Bombardement de la Normandie

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Caen en Normandie en ruines après les bombardements du 8 et 9 juillet 1944
Vue aérienne de Vire en Normandie après les bombardements de 1944

Les bombardements de la Normandie, avant le débarquement et pendant la bataille de Normandie entre le printemps et la fin de l'été 1944, ont pour principal objectif la destruction des voies de communication allemandes dans les villes et villages normands pour gêner le renforcement du front. Ils entrent dans le cadre de la tactique de bombardement stratégique choisie par les Alliés dès 1942. Ils provoquent la mort de près de 20 000 civils.

Destructions[modifier | modifier le code]

Caen est la cible des bombardements alliés à partir de 1942, en raison de la présence de l'usine de la Société métallurgique de Normandie. Les premiers grands bombardements commencent sur Caen à partir du mois de mars 1944, s'intensifiant à mesure que la date du débarquement approche.

Les bombardements de Normandie avant et après le jour J furent extrêmement intenses. Les bombardements ont détruit 96 % de Tilly-la-Campagne (Calvados), 95 % de Vire (Calvados), 88 % de Villers-Bocage (Calvados), 82 % du Havre (Seine-Maritime), 77 % de Saint-Lô (Manche), 76 % de Falaise (Calvados), 75 % de Lisieux (Calvados), 75 % de Caen (Calvados)[1]. Le bourg d'Aunay-sur-Odon est entièrement rasé[2] et Évrecy, détruit à 86 %, perd un tiers de ses habitants[3].

L'importance des destructions est bien établie notamment dans la poche de Falaise.

Impact sur les populations[modifier | modifier le code]

Une exposition au Mémorial de Caen présente des lettres écrites par des soldats alliés qui mentionnent leur pauvre réception par les habitants. Le colonel L.F. Roker écrit dans son journal « C'était un choc de s'apercevoir que nous étions pas accueillis comme libérateurs par la population locale, comme nous nous l'avions mentionné... Ils nous voyaient comme des porteurs de destructions et de douleurs ». [4]

Pour beaucoup de familles qui vécurent cette guerre, c'était l'arrivée et le passage des soldats britanniques et américains qui fut l'expérience la plus traumatisante[5].

Reconstruction après les bombardements[modifier | modifier le code]

La reconstruction de ces villes a duré plusieurs années, près de vingt pour les villes de Caen (1963) et du Havre (1964). Cela a été l'occasion pour les architectes du ministère de la Reconstruction et de l'Urbanisme, comme Auguste Perret, Marc Brillaud de Laujardière ou encore Henry Bernard, de mettre en œuvre un urbanisme moderne, d'inspiration néo-haussmannienne et reposant principalement sur l'utilisation du béton armé. Au Havre, ce choix résolu de la modernité par Perret conduit à l'inscription du centre-ville au patrimoine mondial de l'Humanité par l'UNESCO en 2005.

Une stratégie meurtrière pour les populations civiles[modifier | modifier le code]

La stratégie anglo-américaine de bombardement intensif a suscité de nombreux débats entre les historiens pour apprécier son efficacité et sa pertinence. Stratégie particulièrement meurtrière pour les populations civiles puisqu'elle a pour conséquence la mort de près 20 000 civils (soit un tiers de tous les civils tués durant la Seconde Guerre Mondiale, civils tués par les bombardements mais aussi par les mitraillages aériens des convois de réfugiés ou les résistants et otages fusillés) pour une perte de 37 000 soldats alliés et de 80 000 soldats allemands. 3 000 civils normands sont tués le 6 juin, soit le même nombre de morts que les soldats alliés en ce Jour J. Les bombardements atteignent souvent des villes qui ne constituent pas un objectif majeur. Claude Quétel, directeur scientifique du Mémorial de Caen précise que les bombardements, en dépit de leur objectif initial, sont loin d'être parvenus à bloquer les mouvements allemands[6].

Pour ce qui est de la destruction de Caen, l'historien britannique Max Hastings dans son livre Overlord[7] décrit le bombardement comme « une des attaques aériennes les plus futiles de la guerre » car les Allemands étaient positionnés au nord de la ville et non dans la ville même.

Le recensement des morts civiles fait l'objet d'une enquête depuis 1988 par le Centre de recherche d'histoire quantitative, unité mixte de recherche UNICAEN/CNRS et le Mémorial de Caen, qui donnent comme chiffres : 13 632 civils dans les trois départements bas-normands (8 000 dans le Calvados, un peu moins de 4 000 dans la Manche, un peu plus de 2 000 dans l'Orne)[8], 5 750 en Haute-Normandie (900 dans l'Eure, 4 850 dans la Seine-Inférieure)[9].

Références[modifier | modifier le code]

  1. Jean-Claude Valla, La France sous les bombes américaines 1942-1945, Librairie nationale, Paris, 2001.
  2. « Normandie Mémoire : Aunay-sur-Odon » (consulté en 26 février 2011)
  3. « Site de la mairie d'Évrecy : bombardements 15 juin 44 » (consulté en 26 février 2011)
  4. (en) William Hitchcock, The civilian impact of the campaign, Liberation, The Bitter Road to Freedom, Free Press, October 2008.
  5. C'était profondément traumatisant pour le peuple de Normandie. Pensez à des centaines de tonnes de bombes qui détruisaient les villes entières et la vie des familles. Mais la souffrance des civils fut masquée pendant plusieurs années par une image outrepassée, ceux des Français qui accueillaient les libérateurs à bras ouverts, Christophe Prime, Histoire de la Normandie durant la Deuxième Guerre mondiale, 2009.
  6. Yves Nantillé, « 1944. La Normandie sous les bombes alliées », La Nouvelle Revue d'Histoire, no 72, mai-juin 2014, p. 27-30
  7. (en) Max Hastings, Overlord: D-Day and the Battle for Normandy (Simon & Schuster, 1984) (ISBN 0-671-46029-3)
  8. Mémorial des victimes civiles Basse-Normandie, site du Centre de recherche d'histoire quantitative
  9. Mémorial des victimes civiles Haute-Normandie, site du Centre de recherche d'histoire quantitative

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Eddy Florentin, Le Havre 44 à feu et à sang, Presses de la Cité, Paris 1985 (ISBN 2-258-01655-X)
  • Jean-Jacques Bertaux, Renaissance d'une ville, la reconstruction de Caen, Caen et Paris, Musée de Normandie et Éditions Delpha, 1994, 106 p.
  • Bernard Garnier (dir.) et Michel Boivin (dir.), Les Victimes civiles de la Manche dans la Bataille de Normandie : 1er avril-30 septembre 1944, Saint-Lô, éd. du Lys,‎ 1994, 336 p. (ISBN 978-2-908561-10-4)
  • Bernard Garnier (dir.) et Gérard Bourdin (dir.), Les Victimes civiles de l'Orne dans la bataille de Normandie : 1er avril-30 septembre 1944 : récits des événements et liste mémoriale, Cormelles, éd. du Lys,‎ 1994, 207 p. (ISBN 978-2-908561-08-1)
  • Bernard Garnier (dir.) et Jean Quellien (dir.), Les Victimes civiles du Calvados dans la bataille de Normandie : 1er mars 1944-31 décembre 1945, Caen, éd. du Lys,‎ 1995, 495 p. (ISBN 978-2-908561-16-6)
  • Bernard Garnier (dir.), Michel Pigenet (dir.), M. Dandel, G. Duboc, A. Kitts et E. Lapersonne (préf. Antoine Rufenacht), Les Victimes civiles des bombardements en Haute-Normandie. 1er janvier 1944-12 septembre 1944, CRHQ-IRED-La Mandragore,‎ 1997, relié, 350 p. (ISBN 978-2-912468-02-4)
  • Paul Le Trévier, 17 août 1942 - Objectif Rouen, 176 p.
  • Paul Le Trévier et Daniel Rose, Ce qui s'est vraiment passé le 19 avril 1944, Saint-Germain-en-Laye, Comever,‎ 2004, 160 p. (ISBN 978-2-9522138-0-6, OCLC 491919954)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]