Henri d'Orléans (1822-1897)

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Page d'aide sur les redirections Cet article concerne le duc d’Aumale, le fils de Louis-Philippe Ier. Pour les autres ducs d’Aumale, voir Liste des souverains d’Aumale.
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Henri d’Orléans

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Photographie en 1870 par Appert

Titres

Président du Conseil général de l'Oise

24 octobre 187116 août 1886

Prédécesseur Amédée de Vuillefroy de Silly
Successeur Henri Saget

Député de l'Oise

8 février 187116 août 1886

Gouverneur d'Algérie

27 septembre 184724 février 1848

Prédécesseur Marie-Alphonse Bedeau
Successeur Louis Eugène Cavaignac
Fonctions militaires
Grade militaire Général de division
Commandement 17e régiment d’infanterie légère (1841)
Commandant de la province de Constantine (1843)
7e corps d’armée (1873)
Faits d’armes Prise de la Smala
Conflit Conquête de l’Algérie par la France
Biographie
Titulature Duc d'Aumale
Dynastie Maison d’Orléans
Autres fonctions Membre de l’Académie des beaux-arts, de l’Académie française et de l’Académie des sciences morales et politiques
Nom de naissance Henri Eugène Philippe Louis d'Orléans
Naissance 16 janvier 1822
Paris (France)
Décès 7 mai 1897 (à 75 ans)
Giardinello (Sicile)
Père Louis-Philippe Ier
Mère Marie-Amélie de Bourbon-Siciles
Conjoint Marie-Caroline de Bourbon-Siciles
Enfants Louis-Philippe d'Orléans, prince de Condé
François d'Orléans, duc de Guise

Henri d’Orléans, duc d’Aumale, né le 16 janvier 1822 à Paris et mort le 7 mai 1897 à Giardinello (Italie), prince du sang de la maison d’Orléans, fils du roi Louis-Philippe, est un militaire et un homme politique français, qui a notamment été gouverneur général de l'Algérie et à ce titre a participé à la reddition d'Abd el-Kader en décembre 1847.

Il au aussi été un des premiers bibliophiles et collectionneurs d’art ancien de son époque.

Biographie[modifier | modifier le code]

Enfance[modifier | modifier le code]

Il est le cinquième et avant-dernier fils de Louis-Philippe Ier, roi des Français, et de Marie-Amélie de Bourbon, princesse des Deux-Siciles.

L'affaire de l'héritage du prince de Condé (1830)[modifier | modifier le code]

Aumale à cheval, vers 1840. Aquarelle de Philippoteaux.

En 1830, à la mort du dernier prince de Condé, son parrain, qui l'a institué son légataire universel, il hérite, à huit ans, de l'énorme patrimoine de cette lignée, estimée à 66 millions de francs-or, produisant 2 millions de revenus annuels. Cet héritage comprend ce qui est considéré comme le plus important patrimoine foncier français, dont le domaine de Chantilly (Oise) et d'immenses forêts en Thiérache (Aisne).

Le député d'extrême-gauche Eusèbe de Salverte interpelle le Ministère sur le paiement des droits de cette succession.

Le directeur de l'Enregistrement, Jean-Louis Calmon, répond que ces droits n'avaient pas encore été réglés, « le Gouvernement accordant toujours des délais pour l'acquittement des droits lorsqu'il est constaté que les héritiers n'ont pas les moyens de les acquitter. […] c'est ici le cas, ces droits s'élevant à plus de quatre millions. Il ne s'est trouvé dans la succession aucune valeur mobilière. Les liquidateurs de la succession ont cherché à contracter un emprunt sans y parvenir ; ils viennent de mettre en vente neuf mille arpents de bois et, avant peu de temps, les droits seront réglés »[1].

Formation[modifier | modifier le code]

Il fait ses études secondaires au collège Henri-IV à Paris, puis entre dans l'armée à seize ans.

Portrait à 18 ans en 1840, par Winterhalter.

La Monarchie de Juillet[modifier | modifier le code]

Carrière militaire : l'Algérie (1840-1847)[modifier | modifier le code]

Le duc d'Aumale attaque la Smalah à Taguin le 16 mai 1843 par Édouard Detaille.

Sous-lieutenant en 1839, il part pour l'Algérie en 1840 et participe au combat de l'Affroun (27 avril), mais doit rentrer en France l'année suivante pour raison de santé, avec le grade de lieutenant-colonel du 17e Léger.

Il revient en Algérie en septembre 1842 avec le grade de maréchal de camp (général de brigade) et se distingue lors de la prise de la smala d'Abd El-Kader (16 mai 1843).

À la suite de cette campagne, il est promu lieutenant-général (général de division) le 3 juillet 1843 et nommé commandant de la province de Constantine. Il dirige l'expédition de Biskra (1844) et prend part à la pacification de l'Aurès : à la tête des légionnaires du colonel Mac Mahon, il enlève la position de M'Chouneche.

Son mariage et ses enfants[modifier | modifier le code]

Marie Caroline de Bourbon (1822-1869)

En 1844, il épouse sa cousine germaine Marie-Caroline de Bourbon-Siciles, princesse des Deux-Siciles. Ils ont sept enfants, dont deux fils seulement atteignent l'âge adulte :

La rumeur a couru que Gustave Macon (1865-1930), secrétaire particulier du duc d'Aumale était son fils naturel[2], alors qu'il est né lors de l'exil du duc en Angleterre[3].

Gouverneur général de l'Algérie (septembre 1847-février 1848)[modifier | modifier le code]

Il remplace Bugeaud comme gouverneur général de l'Algérie le 21 septembre 1847.

Le 24 décembre, à Nemours, près de la frontière marocaine, il vient recevoir la reddition d'Abd el-Kader. Il confirme l'engagement pris la veille par le général Lamoricière, commandant de la division d'Oran, que l'émir serait conduit à Alexandrie ou à Saint-Jean d'Acre, engagement qui ne sera pas respecté, compte tenu de la situation politique en France.

L'exil en Angleterre[modifier | modifier le code]

Il se démet de ses fonctions après la Révolution de 1848 et s'exile en Angleterre (24 février 1848) où dès la mort de Louis-Philippe Ier (1850), il s'installe à Orleans House, près de Twickenham.

C'est un « grand château de style disparate plus confortable que fastueux, où son père avait vécu pendant l'émigration; ses frères occupaient aussi des appartements dans l'immense demeure. Un beau parc, la Tamise tout près, la possibilité d'installer une bibliothèque, un asile de méditation, une « réception » assez vaste pour pouvoir créer une atmosphère accueillante : un nom français adopté d'emblée ».

« Il est riche, il est laborieux (…) très bien vu dans le grand monde anglais… Parmi les princes d'Orléans, c'est le seul dont la vie soit bien arrangée, et qui s'en arrange » (François Guizot, 1847)[4].

Plusieurs photographies de cette maison et du duc, seul ou en groupe, sont reproduites dans L'Album de famille de son arrière-petit-neveu homonyme Henri d'Orléans (1908-1999), comte de Paris [5]. De même qu'un des douze clichés pris en juin 1864 par le photographe Camille Silvy (1834-1910), sous le no 61 du catalogue de l'exposition L'art anglais dans les collections de l'Institut de France[6].

Sa résidence est voisine du célèbre Strawberry Hill, ancienne demeure néo-gothique d'Horace Walpole, esthète et collectionneur; le duc devint ami intime de sa propriétaire, Frances, épouse du 7e comte de Waldegrave, descendant des héritiers de Walpole, qui lui légua en 1879 un double portrait que celui-ci commanda à Reynolds en 1761[7].

Durant cette période, il s'adonne à l'écriture de récits historiques. Il est notamment l'auteur d'une Histoire des princes de Condé et de recherches sur La Captivité du roi Jean et Le Siège d'Alésia, ainsi que d'études sur Les Zouaves, Les Chasseurs à pied et L'Autriche, parues dans la Revue des deux Mondes.

Cependant dès le début de son exil il écrivait à son professeur et ami Guérard : « L'Angleterre me pèse, et les Anglais encore plus. La lourde verdure du pays l'excédait, il avait soif d'une lumière nette, d'un paysage aux lignes dépouillées », et en 1853 il acquit du prince de Partanna le domaine du Zucco à l'ouest de Palerme, soit « 16 000 hectares produisant du miel, un vin précieux - gardé jour et nuit - 10 000 caisses de citrons et 500 à 600 quintaux d'olives (...) Des bois d'oliviers centenaires, des arbres de Judée, des cactus hérissés, d'étranges résineux, l'arôme des citronniers, des orangers, des buis, des lauriers, des caroubiers, des amandiers, une maison fort simple, vaste mais sans luxe, une enfilade de salles basses blanchies à la chaux (où) régnait une fraîcheur perpétuelle, un paradis où il s'épanouissait. »[8]

En 1861, dans une brochure intitulée Lettre sur l'histoire de France adressée au prince Napoléon, il réplique vivement au prince Napoléon, cousin de Napoléon III, qui, dans un discours au Sénat le 1er mars, avait attaqué les membres des familles royales accusés de trahir « leur drapeau, leur cause et leur prince pour se faire une fallacieuse popularité personnelle ». La brochure est saisie, l'éditeur et l'imprimeur condamnés.

En 1865, le gouvernement impérial s'oppose également à la publication de l’Histoire des princes de Condé, qui paraît finalement en 1869.

Le retour en France (1872)[modifier | modifier le code]

En septembre 1870, il apprend à Bruxelles de Jules Claretie le désastre de Sedan et assiste impuissant à la déroute de l'armée française ; après avoir offert de combattre, il revient en France avec son frère le prince de Joinville, mais ils sont reconduits au bateau.

Le 8 février 1871 il est élu député de l'Oise, comme son frère dans la Haute-Marne, mais l'hostilité de Thiers les poursuit.

Fin 1871, les lois d'exil de Napoléon III sont rapportées.

Reprise de sa carrière militaire (1872-1879)[modifier | modifier le code]

Réintégré dans l’armée en 1872 avec le grade de général de division, il est nommé en septembre 1873 commandant du 7e corps d'armée à Besançon.

Le peintre et caricaturiste André Gill (1840-1885) l'a représenté au premier plan à droite de son dessin-charge intitulé La Délivrance, évoquant l'emprunt de 3 milliards lancé par Thiers en juillet 1872 pour libérer des Prussiens le territoire national, aux côtés de l'ex-empereur tenant l'aigle déchu, et du comte de Chambord[9].

Après la chute de Thiers le 15 mai 1874, sollicité, il accepte l'intérim créé par la loi du septennat pour proroger le mandat de Patrice de Mac Mahon, duc de Magenta, en faveur du projet de restauration monarchique de son cousin le comte de Chambord, petit-fils de Charles X, mais sa candidature est récusée par la droite.

En 1879, il est touché par la série de mises à pied qui provoque la démission de Mac Mahon, mais son amitié avec Gambetta lui vaut d'être nommé inspecteur général de l'Armée, ce qui est son dernier rôle comme militaire.

Le procès de Bazaine (1873)[modifier | modifier le code]

Le 6 octobre 1873 il préside, en qualité de doyen des généraux de division, au Grand Trianon de Versailles le conseil de guerre qui juge le maréchal Bazaine - commandant en chef des armées le 13 août 1870 - qui le 17 octobre tente d'expliquer sa capitulation de Metz du 27 octobre 1870 : « Je n'avais plus de gouvernement (légal); je n'étais dirigé par personne, je n'étais plus dirigé que par ma conscience... », à quoi le prince répliqua le fameux : « La France existait toujours »[10].

Le prince obtint du président de la République que la peine capitale soit commuée en vingt ans de détention à la demande des membres même du Conseil de Guerre: "Vous vous unirez à nous, Monsieur le Président de la République, pour ne pas laisser exécuter la sentence que nous venons de prononcer."[11]

En 1879, nommé inspecteur général des corps d'armée, il reste en disponibilité. Avec les autres princes de la famille qui appartiennent à l'armée, il est placé en non-activité par retrait d'emploi en 1883 et rayé des cadres de l'armée en 1886. Il quitte la France une seconde fois en raison de la loi d’exil de 1886.

« Le duc d'Aumale, il n'y a qu'un mot pour le décrire : c'est le type du vieux colonel de cavalerie légère. Il en a l'élégance svelte, l'apparence ravagée, la barbiche grisâtre, la calvitie, la voix brisée par le commandement »

(Edmond et Jules de Goncourt, Journal, 1874).

Le legs à l'Institut de France (1886)[modifier | modifier le code]

En 1886, le duc d'Aumale, membre de l'Institut de France depuis 1871, veuf et sans descendants directs vivants, lègue son domaine de Chantilly (Oise) et ses précieuses collections à l'Institut sous réserve qu'à sa mort, le musée Condé soit ouvert au public, que sa présentation soit préservée et que les collections ne puissent être prêtées. Le musée Condé sera ouvert au public moins d'un an après sa mort, le 17 avril 1898.

Selon le souhait du duc d'Aumale, les ressources du domaine permettent de faire fonctionner, d'entretenir et de restaurer cet immense patrimoine.

« Chantilly, tel que l'a voulu le duc, apparaît comme une Atlantide toujours accessible (...) mieux que des chefs-d'œuvre, une œuvre d'art totale »[12].

Second exil et retour[modifier | modifier le code]

La loi de 1886 contre les familles royales de France[modifier | modifier le code]

En 1886, le général Georges Boulanger (1837-1891), ministre de la Guerre depuis le 7 janvier, entreprend de transformer l'armée dite de métier en armée nationale.

Le 11 juin, la seconde loi d’exil est votée à la suite de la retentissante réception de fiançailles de la princesse Amélie d'Orléans à l’hôtel de Galliera à Paris le 15 mai; empêché de passer rue de Varenne par la longue file de voitures, l'impatient Georges Clemenceau aurait alors dit à Léonide Leblanc, maîtresse du duc - et qui fut la sienne - : « Dites-lui de se méfier. Au pavé qu'on va jeter dans la mare de sa famille, il pourrait bien être éclaboussé »[13]

En juillet il est rayé des cadres sur proposition de Boulanger par Jules Grévy, à qui il écrit : « il m'appartient de vous rappeler que les grades militaires sont au-dessus de vos atteintes », avant d'être expulsé en Belgique par le directeur de la Sûreté le 14.

Une demande collective pour le rappel du prince exilé est adressée en 1888 au gouvernement.

Le retour de 1889[modifier | modifier le code]

Il est autorisé à rentrer en France par décret de Sadi Carnot du 8 mars 1889. Le décret de bannissement est rapporté le 7 juin 1889.

À son retour en 1889, il est élu académicien des Sciences morales et politiques le 30 mars. Il est nommé directeur de l'académie de Besançon, docteur honoraire de l'Université d'Oxford et membre de l'Académie royale de Bruxelles. De 1893 à 1897, il dirigea la Société de Secours aux Blessés Militaires (S.S.B.M.), devenue depuis 1940 la Croix-Rouge française.

Il fit construire dans la station thermale de Saint-Honoré-les-Bains, deux villas, véritables petits castels dénommés : Le Pavillon Rose et Le Pavillon Blanc, aujourd'hui transformées en gîtes.

Mort et funérailles[modifier | modifier le code]

Statue d'Henri d'Orléans au Louvre
Œuvre de l'artiste Jean-Léon Gérôme - Statue équestre d'Henri d'Orléans dans l'hémicycle du Duc d'Aumale, à proximité des Grandes écuries à Chantilly

« Au printemps de 1897, il était venu passer quelques jours au Zucco (où) la mort l'a emporté par surprise, et aucune de ses volontés suprêmes n'a pu être exécutée. Il serait mort de crise cardiaque peu après avoir rédigé une vingtaine de lettres de condoléances à des familles de la noblesse endeuillées par l'incendie du Bazar de la Charité. Mais des mains pieuses ont enveloppé son cercueil du drapeau tricolore à l'ombre duquel son père et lui avaient combattu et qu'il faisait flotter sur sa maison d'exilé »[14]. Deux photographies du duc âgé et sur son lit de mort sont reproduites dans l'Album de famille du Comte de Paris [15].

Le 14 mai, après avoir remonté de Palerme toute l'Italie, le corps arriva à la gare de Lyon de Paris et reçut le 17 mai lors des obsèques à La Madeleine, à la demande des siens, les honneurs militaires dus à un grand-croix de la Légion d'honneur. Mais pour un ancien général rayé du cadre de réserve, cet hommage ne comprenait ni musique ni défilé, réservés aux officiers généraux en activité… or, à l'issue de la cérémonie, venant du boulevard Malesherbes, défilèrent devant le catafalque au rythme de la marche Sambre et Meuse des troupes en tenue de parade commandées par le général Leloup de Sancy de Rolland, qui salua le cercueil de l'épée[16].

Ce fut là l'ultime geste public envers celui à qui Victor Hugo, son confrère à l'Académie, lui-même exilé par Napoléon III, écrivait : « Pour moi, votre royauté a cessé d'être politique, et maintenant est historique. Ma République ne s'en inquiète pas. Vous faites partie de la grandeur de la France et je vous aime » dans sa réponse à la notice du duc succédant au comte de Cardaillat à l'Académie des Beaux-Arts le 17 juillet 1880[17].

Proscrit deux fois par le gouvernement de son pays, cet ami des Arts patriote, par un geste généreux, changea néanmoins son testament en donation sous réserve d'usufruit (28 août 1886) afin d'enrichir le patrimoine national d'un trésor artistique unique. « On célèbre à Chantilly une présence invisible et toujours vivante, malgré le temps »[18]

Henri d'Orléans et les femmes[modifier | modifier le code]

Le duc a laissé son nom à une expression argotique apparue vers 1880 et citée par Alphonse Boudard, "à la duc d'Aumale" qui désigne une position érotique compliquée, sur la technique de laquelle les auteurs divergent ; "le quatrième fils de Louis-Philippe était renommé pour ses acrobaties amoureuses"[19].

Léonide Leblanc[modifier | modifier le code]

Cette maîtresse de Georges Clemenceau, "tendre et vermeille comme un beau fruit, le pied fin et les bras les plus beaux du monde", fut aussi celle du duc, mais étant "fort courtisée par des seigneurs d'importance dont il ne fallait pas éteindre trop brutalement les ardeurs (…) elle avait fait, dit-on, confectionner une effigie du duc d'Aumale, tête en cire, corps en baudruche. Et quand les soupirants se montraient trop pressants, elle avait une façon de leur montrer de loin, sur un fauteuil, des formes augustes : "Chut ! Monseigneur est là !" qui calmait les impatiences (…)" . Quand elle voulait que Clemenceau ne l'importune pas, elle plaçait dans son salon un mannequin de cire à l'effigie du duc d'Aumale qu'elle avait fait confectionner, ouvrant la porte de ce salon pour montrer au député qu'elle avait déjà un rendez-vous[20].

Se plaignant de la "largesse assez modérée" du duc, elle aurait eu ce mot savoureux : "Ces Orléans, vous ne les connaissez pas : ils en sont restés aux prix d'avant 48"[21].

Actrice des théâtres de vaudeville et femme spirituelle, Léonide Leblanc (1842—1894) fut ainsi plus connue comme brillante demi-mondaine[22].

Berthe de Clinchamp[modifier | modifier le code]

Berthe de Clinchamp (1833-1911), qui fit partie de son entourage dès l'âge de sept ans et succéda en 1864 à sa tante comme « dame pour accompagner » la duchesse, puis à sa mère Marie-Clémentine de Habsbourg, princesse de Salerne. À ce titre elle est faite comtesse en 1881 par l'impératrice Élisabeth d'Autriche, en fut sa fidèle amie, et, sitôt veuve, sa compagne dévouée.

Cette « grande et forte femme de type cuirassier quant à la stature, attentive à ne point déplaire, ne ménageant ni son temps, ni sa peine, ni son amour-propre »[23], excellente écuyère, très cultivée et bibliophile comme le duc, tint sa maison et partagea ses activités. Pour elle, le duc fit remonter dans son appartement personnel de Chantilly des boiseries anglaises du XVIIIe provenant de Orleans House. En 1877, veuf depuis 1869 et sans enfants, il lui indiqua ses instructions sur les mesures à prendre après sa mort, et en 1879 lui offrit en souvenir d'eux les portraits de lui et de son épouse en pendants par Victor-Louis Mottez - musée Condé.

En juin 1888 une campagne de presse sur un prétendu mariage secret la fit surnommer « La Maintenonette »[24], jeu de mots à la fois sur le titre offert par Louis XIV à Françoise d'Aubigné, gouvernante de ses enfants puis son épouse morganatique, sur La Nonette, rivière qui arrose le parc de Chantilly, et sur celui de la maison sur laquelle le duc lui avait consenti un bail de 50 ans et un accès direct au parc. Le prince de Joinville l'appelait aussi « La Maintenon de mon frère ».

Mademoiselle de Clinchamp y écrivit : Chantilly et son dernier seigneur (1898), Le Duc d'Aumale, prince, soldat - Un grand seigneur du XIXe siècle (1899), et Chantilly 1485-1897 (1903).

Le Musée Condé conserve son portrait en buste (miniature sur ivoire); un portrait photographique en pied dédicacé est reproduit dans l'Album de Famille du Comte de Paris [25]; un autre, au pastel - collection privée - par Henri Cain (1859-1930) fut vendu aux enchères publiques avec sa bibliothèque à Bruxelles le 9 mars 2002.


Paul Dubois, auteur de la statue équestre du connétable Anne de Montmorency commandée pour l'esplanade du Château de Chantilly, sculpta le gisant en marbre blanc du duc en tenue de général, tenant un sabre et étreignant le drapeau français (chapelle funéraire des Orléans à Dreux - maquette au Musée Condé)[26], œuvre qui fut présentée à l'Exposition Universelle de Paris de 1900.

Le 15 octobre 1899 fut inaugurée au centre de l'hémicycle, à proximité des Grandes écuries à Chantilly, celle du peintre et sculpteur académique Jean-Léon Gérôme, sur un piédestal d'Honoré Daumet, l'architecte du duc, que la Ville lui offrit sur souscription publique[27].

Un médaillon orné de son profil orne le manteau d'une cheminée en bois mouluré d'origine non indiquée, remontée dans un des "salles XIXe" du château d'Amboise (Indre-et-Loire) .

Œuvres[modifier | modifier le code]

  • Les Zouaves, 1855 (sous pseudonyme)
  • Les Chasseurs à pied, 1859 (sous pseudonyme)
  • Alésia. Étude sur la 7e campagne de César en Gaule, (1860)
  • Lettre sur l'histoire de France, (1861)
  • Les institutions militaires en France, (1867)
  • Histoire des princes de Condé, 7 vol., (1869-1895)
  • La journée de Rocroy, (1890)
  • Le roi Louis-Philippe et le droit de grâce, (1897)
  • La bataille de Rocroy, (1900)

Il a publié sous le pseudonyme de Vérax, en Belgique, un certain nombre d'articles de journaux dans les années 1861-1868.

Postérité[modifier | modifier le code]

En dépit d'un parcours de vie riche et prestigieux, le duc d'Aumale fut paradoxalement peu représenté au cinéma, à la télévision ou même au théâtre. Notons toutefois la présence de son personnage sous les traits du comédien et mannequin Alexis Loret, dans le téléfilm L'Algérie des chimères, réalisé par François Luciani en 2001, d'après le livre du même titre de Henri De Turenne et Robert Solé, publié aux éditions Calmann-Lévy.

À l'automne 2012, un documentaire-fiction lui fut également consacré à la télévision, dans le cadre de l'émission Secrets d'histoire, sur France 2, animée par Stéphane Bern, et produite par Jean-Loup Remilleux, cette fois, ce sont les acteurs Roland David et Sébastien Fontaine qui prêtent leurs traits au prince collectionneur.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Cité par le Dictionnaire des parlementaires français, tome 5, p. 261, article « Eusèbe de Salverte ».
  2. "Assis dans un lourd fauteuil, il (feu le comte de Paris) écoute le vieil homme lui raconter pendant des heures les campagnes d'Algérie des fils de Louis-Philippe. Un sujet que monsieur Macon connaît bien, puisqu'il est lui-même, Billy (surnom de feu le comte de Paris jeune) l'apprendra beaucoup plus tard, un des fils adultérins (sic) du duc d'Aumale." in « Contre-enquête sur le comte et la comtesse de Paris », Vincent Meylan, Pygmalion, 2007, p. 108
  3. Philippe Sénéchal, Claire Barbillon, dir., Dictionnaire critique des historiens de l’art actifs en France de la Révolution à la Première Guerre mondiale, Paris [lire en ligne]
  4. Robert Burnand, Le duc d'Aumale et son temps (Hachette, 1949, p. 98)
  5. L'Album de famille(Perrin, 1996),
  6. Musée Condé, Chantilly, 13/10/2004 - 3/01/2005, Somogy, 2004, p. 96).
  7. Cat. de l'exposition L'art anglais dans les collections de l'Institut de France, op. cit. p. 48, 49, 90 et 91.
  8. R.Burnand, op.cit. p. 128 et suiv
  9. Reprod. ds Jean Valmy-Baysse, André Gill l'impertinent, éd. du Félin, 1991, p. 8 - rééd. de l'édition Marcel Seheur de 1927
  10. J. Boudet, Les mots de l'histoire, Larousse-Bordas, 1998, p. 449
  11. L'année Terrible - La Guerre franco-prussienne de septembre 1870-mars 1871, Pierre Milza, Perrin, Ed. p. 90, citant André Damien, Dictionnaire du Second Empire, Article BAZAINE, Fayard, Ed.
  12. Bruno Foucart, Le duc des Arts, Beaux-Arts no 16, septembre 1984, p. 50
  13. R. Burnand, op.cit. p. 185
  14. François Bournand, Le général duc d'Aumale Librairie Nationale d'Éducation et de Récréation, après 1899, p. 219 et 210.
  15. op. cit. p. 96
  16. R. Burnand, op. cit. p. 250
  17. Fr. Bournand, op. cit. p. 222 et 223
  18. R. Burnand, op. cit., p. 191 et suiv.
  19. Jean-Paul Colin, Jean-Pierre Mével et Christian Leclère, "Dictionnaire de l'Argot", Larousse, 1990, p. 220
  20. Laurent Joffrin, Histoire de la gauche caviar, Robert Laffont,‎ 2012, p. 112
  21. R. Burnand, op cit. p. 235 et 236
  22. Maurice Descotes, Henry Becque et son théâtre, M.J. Minard-Lettres modernes,‎ 1962, p. 29
  23. R.Burnand, op. cit. p. 210
  24. Élisabeth de Gramont, Mémoires, 1928, t. I, p. 169
  25. op. cit. p. 67
  26. J. Lelièvre, La chapelle royale - Dreux, SAEP édition, 1986, p. 27-28.
  27. Fr. Bournand, op. cit. p. 211 et suiv

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Raymond Cazelles, Le duc d'Aumale, prince aux dix visages, Paris, Jules Tallandier,‎ 2004 (1re éd. 1984) (ISBN 2-235-01603-0)
  • François Bournand, Le général Duc d'Aumale, Librairie nationale d'éducation et de récréation, av. 29 gravures, après 1899
  • Edmond Pilon, Senlis et Chantilly, Arthaud, 1937, p. 79-173
  • Robert Burnand, Le duc d'Aumale et son temps, Librairie Hachette, 1949
  • Bruno Foucart, Le duc des Arts (Beaux-Arts, no 16, septembre 1984, p. 44-51)
  • Éric Woerth, Le duc d'Aumale : L'étonnant destin d'un prince collectionneur, préface de Alain Decaux, postface de S. A. l'Aga Khan, L'Archipel, juin 2006, (ISBN 2-84187-839-2)
  • Edmond Frank, Le Duc d'Aumale (L'Illustration, 55e année, no 2829, 15 mai 1897, p. 377-381 et no 2830 du 22 mai 1897, p. 404-409).

Liens externes[modifier | modifier le code]

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