Charge mentale ménagère

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La charge mentale ménagère est un principe de sociologie traitant de la charge cognitive. Dans ce phénomène, la gestion du foyer au quotidien représente une charge cognitive pour la personne. Il touche principalement les femmes[1].

Description[modifier | modifier le code]

Le principe de la charge mentale ménagère est introduit par Monique Haicault en 1984 dans son article La Gestion ordinaire de la vie en deux. Elle y décrit comment, chez une femme en couple qui travaille, son esprit demeure préoccupé par les tâches ménagères et la gestion du foyer, charge cognitive importante, constituant l'articulation de la « double journée » que mène celle-ci. Elle met ainsi en avant le fait que, la double charge « travail + foyer » ne se limite pas à une simple addition des contraintes, mais qu'elle emmène au travail une partie des tâches à gérer pour le foyer[2].

Selon Sandra Frey, la paternité du terme revient toutefois à la sociologue Danièle Kergoat qui, en 1990, se penche sur le cas des infirmières. Dans l'analyse de leur combat pour faire reconnaître professionnellement leur activité, Danièle Kergoat met en avant la « charge mentale »Interprétation abusive ? comme la continuation des tâches « féminine » dans un supposé « travail féminin »[3]. La sociologue Susan Walzer publiait en 1996 Thinking about the Baby, article dans lequel elle mettait en évidence d'une part les écarts qui existent dans la répartition des tâches ménagères dans un couple, mais aussi la part invisible du travail domestique, « du genre qui occupe l'esprit »[4].

Le sujet s'est longtemps cantonné à la pensée féministe. Et, si en 2017, la distribution des tâches ménagères au sein d'un couple de gens de sexe différent a évolué — sans toutefois arriver même à l'équilibre — il est constaté que la charge mentale ménagère demeure pour beaucoup le fait de la femme[1],[3]. Le principe de la charge mentale est largement présenté et expliqué sur le web, par exemple dans la bande dessinée humoristique Fallait demander, de la dessinatrice Emma dans son blog homonyme[5],[6].

La quantité de charge mentale ainsi que sa répartition au sein d'un couple sont très différentes suivant la situation familiale (avec ou sans enfants), ainsi que sur le type de logement (appartement, maison avec ou sans jardin, locataire ou propriétaire). Dans les cas avec enfants et en appartement locatif, la charge mentale est très généralement au détriment de la femme, même si les choses évoluent. Dans le cas de résidence en maison en tant que propriétaire, et avec jardin, voire piscine et animaux, les charges mentales correspondantes, même si de natures différentes sont équilibrées, et même souvent au détriment de l'homme[réf. souhaitée].

Illustration du phénomène[modifier | modifier le code]

La charge mentale ménagère renvoie à de nombreuses actions du quotidien qui peuvent sembler anodines, mais qui occupent une place prédominante dans les pensées de certaines personnes (notamment les femmes).

Ce phénomène s’illustre à travers des tâches quelconques telles que s’occuper de la vaisselle, de la lessive, payer les factures, penser à la liste de course, aller au supermarché ou encore appeler l’opérateur téléphonique, l’assurance ainsi que d’autres actions qui additionnées sont mentalement pesantes.

La charge mentale ménagère ne consiste pas seulement dans la simple réalisation de ces tâches, elle s’exprime principalement dans le fait de penser à ces tâches. Ce sont ces pensées qui représentent « un poids », l’esprit n’est pas libre car tout au long de la journée, il doit se rappeler les choses qui doivent être réalisées. L’esprit est accaparé par une liste d’action à ne pas oublier, ce qui représente une source de fatigue mentale et physique. La jeune auteure de la bande dessinée « Fallait demander[7] », résume parfaitement la charge mentale ménagère : « C’est un travail permanent, épuisant, et c’est un travail invisible »[7] ». Emma, l’auteure de cette bande dessinée, explique de manière humoristique comment ce phénomène se matérialise.

Elle explique que dans de nombreux ménages « le partenaire attend de sa compagne qu’elle lui demande de faire les choses », ce qui implique qu’il la considère comme « la responsable en titre du travail domestique ». La compagne a donc la responsabilité de connaître et planifier les tâches qui sont inhérentes à la vie d’un ménage. C’est donc un travail « invisible » qui pourtant représente une source de fatigue indéniable.

Références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Emilie Tôn, « La "charge mentale", le syndrome des femmes épuisées "d'avoir à penser à tout" », L'Express (en ligne),‎ (lire en ligne)
  2. Monique Haicault, « La Gestion ordinaire de la vie en deux », Sociologie du travail, vol. 26 « Travail des femmes et famille », no 3,‎ , p. 268-277 (lire en ligne)
  3. a et b Yacha Hazler, « "Charge mentale" : quatre réponses à vos amis qui assurent qu'ils partagent les tâches ménagères », sur francetvinfo.fr, France TV Info,
  4. (en) Lisa Wade, « The Invisible Workload That Drags Women Down », Time (en ligne),‎ (lire en ligne)
  5. Emma, « Fallait demander », sur emmaclit.com,
  6. Emeline Cazi, « Le succès d’Emma, la dessinatrice qui défend un féminisme du quotidien », Le Monde,‎ (lire en ligne)
  7. a et b Emma, « Fallait demander », sur Emma, (consulté le 20 mars 2019)

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Susan Walzer, Thinking about the Baby : Gender and Transitions into Parenthood (Women In The Political Economy), Temple University Press, , 209 p. (ISBN 978-1566396318)