)
  • Saul Friedländer, L'Allemagne nazie et les Juifs, Tome 1 : Les années de persécution, 1933-1939, Seuil, collection L'Univers Historique, Paris, 2008, ISBN 978-2-0209-7028-0
  • (de) Nicholas Goodrick-Clarke, Die okkulten Wurzeln des Nationalsozialismus. Wiesbaden 2005. (ISBN 3-937715-48-7)
  • (de) Diethart Kerbs, Jürgen Reulecke (éd.), Handbuch der deutschen Reformbewegungen 1880 - 1933. Wuppertal : Hammer, 1998. ISBN 3-87294-787-7. Recension sur H-Soz-u-Kult.
  • (de) Uwe Puschner: Völkische Bewegung, in: Deutsche Geschichte im 20. Jahrhundert, hg. v. Axel Schildt, München 2005, p. 383f.
  • George L. Mosse, Les Racines intellectuelles du Troisième Reich, la crise de l'idéologie allemande, Calmann-Lévy, (en) 1964 ; 2006 pour la traduction française.
  • (de) Uwe Puschner, Walter Schmitz, Justus H. Ulbricht (éd.), Handbuch zur "Völkischen Bewegung" 1871 - 1918. München : Saur, 1999. (ISBN 3-598-11421-4)
  • (de) Uwe Puschner, Die völkische Bewegung im wilhelminischen Kaiserreich. Sprache - Rasse - Religion. Darmstadt : Wiss. Buchgesellschaft, 2001. (ISBN 3-534-15052-X) (Recension sur H-Net, sur H-Soz-u-Kult et shoa.de)
  • Michel Grunewald et Uwe Puschner (éd.), Le Milieu intellectuel conservateur en Allemagne, sa presse et ses réseaux (1890-1960). Das konservative Intellektuellenmilieu in Deutschland, seine Presse und seine Netzwerke (1890-1960), Convergences 27. Peter Lang, Bern, 2003 (ISBN 3906770168) Recension sur H-Soz-u-Kult.
  • (de) Hubert Cancik et Uwe Puschner (éd.), Antisemitismus, Paganismus, Völkische Religion. Anti-semitism, paganism, voelkish religion Saur, München 2004 (ISBN 3598114583)
  • (de) Stefanie v. Schnurbein, Justus H. Ulbricht (éd.), Völkische Religion und Krisen der Moderne. Entwürfe « arteigener » Glaubenssysteme seit der Jahrhundertwende. Würzburg : Königshausen & Neumann, 2001. (ISBN 3826021606) Recension sur H-Soz-u-Kult.
  • Fritz Stern, Politique et Désespoir, les ressentiments contre la modernité dans l'Allemagne préhitlérienne, Armand Colin, 1990 (éd. française), (ISBN 2-200-37188-8)
  • Religion, « religiosités » et politique dans les extrêmes droites allemandes de 1870 à 1933, dans la Revue d'Allemagne, no 32, 2000, 163-356.

Corrélats[modifier | modifier le code]


Liens externes[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]