Sophie Dawes

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La baronne de Feuchères. Peinture réalisée avant 1830 par Alexis Léon Louis Valbrun (1803-1852).
Bne de Feuchères, en deuil du prince de Condé. Portrait (120cm x 100cm) par Aimée Brune-Pagès (1830). Hérité de sa femme en 1840, ce portrait fut donné par le Gal de Feuchères à son aide-de-camp Emile Doumet, puis transmis jusqu'à nos jours dans la descendance de ce dernier. Collection privée

Sophie Dawes, baronne de Feuchères est une aventurière anglaise de condition modeste, née à St Helens (en) dans l'île de Wight le 29 septembre 1790 et morte à Londres le 15 décembre 1840.

Elle fut la maîtresse influente du dernier prince de Condé, Louis VI Henri de Bourbon-Condé (1756-1830), père du duc d'Enghien, qui fut jusqu'en 1830 le premier propriétaire foncier de France, et dont elle se fit attribuer une partie des biens.

Biographie[modifier | modifier le code]

Fille de Richard Daw ou Dawes (1751-1828), pêcheur et contrebandier d'alcool, tabac et soie de l'île de Wight, Sophie, envoyée à Londres comme courtisane ou comme servante dans une "maison close" [1]), y rencontra le duc de Bourbon alors en exil, appelé à devenir prince de Condé en 1818, et devint sa maîtresse en 1810. Une légende voudrait qu'elle eut été l'objet d'une partie de whist entre le duc et le prince de Galles qui fréquentait la même maison.

Le duc, qui avait cinquante-cinq ans, tomba « sous la coupe » de la ravissante jeune femme, l'installa en 1811 dans une maison de Gloucester Street et lui fit donner des cours de bonnes manières, de langues anciennes et modernes et de musique; elle apprit ainsi à parler un français sans faute mais garda son accent.

Le duc rentra en France sous la Restauration, rejoint après les Cent-Jours par Sophie Dawes[2]. Pour éviter le scandale et permettre à sa maîtresse de paraître à la Cour, le prince lui fit épouser son aide de camp Adrien Victor Feuchères (1785-1857) fils d'un bourgeois de Paris originaire de Nîmes qu'il fit titrer baron (30 août 1819) et qui fut successivement lieutenant-colonel, colonel d'infanterie (1823) maréchal de camp (1830), lieutenant général (1843), et député du Gard de 1846 à 1848.

Ce dernier ignorait la nature exacte des relations qui unissaient le duc à la belle Anglaise que le duc dota, Il la fit passer pour sa fille naturelle, et obtint pour son mari un titre de baron.

Jolie, intelligente et ambitieuse, la baronne de Feuchères ne tarda pas à se faire remarquer à la cour de Louis XVIII et chez le duc d'Orléans au Palais-Royal.

En 1822 Feuchères finit par découvrir la nature des relations qu'entretenait son épouse avec le prince de Condé; humilié d'avoir été à peu près le seul dans l'ignorance de ce « secret de Polichinelle » qui faisait jaser le Tout-Paris, il quitta sa femme, lui restitua sa dot et lui imposa en mars 1824 une séparation officielle[3], qui fit scandale et priva l'ex-baronne de Feuchères de son statut mondain. Elle se vit interdire de paraître à la Cour et, par voie de conséquence, cessa également d'être reçue au Palais-Royal et dans les salons à la mode.

Si cette situation convenait parfaitement au prince de Condé dont la préoccupation principale était la chasse et qui se contentait parfaitement de cette vie solitaire, l'intrigante baronne ne l'entendait pas ainsi; pour rétablir sa position perdue, elle manœuvra habilement.

En avril 1827, par l'entremise de l'intendant du prince, elle invita à dîner au Palais-Bourbon l'homme de confiance du duc d'Orléans, le chevalier de Broval. Elle lui proposa de servir d'intermédiaire entre le duc et la duchesse d'Orléans, futurs roi et reine de France sous les noms de Louis-Philippe Ier et de Marie-Amélie, parents du jeune Henri, duc d'Aumale, pour négocier un testament par lequel le dernier prince de Condé léguerait à son filleul et petit-neveu la majeure partie de sa fortune et de son patrimoine à l'exclusion des biens dont la baronne de Feuchères s'assurait la propriété, comme le château de Saint-Leu (Val-d'Oise) négociation qui aboutira en 1830, année de la révolution qui chassa Charles X du pouvoir.

À Talleyrand elle offrit son appui pour le laver des soupçons qu'avait le prince de Condé à son sujet, à savoir sa participation à l'exécution de son fils unique, le duc d'Enghien. Talleyrand se rendit donc au Palais-Royal le 13 juin 1827 et fit part à l'un des aides de camp, Chabot, des propositions de la baronne : l'une de ses nièces, Matilda ou Mathilde Dawes (1811-1854), épouserait Hugues Jean Jacques Frédéric, marquis de Chabannes-La Palice, neveu de Talleyrand, avec la bénédiction (et une "dot" d'un million de francs) du prince de Condé, ce mariage devant sceller la réconciliation des deux familles, à charge pour les parties d'intervenir auprès du roi afin de lever l'interdit qui frappait la baronne. Ce qui fut dit fut fait. La nouvelle marquise aurait reçu un million de livres du duc de Bourbon à cette occasion (page du site généalogique B.Diesbach-Belleroche sur la famille Dawes, datée du 13 septembre 2001).

Le 17 juin, le duc d'Orléans, accompagné de son fils aîné, le duc de Chartres, alla dîner à Saint-Leu. Le 3 juillet, Talleyrand vint au Palais-Royal et conseilla au duc d'Orléans de faire préparer un acte d'adoption du duc d'Aumale qu'il suffirait de faire signer au prince de Condé. Me Tripier, avocat de Louis-Philippe, objectant que l'adoption d'un mineur était légalement impossible, préconisa une donation entre vifs avec "réserve d'usufruit".

Le 16, Talleyrand revint dîner au Palais-Royal. Le duc d'Orléans l'informa des derniers arrangements en le chargeant d'en faire part à la baronne de Feuchères. Le 6 août au soir, Talleyrand revint porteur d'une lettre de la baronne assurant le duc d'Orléans qu'elle « mettr[ait] toute [sa] sollicitude » pour obtenir l'acte souhaité et l'informant du prochain mariage de sa nièce avec le marquis de Chabannes-La Palice.

En définitive, après deux années d'efforts, Mme de Feuchères parvint à obtenir du duc de Bourbon qu'il rédige le 29 août 1829 un testament lui léguant la somme de 2 millions de francs ainsi que le château de Saint-Leu et son parc, le château et domaine de Boissy, Enghien, la forêt de Montmorency, et le domaine de Mortefontaine, ainsi que le pavillon qu'elle occupait au Palais-Bourbon, et le château d'Écouen à la condition d'en faire un orphelinat pour les enfants des soldats des armées de Condé et de Vendée ; la majeure partie de son énorme fortune – plus de 66 millions de francs en capital, produisant 2 millions de revenu annuel – allait au duc d'Aumale.

En retour la famille d'Orléans multiplia les démarches pour obtenir le retour en grâce de l'ex-baronne, ce qui fut fait en janvier 1830, Charles X l'autorisant à paraître de nouveau à la Cour. À cette occasion, la dauphine aurait soupiré : « Après tout, nous recevons tant de canailles... ».

Un de ses neveux, James Dawes (1799-1831), "écuyer ordinaire du duc de Bourbon, directeur de ses chasses et équipages" dont il aurait reçu 200 000 francs, huit chevaux, cinq voitures, une calèche de voyage, une diligence de ville et un tilbury, fut fait baron de Flassans avec institution de majorat (21 août 1828); gendre de l'amiral anglais Thomas Manby, il mourut brutalement à Calais en accompagnant sa tante selon l'article de L'Indicateur de Calais du 24 juillet 1831 (site Diesbach-Belleroche); son frère George (1802-1831), lui-même autre écuyer du duc, dont il aurait hérité pour sa part d'un cabriolet.


Le prince de Condé, inquiet de la situation politique instable de l'été 1830, envisageait de quitter sa maîtresse et la France lorsqu'il fut trouvé pendu —  ou étranglé puisque parait-il les pieds touchant le sol — à l'espagnolette de la fenêtre de sa chambre au château de Saint-Leu le 27 août 1830. L'ex-baronne fut soupçonnée mais l'enquête n'ayant pu prouver que le décès avait une origine criminelle, elle ne fut pas inquiétée ; certains historiens ont présumé qu'il ne se serait agi ni d'un suicide ni d'un assassinat, mais d'un inavouable accident résultant d'un jeu érotique.

Sophie Dawes se retira dans sa propriété de Mortefontaine (Oise) mais définitivement compromise par le scandale, elle vendit ses propriétés françaises et retourna à Londres où elle mourut le 15 décembre 1840.

En décembre 1842 sa nièce, devenue grâce à elle marquise de Chabanes-La Palice, hérita de la somme de 166 666, 66 francs dans le cadre du partage successoral de son patrimoine (site Diesbach-Belleroche).

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Pierre Cornut-Gentille, « l'énigme de Saint-Leu », émission Au cœur de l'histoire, 27 mars 2012
  2. Entre-temps, il aurait eu une liaison avec une autre anglaise, Miss Harris
  3. suivi d'un divorce prononcé en 1827

Annexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Notices d’autorité : Fichier d’autorité international virtuel
  • Violette Montagu, Sophie Dawes, queen of Chantilly (1911)
  • John Lane, Sophie Dawes, Queen of Chantilly, (1912)
  • Louis André, La Mystérieuse Baronne de Feuchères (Perrin, coll. "Enigmes et drames judiciaires d'autrefois", 1925)
  • Manjonie Bowen, The Scandal of Sophie Dawes (1935-1937)
  • Rev. David Low et Sheila White, Over twelve-hundred years in St. Helens, a parish history (St.-Helens, Ryde, 1977)
  • Guy Antonetti, Louis-Philippe (Arthème Fayard, 1994, p. 532-535)
  • Christian Liger, Les Marches du Palais (Laffont, 1996)
  • Victor Macclure, She stands accused; Chapitre V : Almost a Lady, texte en anglais sur The World Wide School, 1997)
  • Pierre Cornut-Gentille, La Baronne de Feuchères (Perrin, 2000)