Radhia Haddad

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Radhia Haddad
Radhia Haddad راضية الحداد.jpg
Portrait de Radhia Haddad.
Biographie
Naissance
Décès
Voir et modifier les données sur Wikidata (à 81 ans)
CarthageVoir et modifier les données sur Wikidata
Sépulture
Nom dans la langue maternelle
راضية الحدادVoir et modifier les données sur Wikidata
Nationalité
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Fratrie
Parentèle
Youssef Chahed (petit-fils)Voir et modifier les données sur Wikidata
Autres informations
Partis politiques
Membre de

Radhia Haddad (arabe : راضية الحداد), née Radhia Ben Ammar (راضية بن عمار) le 17 mars 1922 à Tunis et morte le 20 octobre 2003 à Carthage, est une militante féministe et femme politique tunisienne.

Elle préside notamment l'Union nationale des femmes de Tunisie durant quinze ans.

Biographie[modifier | modifier le code]

Jeunesse[modifier | modifier le code]

Née le 17 mars 1922, fille de Salah Ben Ammar[1], elle grandit dans une famille de la bourgeoisie traditionnelle tunisoise intellectuellement ouverte[2],[3]. Elle fait des études primaires brillantes, en français, à l'école française de Franceville. Mais, en tant que fille, elle se voit obligée par ses parents de quitter l'école à douze ans[3], après avoir obtenu le certificat d'études primaires[2]; elle se plaindra plus tard « qu'aucun sacrifice n'était jugé trop grand pour faciliter les études de mes frères »[2]. Elle poursuit néanmoins des cours de langue arabe à domicile et apprend beaucoup de son frère, le futur homme politique et militant des droits de l'homme Hassib Ben Ammar[4], avec qui elle discute souvent en lisant ses livres de collège[3]. Radhia Haddad, forcée de porter le voile (sefseri), se révolte et refuse de quitter la maison. Elle profite de la visite du docteur Abderrahmen Mami, quand quelqu'un tombe malade dans son foyer, pour discuter avec lui du Vieux et du Néo-Destour[5].

Engagement militant et politique[modifier | modifier le code]

Radhia Haddad se marie à 18 ans avec son cousin maternel[3]. C'est donc voilée qu'elle fait ses premiers pas de militante[6] et commence à participer à la vie associative et politique[3]. Elle adhère à l'Union des femmes musulmanes de Tunisie, fondée par Bchira Ben Mrad, et participe au mouvement national en assistant les Tunisiens contre le protectorat français[7]. Elle participe également aux campagnes de solidarité et de collecte de dons au profit des étudiants à l'étranger[7]. En 1946, son beau-père, engagé en politique, lui propose de prendre part à une réunion tenue dans leur maison et à laquelle participent deux membres du Néo-Destour, Salah Ben Youssef et Allala Belhaouane. Après avoir assisté à cette réunion d'hommes, avec le consentement de ses hommes les plus proches (son beau-père et son mari), elle décide de retirer le voile, persuadée que personne n'y tient[8]. En 1947, elle crée et préside l'organisation féminine Les Amies des Scouts[7]. Elle écrit aussi une pièce de théâtre, où elle joue un rôle[7].

Après l'indépendance de la Tunisie en 1956, avec la promulgation le 13 août du Code du statut personnel (CSP) donnant à la femme une place inédite dans la société, elle devient rapidement l'une des premières femmes parlementaires[3] en Afrique et dans le monde arabe en siégeant comme députée de la circonscription de Tunis entre 1959 et 1974[9],[10].

Présidente de l'UNFT[modifier | modifier le code]

Membre du Néo-Destour puis du Parti socialiste destourien (PSD) entre 1952 et 1972[10], elle fait partie en 1956 de l'assemblée constitutive de l'Union nationale des femmes de Tunisie (UNFT)[7]. Elle préside cette organisation durant quinze ans, de 1958 à 1972[10], après sa désignation lors du premier congrès de l'UNFT, tenu du 7 au 9 avril 1958 à la Bourse du travail. Une fois le congrès terminé, le président Habib Bourguiba charge le directeur du Néo-Destour, Abdelmajid Chaker, de remplacer la présidente Aïcha Bellagha (présidente sortante choisie consensuellement lors de la réunion constitutive de l'UNFT tenue le 26 janvier 1956) par Radhia Haddad[11] en fournissant un résultat de vote donnant à Haddad, avec Fethia Mzali, une avance sur Asma Belkhodja-Rebaï, Saïda Sassi (nièce de Bourguiba) et Aïcha Bellagha[12]. Belkhodja-Rebaï déclare alors :

« Notre déception était grande, non pas de la personne de Radhia Haddad, mais de la manière dont l'affaire a été traitée. Mais à ce moment, déception et désaccord ne mènent pas automatiquement vers l'opposition. Et qui, à cette époque, s'opposerait-il à Bourguiba[13] ? »

Elle milite à l'UNFT pour que les femmes apprennent à lire et écrire en poursuivant des études, puis travaillent pour assurer leur autonomie financière[3]. Par sa force de convictions, les hommes « écrans » puis les femmes, et par son comportement, elle parvient à transformer en profondeur la société « d'une façon harmonieuse, dans le calme et l'entente sans heurts ni « retours de manivelle » »[3]. Elle fonde et dirige la revue trimestrielle La Femme, publiée par l'organisation[7]. Au regard de son action, Bourguiba lui déclare même : « Je suis le président des hommes et vous la présidente des femmes »[10].

Résistance et retraite[modifier | modifier le code]

Après la crise sociale de 1969-1970, elle rejoint Ahmed Mestiri qui constitue un groupe de « démocrates » au sein du PSD et du gouvernement[10]. Radhia Haddad démissionne de l'UNFT et du PSD le 8 mars 1972[14], même si l'historienne Catherine Mayeur-Jaouen avance qu'elle a été exclue de ce dernier[15]. Elle est alors « maltraitée en public et traînée devant les tribunaux sous des prétextes futiles »[10]. Elle est notamment condamnée le 9 mai 1974 à quatre mois de prison avec sursis et une amende de cent dinars lors d'un « curieux procès »[16]. Elle y est notamment défendue par vingt avocats, dont les anciens ministres Mestiri et Béji Caïd Essebsi mais aussi Me Chtourou[17] et Me Arezki Bouzida, bâtonnier d'Alger et grand militant du FLN[18]. Haddad en souffre beaucoup et finit par se retirer de la vie politique[10]. Elle vit une paisible retraite et s'occupe de sa petite maison d'édition, Elyssa, de l'autre nom de Didon, reine phénicienne et fondatrice légendaire de Carthage[10].

Elle publie en 1995 une autobiographie intitulée Parole de femme[2]. À propos du CSP, elle y écrit que, sans l'action de Habib Bourguiba, « aucune réforme radicale n'aurait pu réussir. Je crois que ce sera son plus grand mérite devant l'Histoire, car si tous les pays ont fini, un jour ou l'autre, par se débarrasser de la domination étrangère, aucun, et surtout aucun pays arabo-musulman, n'a osé une révolution sociale d'une telle ampleur »[2].

Morte le 20 octobre 2003 à Carthage[10], elle est enterrée au cimetière du Djellaz[19].

Elle est la grand-mère de Youssef Chahed (fils de Neila Chahed née Haddad), ministre des Affaires locales à partir du [20] puis chef du gouvernement depuis le [21].

Hommages[modifier | modifier le code]

Plaque de la rue Radhia Haddad

Le Rassemblement constitutionnel démocratique lui rend un vibrant hommage après son décès[10].

Le 19 novembre 2011, la rue de Yougoslavie au centre de Tunis est rebaptisée par le président par intérim Fouad Mebazaa à son nom[22].

Distinctions[modifier | modifier le code]

  • Commandeur de l'Ordre tunisien de l'Indépendance (1968)[23].

Publications[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. (en) Sayed Mohamed Mahdi al-Tajir, The International who's who of the Arab world, vol. I, Londres, International Who's Who of the Arab World Limited, (ISBN 978-0-950-61221-8), p. 107
  2. a b c d et e Ridha Kéfi, « Et Bourguiba libéra la femme », sur jeuneafrique.com, (consulté le 30 juin 2016)
  3. a b c d e f g et h Raed Marrakchi, « Le courage au féminin : Radhia Haddad », sur divergences.net, (consulté le 30 juin 2016)
  4. « Hommage à Hassib Ben Ammar », sur leaders.com.tn,
  5. Radhia Haddad, Parole de femme, Tunis, Elyssa, , 253 p. (ISBN 978-9-973-77500-9), p. 84
  6. Radhia Haddad, op. cit., p. 88
  7. a b c d e et f « Radhia Haddad », sur csp.tn
  8. Radhia Haddad, op. cit., p. 87
  9. « Tunisie : Radhia Haddad, « la présidente des femmes » », sur jeuneafrique.com, (consulté le 8 mai 2018)
  10. a b c d e f g h i et j Ridha Kéfi, « La « présidente des femmes » n'est plus », sur jeuneafrique.com, (consulté le 30 juin 2016)
  11. Michel Camau et Vincent Geisser, Habib Bourguiba : la trace et l'héritage, Paris, Karthala, , 664 p. (ISBN 978-2-845-86506-8), p. 336
  12. Habib Kazdaghli [sous la dir. de], Mémoire de femmes : Tunisiennes dans la vie publique, 1920-1960, Tunis, MédiaCom, , 357 p. (ISBN 978-9-973-99183-6), p. 84
  13. Habib Kazdaghli, op. cit., p. 37
  14. Radhia Haddad, op. cit., p. 189
  15. Catherine Mayeur-Jaouen, Saints et héros du Moyen-Orient contemporain, Paris, Maisonneuve et Larose, (ISBN 978-2-706-81649-9), p. 113
  16. Revue française d'études politiques africaines, vol. 97-102, Dakar, Société africaine d'édition, , p. 16
  17. (en) Colin Legum, John Gordon et Stewart Drysdale, Africa contemporary record : annual survey and documents, vol. VII, Londres, Africa Research, (ISBN 978-0-901-74200-1), p. 126
  18. Radhia Haddad, op. cit., p. 214
  19. « Obsèques de la militante Radhia Haddad : hommage posthume à un engagement sans faille », sur fr.allafrica.com, (consulté le 30 juin 2016)
  20. « Qui est Youssef Chahed, nouveau secrétaire d'État à la Pêche », sur leaders.com.tn, (consulté le 30 juin 2016)
  21. « Tunisie : le nouveau Premier ministre Youssef Chahed a formé son gouvernement », sur rfi.fr, (consulté le 21 août 2016)
  22. « Hommage posthume de la municipalité de Tunis à quatre tunisiens illustres », sur leaders.com.tn, (consulté le 30 juin 2016)
  23. « Décrets et arrêtés », Journal officiel de la République tunisienne, no 26,‎ , p. 686 (ISSN 0330-7921, lire en ligne [PDF], consulté le 7 mai 2017)

Liens externes[modifier | modifier le code]