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Histoire du féminisme

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symbole de l'égalité des sexes. Le symbole de la femme et celui de l'homme sont fusionnés et le signe égal est inscrit dans le cercle commun
Égalité des sexes.
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L'histoire du féminisme est l'histoire des mouvements féministes et des penseurs féministes. La littérature sur le sujet fait la part belle aux luttes des femmes blanches occidentales et tend à délaisser d'autres civilisations. Dépendant de la période, des cultures ou du pays, les féministes, à travers le monde, ont eu des causes et des objectifs différents. La plupart des historiens du féminisme, en Occident, considèrent que tous les mouvements et tous les travaux accomplis pour obtenir des droits pour les femmes doivent être considérés comme des mouvements féministes, même si leurs membres ne se revendiquent pas comme tels. D'autres historiens pensent que le terme ne doit s'appliquer qu'au mouvement féministe moderne et à ses continuateurs. Ces historiens parlent de proto-féministes pour qualifier les mouvements pré-modernes.

L'histoire des mouvements féministes occidentaux modernes est divisée en trois vagues. Chacune d'entre elles met l'accent sur l'un des aspects des problèmes du féminisme. La première vague se réfère au XIXe et au début du XXe quand les principales revendications se rapportent au vote, aux conditions de travail et aux droits à l'éducation pour les femmes et les filles. La deuxième vague (1960-1980) dénonce l'inégalité des lois, mais aussi les inégalités culturelles et le rôle de la femme dans la société. La troisième vague (fin des années 1980-début des années 2000) est perçue comme à la fois continuation de la seconde vague et réponse à l'échec de celle-ci.

Origine du terme[modifier | modifier le code]

Le terme « féminisme » a longtemps été attribué à tort à Charles Fourier. Cependant, s'il est bien un défenseur de la liberté des femmes, le terme n’apparaît pas dans ses textes[1]. Le mot aurait été inventé vers 1870 par le monde médical pour désigner les sujets masculins dont le développement de la virilité s'est arrêté[2]. Alexandre Dumas fils, l'utilise dans L'Homme-femme en 1872 : « Les féministes, passez-moi ce néologisme, disent : Tout le mal vient de ce qu'on ne veut pas reconnaître que la femme est l'égale de l'homme, qu'il faut lui donner la même éducation et les mêmes droits qu'à l'homme »[3]; mais le mot ne prend son sens actuel qu’à la fin du XIXe siècle[4].

Le terme apparait ensuite aux Pays-Bas dans une lettre ouverte de Mina Kruseman à Dumas fils[5], en Grande-Bretagne en 1894[6], puis aux États-Unis en 1904[7],[2].

Proto-féminisme[modifier | modifier le code]

Les penseurs et les activistes qui ont réfléchi à cette question ou ont fait avancer la cause des femmes, avant l’existence des mouvements féministes, sont parfois appelés « proto-féministes »[8]. Certains spécialistes critiquent l'usage de ce terme : il minimiserait l'importance des premières contributions ou impliquerait que le féminisme présente une histoire linéaire (notion de proto-féministe et post-féministe)[9].

L'écrivaine Christine de Pisan (1364 - 1430), auteure de la Cité des Dames (1404-1405) et du Livre des trois vertus à l'enseignement des dames (1405), est citée par Simone de Beauvoir comme la première femme à écrire sur la relation entre les sexes et à dénoncer la misogynie[10]. Plus tard, des écrivains du XVIe siècle, comme Henri-Corneille Agrippa de Nettesheim et Modesta di Pozzo di Forzi, et des écrivains du XVIIe siècle, comme Hannah Woolley ou Margaret Cavendish en Angleterre, Juana Inés de la Cruz au Mexique, Marie de Gournay, Anne Bradstreet et François Poullain de La Barre, sont considérés comme des proto-féministes[11]. Mary Astell, fait aussi partie de ces femmes qui dans le système social de la période moderne s'élèvent contre la domination masculine. Dans son cas, c'est en s'opposant à John Locke, qui prône un système politique fondé sur les libertés individuelles mais en exclut les femmes, que Mary Astell montre que l'affirmation de l'infériorité de la femme n'est pas tenable philosophiquement[12].

Le XVIIIe siècle, le siècle des Lumières[modifier | modifier le code]

Portrait en pied d'un homme, Jeremy Bentham, habillé à la mode du 18e siècle, ayant la main droite sur un bureau. Dans le fond, se voit une grande bibliothèque
Portrait de Jeremy Bentham par Thomas Frye (Huile sur toile) 1760-1762.

Le siècle des Lumières se caractérise par une pensée intellectuelle séculière et un florilège d'écrits philosophiques. Certains philosophes de cette époque défendent les droits des femmes. Parmi eux, on peut citer Jeremy Bentham, le marquis de Condorcet et peut être la plus importante des écrivaines féministes du XVIIIe siècle, Mary Wollstonecraft.

Jeremy Bentham[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Jeremy Bentham.

Le philosophe utilitariste anglais Jeremy Bentham plaide pour une complète égalité entre hommes et femmes. Dans Une Introduction aux principes de morale et de législation (1789), il condamne fermement l'infériorité légale dans laquelle les femmes sont placées sous prétexte d'une supposée infériorité d'esprit et donne des exemples de femmes qui eurent du succès dans les affaires. Avec Défense des droits des femmes (1792), il argumente pour l'émancipation des femmes, qui leur permettrait de voter, gouverner ou divorcer[13].

Mary Wollstonecraft et la Défense des droits de la femme[modifier | modifier le code]

portrait en plan rapproché taille d'une femme, Mary Wollstonecraft, toute de blanc vêtue sauf un fichu noir sur les cheveux, qui regarde sur le côté.
Portrait de Mary Wollstonecraft par John Opie (env. 1797).

Mary Wollstonecraft est peut être la féministe la plus citée dans l'histoire du féminisme. Elle est souvent considérée comme la première philosophe féministe. Défense des droits de la femme (1792) est l'un des premiers écrits que l'on peut qualifier de féministe sans aucune ambiguïté, bien que la métaphore de la femme comparée à la noblesse qu'elle utilise dans celui-ci (la femme dorlotée, fragile et exposée au danger par sa paresse intellectuelle et morale) peut sembler dépassée comme argument féministe. Wollstonecraft identifie l'éducation et la formation de la femme comme étant des attentes bornées qui se fondent sur une image qu'a l'homme d'elle et qu'il lui dicte. Malgré ses apparentes contradictions révélatrices des problèmes auxquels il est difficile de donner une réponse satisfaisante, ce livre est devenu la pierre angulaire de la pensée féministe[14].

Wollstonecraft pense que les deux sexes contribuent à l'inégalité. Elle donne à la femme un pouvoir considérable sur l'homme, mais trouve que l'éducation est nécessaire aux deux parties pour assurer le changement des attitudes dans la société. Son héritage reste dans la continuité du besoin pour les femmes d'exposer et de narrer leurs histoires. Ses propres réalisations et sa détermination contrastent avec son humble origine et son éducation incomplète. Wollstonecraft essuie les railleries de Samuel Johnson qui la traite, elle et ses pareilles, d'« amazones de la plume ». Étant donné la relation intime de Johnson avec Hester Thrale, il apparait que son problème n'est pas avec la femme intelligente et bien éduquée, mais plutôt l'envahissement par la femme du territoire de l'écriture, supposé destiné à l'homme[15].

Période révolutionnaire en France[modifier | modifier le code]

La révolution française est une période pendant laquelle les droits des femmes ont été l'objet de nombreux débats. Lors de la convocation des États généraux les femmes nobles et les religieuses peuvent être représentées par l'ordre auxquelles elles appartiennent. Quant aux femmes du peuple, dès l'écriture des cahiers de doléances, elles réclament l'amélioration de leur condition dont le droit à l'éducation vient en tête[16].

Le marquis de Condorcet[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Nicolas de Condorcet.

Le marquis de Condorcet, mathématicien, politicien libéral et acteur important de la Révolution française, est également un défenseur de l'égalité entre femmes et hommes. Dès 1787, il affirme dans Lettres d’un bourgeois de New Haven à un citoyen de Virginie[17], l'égalité des hommes et des femmes. Durant la période révolutionnaire, il se prononce pour le vote des femmes dans un article du Journal de la Société de 1789 : Sur l'admission des femmes au droit de cité publié le 3 juillet 1790[18].

Olympe de Gouges[modifier | modifier le code]

En France, en 1791, Olympe de Gouges, considérée comme une des pionnières du féminisme dans son pays, rédige la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne, dans laquelle elle demande que l'on rende à la femme les droits naturels que les préjugés lui ont retirés. Elle argumente pour que la femme soit considérée comme une citoyenne à part entière, qu'elle fut associée aux débats politiques et de société et implore Marie-Antoinette, reine de France, de défendre le "sexe malheureux". L'une des phrases les plus célèbres de l'ouvrage restera : « La Femme a le droit de monter sur l’échafaud ; elle doit avoir également celui de monter à la Tribune »[19]. Elle demande la création de maternités pour que les femmes accouchent dans de meilleures conditions, imagine un système de protection maternelle et infantile et prône la suppression du mariage religieux en faveur d'un contrat civil de partenariat[20]. À travers ses écrits, elle soutient la Révolution française, mais également les Girondins ce qui lui vaudra d'être guillotinée en 1793.

Acquis révolutionnaires[modifier | modifier le code]

Plusieurs textes législatifs amènent un changement dans la situation des femmes. Ainsi le mariage devient un contrat civil supposant de fait l'égalité des contractants. Le droit au divorce, l'égalité des héritiers sont aussi des victoires pour les droits des femmes bien que celles-ci soient par la suite annulées par le Code Napoléon[21]. La politique impériale n'est qu'une continuation de celle menée à partir de 1793 par la Convention qui interdit le Club des Femmes, groupe féminin aux premières lignes lors des manifestations[22], et refuse d'accorder des droits politiques aux femmes au nom d'une soi-disant nature « intrinsèquement inférieure »[23].

Autres écrivains[modifier | modifier le code]

Parmi les autres écrivains importants du XVIIIe siècle, on peut citer Catharine Macaulay qui avance que l'apparente faiblesse des femmes est causée par leur manque d'éducation[24]. Dans d'autres parties de l'Europe, Hedvig Charlotta Nordenflycht, écrivaine suédoise, fonde la première société scientifique pour la femme à Middelbourg dans le sud des Pays-Bas en 1785.

Première partie du XIXe siècle[modifier | modifier le code]

Sous l'influence du code Napoléon de nombreux textes législatifs européens, au début du XIXe siècle limitent les droits des femmes et ceci explique le repli des féministes[25]. La fin du siècle n'arrange pas les choses dans le monde anglo-saxon avec l'époque victorienne (1873-1901) qui est une ère « domestique » personnifiée par la reine Victoria. La condition féminine dans la société victorienne impose alors une vie centrée sur la famille, la maternité et la respectabilité. C'est l'idéal féminin qui caractérisait déjà les conduct books (littéralement « livres de conduite ») de Sarah Stickney Ellis (1799-1872) ou Mrs Beeton (1836-1865). Les féministes du XIXe siècle doivent donc réagir non seulement face aux injustices dont elles sont les témoins mais aussi contre cette image victorienne, de plus en plus suffocante, imposée par la société[26]. Cependant, dès le début du XIXe siècle, quelques hommes et femmes prennent la parole en public, mais il est difficile de savoir quelle influence ils eurent sur les consciences. Ainsi l'Américaine Abigail Adams essaie, sans grand succès, de peser sur les décisions de son époux, le deuxième président des États-Unis, en faveur des droits des femmes. Dans ces tentatives de prises de parole, deux formes de féminisme vont émerger et s'opposer. Le premier est un courant égalitaire qui revendique une amélioration de la condition féminine au nom de l'identité humaine. Le second, dualiste, constate l'opposition entre les hommes et les femmes et demande le respect des particularités féminines[27].

Courant égalitaire[modifier | modifier le code]

Les tenants de ce courant insistent sur l'identité de l'homme et de la femme en tant qu'être humain. Il ressort de cette identité que les discriminations envers les femmes sont des violations des droits humains alors que l'égalité doit être la règle. L'égalité civique et politique est le combat principal pour ceux qui adoptent cette position. Parmi eux se trouve John Stuart Mill qui en 1869 publie son livre De l'assujettissement des femmes. Ce livre connaît un grand retentissement et est traduit en plusieurs langues ce qui en fait la référence du courant égalitaire. Ainsi en Italie, Luisa Tosco dans son livre La Causa delle Donne se réclame des arguments émis par Mill[28].

Courant dualiste[modifier | modifier le code]

A contrario du courant égalitaire, le courant dualiste, dont Ernest Legouvé, auteur de Histoire morale des femmes en 1849 est un représentant important, promeut une vision de la société dans laquelle chaque sexe a son rôle. La femme est alors vue essentiellement comme mère et c'est cette importance de la fonction maternelle qui amène des revendications pour qu'elle soit mieux considérée et qu'elle reçoive une meilleure éducation[28].

Le féminisme dans la fiction[modifier | modifier le code]

dessin d'une tête de femme, Jane Austen qui regarde sur le côté. Seul le visage et le cou sont en couleur ; les vêtements ne sont qu'esquissés.
Portrait de Jane Austen (détail) par Cassandra Austen (vers 1810). Gouache et crayon. National Portrait Gallery.

L'une des formes que prend la défense des femmes est la représentation de sa situation au moyen de romans. De même que Jane Austen se penche sur la vie étriquée de la femme au début du siècle, Charlotte Brontë, Anne Brontë, Elizabeth Gaskell et George Eliot décrivent ses souffrances et frustrations. Dans son roman autobiographique, Ruth Hall (1854), la journaliste américaine Fanny Fern décrit son combat pour éduquer ses enfants et exercer son métier après le décès prématuré de son époux[29]. Louisa May Alcott publie en 1866 un roman féministe, A Long Fatal Love Chase, qui narre les tentatives d'une jeune femme pour échapper à son mari polygame et devenir indépendante[30].

Certains hommes de lettres reconnaissent aussi l'injustice à laquelle font face les femmes. Les romans de George Meredith, George Gissing et Thomas Hardy, et les pièces d'Henrik Ibsen décrivent la situation de la femme à cette époque[31],[32]. Diana of the Crossways (1885) de Meredith, par exemple, est basé sur la vie de Caroline Norton, dont le divorce avec un mari violent et ivrogne illustre la dépendance juridique de la femme dans l'Angleterre de l'époque[33].

Féminisme socialiste[modifier | modifier le code]

En 1825, William Thompson publie Appeal of One Half of the Human Race, Women, Against the Pretensions of the Other, Men, en créditant Anna Wheeler comme coauteur. Lors de son séjour en France, celle-ci découvre les idées socialistes de Saint Simon. Dans ces années 1820-1840, le féminisme s'intègre aux revendications des socialistes, tels que les Saint-simoniens. En effet ceux-ci dans leurs critiques de la société bourgeoise font une place particulière à la soumission de la femme dans le cadre du mariage et celui-ci est alors l'objet de critiques importantes. L'égalité demandée va cependant de pair avec un discours valorisant la femme présentée comme supérieure moralement par nature. Anna Wheeler milite pour le suffrage des femmes[34]. À côté de William Thompson se trouve Richard Owen qui organise de nombreuses conférences et que des féministes comme Frances Morrison ou l'Écossaise Frances Wright, qui défend particulièrement le contrôle des naissances et l'éducation pour les femmes, suivent. Ce cercle oweniste se développe et des groupes socialistes sont fondés. D'autres comme les femmes chartistes organisent des réunions alors qu'en théorie les femmes n'ont pas le droit d'expression[25]. Les saint-simoniennes pour se faire entendre choisissent la voix de la presse. En juillet 1832 paraît La Femme libre qui est suivi de La Tribune des femmes. Dans ce premier journal féministe, seules des femmes, ne signant que de leur prénom, écrivent des articles qui ne se limitent pas à des questions d'égalité des sexes[35].

Marion Reid et Caroline Norton[modifier | modifier le code]

Par la suite au cours du XIXe siècle, les voix contestataires commencent à s'unir face à l'émergence de modèles sociaux rigides et de codes de conduites que Marion Reid, considèreront comme oppressants et répressifs pour les femmes[24]. L'importance accrue donnée à la vertu féminine et les tensions causées par le rôle qu'on leur impose émeut les premiers féministes[36]. En Écosse, Reid publie son influent A plea for woman (Plaidoyer pour la femme) en 1843 qui propose un agenda pour les droits des femmes, y compris le droit de vote, des deux côtés de l'Atlantique[37].

Après son divorce houleux d'avec un mari violent, qui met en exergue l'absence de personnalité juridique pour la femme mariée dans la société georgienne, Caroline Norton milite pour le changement de la loi britannique. Son lobbying, et l'appel à la reine Victoria, permettra le vote de l'Infant Custody Bill en 1839 qui autorise les femmes divorcées à demander la garde de leurs enfants[38].

Florence Nightingale et Frances Power Cobbe[modifier | modifier le code]

portrait d'une femme, Florence Nightingale, en plan rapproché taille, portant un vêtement marron et blanc, et qui regarde sur le côté.
Florence Nightingale par Augustus Egg.

Beaucoup de femmes se méfient des mouvements féministes de l'époque[39]. Elles préfèrent se lever seules contre tous, comme Florence Nightingale[40], convaincue que les femmes ont le même potentiel que les hommes sans en avoir les opportunités. Dans l'essai Cassandra, extrait de Suggestions for Thought to Searchers after Religious Truth (Suggestions de Réflexions adressées aux Personnes en quête de Vérité Religieuse), qui sera publié bien après son décès, elle proteste contre le rôle imposé aux femmes par la société qui les rends incapables de se prendre en charge seules[41].

Comme leurs idéologies sous-jacentes sont différentes, les féministes ne sont pas solidaires et leurs efforts se dispersent. Harriet Martineau trouve Mary Wollstonecraft dangereuse et Caroline Norton naïve[42]. Martineau prône l'utilisation des méthodes américaines appliquées dans les campagnes abolitionnistes[43].

Comme Harriet Martineau et Frances Cobbe en Grande-Bretagne ou Margaret Fuller aux États-Unis, certaines femmes occupent des postes de journalistes, ce qui améliore la visibilité de la cause des femmes. Frances Cobbe milite pour la réforme de l'éducation pour les filles, pour les droits matrimoniaux, les droits à la propriété et contre la violence domestique. Elle est membre du conseil exécutif de Londres de la National Society for Women's Suffrage[44].

The ladies of Langham Place[modifier | modifier le code]

Couverture d'un livre sur lequel est écrit en anglais, un bref résumé, en langage simple, des lois les plus importantes concernant les femmes, avec quelques observations à ce sujet
Lois concernant les femmes.

Dans les années 1850, à Londres, Barbara Bodichon et ses amies se rencontrent régulièrement à Langham Place pour discuter des droits des femmes et des réformes nécessaires. Avec, entre autres, Bessie Rayner Parkes, Anna Jameson et Matilda Hays, elles sont The ladies of Langham Place, l'une des premières organisations féministes de Grande-Bretagne[45].

Elles se battent pour l'éducation des filles, le droit au travail ou le droit à la propriété des femmes mariées. Pour cela elles sortent en 1859 un journal intitulé Englishwoman's Journal[46]. Elles collectent des milliers de signatures dans des pétitions pour des réformes législatives. Certaines seront fructueuses, comme le vote du Matrimonial Causes Act autorisant une procédure de divorce facilitée et protégeant le patrimoine de la femme[47]. En 1854, Barbara Bodichon publie Brief Summary of the Laws of England concerning Women sur les droits des femmes en Angleterre. Avec Bessie Rayner Parkes et Matilda Hays, elle fonde en 1858 The Englishwoman's Journal, une tribune pour traiter du travail des femmes et notamment des emplois manuels et intellectuels dans l'industrie, de l'égalité des droits, des réformes, de l'éducation des jeunes filles et des femmes…

En 1859, le cercle crée la Société pour la Promotion de l'Emploi des Femmes dont l'objectif est l'amélioration de la formation et de l'emploi des femmes[48].

Helen Blackburn, Jessie Boucherett et Emily Faithfull feront également partie du cercle de Langham Place.

Autres pays européens[modifier | modifier le code]

Le XIXe siècle est, en Europe, une période d'importantes transformations avec l'éveil de mouvements nationalistes et de luttes pour l'instauration de la démocratie. Le féminisme se développe alors dans cette aspiration au changement. Ainsi en Allemagne à partir des années 1840 des mouvements chrétiens comme celui de la secte chrétienne des Catholiques allemands[n 1] s'emparent de la question de la place de la femme pour la critiquer. Quelques années plus tard, en 1847, Louise Otto-Peters écrit ses Lieder eines deutschen Mäadchens et l'année d'après elle dirige le journal féministe Frauen-Zeitung[35]. La Suisse avait déjà depuis 1845, un journal semblable édité par Josephine Stadlin (de). En Pologne Narcyza Żmichowska crée le cercle féminin des Enthousiastes qui cherche à promouvoir l'égalité et la liberté. En Italie, pendant la période du Risorgimento, plusieurs femmes comme Clara Maffei, Cristina Trivulzio Belgiojoso tiennent des salons qui sont les lieux de diffusion des idées réformatrices parmi lesquelles se retrouvent celle de l'amélioration du statut de la femme. Entre 1842 et 1846 Cristina Trivulzio Belgiojoso, inspirée par les idées de Charles Fourier, crée des institutions chargées d'aider les femmes. Enfin la Tchécoslovaquie, alors dominée par l'empire austro-hongrois voit lui aussi fleurir dans les années 1860 des salons tenus par des femmes, telles que Karolina Svetla ou Zdenka Braunerová qui sont cependant plus tournés vers la lutte contre la domination impériale. Ces revendications sont rejetées lorsque les pouvoirs en place reprennent la main. Les aspirations nationalistes, les combats pour la démocratisation ne parviennent pas à s'imposer et ceux pour l'amélioration de la condition de la femme sont oubliées. Il en est ainsi, du moins, jusqu'au début des années 1870 qui voient l'essor de la société bourgeoise capitaliste et son corollaire des associations qui tentent d'améliorer la vie des femmes[49].

Vagues du féminisme : du milieu du XIXe au XXIe siècle[modifier | modifier le code]

C'est la journaliste Marsha Weinman Lear qui introduit pour la première fois la notion de « vagues » féministes, dans un article du New York Times Magazine de mars 1968[50]. Cependant, cette division ne fait pas l'unanimité : difficulté de catégoriser certaines féministes, accélération des vagues[51].

La première vague[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Première vague féministe.
photographie en noir et blanc du visage d'une jeune femme le regard portant vers le haut gauche
Lucy Stone

Le terme de « première vague » est utilisé rétroactivement et par opposition à la notion de deuxième vague introduite par Marsha Weinman Lear[50]. Il recouvre les mouvements féministes de la fin du XIXe et début du XXe siècle axés surtout sur le suffrage, l'éducation et l'amélioration des conditions de travail des femmes mais essayant aussi de changer la place des femmes dans une société patriarcale. Des revendications sur la dépendance économique des épouses, les tâches ménagères, la répression morale différente selon le sexe se font aussi entendre[52]. Ces mouvements naissent dans les pays occidentaux et n'intéressent que les femmes blanches de milieu aisé. En effet les situations des autres femmes (noires américaines ou ouvrières par exemple) ne sont pas prises en compte[53].

États-Unis[modifier | modifier le code]

Aux États-Unis, les mouvements féministes militent d'abord pour l'abolition de l'esclavage ou la tempérance avant de défendre les droits des femmes. Les campagnes qu'elles mènent permettent aux femmes de tester leurs aptitudes politiques et d'unir les efforts de groupes sociaux disparates. Les militantes viennent de milieux divers : des chrétiens conservateurs comme Frances Willard et l'Union de Tempérance des Femmes Chrétiennes, aux radicaux comme Elisabeth Stanton, Matilda Gage et la National Woman Suffrage Association. Sarah et Angelina Grimké passent rapidement de la lutte pour l'émancipation des esclaves à celle des femmes. En 1840, Elizabeth Stanton et Lucretia Mott se voient refuser l'entrée à la Première Convention Mondiale contre l'Esclave car elles sont des femmes. Elles organiseront, en 1848, la Convention de Seneca Falls où sera établie une déclaration pour l'indépendance des femmes[54]. La journaliste Margaret Fuller publie Woman in the Nineteenth Century (La Femme au Dix-neuvième Siècle) en 1845 et ses dépêches d'Europe pour le New York Tribune participeront à la synchronisation des mouvements pour les droits des femmes. Cette même année est fondée la Female Labor Reform Association, groupe féministe constitué de femmes travaillant dans l'industrie du textile inspiré des luttes contre l'esclavage[54]. La presse est toujours aussi importante dans cette deuxième partie du XIXe siècle et en 1849 Amelia Bloomer lance le premier journal féministe, intitulé The Lily. Il est suivi en 1868 par Révolution de Susan B. Anthony et Elizabeth Stanton[35]. De son côté, Lucy Stone participe à l'organisation de la première Convention Nationale pour les Droits des Femmes en 1850, au cours de laquelle interviendront Sojourner Truth, Abby Kelley Foster ou Susan Anthony.

dessin du visage de Harriet Taylor Mill de 3/4 droite
Harriet Taylor Mill

Ces féministes appartiennent toutes au moins à la classe moyenne et elles jugent d'une part que l'amélioration de la condition féminine va de pair avec l'évolution de la société capitaliste qui apporte le progrès et d'autre part que ces améliorations peuvent et doivent atteindre à un moment toutes les femmes de la société, qu'elles le veulent ou non et sans prendre en compte les particularités de chacune[55]. Aux États-Unis, des groupes de femmes noires se mettent aussi en place mais leurs luttes portent plus sur la pauvreté de la population noire que sur le droit de vote[56]. On considère que cette première vague prit fin en 1920, avec le passage du XIXe amendement de la Constitution des États-Unis qui garantit le droit de vote aux femmes.

Royaume-Uni[modifier | modifier le code]

Au Royaume-Uni, le cercle des Ladies of Langham Place, dirigé par Barbara Bodichon, est la première association féministe du pays. Harriet Taylor Mill publie en 1851 The Enfranchisement of Women (sous le nom de son époux, John Stuart Mill). Elle y plaide pour que les femmes aient accès aux mêmes emplois que les hommes et pour que femmes et hommes ne vivent plus dans des « sphères séparées ». Elle participe également à l'écriture de l'essai de John Stuart Mill : The Subjection of Women. Certaines campagnes féministes sont des succès comme le vote de la loi pour la propriété des femmes mariées (Married Women's Property Act) de 1882 et l'abrogation de celle sur les maladies contagieuses (Contagious Diseases Acts) obtenue en 1886, grâce notamment à l'Association Nationale des Ladies pour l'abrogation des Lois sur les Maladies Contagieuses conduite par Josephine Butler[57]. Annie Besant milite pour les droits des matchgirls, ces ouvrières des manufactures qui travaillent dans des conditions épouvantables, et organise la grève des ouvrières des manufactures d’allumettes à Londres en 1888.

France[modifier | modifier le code]

En France, les revendications féministes renaissent avec la Révolution de 1830. Un féminisme militant se développe dans les milieux socialistes de la génération romantique, en particulier chez les saint-simoniens et les fouriéristes de la capitale. En 1897, est publié le premier numéro du journal La Fronde dirigé par Marguerite Durand avec Séverine, première femme à pouvoir vivre grâce à ses chroniques journalistiques. Jusqu'en 1905, ce journal, d'abord quotidien jusqu'en 1903 puis mensuel jusqu'à sa disparition, propose un discours féministe qui parvient à atteindre un lectorat important et s'impose comme un journal important dans le paysage de la presse de l'époque[46].

Allemagne[modifier | modifier le code]

Louise Otto-Peters vers 1860-1870

En Allemagne en 1865 Louise Otto organise une réunion, nommée a posteriori Frauenschlacht von Leipzig, où se retrouvent des associations qui s'intéressent aux conditions de travail féminin. De là naît le groupe Allgemeiner Deutscher Frauenverein[58] qui marque l'émergence d'un mouvement important d'associations culturelles féminines. Tous les aspects de la société sont couverts par ces associations qui vont de la lutte anti-alcoolique au droit de vote[59]. Ces idées se diffusent aussi grâce à la presse. Ainsi, Clara Zetkin fonde en 1890 la Gleichheit qui est le journal officiel des femmes socialistes et qui veut développer la conscience de classe chez les ouvrières. De nombreuses féministes socialistes de différents pays participent à ce journal comme la russe Angelica Balabanova, la néerlandaise Henriette Roland Holst, la finlandaise Hilja Pärssinen, l'autrichienne Adelheid Popp, etc.)[46]. Cependant, le féminisme allemand se divise pour des raisons idéologiques. D'un côté se retrouvent les féministes issues de milieux aisés, de l'autre les socialistes. La rupture devient importante en 1894, lorsque l'Alliance des sociétés féminines allemandes fondée par des femmes de la bourgeoisie conservatrice refuse la participation des associations ouvrières. En 1896, elle est effective lors du Congrès féministe international auquel refusent de participer les socialistes qui organisent leur propre congrès et à partir de ce moment refusent toutes collaborations, même si les opinions sont proches comme sur la question du droit de vote des femmes[54].

Russie[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Féminisme en Russie.

C'est au XVIIIe siècle et sous l'influence des mouvements occidentaux européens que nait le féminisme en Russie. Il reste tout d'abord limité à l'aristocratie. Dans le roman Que faire ? de Nicolaï Tchernychevski, l'héroïne, Vera Pavlovna qui rêve d'une société égalitaire, personnifie les idées féministes russes de l'époque[60]. Durant son règne, Pierre le Grand relâche les restrictions sur l'éducation féminine, ce qui permet la naissance d'une nouvelle classe de femmes éduquées, comme la princesse Natalia Sheremeteva qui sera la première femme à écrire son autobiographie en Russie (Notes, 1767).

Tout au long du XIXe siècle, le féminisme est étroitement lié à la politique révolutionnaire et aux réformes sociales. Anna Philosophova est l'une des pionnières de l'émancipation de la condition féminine dans le pays en créant l'Union féminine qui défend le droit des femmes, leur condition matérielle et leur éducation[61]. Au XXe siècle, les féministes s'inspirent de l'idéologie socialiste et s'organisent parmi les paysannes et les ouvrières[62]. Après la Révolution de Février 1917, les lobbyistes obtiendront le droit de vote pour les femmes. En effet, le 20 juillet 1917, le droit de vote des femmes est officiellement garanti en Russie par un décret d'Aleksandr Kerenski[63] ainsi que l'égalité dans l'éducation et le travail[64].

Après la Révolution d'Octobre, la russe Alexandra Kollontaï sera en la première femme de l'histoire moderne membre d'un gouvernement, en étant Commissaire du peuple à l'Assistance Publique. Elle crée avec la communiste d'origine française Inès Armand un Département des Femmes au sein du Comité central du Parti. Sous leur impulsion, la Russie accordera le droit à l'avortement dès 1920. Les lois tsaristes réglementant la prostitution sont abrogées.

Bien qu'officiellement hostiles au "féminisme bourgeois", suivant en cela la doctrine bolchevik qui accuse le féminisme de détourner les ouvriers de la lutte des classes, Kollontaï et Armand sont en contact avec les autres membres de l'Internationale socialiste des femmes auxquelles elles ont participé, et dont Kollontaï est considérée par l'historienne féministe Nicole Gabriel comme une "grande figure"[65]. Alexandra Kollontaï sera écartée du pouvoir et envoyée comme ambassadrice en Suède comme sanction de son opposition à Lénine et de sa réputation sulfureuse pour sa défense et sa pratique des relations amoureuses libres. Inès Armand décède du choléra en .

La section féminine du Parti est dissoute en , les problèmes des femmes étant officiellement résolus, et Staline rétablira en l'interdiction de l'avortement, qui sera à nouveau autorisé après sa mort.

Autres pays[modifier | modifier le code]

Aux Pays-Bas se forme la Natuurkundig Genootschap der Dames (La Société des Femmes pour les Connaissances Naturelles) qui se tient régulièrement de 1881 à 1887, année de sa dissolution. Les journaux pour femmes centrés sur la science deviennent populaires durant cette période.

En Perse, Fatemeh, poète et réformatrice religieuse, est l'une des premières figures du féminisme iranien. Lors de son exécution, en 1852, ses dernières paroles auraient été : « Vous pouvez me tuer quand vous voulez, mais jamais vous n'arriverez à empêcher l'émancipation des femmes ! »[66]. Louise Dittmar en Allemagne dans les années 1840[67], Fusae Ichikawa au Japon, Mary Lee en Australie, Kate Sheppard et Mary Ann Müller (en) en Nouvelle-Zélande font partie de cette première vague de militantes pour les droits des femmes.

Les féministes ne se contentent pas de lutter dans leur pays mais elles correspondent entre elles dans une internationale féministe qui s'organise peu à peu. En dehors des journaux qui accueillent parfois des auteures étrangères, l'alliance s'organise dans des associations comme la Fédération abolitionniste internationale fondée en Suisse par Joséphine Butler en 1875. En 1888, aux États-Unis, est créé un Conseil international des femmes. Dans un premier temps, il n'est international que de nom puisque seules des américaines y participent mais d'autres pays (Canada en 1893, Allemagne en 1894, France en 1901, etc.) voient ensuite apparaître des conseils nationaux. Le Conseil international se scinde en 1904 à Berlin avec la création d'une Alliance internationale du suffrage féminin, présidé par Carrie Chapman Catt qui s'avère plus radicale dans ses revendications pour le droit de vote des femmes[54].

Droit de vote des femmes[modifier | modifier le code]

Articles détaillés : Droit de vote des femmes et Suffragette.
photographie en noir et blanc d'une suffragette est arrêté par deux policiers anglais qui la tiennent par les bras
Arrestation d'une suffragette. Londres. 1914.

Au XIXe siècle, les velléités des femmes pour accéder au droit de vote se réveillent. L'Ile de Man est le premier territoire indépendant à autoriser les femmes à voter en 1881. Suivront la Nouvelle-Zélande en 1893, l'Australie en 1902, la Finlande en 1902 et la Norvège en 1907[68].

Au Royaume-Uni, les mouvements pour le droit de vote se développent à partir de 1866 lorsqu'une pétition est présentée par Stuart Mill demandant le droit de vote pour les femmes. Cela n'aboutit à rien de concret mais marque le début d'une longue lutte pour que les femmes obtiennent ce droit. En 1884, lors de la discussion sur la troisième réforme du droit de vote, des parlementaires souhaitent que le gouvernement introduise un amendement accordant le droit de vote aux femmes mais cette demande est rejetée par le premier ministre William Ewart Gladstone[59]. Les mouvements féministes se radicalisent avec la création, en 1903, par Emmeline et Christabel Pankhurst, de la Women's Social and Political Union. Les militantes, désignées sous le nom de suffragettes, utilisent des méthodes parfois violentes, voire illégales. La réponse des autorités est sévère : prison et gavage forcé[69], ce qui attirera la sympathie de la population. En 1908, les organisations réunissent 500 000 personnes à Hyde Park. Le rôle des femmes durant la première guerre mondiale amène, en 1918, le gouvernement à accorder le droit de vote aux femmes de plus de trente ans. Cette reconnaissance est la conséquence logique d'une évolution de la société accompagnée par les mouvements féministes[70]. Il faut cependant attendre 1928 pour que l'âge pour être électrice soit aligné sur celui des hommes[71].

Aux États-Unis, les femmes se sentent laissées pour compte après l'adoption du XVe amendement qui autorise le vote des hommes noirs pour lequel elles se sont également battues. En 1869, deux organisations voient le jour : la National Woman's Suffrage Association de Susan B. Anthony et Elizabeth Cady Stanton et l’American Woman Suffrage Association créée par Lucy Stone et Henry Blackwell qui finiront par fusionner en 1890. De 1870 à 1910, à l’issue des 480 campagnes organisées pour obtenir l’organisation de référendums locaux, dix-sept se sont tenus dans les différents États américains dont deux seulement ont abouti à une victoire pour le droit de vote des femmes[72]. Après une pause au début de la Première Guerre mondiale, le mouvement est relancé dès 1916, notamment grâce à Carrie Chapman Catt et son Winning Plan (Plan de la victoire). Le 26 août 1920, le XIXe amendement de la Constitution garantissant le droit de vote aux femmes est promulgué[73].

En France, en 1848, La Voix des Femmes cherche à « rendre visible l'illogisme de la mise à l'écart des femmes dans le domaine politique ». Hubertine Auclert fonde en 1876 Le Droit des Femmes, le premier groupe français revendiquant le suffrage féminin. Dans les années 1910, l'Union française pour le suffrage des femmes et la Ligue française pour le droit des femmes, dirigée par Maria Vérone, sont les deux organisations qui mènent le combat. Elles organisent des meetings dans toute la France pour sensibiliser la population. Les méthodes utilisées n'atteindront pas celles déployées par leurs homologues britanniques, peu de manifestations de rue, celles-ci étant immédiatement réprimées par les autorités[74]. Il faudra attendre l'après-guerre pour que le droit de vote leur soit accordé : le 21 avril 1944, par une ordonnance du Comité français de la Libération nationale, signée par Charles de Gaulle.

La deuxième vague[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Deuxième vague féministe.

Après la première guerre mondiale, le mouvement féministe s'essouffle d'autant que les pays occidentaux, les uns après les autres, accordent le droit de vote aux femmes, ce qui apparaissait comme la demande la plus importante. Cette victoire ne signifie cependant pas que la situation des femmes est enfin semblable à celle des hommes. Ainsi, la participation aux instances dirigeantes est encore de fait un interdit[75]. De plus, dans une Europe qui a perdu des millions d'hommes, la femme est remise au foyer pour assurer le repeuplement[76]. L'après-guerre marque un retour en arrière important et des auteurs comme Richard Evans ont pu écrire que « 1920 marque la fin de l'ère du féminisme » même si cette affirmation est nuancée par d'autres, comme Nancy Cott, qui voient la période 1920-1960 comme un moment de transition[77]. La deuxième vague du féminisme démarre aux États-Unis au début des années 1960 et s'étend progressivement à d'autres pays du monde. Elle durera jusqu'à la fin des années 1980.

Alors que la première vague se concentrait sur le droit de vote et les questions liées aux obstacles légaux de l'égalité des sexes (droits à la propriété, divorce…), la seconde vague étend le débat à des problèmes plus larges comme la sexualité, la famille, le travail ou les droits liés à la procréation[78]. Elle attire l'attention sur la violence domestique, crée des refuges pour les femmes violées ou battues et exige des adaptations des lois sur le divorce et la garde des enfants.

photographie en noir et blanc de Simone de Beauvoir en gros plan.
Simone de Beauvoir en mars 1967

France[modifier | modifier le code]

En France, la seconde vague prend sa source dans la publication en 1949 du livre de Simone de Beauvoir, Le deuxième sexe, et s'inspire des mouvements féministes anglo-saxons, les Women's Lib. À la fin des années 1960, des groupes féministes se forment sans qu'ils soient unifiés. Le rapprochement se fait à partir de 1970, bien que la date exacte soit sujette à controverse, et des actions sont organisées dès cette année[79]. En mai, le journal L'Idiot international de Jean-Edern Hallier publie Combat pour la libération des femmes. Ce texte est suivi d'une action le 26 août 1970, lorsque des femmes, dont Christiane Rochefort et Monique Wittig tentent de déposer une gerbe sous l'arc de triomphe en hommage à la femme du soldat inconnu. C'est cette date qui est souvent donnée pour marquer la naissance du Mouvement de libération des femmes[80]. Les militantes ont alors l'impression d'être les laissées pour compte de mai 1968 et veulent transformer la société qui ne semble leur réserver qu'un rôle domestique ou technique. Les combats principaux portent sur la reconnaissance du travail domestique, la libération de la sexualité et le droit à l'avortement libre et gratuit[79]. En 1971, à l'initiative des journalistes Jean Moreau et Nicole Muchnik, Simone de Beauvoir rédige le manifeste des 343. Cette pétition signée par 343 françaises, connues ou inconnues, qui se sont fait avorter, s'exposant à l'époque à des poursuites pénales, paraît dans le Nouvel Observateur du 5 avril et commence par ces mots : « Un million de femmes se font avorter chaque année en France. Elles le font dans des conditions dangereuses en raison de la clandestinité à laquelle elles sont condamnées, alors que cette opération, pratiquée sous contrôle médical, est des plus simples. On fait le silence sur ces millions de femmes. Je déclare que je suis l'une d'elles. Je déclare avoir avorté. De même que nous réclamons le libre accès aux moyens anticonceptionnels, nous réclamons l'avortement libre »[81]. Le droit à l'avortement sera gagné lors de l'adoption de la Loi Veil du 17 janvier 1975 dépénalisant l'interruption volontaire de grossesse[82]. Précédemment les luttes féministes avaient déjà permis la légalisation du droit à la contraception en 1967 et 1974[83]. Sur d'autres points les femmes parviennent aussi à obtenir l'égalité : mixité des concours de la fonction publique en 1974, interdiction des licenciements motivés par le sexe ou la situation familiale des personnes, instauration du divorce par consentement mutuel[84].

photographie en noir et blanc de trois femmes assises regardant une quatrième assise sur le même fauteuil
Betty Friedan, Barbara Ireton et Marguerite Rawalt (1968).

États-Unis[modifier | modifier le code]

Aux États-Unis, Betty Friedan, influencée par Le deuxième sexe, écrit The Feminine Mystique (publié en français sous le titre La Femme mystifiée) en 1963. Elle y critique l'image de la femme véhiculée par les médias et s'érige contre la famille nucléaire comme modèle du bonheur. Elle considère que la limitation des femmes à la sphère privée est un gaspillage de leur potentiel[85]. La même année, John F. Kennedy diffuse le rapport sur l'égalité des sexes de la Commission sur le Statut des Femmes qui révèle les discriminations contre les femmes. Ceci conduit à la constitution de nombreux groupes de femmes tant au niveau local que fédéral. Le mouvement se renforce avec les victoires législatives comme la loi sur l'égalité des salaires de 1964 ou la décision de la Cour suprême des États-Unis qui annule une des dernières lois de Comstock sur l'interdiction de la contraception (Griswold v. Connecticut). En 1966, Betty Friedan est l'une des fondatrices de la National Organization for Women (NOW, ce qui se traduit par « Maintenant »)[86]. Les actions féministes se font provocatrices comme en 1968 quand sont organisées les funérailles de la féminité traditionnelle au Cimetière national d'Arlington, le couronnement d'une brebis «Miss Amérique» et une opération «poubelles de la liberté» qui recueillent des objets symboles d'une féminité corsetée : soutien-gorges, gaines et faux-cils. Ces années 1960 et 1970 sont une période d'avancées pour la cause des femmes et parmi les victoires des mouvements féministes, on compte, entre autres, l'extension de la discrimination positive aux femmes (1967), la désignation de l'illégalité du viol conjugal, la loi sur l'égalité dans l'éducation pour les femmes (Women's Educational Equity Act) en 1972 ou la légalisation du divorce par consentement mutuel. Tous ceux-ci auront surtout permis un changement des mentalités dans la société américaine[87]. Cette période voit aussi des divisions profondes chez les féministes. D'un côté se retrouvent les féministes radicales qui définissent la femme grâce à des critères physiologiques, de l'autre les militantes du mouvement de libération des femmes qui décrivent la féminité comme une production sociale[88].

Royaume-Uni[modifier | modifier le code]

Dans les années 1970, au Royaume-Uni, le militantisme féministe prend des formes très diverses : création de centres pour femmes, campagnes variées, marches contre les limitations de l'IVG, ouverture de refuges pour femmes victimes de violences, etc[89]. Des actions sont organisées pour attirer l'attention des médias comme en 1970 lorsque des féministes armées de farine, boules puantes et pistolet à eau interrompent le concours de Miss Monde qui se tient au Royal Albert Hall à Londres. Leur slogan « We are not beautiful, we are not ugly, we are angry » (« Nous ne sommes pas belles, nous ne sommes pas laides, nous sommes en colère »)[89]. Les féministes manifestent aussi leurs positions grâce à l'écrit que ce soit par des ouvrages comme celui de Germaine Greer, La femme eunuque qui devient rapidement un best-seller mondial[90], ou par le premier magazine féministe, Spare Rib, lancé par Marsha Rowe et Rosie Boycott[91]. Les féministes obtiendront la légalisation de la contraception (qui deviendra gratuite en 1974), la loi sur la propriété des femmes mariées (1964), la légalisation de l'avortement sous certaines conditions (1967), la loi sur l'égalité des salaires (1970), la loi sur la discrimination sexuelle (1975) ou la loi sur la violence domestique (1976)[92].

Allemagne[modifier | modifier le code]

Le féminisme après la Première Guerre mondiale s'était affaibli et après le nazisme et la Seconde Guerre mondiale les femmes sont renvoyées au foyer. Bien que légalement, elles ont, dès cette époque, quasiment les mêmes droits que les hommes, les femmes qui s'engagent dans ce nouveau mouvement féministe exigent des améliorations dans le fonctionnement même de la société. Alors qu'elles sont au début des années 1960 proches des partis de gauche et des étudiants, les féministes se rendent compte qu'elles ne sont pas entendues par les hommes qui interviennent dans ces groupes. Elles se détachent donc de ceux-ci et développent indépendantes, leurs discours. Une des plus importantes actions de l'époque est la publication, sur le modèle français, d'un texte de 374 femmes reconnaissant avoir avorté. Un second point important concerne la division du travail dans la société avec corrélatif la question des tâches ménagères. Les rapports entre les deux sexes sont alors analysés comme des rapports de pouvoir. Les revendications féministes se développent dans la société et parviennent à toucher les autres allemands grâce à la multiplication des revues, des maisons d'éditions de femmes, des collections de livre publiés chez les éditeurs, etc[93].

Italie[modifier | modifier le code]

Dans les années 1960-1970, les féministes italiennes critiquent les activistes des années précédentes mais aussi s'opposent entre elles. Souvent associées aux mouvements de la Nouvelle Gauche et tentées, selon leurs adversaires, par l'extrémisme elles se retrouvent aussi parfois dans des partis politiques mieux insérés dans la vie politique classique. Ainsi l'Unione Donne Italiane est liée aux partis communiste et socialiste qui cependant voient plutôt d'un mauvais œil ce mouvement. Toutefois les divisions s'atténuent progressivement et ce qui était à l'origine considéré comme des exigences extrêmes sont récupérées par les partis officiels[87].

Unité du féminisme occidental[modifier | modifier le code]

Alors que la première vague du féminisme avait comme premier objectif l'égalité de droit entre les hommes et les femmes, la seconde vague, même si elle ne se limite pas à cela, met l'emphase sur la question du corps des femmes et du droit à en disposer librement. Dès lors, les problèmes liés à la liberté sexuelle, à la contraception et à l'avortement deviennent centrales. Chaque pays occidental connaît sa propre organisation féministe, ses luttes particulières mais les échanges entre les féministes, les flux d'informations amènent une unité internationale. Ainsi tant en Europe occidentale qu'en Amérique du Nord des campagnes importantes sont menées pour que le droit à l'avortement soit reconnu[94]. Le viol est aussi un point qui réunit les féministes et dans de nombreux pays occidentaux celles-ci s'inspirent des pratiques anglaises de défense, de protection et d'accueil des femmes violées. L'union internationale s'affiche lors d'évènements comme celui du 8 mars 1976 quand un «Tribunal international des crimes contre les femmes» est organisé à Bruxelles. Là plus de 2 000 femmes témoignent et parlent de l'inceste, de l'excision et d'une manière générale des violences dont sont victimes les femmes en raison de leur sexe[95].

La deuxième vague du féminisme prendra fin aux États-Unis au début des années 1980 avec les controverses féministes sur le sexe (Feminist sex war) puis le début de la troisième vague dans les années 1990[96].

Féminisme en crise[modifier | modifier le code]

Le milieu des années 1980 apparaît comme une période de transformation du féminisme. Les luttes des années 1970 ont permis des avancées notables dans le droit des femmes et le féminisme semble s'institutionnaliser alors que les jeunes femmes se désintéressent des mouvements de revendication pour profiter des avancées gagnées par les combats des générations antérieures. Dans le même temps, la société occidentale voit surgir une critique antiféministe mise en lumière par Susan Faludi dans son livre Backlash, la guerre froide contre les femmes. Les femmes après ces années de lutte n'auraient rien gagné ; le féminisme aurait transformé les relations homme-femme pour le malheur des deux sexes et les femmes seraient seules plutôt qu'indépendantes et abandonneraient la maternité pour le travail. Le féminisme, plutôt que le système social dominant, serait responsable des malheurs des femmes[97]. Susan Faludi met en lumière un fascisme où la victime serait la femme. Puisque dans cette nouvelle société où les femmes ont gagné des droits, la place traditionnelle de l'homme n'est plus établie, le discours antiféministe tend à renvoyer les femmes au foyer. Les messages que relaient les arts, comme le cinéma, ou les médias visent à donner une image de la féminité toujours soumise à un modèle qui n'est finalement qu'une variation de l'ancien. La femme doit être séduisante, donc se soumettre aux canons masculins et se réalise enfin lorsqu'elle est mère[98].

En URSS malgré des lois favorables aux femmes, les discriminations perdurent, notamment en matière de carrière ou de salaire et la violence conjugale et le harcèlement sexuel demeurent. Cependant les femmes des années 1960 et 1970 baissent les bras, l'inégalité ne semble pas leur problème majeur[99]. Pendant la Glasnost et après la chute de l'Union Soviétique, des cercles féministes commencent à émerger parmi l'intelligentsia féminine des grandes villes. Mais le déclin économique de la Russie post-soviétique est particulièrement lourd à porter pour les femmes sur le plan financier. En 1980, elles représentent 70-80% des chômeurs en Russie. Les postes ouverts aux femmes sont souvent peu rémunérés et beaucoup d'offres d'emploi précisent que seules des femmes jeunes et belles peuvent soumettre leur candidature[100].

La troisième vague[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Troisième vague féministe.
affiche en couleur de propagande américaine datée de 1943. Une femme, en plan rapproché taille, corps de 3/4 et visage de face, relève la manche droite de son chemisier. Le poing est fermé et elle dit We can do it (on peut le faire).
We Can Do It! - Cette affiche de propagande américaine de 1943 est reprise dans les années 1980 pour promouvoir le féminisme.

Pour lutter contre le discours dominant et réaliser l'égalité théorique entre les hommes et les femmes mais aussi pour prendre en compte des éléments qui étaient jusqu'alors absents de la réflexion féministe comme les particularités des femmes qui ne vivent pas dans un monde capitaliste blanc, une nouvelle forme de féminisme va naître souvent appelé troisième vague[97]. L'Américaine Rebecca Walker introduit ce terme en 1992 dans un article intitulé Becoming the Third Wave[101]. Cette nouvelle génération de féministes est issue de mouvements de militantes noires, lesbiennes, handicapées... qui s'élèvent, durant les années 1980-1990, contre le caractère blanc et bourgeois de la vague précédente. Elle ne présente pas un front commun mais plutôt un ensemble de mouvements politiques et sociaux. Contrairement à leurs prédécesseurs, les féministes mènent plusieurs combats en même temps ce qui rend difficile leur catégorisation. D'ailleurs cette troisième vague a aussi été nommée post-féminisme, nouveau féminisme, métaféminisme ce qui montre la difficulté à saisir ce mouvement et les formes de lutte qu'il promeut. Ceci apparaît d'autant plus vrai que les termes choisis sont ambigus. Ainsi le néologisme postféminisme a aussi été utilisé pour désigner un autre mouvement, dans la lignée du postmodernisme ou bien une critique de la deuxième vague semblable à celle mise en lumière par Susan Faludi[102]. De plus, si cette troisième vague s'est inscrite aisément dans le paysage social américain, il n'en est pas de même dans l'espace francophone. En effet, en France, seules les deux premières vagues sont dans un premier temps reconnues, les mouvements récents étant plutôt vus comme une évolution du mouvement précédent[103].

Beaucoup de militantes de la génération X (nées entre 1960 et 1981) ont été élevées par les féministes de la seconde vague pour être performantes, responsables et indépendantes. En réaction à l'image de la femme passive, virginale et faible, la troisième vague met en avant une femme assurée, puissante et sexuellement libérée[104]. L'essor de la troisième vague serait né de cette opposition entre les générations. Les auteures américaines surtout mettent en avant ce conflit générationnel pour expliquer la naissance d'une troisième vague qui abandonnerait les combats de groupe au profit d'un combat individuel revendiquant l'unicité de chaque femme plutôt qu'un idéal féminin. Cette façon d'aborder les problématiques des féministes les plus jeunes n'est pas acceptée par la recherche francophone qui voit plutôt une troisième vague dans la continuité de la deuxième mais avec une réflexion critique sur l'idéologie proposée alors. « La politique du féminisme de la troisième vague ne s’articule pas autour d’un programme unitaire et universel, mais autour de la contextualisation. »[105].

photographie couleur de plusieurs femmes manifestant. Une au centre porte la pancarte : Still not asking for it
SlutWalk. New York. Octobre 2011.

Les féministes de cette troisième vague choisissent de se battre contre le sexisme et la violence subie par les femmes avec ironie, humour et en détournant les symboles même du sexisme. Les Monologues du vagin, pièce de théâtre d'Eve Ensler ou les affiches humoristiques des Guerrilla Girls en sont de parfaites illustrations.

Le collectif punk et militant Riot Grrrl nait au début des années 1990 aux États-Unis, en réaction au machisme de la scène rock et au manque de représentation des femmes dans la musique. Des filles fondent des groupes de musique et écrivent des chansons pour dénoncer le sexisme et notamment le viol et la violence domestique[106]. On note, par exemple, Bikini Kill fondé par Kathleen Hanna et Tobi Vail pour « dénoncer les liens entre classes sociales et genre » ou Bratmobile, le groupe d'Allison Wolfe and Molly Neuman, féministes et créatrices du fanzine Girl germs. Lié au mouvement queer et au féminisme pro-sexe, le mouvement utilise tracts, zines, conférences et manifestations comme autant de moyens de soutien de la cause et de la place des femmes dans la musique[107]. Il prend fin vers 1996 avec la dissolution des principaux groupes et des accusations d'incitation à la violence de la part de médias de masse comme Newsweek ou Seventeen[108].

Le groupe punk rock Pussy Riot.

Les combats principaux de la troisième vague concernent :

  • la violence subie par les femmes avec, par exemple, la création d'associations comme V-Day dont l'objectif est la lutte contre le viol, l'inceste, les mutilations génitales féminines et le trafic d'esclaves sexuelles[109] ou les Slutwalk (Marche des salopes), une série de manifestations qui a démarré au Canada avant de s'étendre au monde occidental et qui s'élève contre l'excuse d'un viol en référence à la tenue vestimentaire d'une femme[110] ;
  • la liberté des droits reproductifs et notamment l'accès à la contraception et à l'avortement : « L'objectif du féminisme n'est pas de contrôler la fertilité des femmes, mais de lui laisser la possibilité d'être libre de contrôler la sienne » (J Baumgartner et A. Richards. Manifesta : Young Women, Feminism, and the Future);
  • la place des femmes dans le monde du travail puisqu'elles sont tenues loin des centres de pouvoir (le plafond de verre est toujours présent), qu'elles subissent une sous-enchère salariale et qu'elles sont plus fortement touchées par la pauvreté[97]. De plus elles subissent le harcèlement sexuel et une mise en cause de leur désir de maternité.

Ainsi, les thèmes de réflexion des féministes de la troisième vague ne sont pas différents de ceux de la deuxième et l'opposition entre ces deux moments de la lutte pour les droits des femmes tient plutôt à deux autres éléments. Tout d'abord les combats sont souvent reliés à d'autres comme l'écologie politique ou l'altermondialisme. De plus les conditions individuelles sont mises en avant plutôt que l'appartenance à un groupe femme monolithique[111]. Le but poursuivi par les personnes se reconnaissant dans cette troisième vague est d'affirmer que « les femmes peuvent et devraient être totalement des êtres humains, et non pas être évaluées au regard de la domination masculine »[112].

Autres civilisations[modifier | modifier le code]

Les luttes féministes dans les civilisations autres que l'occidentale se sont le plus souvent confondues avec d'autres combats. Ainsi les femmes asiatiques durant le XIXe siècle et le début du XXe siècle, lorsqu'elles se révoltaient, le faisaient contre le racisme et la domination impérialiste des colonisateurs[113]. Alors que les féministes européennes luttaient pour l'égalité des sexes, les femmes dans les pays colonisés ou soumis aux États occidentaux, luttaient pour l'indépendance. Dans ce contexte les violences contre les femmes, comme les viols, participaient souvent à l'exploitation des populations indigènes par les colons. Il en était de même pour les femmes des classes les plus pauvres ou des descendantes d'esclaves aux États-Unis, pour qui l'amélioration de la condition féminine passait par celle de tous ceux qui vivaient dans cette même situation économique[114].

Asie[modifier | modifier le code]

Japon[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Féminisme au Japon.

Jusqu'au XVIe siècle, les femmes sont relativement libres et bien éduquées. Certaines sont écrivains comme Sei Shōnagon ou Sarashina. Elles jouent un rôle notable dans les sociétés Samouraïs, défendent leurs droits et peuvent assumer des fonctions importantes. Par exemple, la femme du défunt Shôgun assume l'entière autorité le temps que son fils atteigne la maturité[115].

À partir de l'ère Edo, la philosophie de Confucius, pour qui la femme est un être inférieur, imprègne la société et les dirigeants. Les femmes voient leurs droits diminuer et les hommes ont droit de vie et de mort sur elles.

Raichō Hiratsuka (1886–1971)

En 1868, avec la restauration du pouvoir impérial et le début de l'époque Meiji, on voit apparaître les premiers mouvements féministes. Toshiko Kishida (1863- 1901) et Kusunose Kita (1833-1920) sont parmi les pionnières de ces mouvements[116]. En 1890, la Loi sur les rassemblements et organisations politiques (Shūkai oyobi seisha hō 集会及び政社法) interdit aux femmes de participer aux réunions politiques. La Loi de police sur l’ordre public de 1900 (Chian keisatsu hō 治安警察法) est combattue par les féministes et en particulier celles de l’association Seitōsha. Le Code civil de 1898 (Minpô) confirme la primogéniture masculine, la soumission de la femme à son époux et son obligation d'accepter des concubines en l'absence d'un héritier mâle. En 1907 débute la publication de la revue féministe Sekai fujin (Femmes du Monde)[116]. Mais l'ambition des filles est considérée comme une menace pour l'ordre familial. En 1920, à la suite d'une enquête sur les conditions des travailleuses dans les usines textiles de Nagoya, Hiratsuka Raichō et Fusae Ichikawa créent l'Association des femmes japonaises. Elles demandent entre autres l'abrogation de la loi de 1890, qui sera obtenue en 1922. Dans les années 1930, la féministe Yamakawa Kikue se bat pour l'indépendance sociale des femmes et contre le dogme patriarcal de la protection des mères par l'État[117].

En 1945, sous l'occupation américaine, les femmes obtiennent le droit de vote, la mixité de l'éducation et le droit à l'avortement (en cas de danger pour la vie de la mère). En 1947, la constitution du Japon (Nihonkokukenpô) est promulguée, elle entérine le principe de l’égalité des sexes dans le domaine de l’emploi. La même année, la révision de la Loi sur la famille (Kazoku hô kaiser) abolit l'ie et institutionnalise la famille nucléaire. En 1972, le gouvernement tend la main aux femmes pour qu'elles puissent concilier vie professionnelle et familiale avec la Loi sur le bien-être des femmes qui travaillent (Kinrô fujin fukushi hô). Dans les années 1980, les thèmes des féministes sont la reconnaissance de l'homosexualité féminine, la flexibilité du travail, le sexisme des médias et le harcèlement sexuel. En 1981, le Japon signe la Convention sur l'élimination de toutes les formes de discrimination à l'égard des femmes. En 1986, la patrilinéarité est abrogée et un an plus tard, la Loi sur l'égalité des chances entre hommes et femmes dans le domaine de l'emploi (Danjo koyō kikai kintō hō 男女雇用機会均等法) est promulguée[118]. Durant les années 1970, le Front de Libération des Femmes mène le combat. L'une de ses militantes, Matsui Yayori, fonde le Tribunal international des femmes pour la répression des crimes de guerre, qui juge, en 2000, le gouvernement japonais responsable de crimes de guerre contre les "femmes de réconfort" exploitées et violées par les armées japonaises durant la seconde guerre mondiale[119]

Les inégalités salariales sont importantes. Dans les années 1990, en moyenne, une femme perçoit un salaire inférieur de 60% à celui d'un homme pour un travail identique[120]. Des lois existent pour combattre le phénomène mais aucune sanction n'est prévue. En 1999, le gouvernement adopte la Loi générale pour une société d’égalité entre les hommes et les femmes qui devrait permettre d'améliorer la situation. 

Chine[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Féminisme en Chine.
Chaussure chinoise pour pieds bandés. XVIIIe siècle. Musée du château des Rohan, Musée Louise Weiss, Saverne, France.

Durant la Dynastie Qing (1644-1911), les femmes n'ont de place que dans la famille. Considérées comme des êtres de l'intérieur (nei ren) par la philosophie confucéenne, elles doivent être ignorantes et vertueuses[121]. Dans les années 1890, de nouvelles idéologies nationalistes font leur apparition, basées sur le rejet de cette dynastie mandchoue. Kang Youwei et son disciple Liang Qichao, deux  figures intellectuelles de la réforme des Cent Jours de l'empereur Guangxu, prônent l'émancipation de la femme et prennent position contre la pratique des pieds bandés qui privait la femme de mobilité. Quelques femmes profitent du vent de réforme pour entrer sur la scène politique comme Qiu Jin ou Xiang Jingyu, elles seront exécutées toutes les deux.         

À la fin de la dynastie, les missionnaires et leurs femmes créent les premières écoles pour filles, jusque-là exclues de l'éducation. En 1907, le gouvernement impérial légalise l'éducation des filles. Cependant, l'objectif est plus de mettre la femme au service de la modernisation de la Chine plutôt que de l'émanciper[121]. L'éducation, l'influence occidentale et les idées démocratiques aboutiront au début du XXe siècle à l'émergence des premiers mouvements féministes[122].         

Les femmes participeront au renversement de la dynastie en 1911 et au mouvement nationaliste du 4 mai 1919, avec l'apparition d'associations d'étudiants mixtes mais également féminines. Les revendications féministes sont alors le choix libre du partenaire, l'indépendance vis à vis du milieu familial ou le droit de se déplacer librement. Mais les femmes seront exclues du Parti communiste chinois à sa fondation en 1921. En 1949, sous l'égide du Parti, est fondé la Fédération nationale des femmes démocrates de Chine (FFC). La Loi sur le mariage de 1950 instaure le libre consentement des deux époux, interdit l’intercession d’un tiers et donne aux femmes les mêmes droits sociaux que les hommes. Pendant la Révolution culturelle, l'état crée des crèches pour alléger le travail domestique des femmes actives. Cependant, même si elle est très présente dans le discours politique, de 1949 jusqu'à la mort de Mao en 1976, la lutte pour l'égalité des sexes est perçue comme une extension de la lutte des classes et non comme la défense de la femme en tant qu'individu. La main mise du Parti sur la FFC en est un exemple notoire puisque l'état y dicte les causes et l'idéologie[123].         

La politique d'ouverture et de libéralisation lancée par Deng Xiaoping a des effets néfastes sur le statut de la femme active. Avec la fin de l'emploi garanti à vie par l'état, on voit surgir de nouvelles discriminations : licenciements massifs de femmes, harcèlement sexuel, discrimination à l'embauche[124]… La Loi sur la Protection des droits et des intérêts des femmes est promulguée en 1992. Après la quatrième Conférence mondiale des femmes de 1995, on assiste à une nouvelle mobilisation des féministes et à la création d'ONG indépendantes de la FFC. Leur combat porte sur la lutte contre les violences domestiques, l'éducation des femmes rurales ou la mise en place de programme sur le genre dans les écoles. Dans un pays où les manifestations sont illégales, elles organisent des manifestations culturelles (comme l'adaptation chinoise des Monologues du vagin), des campagnes de sensibilisation sur la contraception ou d'autres thèmes féministes[122].        

Inde[modifier | modifier le code]

Mahatma Gandhi et Sarojini Naidu (1942).
Article détaillé : Condition des femmes en Inde.

Les femmes en Inde dès le XIXe siècle, parviennent à obtenir des droits, comme l'abolition du mariage des enfants ou le droit à l'instruction, qui jusqu'alors ne leur étaient pas reconnus mais ce sont alors des choix politiques décidés par des hommes[125]. Au début du XXe siècle, les femmes participent aux actions anti-coloniales comme le boycott des produits britanniques[126]. Durant cette période est créé le Women's Indian Association dirigé par Annie Besant. Ce mouvement veut améliorer la condition féminine dans de nombreux domaines comme la santé, l'éducation, le travail, etc. Elles réclament aussi le droit d'éligibilité au même titre que les hommes ce qui leur est finalement accordé[127]. Ceci amène en 1925 l'élection de Sarojini Naidu, membre du Women's Indian Association à la présidence du Congrès national indien. Les femmes sont aussi présentes dans les mouvements de libération comme l'Armée nationale indienne ou le Rashtriya Swayamsevak Sangh. Après l'indépendance les femmes ont, peu à peu, eu accès au pouvoir politique, aux emplois administratifs, aux métiers libéraux, etc.[125], mais cela n'empêche pas l'éclosion d'un mouvement féministe dans les années 1970 qui se manifeste surtout par le travail d'ONG et qui se retrouve dans tous les courants politiques même si cela touche plus les couches aisées de la société. Les luttes portent essentiellement sur les violences faites aux femmes (avortement lorsque le fœtus est une fille, conditions de travail, problème des dots, etc.)[128].

Afrique du Nord[modifier | modifier le code]

Dans les partis clandestins qui s'organisent pour lutter contre l'occupation française, des femmes, en très petit nombre au début, trouvent leur place et créent des associations féminines. Ainsi en Algérie, Mamia Chentouf est responsable de la cellule féminine au sein du Parti du peuple algérien puis elle est une membre active de l'Association des femmes musulmanes algériennes. Au Maroc, Malika El Fassi intègre l'Association des femmes indépendantes où elle réclame le droit à l'instruction pour les femmes. Cependant, les revendications féministes sont plutôt tues et passent au second plan derrière la lutte contre l'empire colonial[129]. Lorsqu'elles expriment des idées proprement féministes, les femmes d'Afrique du Nord se soucient d'abord du mariage et du port du voile islamique. Ces deux thèmes sont liés à d'autres qui intéressent aussi les féministes comme la polygamie, la prostitution et l'éducation des jeunes filles[130].

Tunisie[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Statut des femmes en Tunisie.

En 1856, Ibn Abi Dhiaf, signe les prémices du féminisme tunisien avec l'Epître de la femme[131]. Bchira Ben Mrad fonde et préside l'Union musulmane des femmes de Tunisie de 1936 à 1956. En 1956, le Code du Statut Personnel abolit la polygamie et institue le divorce judiciaire. Fondée en 1956 par des militantes du Néo-Destour, parmi lesquelles les deux sœurs Chadlia et Saïda Bouzgarrou (nièces d'Habib Bourguiba), Fethia Mzali et Radhia Haddad, l'Union nationale de la femme tunisienne devient la principale organisation féminine en Tunisie[130].

En 1965, de nouvelles réformes sont adoptées : égalité des salaires, scolarisation obligatoire pour les filles et les garçons de 6 à 12 puis à 16 ans, interventions contre le port du voile. L'avortement est légalisé en 1973 et pratiqué gratuitement jusqu'à trois mois de grossesse. En 1989, la Tunisie ratifie la Convention sur l'élimination de toutes les formes de discrimination à l'égard des femmes.

En 1994, l’Association tunisienne des femmes démocrates et notamment sa présidente, la juriste Sana Ben Achour, dénonce l'oppression patriarcale des femmes. Les femmes tentées de se révolter contre le discours officiel sont rapidement rappelées à l’ordre, notamment par le biais d’une presse rigoureusement contrôlée par les autorités[132].

Égypte[modifier | modifier le code]

Dans l'Égypte Antique, la femme est l'égale de l'homme au regard de la loi. Elle peut gérer son propre patrimoine, divorcer, intenter un procès, atteindre des postes importants, en résumé elle a un statut très "moderne" par rapport aux femmes de son époque dans d'autres sociétés. Avec la prise de contrôle du pays par les romains puis d'autres civilisations, la femme perdra progressivement ses droits. La représentation des femmes dans les peintures est un indice intéressant : de taille égale à celle de l'homme, la femme sera représentée de plus en plus petite à partir de 2000 av. J.-C., illustrant le déclin de son statut[133].

À l'époque moderne, les Égyptiennes sont celles qui, en Afrique du Nord, se font le plus entendre en manifestant au côté des hommes réclamant l'indépendance. Le Parti Wafd crée en 1920 une branche féminine qui marque l'importance des femmes dans les organisations indépendantistes. Ces activistes adhèrent le plus souvent au marxisme, ou au moins à une idéologie de gauche et leur but premier est de développer l'éducation des filles qui est vue comme la base nécessaire à leur insertion dans la vie sociale et politique[134]. Qasim Amin, considéré comme le père du féminisme arabe écrit en 1899 La libération des femmes qui argumente pour une amélioration du statut légal et social des femmes[135]. Lors de l'indépendance du pays, les femmes qui demandent plus de droits sont considérées comme des suppôts de la France, hizb al-Fransa (le parti de la France)[136]. L'avocate Huda Sharawi fonde et préside en 1923 l'Union Féministe Egyptienne, devenant le symbole du mouvement pour les droits des femmes arabes. Après la seconde guerre mondiale, elle ose le geste symbolique d'ôter son voile en public[137]. Auteur d'une thèse sur La Femme dans l'Islam, Doria Chafic reprend la lutte en dirigeant un magazine féministe. Elle fonde un parti politique, Bint El Nil (La fille du Nil) et organise une manifestation de 1 500 femmes devant le Parlement réclamant le droit de vote. Il leur sera accordé la semaine suivante mais Doria sera emprisonnée dès l'avènement de Nasser. En 1956, le gouvernement de Gamal Abdel Nasser instaure un "féminisme d'état" en interdisant la discrimination et en donnant le droit de vote aux femmes. L'activisme politique féministe sera ainsi fortement ralenti[138]. Jihane el-Sadate, femme du président Anouar el-Sadate, essaie de défendre les droits des femmes dans une société égyptienne de plus en plus conservatrice avec la montée des mouvements islamistes.  

Dans les années 1970, Nawal el Saadawi est renvoyée de son poste au ministère pour avoir publié Les femmes et le sexe, qui traite de sexualité, de religion et du traumatisme de l’excision – autant de sujets tabous dans le pays. L'excision est interdite par décret en 1996. Selon l'Unicef en 2012, 91 % des femmes adultes sont excisées, mais seulement 16 % des jeunes filles auraient subi cette mutilation depuis l'interdiction[139]. En 2005, quatre militantes égyptiennes de l'Egyptian Center for Women’s Rights remettent le harcèlement sexuel au centre du débat. 

Afrique subsaharienne[modifier | modifier le code]

Les femmes africaines avant la fin de la seconde guerre mondiale s'opposent à l'oppression des empires coloniaux et les problèmes propres aux femmes sont soit laissées de côté soit s'intègrent aux luttes de libération. Il est exceptionnel que des avancées se fassent et le droit de vote accordé aux plus riches femmes sierra leonaises dans les années 1930 est unique[140]. En revanche, des femmes luttent couramment au côté des hommes contre l'administration coloniale. Ainsi, au Sénégal, elles s'opposent au recrutement militaire durant la première guerre mondiale ; en Rhodésie c'est l'obligation d'avoir une autorisation pour circuler qui déclenche la colère des femmes et au Togo elles refusent les impôts britanniques. Les togolaises suivent en cela l'exemple du Nigeria où, à la fin des années 1920, les femmes en lutte sont comparées par l'administration aux suffragettes anglaises[126]. Dans les années 1940, des nigérianes s'organisent en association sous la conduite de Funmilayo Ransome-Kuti et créent en 1946 l'Abeokuta Women's Union[141]. Comme au Maghreb, les femmes participent aux luttes pour l'indépendance au sein de partis clandestins que ce soit en Tanzanie où se fait particulièrement remarquer Bibi Titi Mohammed ou dans les territoires de l'Afrique-Occidentale française et de l'Afrique-Équatoriale française qui voient se développer un mouvement transnational, le Rassemblement démocratique africain dans lequel des femmes comme la malienne Aoua Kéita ou la voltaïque Célestine Ouezzin Coulibaly s'illustrent[142]. En 1959, dans les pays de l'Afrique de l'Ouest faisant partie de la Communauté française les diverses associations de femmes se réunissent dans l'Union des femmes de l'ouest africain qui réclame l'abolition de la polygamie, le droit aux femmes d'hériter de leur mari, la création d'un mariage civil, l'interdiction de la prostitution. Ceci va de pair avec la lutte contre les discriminations et pour l'égalité entre les hommes et les femmes[143]. Ce féminisme tend à prendre ses distances avec son équivalent occidental, considéré comme une forme de colonialisme. C'est pourquoi en 1977, à Dakar est créée l'Association des femmes africaines pour la recherche et le développement qui annonce vouloir « décoloniser le féminisme »[144]. Le terme même de féminisme est critiqué et certaines cherchent à le remplacer. Ainsi, Molara Ogundipe-Leslie utilise le néologisme « stiwanism » qui signifie « social transformation including African Women »[n 2] alors que Calixthe Beyala parle de féminitude et que d'autres font référence au « womanism »[145]. Il résulte de cela que le féminisme n'est pas une réalité semblable à celle du monde occidental et une auteure comme l'anthropologue Gwendolyn Mikell peut écrire en 2003 que « le féminisme africain est en train de naître »[n 3],[146].

Amérique latine[modifier | modifier le code]

Après les débuts du féminisme en Europe dans la deuxième partie du XXe siècle, les échanges entre l'Amérique et l'Europe amènent cette idéologie dans les salons de la bourgeoisie. Toutefois, les traces historiques des actions féminines sont rares et les débuts du féminisme en Amérique du Sud sont peu documentées[147]. Cependant dès la fin du XIXe siècle des anarco-féministes font entendre leurs voix en Argentine[148]. Par la suite les mouvements féministes en Amérique latine s'organisent en collaboration avec ceux d'Amérique du Nord dès 1910. Ceci aboutit en 1922 à la création de la Pan-American Association for the Advancement of Women qui réclame une meilleure éducation pour les femmes, le droit de vote et l'égalité. Entretemps, des féministes mexicaines organisent un congrès en 1916[148]. En 1928, cette organisation devient l'Inter-American Commission of Women[149]. Le droit de vote, pour important qu'il soit, n'est pas l'unique objet de la lutte mais il s'inscrit dans une démarche plus générale pour obtenir des droits égaux à ceux des hommes[150]. Les années 1960 connaissent un regain de l'action féministe qui participe ainsi à la deuxième vague féministe. Ce sont surtout les femmes des classes aisées qui mènent le combat et ce principalement dans les capitales des pays les plus grands comme le Mexique, le Brésil ou l'Argentine. Les années 1970, en revanche, parce qu'elles sont une période de luttes politiques violentes entre révolutionnaires et états dictatoriaux, ne laissent pas s'exprimer les idéaux féministes : les femmes participent aux combats mais le féminisme est considéré comme un facteur de division. Dans les années 1980, le mouvement féministe renaît et se développe autour de trois axes : indépendance vis-à-vis des partis de gauche, rencontres entre féministes de plusieurs pays d'Amérique latine et tentatives de massification des mouvements dans ce qui a été appelé le « féminisme des secteurs populaires ». Grâce à cette stratégie, les femmes parviennent à se faire entendre et à concrétiser des revendications. Cependant des tensions apparaissent entre féministes « pures et dures »[n 4] et féministes des secteurs populaires alors que les soutiens des ONG américaines et européennes ainsi que des institutions telles que l'ONU contrarient certaines qui rejettent une tentative de récupération par des sociétés néolibérales et impérialistes. Entre ces autonomes et les institutionnelles, la rupture est consommée dans les années 1990. D'autres facteurs font exploser l'unité du mouvement dans les années 2000, ce qui correspond à la troisième vague féministe. Les lesbiennes participent aux diverses rencontres féministes mais en organisent d'autres consacrées uniquement aux problèmes qui leurs sont propres. Par ailleurs les descendantes des Africaines s'organisent pour combattre le racisme, y compris celui de certaines féministes. Elles sont suivies par les Indiennes ce qui contribuent à une radicalisation du mouvement[148].

Le XXIe siècle[modifier | modifier le code]

Dans la préface de l'ouvrage de Florence Montreynaud : Le XXe siècle des femmes, Élisabeth Badinter écrit :

« En cette fin du XXe siècle, il reste aux femmes deux tâches à mener de front : achever le processus égalitaire dans leur vie familiale et professionnelle, mais aussi tendre la main aux hommes pour les aider à accéder au nouveau monde. S'il en est ainsi, on peut prendre le pari que le XXIe siècle ne sera plus l'époque privilégiée d'un sexe ou de l'autre, mais le moment enfin arrivé de l'humanité réconciliée. »

Au début du XXIe siècle, l'égalité dont parlait Élisabeth Badinter n'est pas encore réalisée. Une nouvelle vague féministe voit le jour et de nouveaux groupes militants apparaissent comme La Barbe, Ni putes ni soumises en France, Femen en Ukraine, Uk Feminista au Royaume-Uni ou Women on Waves aux Pays-Bas[réf. nécessaire].

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Deutschkatholizismus
  2. Transformation sociale incluant les femmes africaines
  3. I am observing the birth of feminism on the African continent
  4. de huesos colorados

Références[modifier | modifier le code]

(en) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en anglais intitulé « history of feminism » (voir la liste des auteurs).

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Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

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  • (en) Marlene LeGates, In Their Time : A History of Feminism in Western Society, Routledge,‎ , 400 p. (ISBN 9781136779039, lire en ligne)
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  • (en) Chandra Talpade Mohanty et Ann Russo, Third World Women and the Politics of Feminism, Indiana University Press,‎ , 338 p. (ISBN 9780253206329, lire en ligne)
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  • Denisa-Adriana Oprea, « Du féminisme (de la troisième vague) et du postmoderne », Recherches féministes, vol. 21, no 2,‎ , p. 7-8 (lire en ligne)
  • Michèle Riot-Sarcey, Histoire du féminisme, La découverte, coll. « Repères »,‎ , 128 p. (ISBN 9782707154729)
  • Françoise Thébaud, « La grande guerre : le triomphe de la division sexuelle », dans Geneviève Fraisse, Michelle Perrot et Georges Duby, Histoire des femmes en Occident : Le XXe siècle, t. 5, Plon,‎ (ISBN 2-259-02386-X)
  • Aili Mari Tripp, « The evolution of Transnational Feminisms », dans Myra Marx Ferree, Aili Mari Tripp, Global Feminism : Transnational Women's Activism, Organizing, and Human Rights, New York, New York University Press,‎ (ISBN 978-0-8147-2735-5)

Bibliographie connexe[modifier | modifier le code]

Ouvrages non utilisés pour la rédaction de cet article :

  • Christine Bard, Les filles de Marianne : histoire des féminismes, 1914-1940, Fayard, 1995
  • Laurence Klejman, Florence Rochefort, L'égalité en marche : Le féminisme sous la Troisième République, Éditions des Femmes, 1989
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