Château de Chantilly

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Château de Chantilly
Image illustrative de l'article Château de Chantilly
Vue générale du château depuis l'entrée du parc
Période ou style Renaissance-Éclectisme
Type palais
Architecte Jean Bullant, Honoré Daumet
Début construction 1358
Fin construction 1882
Propriétaire initial Guy de Senlis
Destination initiale Résidence
Propriétaire actuel Institut de France
Destination actuelle Musée Condé
Protection Logo monument historique Classé MH (1988)
 Inscrit MH (1988)
Site web www.chateaudechantilly.com
Coordonnées 49° 11′ 38″ N 2° 29′ 09″ E / 49.19397, 2.485767 ()49° 11′ 38″ Nord 2° 29′ 09″ Est / 49.19397, 2.485767 ()  
Pays France
Région historique Valois
Région Picardie
Département Oise
Commune française Chantilly

Géolocalisation sur la carte : France

(Voir situation sur carte : France)
Château de Chantilly

Le château de Chantilly se situe à Chantilly (Oise), France, dans un site remarquable de la vallée de la Nonette, affluent de l'Oise.

À l'exception du « Petit Château », construit au XVIe siècle par Jean Bullant, le château actuel est une reconstruction du XIXe siècle sur des plans de l'architecte Honoré Daumet pour l'avant-dernier fils du roi Louis-Philippe Ier, Henri d'Orléans, duc d'Aumale (1822-1897), héritier du domaine, qui y installa ses collections de peintures, de dessins et de livres anciens.

Il légua l'ensemble à l'Institut de France, sous le nom de musée Condé. Le château occupe l'emplacement d'une forteresse médiévale. "Les Grandes Ecuries", construites de 1719 à 1740, chef-d'œuvre de l'architecte Jean Aubert abritent aujourd'hui le Musée vivant du cheval. Les jardins sont une des plus remarquables créations d'André Le Nôtre. La ville de Chantilly s'est développée à l'ouest du château pendant et après la Révolution française.

Le château et ses dépendances font l'objet de plusieurs protections au titre des monuments historiques durant l’année 1988[1] après une première protection par arrêté du 2 avril 1963, annulée.

Histoire[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Liste des seigneurs de Chantilly.

Les origines[modifier | modifier le code]

Chantilly fut d'abord une ancienne forteresse médiévale cantonnée de sept tours et entourée de douves en eau, construite sur un terrain marécageux de la vallée de la Nonette, qui contrôlait la route de Paris à Senlis. Le château appartenait primitivement à Guy de Senlis, « bouteiller » du roi Louis VI à la fin du XIe siècle. La famille ajouta à son patronyme le nom de cette fonction (Bouteiller de Senlis), et conserva le château jusqu'au XIVe siècle.

Pillée en 1358 par les Jacques, la forteresse est vendue en 1386 par Guy de Laval, héritier des Bouteiller, à Pierre d'Orgemont, ancien chancelier de Charles V. Celui-ci commence la reconstruction du château en 1386 qui sera achevée en 1394, après sa mort, par son fils Amaury ; cette famille le posséda pendant trois générations du XIVe au XVe siècle.

En 1484, Pierre III d'Orgemont, sans enfant, lègue Chantilly à son neveu Guillaume de Montmorency (†1531).

Le domaine des Montmorency[modifier | modifier le code]

Le grand et le petit châteaux de Chantilly au XVIIe siècle

La puissante famille des Montmorency possède Chantilly du XVe au XVIIe siècle et y fait réaliser d'importants travaux de modernisation. C'est le plus illustre membre de cette famille, le connétable Anne de Montmorency (1492-1567), qui fait rénover la forteresse par Pierre Chambiges en 1528 et, en 1551, construire, au pied de la vieille forteresse, la Capitainerie ou Petit Château, par l'architecte Jean Bullant, qui avait travaillé dans son château d'Écouen. Il fait également aménager en 1538 la terrasse sur laquelle se dresse actuellement sa statue équestre et édifier sept chapelles dont deux ont été conservées à l'intérieur du parc. C'est également lui qui fait tracer les premiers jardins.

Henri Ier de Montmorency fait construire dans la partie haute du parc "La Chaumière" (Maison de Sylvie) qui subsiste aujourd'hui, quoique remaniée. Destiné à recevoir Henri IV, ce petit pavillon fut le refuge du poète Théophile de Viau, condamné au bûcher. Il reçut l'asile de Marie des Ursins, qu'il a chantée sous le nom de Silvie (Sylvie), d'où vient le nom du parc et de la maison. Le poète y passa les derniers mois de sa vie († 1626) sous la protection du maréchal Henri II de Montmorency.

En révolte contre l'autorité royale, Henri II de Montmorency est exécuté à Toulouse en 1632 ; sa veuve, Marie des Ursins entre alors au couvent et leurs biens sont confisqués par Louis XIII, qui en restitue la majeure partie aux sœurs du maréchal mais conserve Chantilly, qui l'intéresse du point de vue cynégétique.

En 1643, Anne d'Autriche restitue le domaine, par lettres patentes, à la dernière des sœurs d'Henri II de Montmorency, Charlotte de Montmorency, femme d'Henri II de Bourbon-Condé, dont le fils Louis II de Bourbon-Condé venait de remporter la bataille de Rocroi. Chantilly passe ainsi à la maison de Condé, branche cadette de la maison de Bourbon.

Le domaine des Condé[modifier | modifier le code]

Du XVIIe au XIXe siècle, le sort de Chantilly s'identifie à celui des Condé dont le domaine constitue la principale propriété.

Chantilly au temps du Grand Condé[modifier | modifier le code]

La chapelle des Cœurs des princes de Condé
"Allée des Philosophes" dans le parc

Louis II de Bourbon-Condé (1621-1686), dit "Le Grand Condé", ayant pris parti contre Mazarin pendant la Fronde, se fait confisquer Chantilly en 1652 et ne recouvre le domaine qu'en 1659 (Paix des Pyrénées). En 1664, "Monsieur Le Prince" comme on l'appelle, vient définitivement habiter Chantilly.

Éloigné de Versailles, il consacre tous ses soins à son domaine; il fait dessiner le parc par André Le Nôtre, qui n'a pas encore travaillé à Versailles, qui canalise La Nonette pour créer "Le Grand Canal" (1671-1673), dessine les parterres français au Nord du château, fait construire par Daniel Gittard "Le Grand Degré", et crée la perspective actuelle allant de la grille d'honneur à la terrasse.

Le Grand Condé reçoit à Chantilly des écrivains comme La Fontaine, La Bruyère, Bossuet, Madame de La Fayette, Madame de Sévigné : en leur honneur, les deux allées parallèles, qui encadrent les parterres de Le Nôtre, prennent le nom d'allées des Philosophes. Mlle de Scudéry, l'auteur de Clélie rencontre Condé arrosant des œillets, sa fleur préférée, et lui adresse ces vers :

En voyant ces œillets qu'un illustre guerrier
Arrose d'une main qui gagna des batailles,
Souviens-toi qu'Apollon a bâti des murailles,
Et ne t'étonne pas que Mars soit jardinier.

La Bruyère trouve dans les visiteurs de Chantilly plus d'un modèle pour ses Caractères, et le philosophe Nicolas Malebranche s'y rencontre avec Bossuet qui doit prononcer l'oraison funèbre de son hôte. On donne à Chantilly des fêtes magnifiques. Molière y crée Les Précieuses ridicules en 1659 et y joue Tartuffe.

Sous la direction du célèbre maître d'hôtel François Vatel, la chère y est raffinée : c'est à cette époque qu'on y aurait inventé la crème chantilly. En avril 1671, le Grand Condé scelle sa réconciliation avec Louis XIV en le recevant à Chantilly; selon Mme de Sévigné, c'est à cette occasion que Vatel se serait suicidé en ne voyant pas arriver la marée ou livraison de poisson attendue (l'authenticité de l'anecdote est généralement tenue pour très douteuse).

Condé consacre sa grande fortune à l'acquisition de tableaux, d'objets d'art et de meubles de prix et à enrichir les collections de manuscrits et de livres rares, dont le premier fonds avait été constitué par le connétable de Montmorency.

Les embellissements du XVIIIe siècle[modifier | modifier le code]

« Son Altesse a fait accommoder le dedans de tous les appartements qui n'ont pas été rebâtis à neuf (...) a fait bâtir la chapelle et l'a rendue telle qu'elle est (et) a fait abattre et rebâtir trois faces de la cour du château, savoir celle par où l'on entre, celle du grand escalier, et celle qui regarde le petit château ». (Louis de Sarrobert, capitaine des chasses de Chantilly, 1760 - cité par Edmond Pilon, Senlis et Chantilly, Arthaud, 1937, p. 98).

Vers la fin de sa vie, le Grand Condé charge Mansart de restaurer l'intérieur du château, puis son fils, Henri Jules de Bourbon-Condé (1643-1709), dit « Condé Le Fol », lui fait moderniser le château et dépense des sommes énormes pour enlever tout caractère médiéval à l'ancien édifice. En 1721 les travaux sont achevés par Jean Aubert. De 1723 à 1726, ce dernier construit également pour Louis IV Henri de Bourbon-Condé (1692-1740), dit « Monsieur Le Duc », les Grandes Écuries.

Principal ministre de Louis XV de 1723 à 1725, il affectionne Chantilly (où il est d'ailleurs exilé en 1726) : il fait décorer les appartements du Petit Château par Oudry, Desportes, Huet et Nattier, aménage un cabinet d'histoire naturelle et crée la manufacture de porcelaine de Chantilly, dont la marque au cor de chasse rouge, rappel de ces grands veneurs, est devenue célèbre.

Le château de Chantilly au XVIIIe siècle après les transformations d'Hardouin-Mansart et Aubert.

À partir de 1720, Monsieur Le Duc fait aménager la partie boisée située à l'Est du château et dénommée Petit Parc ou "parc de La Caboutière", nom d'un bâtiment construit au temps de Louis XIII pour acclimater la tulipe hollandaise, ce à quoi s'occupe un riche amateur, un avocat parisien du nom d'Antoine Caboud.

Monsieur le Duc fait tracer une allée en direction de La Caboutière, appelée "allée du Quinconce" car elle rejoignait un quinconce planté derrière ce bâtiment. Cette allée formait une patte d'oie avec l'allée du Pont du Roi, située dans l'ancien axe d'entrée du parc (Est-Ouest) et l'allée de la Porte-Vaillant à gauche. Dans les deux secteurs délimités par cette patte d'oie furent aménagées des salles de verdure reliées par des allées "en zigzag".

L'avenue de droite mène à un carré boisé où l'on construit un jeu de l'oie géant, avec ses différentes stations – le pont, le puits, la prison... – qui fut l'une des grandes attractions du parc de Chantilly entre 1730 et 1770. Derrière "La Maison de Sylvie" on aménage d'autres salles de verdure et un petit labyrinthe, tandis qu'un grand labyrinthe est construit dans "Le Parc de Sylvie", aujourd'hui séparé du domaine par la sente d'Avilly. Il ne reste rien de tous ces embellissements.

La mort prématurée du duc de Bourbon fait passer ce domaine sur la tête d'un enfant de cinq ans qui, lorsqu'il a l'âge d'homme, Louis V Joseph de Bourbon-Condé (1736-1818), édifie le Jeu de Paume en 1756 et, entre 1769 et 1772, fait construire par Jean-François Leroy le château d'Enghien, long bâtiment de style classique situé à droite de la grille d'honneur.

En 1774, il fait dessiner un « jardin anglo-chinois », inauguré le jour de Pâques 1775, et construire un hameau qui inspirera Marie-Antoinette lorsqu'elle fera construire le hameau de la Reine à Trianon.

Les destructions révolutionnaires[modifier | modifier le code]

Pendant la Révolution française, Louis V Joseph émigre le , au lendemain de la prise de la Bastille. Le domaine est mis sous séquestre le en application de la loi sur les émigrés[2]. Le château est envahi par un groupe de gardes nationaux. Vidé de son mobilier, Le Petit Château est transformé en prison sous la Terreur, les jardins de Le Nôtre sont abimés faute d'entretien. Une première partie est vendue par lots entre 1793 et 1795 : l'ancien potager, le jardin des cascades, les derniers terrains disponibles le long de l'actuelle rue du Connétable et autour de l'actuelle petite pelouse ainsi que les maisons de la ville appartenant au Prince. Une bonne partie de ces premières aliénations ne réintègreront jamais le domaine. Le reste du domaine est loti en 1798 et vendu progressivement[3].

Le château de Chantilly avant la construction du Château Neuf.

En 1799, les adjudicataires du château, Damoye et Boulée, entreprennent aussitôt de le démolir pour récupérer les matériaux de construction. Seuls sont épargnés le Petit Château et les Grandes Écuries, les entrepreneurs s'étant vu retirer le marché avant d'avoir pu les détruire. La partie du parc située à l'Ouest du château, qui abritait les jeux d'eaux conçus par Le Nôtre, est lotie; des noms de rue – comme la rue des Cascades – en rappellent le souvenir, ainsi que "Le Pavillon de Manse", qui abritait la machine hydraulique conçue par le fermier général Jacques de Manse. Occupées par l'armée, les Grandes Écuries sont sauvées de la destruction et très peu abîmées; on envoie à la fonte la statue et sa fontaine dans la cour des Chenils ainsi que la Renommée qui surplombait le dôme. Sous l'Empire, Chantilly est inclus dans l'apanage d'Hortense de Beauharnais, qui possède à proximité le château de Saint-Leu.

En 1814, lorsque Louis V Joseph de Bourbon-Condé rentre en possession du domaine à son retour d'émigration, c'est un vieillard de 78 ans; il se borne à faire faire quelques réparations sommaires pour mettre le château hors d'eau, parvient à racheter une partie des terrains, mais il ne peut reconstituer le parc, désormais coupé en deux par la route de Chantilly à Vineuil-Saint-Firmin, créée à l'époque révolutionnaire. Pour la masquer, son fils, Louis VI Henri de Bourbon-Condé, plus connu sous son titre de duc de Bourbon, fait traiter la partie occidentale du parc en jardin "à l'anglaise", créé entre 1817 et 1820 par son architecte Victor Dubois.

Le domaine du duc d'Aumale[modifier | modifier le code]

Le Château Neuf vu depuis les parterres.
Le cabinet des Livres

En août 1830, à la mort du 9e et dernier prince de Condé, Louis VI Henri de Bourbon-Condé, qui passait pour être le premier propriétaire foncier de France, c'est le jeune Henri d'Orléans duc d'Aumale son petit-neveu et filleul, avant-dernier fils de Louis-Philippe Ier, qui hérite de la quasi-totalité de son énorme patrimoine, en particulier du domaine de Chantilly, du fait que son fils unique le duc d'Enghien, a été fusillé dans les fossés de Vincennes sur l'ordre de Bonaparte.

Arasé au niveau du rez-de-chaussée, le Grand Château a presque disparu.

Sous la monarchie de Juillet, le duc d'Aumale projette des travaux de reconstruction qu'il ne parvient pas à mener à bien car après la chute de la monarchie de Juillet, il prend le chemin de l'exil et réside de 1848 à 1870 à Twickenham, près de Londres, où il s'y emploie à réunir d'importantes collections de livres, manuscrits, peintures, dessins et objets d'art, conservés aujourd'hui à Chantilly. Il revient en France en 1871, veuf et ayant perdu ses deux fils jeunes.

De 1876 à 1882, le duc fait reconstruire le château sur les anciennes fondations, sur les plans de l'architecte Honoré Daumet et y place et enrichit encore ses considérables collections.

La dernière grande fête familiale qui se déroula au château fut en avril 1896 le mariage de Marguerite d'Orléans, fille du duc de Chartres, et de Patrice de Mac-Mahon, 2e duc de Magenta, fils du maréchal de Mac-Mahon.

Vue de l'autre côté du château de Chantilly.

Le 7 mai 1897 Henri d'Orléans, veuf et sans enfants, mourait dans son domaine sicilien du Zucco ; il avait légué cet ensemble unique à l'Institut de France en créant la Fondation des Princes de Condé en 1886, ce qu'il justifie ainsi dans son testament (3 juin 1884) :

« Voulant conserver à la France le domaine de Chantilly dans son intégrité, avec ses bois, [...], ses édifices et ce qu’ils contiennent, trophées, tableaux, livres, archives, objets d’art, tout cet ensemble qui forme comme un monument complet et varié de l’art français dans toutes ses branches et de l’histoire de ma patrie à des époques de gloire, j’ai résolu d’en confier le dépôt à un corps illustre [...] qui, sans se soustraire aux transformations inévitables des sociétés, échappe à l’esprit de faction, comme aux secousses trop brusques, conservant son indépendance au milieu des fluctuations politiques. »

« Cette maison que j'ai bâtie, où j'ai vécu, je veux qu'elle disparaisse avec moi. Non qu'elle soit démolie ni transformée radicalement (...). Aspect extérieur, silhouette, disposition générale, rien ne sera changé, mais ce ne sera plus une maison. Nul n'y habitera, hors le personnel de service dans les logements prévus par moi et aménagés selon mon désir. Ne subsisteront que la chambre de ma femme et la mienne (...). Le château ne sera plus qu'un musée et un lieu de travail. Je veux qu'y aient accès tous ceux qu'attirent des collections, des archives, une bibliothèque dont je ne crois pas qu'elles soient médiocres ».

(Le duc d'Aumale cité par R.Burnand, op.cit, p. 210 et 211).

L'entrée du château, surveillée par la statue équestre de Anne de Montmorency (1492-1567).

Architecture[modifier | modifier le code]

Le Petit Château et le Château Neuf[modifier | modifier le code]

Le vestibule d'honneur

De la forteresse médiévale des Orgemont ne subsiste que la base des tours. C'est donc Le Petit Château du connétable de Montmorency, construit en 1551, qui constitue aujourd'hui la partie la plus ancienne du château.

Le Petit Château comprend, au premier étage, les grands appartements. Ceux-ci comprennent trois salles décorées au XIXe siècle (dont l'antichambre et la salle des gardes), élevées sur l'ancien bras d'eau qui séparait le Petit Château du Grand Château, ainsi que l'appartement des princes de Condé décoré vers 1720 par Jean Aubert de superbes lambris (comprenant la chambre de Monsieur le Duc, le cabinet d'angle, le boudoir décoré d'une grande "singerie" de Christophe Huet, "la Galerie des Actions de Monsieur le Prince", et le salon de Musique).

Le château d'Enghien[modifier | modifier le code]

Le château d'Enghien construit en 1769 par Jean-François Leroy.

C'est un bâtiment tout en longueur adossé à la forêt et situé de l'autre côté du grand degré vis-à-vis du château. Construit en 1769 par l'architecte Jean-François Leroy, il a pour fonction originelle de loger les invités des princes. Il doit son nom à Louis Antoine de Bourbon-Condé, duc d'Enghien, fils du dernier prince de Condé, qui fut logé avec ses nourrices dans le bâtiment après sa naissance en 1772.

Il est composé d'une succession de quatre logements accolés marqués par quatre entrées propres surmontées chacune d'un petit fronton triangulaire le tout couronné d'une balustrade, qui sont de nos jours les logements de fonction de la conservatrice du Musée Condé, et des trois académiciens membres du collège des conservateurs (actuellement Pierre-Jean Rémy de l'Académie française, qui remplace Alain Decaux, Yves Boiret de l'Académie des beaux-arts, Jean-François Jarrige de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres)[4].

Le Jeu de Paume[modifier | modifier le code]

Le jeu de paume est construit à partir de 1756. Les décorations sculptées sur la façade sont confiées Henri-Nicolas Cousinet. C'est l'un des premiers bâtiments construits spécifiquement pour ce jeu. Il est inauguré le . Il comprend la salle de jeu proprement dite et dans l'entrée « la Dépouille », où les joueurs se changent et se préparent. En 1758, le jeu de paume est agrémenté d'une terrasse, d'un mur de soutien et d'un escalier[5].

Le bâtiment est transformé en salle d'exposition pour des œuvres de grand format au XIXe siècle. Visitable, il accueille aujourd'hui une maquette représentant le château et son parc au XVIIe siècle.

La Maison de Sylvie[modifier | modifier le code]

Maison de Sylvie

Cette maison est construite au fond du parc du même nom en 1604 par Henri Ier de Montmorency. Ce bâtiment accueille en 1623 le poète Théophile de Viau protégé par Henri II de Montmorency. Sa femme Marie-Félicie des Ursins vient régulièrement le visiter et c'est lui qui la surnomme Sylvie. Ce nom reste attaché au bâtiment et à cette partie du parc.

Il est reconstruit par Henri Jules de Bourbon-Condé, le fils du Grand Condé et à nouveau transformé par Henri d'Orléans vers 1880-1895, qui y adjoint une rotonde polygonale. Bien que n'ayant jamais servi de relais de chasse, il est pourtant décoré, toujours au XIXe siècle, de boiseries du XVIIIe siècle, de peintures et de tentures en lien avec la vénerie[6]. Le bâtiment ne se visite pas en dehors d'événements privés.

Les Grandes Écuries[modifier | modifier le code]

Article connexe : Musée vivant du cheval.
Les Grandes Écuries

Les Grandes Écuries ont été construites par l'architecte Jean Aubert entre 1719 et 1740. Longues de 186 mètres, elles sont exceptionnelles par leurs dimensions tout comme par leur magnificence.

Le prince de Condé en était si fier qu'il n'hésitait pas à recevoir à dîner sous la majestueuse coupole, haute de 28 mètres, où soupèrent notamment Louis XV, le futur Tsar Paul Ier et Frédéric II de Prusse.

Les écuries pouvaient abriter 240 chevaux et 500 chiens, utilisés pour les chasses quotidiennes dans la forêt de Chantilly.

En 1982, le Musée vivant du cheval y a été installé par Yves Bienaimé.

En 2006, les écuries ont été réunies au château par son Altesse Karim Aga Khan IV dans le cadre de la Fondation pour la Sauvegarde du domaine de Chantilly[7].

Intérieurs du château et collections : le musée Condé[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Musée Condé.

Le parc[modifier | modifier le code]

Plan du parc de Chantilly.
La façade nord du château.
Gravure des jardins de Le Nôtre et du château de Chantilly.

Le parc de Chantilly couvre 155 hectares, dont 25 hectares de plans d'eau, auxquels il faut ajouter les 60 hectares du parc de Sylvie. La forêt de Chantilly, qui s'étend sur 6 310 hectares, fait partie intégrante du domaine.

Le jardin de Le Nôtre[modifier | modifier le code]

Chantilly était la création préférée de Le Nôtre. Selon son habitude, il a structuré le parc autour de deux axes perpendiculaires : le premier, Nord-Sud, dans l'axe de la majestueuse terrasse édifiée par le connétable de Montmorency, est perpendiculaire aux courbes de niveau et met en évidence le vallonnement du site; le second, Est-Ouest, est occupé par Le Grand Canal, le long de la vallée.

Entre la terrasse et Le Grand Canal, au Nord du château, Le Nôtre a ménagé des parterres "à la Française". Ces parterres sont agrémentés de bassins et ornés de vases et de statues de pierre, dont la plupart datent du XIXe siècle et représentent les personnages illustres liés au riche passé du domaine. Les parterres étaient originellement de forme trapézoïdale, ce qui les faisait paraître plus vastes en contrecarrant la perspective. Cet effet, d'un très grand raffinement, a été supprimé par la reconstitution du XIXe siècle, qui leur a donné la forme de rectangles parfaits. Des broderies végétales, il en subsiste des témoignages dans le Jardin de la Volière (au pied du château, côté Ouest) ainsi que dans le jardin de La Maison de Sylvie (1671).

Les parterres de Le Nôtre sont aujourd'hui encadrés de deux jardins paysagers qui n'existaient pas du temps de leur création. Celui qui se trouve à l'Est date du XVIIIe siècle et est traité en hameau rustique. Celui de l'Ouest, traité "à l'Anglaise", remonte à la première moitié du XIXe siècle. De l'autre côté du Grand Canal, l'amphithéâtre du Vertugadin, prolongé par une allée forestière, prolonge l'axe des parterres à travers la forêt. C'est là que se trouve notamment une copie en fonte de la Vénus d'Arles[8].

La grille d'honneur se trouve située en contrebas par rapport au château et surtout à la terrasse. En arrivant au château, celle-ci masque la perspective, qui se découvre tout d'un coup lorsque le visiteur y accède : l'effet est saisissant.

Le Petit Parc[modifier | modifier le code]

Le Petit Parc ou "parc de La Cabotière", est situé sur le plateau calcaire qui surplombe la vallée depuis les parterres jusqu'au Grand Rond. Espace de transition entre la forêt et le parc, il est aménagé par Le Nôtre qui y trace des allées et des bosquets le reliant à la forêt environnante. Son neveu Desgots y dessine en 1679 un labyrinthe qui sera détruit vers 1770.

Au XVIIIe siècle, Henri-Jules de Bourbon-Condé le relie à la terrasse en jetant Le Pont du Roi par-dessus le fossé sec qui marque la limite du plateau. Ce jardin devient alors un espace de divertissements et de promenades, ponctué de chambres de verdures, dont certaines sont toujours visibles, telle La Chambre du Sanglier.

Vers 1738 ou 1739, un jeu de l'oie géant, dont le pions étaient les joueurs eux-mêmes, est aménagé sous la forme d'une spirale de 2 km de long, dont certains éléments restent encore visibles, comme le pont ou le puits, ou encore certaines dalles de pierres numérotées figurant les cases. Très en vogue auprès des visiteurs des princes durant une bonne partie du siècle, il fut volontairement arasé et nivelé vers 1770, lorsque la mode en fut passée.

Le Jardin anglo-chinois[modifier | modifier le code]

Article connexe : Hameau de Chantilly.

À l'est des parterres de Le Nôtre, le jardin anglo-chinois aménagé dans la prairie en 1772 est ponctué de fabriques au détour de petits chemins serpentant au milieu de canaux conçus pour être parcourus en "pirogues". Quelques-unes de ces fabriques (le rocher, les petits ponts de pierre) ont été conservées.

En 1774, y fut adjoint un hameau d'agrément. Le hameau de Chantilly comportait sept petites maisons rustiques dont cinq ont été conservées : salon, billard, salle à manger, cuisine et moulin ; il servait de lieu de fêtes et de plaisirs estivaux.

Le jardin anglais[modifier | modifier le code]

Adossé à la route de Chantilly à Vineuil-Saint-Firmin et Creil, le jardin anglais, dessiné par l'architecte Victor Dubois en 1817, incorpore quelques vestiges des aménagements de Le Nôtre (l'île d'Amour, les Fontaines de Beauvais) intégrés sous forme de fabriques. Les allées sinueuses ménagent des vues intéressantes sur le château.

Une seule des fabriques introduites dans le jardin lors de sa création a subsisté jusqu'à ce jour, "Le Temple de Vénus", récemment restauré par les Monuments Historiques.

Programmation culturelle[modifier | modifier le code]

Le festival des Nuits de feu en 2008

Depuis 1991, le château de Chantilly accueille un spectacle de feux d'artifice. D'abord appelé « les Nuits de feu », organisé par le comité départemental du Tourisme de l'Oise et se déroulant tous les deux ans[9], le spectacle s'intitule désormais « les Feux de Chantilly ». Il s'est déroulé les 17 et 18 juin 2011[10].

En 2011, le domaine participe au festival « Jardins en scène », organisé par le conseil régional de Picardie, fin juin-début juillet, avec des spectacles se déroulant dans les jardins[11]. Un opéra (Madame Butterfly) est programmé en septembre 2011. Le domaine participe chaque année aux Journées européennes du patrimoine, l'accès au parc est à cette occasion gratuit mais l'accès au château reste payant[12].

Dans les médias[modifier | modifier le code]

Filmographie[modifier | modifier le code]

En philatélie[modifier | modifier le code]

  • Le 21 juin 1969, un timbre postal d'une valeur de 0,85 F représentant le château de Chantilly, dessiné et gravé par Albert Decaris a été émis[13].
  • Le 26 février 2007, un timbre postal d'une valeur de 0,54 € représentant le château de Chantilly a été émis[14].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « Notice no PA00114578 », base Mérimée, ministère français de la Culture
  2. Gustave Macon, Histoire de Chantilly, op. cit., t. 4, « La Révolution, l'Empire, la Restauration », p. 16-19 et 24-26
  3. Gustave Macon, Histoire de Chantilly, op. cit., t. 2, « Formation et développement, 1692-1800, La Révolution », p. 97-114
  4. « LETTRE D'INFORMATION du 28 septembre au 4 octobre 2009 », sur institut-de-france.fr (consulté le 2 août 2009)
  5. Gustave Macon, Les Arts dans la maison de Condé, Paris, Librairie de l’Art Ancien et Moderne,‎ 1903, p. 98-99
  6. Babelon, op. cit., p. 60-65.
  7. TELERAMA SORTIR n° 956
  8. « Notice no 00000105251 », base Joconde, ministère français de la Culture
  9. Site officiel des Nuits de feu
  10. Les Feux de Chantilly
  11. Festival Jardins en scènes au domaine de Chantilly
  12. Journées du Patrimoine au domaine de Chantilly
  13. « Vente générale le 21 juin 1969 », sur phil-ouest.com,‎ (consulté le 3 août 2009)
  14. « Oblitération illustrée 1er jour à Chantilly (Oise) le 24 février 2007 », sur phil-ouest.com,‎ (consulté le 3 août 2009)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Jean-Pierre Babelon et Georges Fessy (photographies), Le château de Chantilly, éditions Scala - Domaine de Chantilly,‎ 1999, 247 p. (ISBN 2-86656-203-8)
  • Raoul de Broglie, Chantilly, Histoire du château et de ses collections, Paris, Calman Lévy, 1964.
  • Gustave Macon, « Les architectes de Chantilly au XVIe siècle », Comité archéologique de Senlis, Comptes-rendus et mémoires, année 1899, Senlis,‎ 1900, p. 85-132 (ISSN 11628820, lire en ligne)
  • A. Spoll, Le Château de Chantilly et le Musée Condé, dans : Encyclopédie du siècle : L'exposition de Paris (1900), tome 2, Paris, Librairie Illustrée, Montgredien et Cie éditeurs ; p. 166, 174, 179, 194, 202 et 210.
  • Nicole Garnier-Pelle, André Le Nôtre et les jardins de Chantilly aux XVIIe et XVIIIe siècles, Somogy, 2013, 223 p., ill.

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