Élisabeth-Charlotte de Bavière

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Charlotte-Élisabeth de Bavière

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Peinture de la Princesse Palatine, en 1713, d’après Hyacinthe Rigaud.

Biographie
Titulature Princesse palatine
Fille de France
Duchesse d’Orléans
Dynastie Maison de Wittelsbach
Nom de naissance Elisabeth Charlotte von der Pfalz
Naissance 27 mai 1652
Heidelberg (Palatinat)
Décès 8 décembre 1722 (à 70 ans)
Saint-Cloud (France)
Sépulture Nécropole de Saint-Denis
Père Charles Ier Louis de Palatinat
Mère Charlotte de Hesse-Cassel
Conjoint Philippe Ier d’Orléans
Enfants Alexandre-Louis d’Orléans
Philippe II
Élisabeth-Charlotte d’Orléans
Religion Calvinisme
Catholicisme romain

La princesse Élisabeth-Charlotte du Palatinat (en allemand, Elisabeth Charlotte, Prinzessin von der Pfalz), comtesse de Simmern, née le 27 mai 1652 au château de Heidelberg et décédée le 8 décembre 1722 au château de Saint-Cloud, est une princesse palatine, fille du comte Charles Ier Louis et de la princesse Charlotte de Hesse-Cassel.

En épousant Philippe d’Orléans, frère du roi Louis XIV, Élisabeth-Charlotte devient duchesse d’Orléans et porte à la cour le titre de « Madame », titulature conférée à l’épouse du premier frère cadet du roi régnant. En France, par convention et du fait de son appartenance à la maison de Wittelsbach, elle est appelée « Charlotte-Élisabeth de Bavière »[N 1].

Famille[modifier | modifier le code]

Élisabeth-Charlotte est la fille de l’électeur palatin Charles Ier Louis (1617-1680), comte palatin du Rhin et de la princesse Charlotte de Hesse-Cassel (1627-1686). Elle est également la petite-fille de l’électeur Frédéric V, le « roi d’un hiver » qui fut mis au ban de l’empire et mourut prématurément en exil, et de la princesse Élisabeth Stuart, sœur du roi Charles Ier d’Angleterre qui connut lui aussi une fin tragique. Sa famille la surnomme « Liselotte ».

Élisabeth-Charlotte épouse par procuration le 16 novembre 1671 le duc Philippe d’Orléans, fils cadet de Louis XIII. Adoptant immédiatement les deux filles issues du précédent mariage de son mari (Marie-Louise et Anne-Marie), elle lui donne trois enfants :

Une princesse allemande[modifier | modifier le code]

Sophie, la tante adorée qui lui servit de mère, correspondante particulière de Madame et tête politique.

Originaire d’une petite cour allemande protestante cultivée, elle est élevée dans la religion réformée à Heidelberg puis à partir de 1657, date du divorce de ses parents et du remariage de son père avec sa maîtresse, à Hanovre et Herrenhausen, chez sa tante paternelle la duchesse de Brunswick-Lunebourg. Celle-ci a pour secrétaire et bibliothécaire Leibniz et fait donner à sa nièce une éducation humaniste et ouverte où Montaigne et Rabelais tiennent une place de choix.

De retour à la cour paternelle en 1662, Élisabeth-Charlotte se trouve confrontée à l’épouse morganatique de son père et à ses nombreux demi-frères et sœurs. Malgré l’affection qu’elle leur porte, la jeune princesse gardera toute sa vie un certain mépris voire de la haine pour les situations fausses.

Elisabeth Charlotte, 1670.

Aimant son pays, sa liberté et la vie au grand air, Élisabeth-Charlotte refuse tous les partis qu’on lui présente au grand dam de son père. Cependant en 1670 meurt une lointaine cousine Henriette d’Angleterre, épouse de Philippe d’Orléans (Monsieur), frère du roi Louis XIV de France.

Une tante par alliance d’Élisabeth-Charlotte, Anne de Gonzague de Clèves, fort bien introduite à la cour de France et qui par ses talents d’entremetteuse a déjà marié sa fille aînée avec un prince du sang, négocie alors le remariage du duc d’Orléans avec Élisabeth-Charlotte : malgré sa faible dot et sa religion protestante, cela permettrait la neutralité du palatinat du Rhin dans le conflit récurrent qui oppose le roi de France aux Habsbourg. L’électeur accepte avec joie cette union brillantissime pour sa fille.

Madame[modifier | modifier le code]

La Princesse Palatine par Largillière (château de Chantilly).

Après s’être convertie au catholicisme à Metz, elle épouse par procuration le 16 novembre 1671 devant l’évêque de la ville Georges d'Aubusson de La Feuillade en la cathédrale de Metz, le duc Philippe d’Orléans, fils cadet de Louis XIII. Elle rencontre puis épouse son mari en personne trois jours plus tard dans la chapelle de l’évêché de Châlons-sur-Marne. À dix-neuf ans, la jeune provinciale jalouse de sa liberté est devenue « Madame, belle-sœur du roi », la plus importante dame de la cour après la reine.

Sachant apprécier la nature, Montaigne, Rabelais et la liberté, elle ne s’est jamais sentie très à son aise à la cour de Versailles régie par une étiquette rigoureuse, où fleurissent des intrigues de toutes sortes, et où les relations humaines ne sont fondées que sur l’intérêt et l’égoïsme. En outre, si, comme l’observe un historien[Qui ?], « dans la fraîcheur de ses vingt ans, Madame n’était pas désagréable à regarder », son physique est très rapidement compromis par un embonpoint considérable. Elle ne se voit pas agréable à regarder. Dans une de ses lettres, elle se dépeint ainsi[1]: « Il faut que vous ne vous souveniez guère de moi si vous ne me rangez pas au nombre des laides ; je l’ai toujours été et je le suis devenue encore plus des suites de la petite vérole ; ma taille est monstrueuse de grosseur [...] J’ai la bouche grande, les dents gâtées, et voilà le portrait de mon joli visage ».

Une grande plume du Grand Siècle[modifier | modifier le code]

Son mari, menant un train de vie dispendieux (elle a souvent du mal à payer les deux cent cinquante personnes au service de sa maison) et indifférent aux charmes féminins, ne lui montre que l’empressement strictement nécessaire pour assurer une descendance. Pétillante d’esprit, indépendante, la princesse se consacre alors à une correspondance très abondante qui lui vaut le surnom d’« Océan d’encre ». Ses lettres, au nombre de 60 000 (un dixième est conservé), rédigées dans un style savoureux, constituent une source d’informations précieuse sur la vie à la cour de France. La princesse reste allemande de cœur et elle abhorre la cour et l’étiquette. Si on l’en croit ses lettres, la dépravation attribuée à la Régence règne déjà dans toute la seconde moitié du grand règne.

Elisabeth-Charlotte, duchesse de Lorraine et de Bar, fille de Madame.

Consciente de son rang et de ses devoirs, elle ne dissimule pas ses antipathies, en particulier contre sa deuxième belle-sœur, Madame de Maintenon, qu’elle surnomme (entre autres) « la ripopée » « la vieille conne »[2]. Elle ne recule pas, on le voit, devant le mot trivial. Méprisant la famille illégitime du roi, elle surnomme par exemple le comte de Toulouse (fils du roi et de madame de Montespan) « la chiure de souris », ou, à propos de la sœur de ce dernier, Mademoiselle de Blois, que son fils Philippe a épousée, elle écrit : « Ma belle-fille ressemble à un cul comme deux gouttes d’eau ». Elle s’est d’ailleurs fortement indignée de ce mariage, Mademoiselle de Blois bien que fille légitimée du roi, étant issue de l’union doublement adultérine de ce dernier avec Mme de Montespan. D’après le duc de Saint-Simon, elle serait allée jusqu’à gifler son fils sous les yeux de toute la Cour quand elle apprend que celui-ci a accepté ces épousailles qu’elle juge indignes de son rang[3]. En revanche, elle montre toujours le plus grand respect envers le roi, tout en déplorant l’influence des gens qui l’entourent. Elle parle souvent de son fils en déplorant ses mauvaises fréquentations mais en admirant son intelligence et ses succès militaires. Par contre, elle se montre une mère attentive, et sa correspondance avec sa fille (détruite en grande partie en 1719), la duchesse de Lorraine et de Bar, est pleine de conseils maternels.

Madame présentant l’électeur de Saxe à Louis XIV.

La princesse suit les débats d’idées de son temps et entretient même une correspondance avec Leibniz, mais elle ne partage pas le penchant de plus en plus dévot que suit le règne de Louis XIV. Elle partage dans ses lettres ses doutes sur de nombreux points de religion. Elle-même protestante convertie par devoir au catholicisme, à Metz, pour pouvoir épouser le frère du roi de France, elle reste fidèle dans son cœur à la foi de son enfance, et du reste, témoin de la Révocation de l’édit de Nantes, elle ne comprend pas pourquoi des peuples peuvent se dresser les uns contre les autres sur des points qui lui paraissent mineurs. Jamais elle ne se console de la détresse du Palatinat, sa région d’origine, ravagée par les armées du roi, son beau-frère, et tient Louvois pour responsable de la mort de son père (1680) et de son frère (1685). Jusque dans les dernières années, elle regrette sa jeunesse à Heidelberg. Elle souffre aussi des avanies et des intrigues de l’entourage de son mari.

À la mort de son mari en 1701, elle brûle les lettres compromettantes du duc et de ses amants auxquels il lègue une grande partie de ses biens alors qu’il laisse de nombreuses dettes à sa femme. Elle doit donc vendre pierreries et tableaux. Son contrat de mariage stipule qu’en cas de veuvage, l’héritage doit revenir à son fils aîné. Aussi craint-elle que le roi ne l’envoie dans un couvent ou au château de Montargis. Louis XIV qui apprécie sa belle-sœur l’autorise à conserver son rang, ses résidences et ses appartements au château de Versailles, lui fournissant même une rente de 250 000 livres.

Œuvres[modifier | modifier le code]

Anekdoten vom Französischen Hofe, 1789.

On a publié en 1788 des fragments des Lettres originales de Madame, etc., écrites de 1715 à 1720 au duc Ulrich de Brunswick et à la princesse de Galles ; réimprimés en 1823 sous le titre de Mémoires sur la cour de Louis XIV et de la Régence, extraits de la correspondance de Mme Élisabeth Charlotte, etc.

Sa Correspondance complète (sic) a été traduite de l’allemand et publiée en 1855 par G. Brunet. Les lettres sont le plus souvent assez mal traduites, voire forgées artificiellement en compilant des extraits de plusieurs lettres différentes en une seule, assortie d’une date de fantaisie. De plus, tous les passages jugés trop crus (dont elle était fort prodigue) sont censurés. Plusieurs autres éditions ont suivi. Toutes ne contiennent pas la lettre fameuse, citée par les frères Goncourt, dans laquelle la princesse décrit à sa tante Sophie de Hanovre, avec force détails scatologiques et sur un mode humoristique, la difficulté de déféquer à Fontainebleau (9 octobre 1694). Cette lettre est republiée dans le premier numéro de la revue Freak Wave, en 2008. Élisabeth Charlotte de Bavière a également écrit de nombreuses lettres en français, éditées par Dirk Van der Cruysse en 1989.

Il existe également un livre, Mélanges historiques, anecdotiques et critiques sur la fin du règne de Louis XIV et le commencement de celui de Louis XV par Madame la princesse Élisabeth-Charlotte de Bavière, seconde femme de Monsieur, frère de Louis-le-Grand : (souvenirs) précédés d’une « notice sur la vie de cette illustre princesse » rédigée par Maubuy. L’ensemble représentant une table des matières de cinquante chapitres évoquant, et au passage étrillant, un grand nombre de personnages de la cour en commençant par le roi lui-même, son caractère et ses mœurs, sa conduite à l’égard de son épouse, ses amours, sa mort. Puis vient l’évocation des favorites royales : Mademoiselle de Fontanges, Louise de La Vallière, Madame de Montespan, Madame de Maintenon, etc. Nous connaissons une publication de cet ouvrage en 1807[4].

Une sélection des Lettres de la Princesse Palatine a été publiée en 1999 au Mercure de France (ISBN 9782715221802).

Ascendance[modifier | modifier le code]

Descendance[modifier | modifier le code]

Madame malgré sa descendance limitée sera communément appelée « ventre de l’Europe ». En effet elle sera l’aïeule de la plupart des princes et princesse catholiques. Par son fils, Madame est aïeule de la maison d’Orléans, de la famille royale de Belgique (Léopold Ier était le gendre de Louis-Philippe), et des rois de Bulgarie Ferdinand et Boris. Sa fille sera la belle mère de l’impératrice Marie-Thérèse via le mariage de cette dernière avec son petit-fils François-Étienne. Madame est donc l’arrière-grand-mère des empereurs Joseph II et Léopold II, et de Marie-Antoinette, et aïeule de Marie-Louise (deuxième épouse de Napoléon Ier).

Pour anecdote, lorsque la santé du futur Louis XV fit craindre un éventuel glissement de la famille royale vers les Orléans (Philippe d'Orléans étant le suivant dans la ligne de succession, une médaille lorraine fut dédiée à la fécondité de Madame présentée comme le salut de la royauté française avec comme légende FECUNDITAS CONSERVATRIX GALLIAE. En effet si le futur Louis XV venait à décéder, c’est Philippe d’Orléans, régent, qui serait monté sur le trône[5].

Tableaux[modifier | modifier le code]

Élisabeth-Charlotte dans la culture populaire[modifier | modifier le code]

Iconographie[modifier | modifier le code]

Filmographie[modifier | modifier le code]

  • La Princesse Palatine, une commère à la cour de Louis XIV, film documentaire de Jean-Christophe de Revière, France, 2010, 95’

Notes et références[modifier | modifier le code]

Source partielle[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Son titre exact, tel qu’il figure dans son contrat de mariage, est « Élisabeth-Charlotte, princesse électorale palatine du Rhin ». Toutefois, comme elle est issue de la branche aînée de la maison de Wittelsbach, dont la branche cadette règne alors sur la Bavière, une confusion s’établit chez ses contemporains, qui prennent l’habitude de la nommer assez inexactement Charlotte-Élisabeth de Bavière. La tradition respecte cet usage, et c’est ainsi qu’elle est toujours communément appelée aujourd’hui. Elle est également très souvent appelée « Princesse Palatine », mais cette appellation est postérieure[réf. nécessaire], car pour ses contemporains, français du moins, ce titre désigne exclusivement Anne de Gonzague de Clèves (1616-1684), épouse de son oncle Édouard (1625-1663). Enfin, pour tous les membres de sa famille allemande, elle est simplement « Liselotte ».

Références[modifier | modifier le code]

  1. Correspondance complète de Madame la Duchesse d'Orléans, tome premier, p. 33.
  2. La palatine, une commère à la cour de Louis XIV.
  3. Claude Pasteur, La Princesse Palatine Tallandier 2001, p. 88.
  4. À Paris chez Léopold-Collin, libraire, rue Gît-le-Cœur no 4. (E.O. ?)
  5. Dirk Van der Cruysse, Madame Palatine, princesse européenne, éd. Fayard, Paris, décembre 1988, 748 p.  (ISBN 2-213-02200-3) page 260.

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

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Liens externes[modifier | modifier le code]