Opération Tidal Wave

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Opération Tidal Wave
Ploesti sous les bombes
Ploesti sous les bombes
Informations générales
Date
Lieu Roumanie
Issue Victoire de l'Axe
Belligérants
Drapeau : Troisième Reich Reich allemand
Drapeau roumain Royaume de Roumanie,
Drapeau bulgare Royaume de Bulgarie
US Army Air Corps Hap Arnold Wings.svg
8th Air Force
9th USAAF
Commandants
Alfred Gerstenberg
Ion Antonescu
Henry Arnold
Lewis H. Brereton
Forces en présence
Allemagne:
42 batteries de DCA, un Gruppe de chasse (I/JG 4) sur la Roumanie, un autre sur la Grèce (IV/JG 27),
Roumanie :
40 batteries de DCA, 4 escadrilles de chasse,
Bulgarie :
2 escadrilles de chasse
USAAF:
178 B-24
Pertes
Axe:
15-20 avions détruits ou endommagés,
78 tués,
2 raffineries détruites, 3 endommagées
USAAF:
58 B-24 abattus,
302 tués,
207 prisonniers ou internés en Turquie
Seconde Guerre mondiale
Coordonnées 44° 56′ N 26° 01′ E / 44.93333333, 26.01666667 ()44° 56′ Nord 26° 01′ Est / 44.93333333, 26.01666667 ()  

L’opération Tidal Wave (en français : raz-de-marée) est un bombardement stratégique de grande envergure effectué depuis Benghazi en Libye par l’USAAF, le 1er août 1943, contre le complexe pétrolier roumain de Ploesti, lequel était la principale source de carburant pour les forces allemandes, dans le cadre de la campagne de bombardements stratégiques alliés contre les ressources pétrolières de l'Axe. Cette opération, deuxième incursion d’envergure de l’USAAF sur l’Europe, se traduisit par de lourdes pertes, malgré un certain succès dans les objectifs. Elle mit en évidence pour les Allemands certaines faiblesses dans leurs défenses et préfigure les combats d’envergure qui suivront sur la Roumanie l’année suivante, lorsque la 15th Air Force entamera une campagne de bombardements stratégiques qu’elle mènera à terme. Bien que taxée d'échec - à cause de ses lourdes pertes - cette mission demeure exceptionnelle sur bien des points, d’autant plus que certains mystères subsistent encore au début du XXIe siècle.

Contexte[modifier | modifier le code]

L'approvisionnement en pétrole, comme lors de la Première Guerre mondiale, est un des points faibles de l'Allemagne[1]. La guerre à l'Ouest la prive de ses sources habituelles (États-Unis et Indes occidentales néerlandaises). La production des États-Unis représente alors 61 % de la production mondiale[1]. Les champs pétrolifères roumains sont le seul gisement important à portée du Reich[1]. Dès 1938, l'Allemagne va s'employer à évincer Français et Britanniques et à placer l'économie roumaine et ses ressources sous la tutelle du Reich[1].

À l’issue de la Première Guerre mondiale et après le partage de l’Europe, la Roumanie voit sa population et son territoire doubler, en partie aux dépens de la Russie. La monarchie, assez totalitaire, s’efforce de contrôler, y compris par la force, les diverses formations politiques, mais ne peut imposer son autorité ni aux communistes, ni au parti de l’extrême droite, la future Garde de fer dirigée par Corneliu Codreanu, homme charismatique à l’idéologie proche de celle du parti nazi. Face à la montée en puissance de ce dernier parti, le roi Carol II fait exécuter Codreanu le 29 novembre 1938. Devant pareil excès de la part du pouvoir royal, la population se retourne contre Carol II d’autant plus que sa faiblesse est clairement mise en évidence lors de l’annexion par l’URSS de la Bessarabie et de la Bucovine, le 28 juin 1940. Devant le mécontentement général à son égard, Carol II abdique en faveur de son fils Mihail et quitte le pays, tandis que le pouvoir est remis entre les mains du général Ion Antonescu.

Entre temps, profitant des faiblesses du pouvoir et du soutien du parti nazi, la Garde de fer fomente un coup d’État. Très vite, après avoir rencontré Ion Antonescu, Adolf Hitler fait volte-face et décide finalement de soutenir cet « homme fort », bien que ce dernier ne soit pas, contrairement à ce que certains ont pu affirmer, un partisan de l’idéologie d’extrême droite nazie. Malgré ses convictions, cet homme se doute bien vite qu’il lui faudra sous peu combattre, que ce soit contre la Garde de fer ou contre l’URSS pour récupérer les territoires annexés par les Rouges. C’est ainsi qu’il accepte le soutien d’Adolf Hitler pour rééquiper de matériel moderne l’armée roumaine, en échange de livraisons de carburant vers le Reich. Les premières troupes allemandes débarquent, d’abord composées d’instructeurs puis, après l’entrée en guerre de la Roumanie lors de Barbarossa, de soldats, notamment des servants de flak et des aviateurs de la Luftwaffe. Peu après l’arrivée allemande, la Garde de fer se soulève et se fait massacrer, entre le 21 et le 23 janvier 1941.

L’approvisionnement en carburant du Reich va alors dépendre essentiellement de la Roumanie (suite à la guerre contre l’URSS, 98,6 % des importations allemandes en carburants proviendront de Roumanie)[2],

Ploiesti et ses défenses[modifier | modifier le code]

Le principal complexe pétrolifère se trouve dans la région de Ploesti, érigé à grands frais à l’aide de capitaux étrangers, notamment américains, néerlandais, français et italiens. Quarante-deux raffineries, rassemblées en huit grands complexes, furent ainsi bâties autour de la ville de Ploesti.

Voyant que son pays est faible, le premier ministre Ion Antonescu demande une aide militaire à Adolf Hitler dès sa prise de pouvoir[3]. L’objectif principal de cette demande d’aide militaire est de moderniser l’armée roumaine. La Roumanie conserve donc son indépendance par rapport au IIIe Reich et n’est donc pas en guerre contre les Alliés. Conscient que cette région est le talon d’Achille de la logistique allemande, Adolf Hitler décide de renforcer au plus vite ses défenses. Le 10 octobre 1940, les premiers militaires allemands arrivent en Roumanie[4] sous le couvert d'une assistance militaire. Cette assistance militaire prend le nom de Deutsche Luftwaffe Mission in Rumänien (DLM) et est dirigée par le Général Wilhelm Speidel (de)[5],[6] et par le Colonel Alfred Gerstenberg (de) attaché de l’air à l’ambassade d’Allemagne en Roumanie[3].

Il fallut attendre une première série d’attaques (3 bombardements avec des légers dégâts) sur Ploesti de la part des Soviétiques suite à l'entrée en guerre de l’Allemagne contre l’URSS pour que les premiers renforts arrivent[7]. Une seconde vague de renforts arriva suite au bombardement américain du 12 juin 1942 lors du projet Halverson n°63 (HALPRO). Cette mission était destinée à l’origine à un bombardement du Japon en décollant de Chine mais suite à la prise de la piste de départ, le général Hap Arnold ordonna le bombardement des raffineries de Ploesti, la toute première attaque américaine sur le sol européen. Entre-temps, la DLM n’ayant plus lieu d’être fut dissoute (janvier 1942) et le Général Wilhelm Speidel fut réaffecté. Le Général Alfred Gerstenberg reprit le commandement non pas sous la forme d’une assistance militaire mais devint le Commandant en chef de l’aviation militaire allemande en Roumanie (Kommandierender General und Befehlshaber der Deutschen Luftwaffe in Rumänien)[8] du 15 février 1942 au 27 août 1944. Installé à son poste, il renforça les défenses du site de Ploesti en hommes et en matériels et organisa des manœuvres, profitant du calme de la zone au début de la guerre.

Les défenses de Ploesti sont constituées de :

  • La Flak qui est très vite renforcée, constituant deux lignes de défense, l’une à 3 km des raffineries, l’autre à 15 km. Un commandement unique pour la DCA du secteur pétrolier de Ploesti est créé et dirigé par le Général Julius Kuderna de la Cinquième Flak-Division. Du fait de la création d’un commandement unique, le Général Julius Kuderna a sous ses ordres la Cinquième Flak-Division mais aussi les unités roumaines de lutte antiaérienne. Les canons allemands à eux seuls formaient 42 batteries (5 de 20 mm et 37 mm, 32 de 88 mm et 5 de 105/128 mm). L’Axe disposait aussi de deux trains de flak. Les canons roumains étaient aussi nombreux (40 batteries). Une autre source mentionne le nombre de 237 canons de tous calibres[9]. Ce dispositif était complété par 58 ballons avec une charge explosive et près de 1 000 projecteurs de fumée et l’ensemble était guidé par 16 stations radar de type « Freya » et « Würzburg »[10].
  • L’aviation se composait du I. Gruppe de la Jagdgeschwader 4 allemande (sur Bf 109) dont 1 escadrille est roumaine ayant 2 désignations officielles, 1 allemande (IV./JG 4) et 1 roumaine (Escadrila 53 Vânătoare)[11], du IV. Gruppe de la Nachtjagdgeschwader 6 (sur Bf 110) dont 1 escadrille est roumaine ayant 2 désignations officielles, 1 allemande (12./NJG 6) et 1 roumaine (Escadrila 51 Vânătoare de Noapte) et d’au moins 5 escadrilles roumaines (45, 52, 59, 61 et 62 Escadrila Vânătoare) équipées d’IAR-80, avion relativement moderne qui fera ses preuves lors de ce combat.
  • Afin de préserver au maximum les raffineries en cas de bombardement et d'éviter la propagation du feu, des murs et 500 pompiers allemands sont placés à Ploesti[12].

L’opération : causes et préparations[modifier | modifier le code]

Les succès de la stratégie anglo-américaine de 1942 (le débarquement en Afrique du Nord et les victoires dans les 2 batailles d'El-Alamein) ont amenés les Alliés à réfléchir sur la conduite des futures opérations [13]. Une conférence fut organisée avec les Alliés (États-Unis, Royaume-Uni, Comité national français et Union soviétique mais celle-ci déclina l’invitation) afin de définir en commun la poursuite de la guerre. Cette conférence, plus connue sous le nom de conférence de Casablanca, se passa au Maroc en janvier 1943 en présence de Roosevelt, de Churchill et pour le Comité national français, du Général de Gaulle et du Général Giraud. Les Anglais, malgré leur réticence à ouvrir un second front, souhaitaient, si un débarquement s’avérait nécessaire, l’opérer dans les Balkans pour occuper un maximum de pays « au nez et à la barbe de Staline»[14]. Les Américains, quant à eux, étaient farouchement opposés à débarquer dans les Balkans et souhaitaient débarquer en Europe occidentale.

Il incombait aux Anglais et Américains de mener cette opération sans trop traîner, ne serait-ce que pour assister indirectement l’Armée rouge, durement engagée dans de sanglants combats sur son territoire.

Consolidated Vultee B-24 Liberator USAF.JPG

Un compromis fut donc choisi : débarquer « entre les deux » en Sicile et puis en Italie. L’idée d’un bombardement de grande ampleur sur le pétrole roumain naquit à cette occasion. L’intérêt d’une telle mission était de couper l’approvisionnement de carburant de l'Allemagne à sa source permettant de causer de graves difficultés à l’ensemble de ses armées, que ce soit l’aviation ou la Wehrmacht encore toute puissante à l’époque, malgré ses revers en URSS.

Pour cette opération, pas moins de 5 groupes de bombardement furent désignés, soit en tout près de 200 avions (bombardiers lourds Consolidated B-24 Liberator). La mission allait être effectuée par la 9th Air Force présente dans le désert libyen, renforceé à l’occasion par une partie de la 8th Air Force, basée jusqu’alors en Grande-Bretagne.

Pour « motiver » les équipages participant à cette attaque, on prétendra que ce seul raid suffirait pour « réduire la guerre de 6 mois »[14]. Si cette affirmation était sans doute surfaite, il ne faisait aucun doute cependant que la pénurie de carburant se ferait cruellement sentir, au moins pendant un temps, dans toute l’Allemagne nazie.

Cette mission fut préparée dans le plus grand secret, les équipages multipliant les exercices sur des reproductions des objectifs improvisées dans le désert. La mission, nom de code Tidal Wave, allait être exceptionnelle, tant par sa durée, onze heures, soit la limite de l’autonomie des bombardiers, que par ses objectifs, d’importance vitale. De plus, pour éviter la détection, les appareils devraient voler en rase-motte (pratiquement une première pour un bombardement stratégique) au-dessus d'une zone fortement défendue comme on l'a vu ci-dessus.

Unités[15][modifier | modifier le code]

  • 9th USAAF
    • 47 B-24 du 98th Bombardment Group (Heavy) (Pyramiders), Col. John R. Kane°
    • 29 B-24 du 376th Bombardment Group (Heavy) (Liberandos), Col. Keith K. Compton°°
  • 8th USAAF
    • 37 B-24 du 44th Bombardment Group (Heavy) (Flying Eight Balls), Col. Leon W. Johnson°
    • 39 B-24 du 93rd Bombardment Group (Heavy) (Ted's Timberlake's Travelling Circus), Lt.Col. Addison E. Baker°✝, Maj. John L. Jerstad°✝
    • 26 B-24 du 389th Bombardment Group (Heavy) (Sky Scorpions), Col. Jack W. Wood°°, 2nd Lt. Lloyd Herbert Hughes°✝
°Récipiendaire de la Medal of Honor
°°Récipiendaire de la Distinguished Service Cross
✝Mort au combat

Objectifs[16][modifier | modifier le code]

Répartition des objectifs
Objectif Ville Raffinerie Unité Aérodrome de départ (Libye)
White I Ploiesti Româno-Americană 376th Bombardment Group (Heavy) (Liberandos) Berka II
White II Ploiesti Concordia Vega 93rd Bombardment Group (Heavy) (Ted's Timberlake's Travelling Circus) Section A Terria
White III Ploiesti Standard Petrol et Unirea Speranţa 93rd Bombardment Group (Heavy) (Ted's Timberlake's Travelling Circus) Section B Terria
White IV Ploiesti Astra Română et Unirea Orion 98th Bombardment Group (Heavy) (Pyramiders) Lete
White V Ploiesti Columbia Aquila 44th Bombardment Group (Heavy) (Flying Eight Balls) Section A Benina
Blue Brazi Creditul Minier 44th Bombardment Group (Heavy) (Flying Eight Balls) Section B Benina
Red Câmpina Steaua Română 389th Bombardment Group (Heavy) (Sky Scorpions) Berka IV

L’opération : déroulement[modifier | modifier le code]

Les B-24 de la 15th USAAF au-dessus de Ploieşti.

Ce dimanche 1er août 1943, par une chaleur écrasante, les équipages américains s’apprêtent pour leur mission. Les mécaniciens durent mettre en état 178 machines, chargées chacune de 12 000 litres de carburant et de deux tonnes de bombes. Bien vite cependant, tout ne se déroule pas comme prévu : un appareil s’écrase au décollage, un autre peu après sur la mer et 12 (ou 13 selon les sources[précision nécessaire]) doivent faire demi-tour prématurément suite à divers problèmes. Lorsque les 165 avions restants arrivent sur les Balkans, ils sont interceptés par deux escadrilles de l’aviation bulgare qui ne peuvent cependant les atteindre. Les nuages sur les montagnes vont alors scinder la formation, deux groupes (376th et 93rd) passant au-dessus, les trois autres continuant à l’altitude prévue.

Lors de l’arrivée en Roumanie se produit alors un événement qui alimente encore la polémique aujourd’hui. En effet, la formation de tête, guidée par le 376e groupe, censée attaquer la raffinerie construite à partir de l’argent américain, vire trop tôt, entraînant à sa suite deux autres groupes.

L’avion de tête semble s’être trompé, les autres s’en rendant compte rapidement, comme le prouvent les rapports officiels des équipages, mais suivant malgré tout leur chef. Les responsables américains furent longtemps « ennuyés » par ce « détail » et la propagande allemande se saisit bien vite de l’affaire.

L’opération se poursuit donc dans la plus grande confusion, les appareils de trois groupes ne trouvant plus leurs objectifs assignés. Si le complexe de Ploesti est évidemment atteint par tous, les bombes tombent un peu au hasard. La défense semble se réveiller à ce moment mais souffre d’un grave problème : en ce dimanche, seule les équipes de gardes sont présentes, que ce soit au niveau de la flak ou de l’aviation. De plus, 250 des 750 projecteurs de fumées sont en maintenance, de même qu’une quinzaine de ballons (sur 58). Cependant, toutes incomplètes qu’elles furent, les défenses prirent leur tribut. Les IAR-80 de garde furent vite épaulés par des Bf 109 et même par des Bf 110 de chasse de nuit, rajoutant à la furie des combats.

À ce moment surviennent les deux groupes de bombardiers ayant, on s’en souvient, survolé les nuages et qui eux n’auront pas commis l’erreur de navigation de leurs homologues. Leur arrivée rajoute encore à la confusion et bien peu d’avions bombarderont leurs cibles pré-désignées. Une fois leur mission accomplie, les appareils n’en sont pas quittes pour autant : nombre ont été endommagés, par la DCA ou les chasseurs, cela même alors que ces derniers sont toujours bien présents.

Le vol de retour sera bien long, « agrémenté » par quelques rencontres : d’abord les avions bulgares, des Avia périmés, mais cette fois bien placés pour une rapide interception qui semble causer une perte dans les rangs américains. Ensuite, c’est au tour de la 610e escadrille bulgare, équipée elle de modernes Bf 109 G-6, et qui causera 2 pertes. Enfin, alors que les B-24 pénètrent l’espace aérien grec, ils sont pris à partie par le IV/JG27, perdant 4 des leurs.

Bilan[modifier | modifier le code]

La raffinerie Columbia Aquila à Ploieşti après le bombardement.

Les sorts des avions américains seront divers : certains regagneront l’Afrique (88, dont seulement 33 en bon état), d’autre la Sicile, Chypre ou Malte (23 en tout). 8 autres seront internés en Turquie (neutre). De même, 36 avions furent détruits sur la Roumanie, 8 s’écrasèrent en Bulgarie (6 étant abattus par la chasse locale) et deux furent perdus sur accident à l’aller. Soit 45 pertes en combat, 58 toutes causes confondues, c'est-à-dire 32,5 % des effectifs engagés. Ou encore 302 tués parmi les équipages et 132 prisonniers, plus 75 internés. Un très lourd bilan donc pour les Américains, comme le rappellent les cinq Medal of Honor distribuées au cours de cette mission (le plus grand nombre à ce jour) qui vit le plus gros taux de perte de l’USAAF.

Contrairement à ce qui fut dit, les défenses de Ploesti n’étaient pas si imparables. Rappelons que :

  • ce dimanche, peu de personnel était à son poste ;
  • le barrage de ballons n’était complet qu’aux trois-quarts, causant malgré cela 4 pertes ;
  • la DCA manquait d’expérience lors de cette première bataille pour elle, causant quand même 20 pertes ;
  • les chasseurs furent peu nombreux[17], à peine une trentaine sur la Roumanie, causant environ 10 pertes.

Le bilan aurait pu être bien plus lourd. Mais cette bataille fut une dure « épreuve », excessivement longue pour les équipages américains. Le caractère de cette mission fut exceptionnel.

Pour les forces de l’Axe, le bilan est lui aussi élevé : 7 avions détruits et 10 endommagés, en comptant les appareils bulgares et ceux basés en Grèce. Enfin, concernant les objectifs de la mission : deux raffineries ont été intégralement détruites, trois autres étant gravement endommagées. 78 victimes seront à déplorer en Roumanie, notamment dans l’incendie d’un pénitencier pour femmes touché par la carcasse d’un B-24 abattu. Si l’on considère les nombreuses difficultés posées par la mission, on peut bel et bien parler de succès américain même s’il fut cher payé. D’un côté comme de l’autre, cette mission apporta également de nombreuses leçons. Les Alliés allaient s’en souvenir lors de leur campagne de bombardement dans le même secteur l’année suivante tandis que les Allemands renforceront les défenses et mirent sur pieds des équipes de travailleurs chargés de reconstruire rapidement les installations détruites. De plus, de nombreux murs seront bâtis entre ces mêmes installations, pour limiter l’effet de souffle des bombes.

Enfin, les Allemands avaient la preuve que ce qu’ils redoutaient depuis longue date pouvait se produire et que leur approvisionnement était vulnérable. Adolf Hitler avait engagé ses forces dans les opérations Marita et Merkur dans le but de protéger les champs roumains contre toute action des Alliés.

Bombardement du 1er août 1943
Objectif Unité assignée Unité qui bombarda Résultat
White I: Româno-Americană 376th Bombardment Group (Heavy) (Liberandos) / /
White II: Concordia Vega 93rd Bombardment Group (Heavy) (Ted's Timberlake's Travelling Circus) Section A 376th Bombardment Group (Heavy) (Liberandos) 40 % de la capacité de raffinage détruite.
White III: Standard Petrol et Unirea Speranţa 93rd Bombardment Group (Heavy) (Ted's Timberlake's Travelling Circus) Section B / /
White IV: Astra Română 98th Bombardment Group (Heavy) (Pyramiders) 93rd Bombardment Group (Heavy) (Ted's Timberlake's Travelling Circus) Section B et 98th Bombardment Group (Heavy) (Pyramiders) Destruction à 50 % de la raffinerie.
White V: Columbia Aquila 44th Bombardment Group (Heavy) (Flying Eight Balls) Section A 93rd Bombardment Group (Heavy) (Ted's Timberlake's Travelling Circus) Section A et 44th Bombardment Group (Heavy) (Flying Eight Balls) Section A Interruption de production pendant 11 mois.
Blue: Creditul Minier 44th Bombardment Group (Heavy) (Flying Eight Balls) Section B 44th Bombardment Group (Heavy) (Flying Eight Balls) Section B Interruption totale de production pendant le reste du conflit.
Red: Steaua Română 389th Bombardment Group (Heavy) (Sky Scorpions) 389th Bombardment Group (Heavy) (Sky Scorpions) Destruction totale, reprise de la production 6 ans plus tard.

Polémique[modifier | modifier le code]

Sur l'incident de navigation dont furent victimes les trois premiers groupes arrivés en Roumanie, il a longtemps été affirmé (et certaines sources le prétendent encore aujourd'hui[précision nécessaire]) qu'il a été dû à la perte d'un appareil sur la Méditerranée à l'aller. Selon certains[précision nécessaire], cet appareil était le leader de la formation et emportait deux experts en navigation et bombardement nécessaires au bon déroulement de la mission.

Cette version fut sans doute inventée pour se justifier du fiasco partiel de l'attaque[réf. nécessaire]. D'après l'analyse rigoureuse de Michael Hill qui a longuement étudié ce point gênant, ledit appareil comportait son équipage normal de dix hommes et ne menait pas son groupe bien qu'il fût dans la formation de tête.

Le nouveau leader, manquant d'expérience (alors que piloté par le colonel Compton) aurait alors viré vers l'est un peu trop tôt, suivant une voie ferrée menant à Bucarest. L'erreur est dure à accepter. Sur sa nouvelle route, la formation suivait un cours d'eau, point de repère clairement visible qu'elle n'était nullement censée suivre. De plus, tous les auteurs mentionnent que très vite, dans la majorité des avions, on se rendit compte de la méprise. Ainsi, l'un des appareils quittera la formation pour continuer sur la bonne route (il sera d’ailleurs abattu).

Des cinq groupes, deux continuèrent sur cette voie erronée, un se rendit compte immédiatement de la méprise et changea de cap et les deux derniers arrivés plus tard ne firent pas la même erreur. Alors que l'objectif du premier groupe était le complexe de raffinerie érigé sur base de capitaux américains.

Selon Michael Hill « ce virage fut la suite d'un ordre et, partant, il y avait une raison derrière cette décision ». Le groupe responsable de l'erreur (376th Bombardment Group (Heavy) (Liberandos)), n'a à ce jour pas publié son historique qui permettrait de répondre à certaines questions gênantes concernant cette affaire.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c et d "Les Alliés, maitre du jeu pétrolier", article de Jean Lopez, Guerres & Histoire n° 9, octobre 2012, page 38 à 43.
  2. "Aero Journal Hors-Série" n°4 (Christian-Jacques Ehrengardt), Novembre-Décembre 2009, édition Caraktère SARL. page 5
  3. a et b James Dugan et Carrol Stewart, Opération Raz de Marée sur les pétroles de Ploesti, J'ai lu, coll. leur aventure, no A84/85, Paris, 1964. page 38
  4. "Batailles aériennes" n°25 (Cristian Craciunoiu), Juillet-Août-Septembre 2003, édition Lela Presse. page 9
  5. "Batailles aériennes" n°25 (Cristian Craciunoiu), Juillet-Août-Septembre 2003, édition Lela Presse. page 10
  6. L’auteur du n°25 du trimestriel Bataille aériennes a confondu le général Wilhelm Speidel avec le général Hans Speidel. En effet, le général Hans Speidel était un général de la Heer et se trouvait en poste à Paris pendant cette période.
  7. James Dugan et Carrol Stewart, Opération Raz de Marée sur les pétroles de Ploesti, J'ai lu, coll. leur aventure, no A84/85, Paris, 1964. page 42
  8. "Batailles aériennes" n°25 (Cristian Craciunoiu), juillet-août-septembre 2003, édition Lela Presse. page 18
  9. "Aero Journal Hors-Série" n°4 (Christian-Jacques Ehrengardt), Novembre-Décembre 2009, édition Caraktère SARL. page 10
  10. "Batailles aériennes" n°25 (Cristian Craciunoiu), Juillet-Août-Septembre 2003, édition Lela Presse. page 29
  11. Cette désignation signifie 53ème escadrille de chasse
  12. James Dugan et Carrol Stewart, Opération Raz de Marée sur les pétroles de Ploesti, J'ai lu, coll. leur aventure, no A84/85, Paris, 1964. page 52
  13. Lieutenant-colonel Eddy Bauer et Colonel Rémy, La Seconde Guerre mondiale: Les Conférences, Editions Christophe Colomb, Glarus, 1985. page 9
  14. a et b "Batailles aériennes" n°25 (Cristian Craciunoiu), Juillet-Août-Septembre 2003, édition Lela Presse. page 25
  15. James Dugan et Carrol Stewart, Opération Raz de Marée sur les pétroles de Ploesti, J'ai lu, coll. leur aventure, no A84/85, Paris, 1964. page 76 et 125
  16. James Dugan et Carrol Stewart, Opération Raz de Marée sur les pétroles de Ploesti, J'ai lu, coll. leur aventure, no A84/85, Paris, 1964. page 65 et 66
  17. Bien que certains auteurs parlèrent de 125 chasseurs, chiffre autrement fantaisiste

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • James Dugan et Carrol Stewart, Opération Raz de Marée sur les pétroles de Ploesti, J'ai lu, coll. leur aventure, no A84/85, Paris, 1964;
  • « Batailles aériennes » n°25 (Cristian Craciunoiu), Juillet-Août-Septembre 2003, édition Lela Presse;
  • « Aero Journal Hors-Série » n°4 (Christian-Jacques Ehrengardt), Novembre-Décembre 2009, édition Caraktère SARL ;
  • « Black Sunday: Ploesti » par Michael Hill.

Références bibliographiques[modifier | modifier le code]

  • Christian-Jacques Ehrengardt, La Guerre Aérienne, 1939-1945, Éditions Tallandier, Paris, 1996, (ISBN 2-235-02157-3) pages 163 à 172
  • Edward Jablonski, L'aviation américaine en guerre, Éditions Time-Life, Amsterdam, 1983, (ISBN 2-7344-0159-2) pages 71 à 74

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]