Julia Kristeva

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Julia Kristeva
Julia Kristeva à Paris en 2008.jpg
Julia Kristeva en 2008.
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Domaines
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Académie américaine des arts et des sciences
Comité des intellectuels pour l'Europe des libertés (d) ()Voir et modifier les données sur Wikidata
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Directeur de thèse
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Œuvres principales
Semeiotikê
La Révolution du langage poétique
Le Génie féminin

Julia Kristeva (en bulgare : Юлия Кръстева), née le à Sliven en Bulgarie, est une philologue, psychanalyste et femme de lettres française d'origine bulgare. Elle est professeur émérite de l'université Paris-Diderot. Elle est l'épouse de Philippe Sollers.

Biographie[modifier | modifier le code]

Née au début de la Seconde Guerre mondiale, elle est la fille d'un comptable dans l'administration de l'Église et d'une mère qui avait suivi des études de biologie. Elle a une petite sœur, Ivanka. Elle étudie dans une école maternelle française religieuse, bientôt interdite par les autorités communistes, puis à l'école communale, tout en continuant de fréquenter l'Alliance française. Venant d'une famille non communiste, elle n'a pas le droit de porter le drapeau à l'école et doit renoncer aux études d'astronomie qu'elle envisageait à Moscou mais, puisqu'elle parlait français, elle sert comme interprète lors de la visite de dignitaires du PCF en Bulgarie, comme Waldeck Rochet. Comme tous les élèves, elle appartient aux Jeunesses communistes ; elle écrit par ailleurs dans le quotidien universitaire Jeunesse populaire[1].

Grâce à ses connaissance en littérature française, elle déménage à Paris en 1965 sur une bourse du gouvernement français[2],[1].

En 1973, elle soutient une thèse en linguistique[3] sous la direction de Lucien Goldmann[4]. Elle fait une carrière universitaire, devenant professeur à l'université Paris-Diderot et fondatrice du centre Roland Barthes. Elle est membre honoraire de l'Institut universitaire de France. Elle a donné des enseignements en sémiologie à l'université d'État de New York.

Elle est psychanalyste, membre de la Société psychanalytique de Paris depuis 1987, puis membre titulaire depuis 1997.

Engagements institutionnels et associatifs[modifier | modifier le code]

En , elle fait partie des membres fondateurs du Comité des intellectuels pour l'Europe des libertés[5].

En 2003, elle fonde avec le professeur Charles Gardou, le Conseil National du Handicap (CNH) qui a pour but de sensibiliser, former et informer la population sur les différents handicaps et leurs prises en charge[6]. Le 20 mai 2005, seront organisés par le CNH les premiers Etats généraux du Handicap à l'UNESCO[7]. Le but de cette journée qui a réuni plus de 1800 personnes, était d'engager la société civile à trouver des solutions pour améliorer la vie et l'insertion des personnes en situation de handicap autour de 8 thématiques : vie autonome et citoyenne. Vie, santé, éthique et déontologie. Vie affective, familiale et sexuelle. Vie professionnelle. Vie scolaire. Vie artistique et culturelle. Vie sportive et loisirs. Vie et dignité et grande dépendance. Les résultats de cette journée seront publiés dans un livre blanc[8].

En 2008, elle a créé à l’occasion du 100e anniversaire de la naissance de Simone de Beauvoir, le prix Simone de Beauvoir pour la liberté des femmes, récompensant l’œuvre et l’action de personnes contribuent à promouvoir la liberté des femmes dans le monde.

En 2011, Julia Kristeva est invitée par le pape Benoît XVI à la Journée de réflexion, de dialogue et de prière pour la paix et la justice dans le monde, à Assise, le 27 octobre 2011[9].

Activités de recherche et littéraires[modifier | modifier le code]

Julia Kristeva a publié plus d’une trentaine d’ouvrages, notamment sur les écrivains et intellectuels de sexe féminin. Son œuvre a une influence sur le féminisme international contemporain [10].

Elle participe à la revue d'avant-garde Tel Quel fondée par Philippe Sollers en collaborant dans ce groupe avec Michel Foucault, Roland Barthes, Jacques Derrida, Jean-Louis Baudry, Jean-Pierre Faye, Marcelin Pleynet, Jean Ricardou, Jacqueline Risset, Denis Roche, Umberto Eco, Pierre Rottenberg, Jean Thibaudeau et Philippe Sollers[11].

Dès son premier livre, Sèméiôtikè. Recherches pour une sémanalyse (1969), Julia Kristeva s'interroge sur le surgissement du texte littéraire ou poétique à l'intérieur du champ historique et social, c'est-à-dire aussi à l'intérieur du langage, mais travaillant contre lui, voulant le transformer. Structuralisme, matérialisme historique, psychanalyse : autant d'épistèmès jusque-là restées ignorantes les unes des autres et au carrefour desquelles Julia Kristeva situe, dans les années 1960-1970, sa réflexion théorique sur le langage et l'écriture. Dans ce contexte, Kristeva invente, en 1966, la notion d'intertextualité. Déplaçant les savoirs linguistiques et sémiologiques dans un nouvel espace de référence, Sèméiôtiké (1969) pose les concepts fondamentaux de cette théorie, lesquels seront repris, précisés et complétés dans la première partie de La Révolution du langage poétique (1974) et mis à l'épreuve de l'analyse littéraire dans la seconde partie de ce livre, consacrée aux écritures de Lautréamont et Mallarmé. S'inspirant du dialogisme bakhtinien, Kristeva conçoit l'analyse du texte à la lumière de son intertexte. Le texte redistribue la langue, il est le champ même de cette redistribution.

En 2014, elle est la rédactrice en chef d'un jour du quotidien L'Humanité, à l'occasion de la journée internationale des femmes[12].

Julia Kristeva est la présidente du Prix du livre politique[13].

Présentation de l’œuvre[modifier | modifier le code]

Langage et sémiotique[modifier | modifier le code]

Sa pensée et son œuvre se situent à la traversée des frontières, s'inscrivant dans un courant de la culture européenne, qui va de Saint Augustin, pour qui la seule patrie, c'est le voyage (In via in patria)[14], jusqu’à Freud, dont elle rappelle la formule « Là où c'était, je dois advenir. » [15] Comme le souligne Roger-Pol Droit, « une certaine forme de migration serait donc essentielle à la pensée, dans sa forme collective comme dans son évolution individuelle. »[16] C'est le cas de ses premières œuvres, dont Sèméiotikè[17] livre qui suscite un article de Roland Barthes publié en 1970 dans La Quinzaine littéraire, qu'il intitule « L'Étrangère », pour décrire sa démarche en ses termes: « Julia Kristeva change la place des choses : elle détruit toujours le dernier préjugé, celui dont on croyait pouvoir se rassurer et s’enorgueillir ; ce qu’elle déplace, c’est le déjà-dit, c’est-à-dire l’insistance du signifié. » [18] Dans son analysé de ce livre, Barthes souligne que les concepts élaborés par Kristeva et les objets de son analyse ont en commun d'être « marqués d'une mobilité exorbitante » qui caractérise une grande partie de son œuvre[19]. Dans La Révolution du langage poétique (1974), elle développe la théorie du processus producteur de sens dans le langage, composé selon elle, de deux éléments concourants, le symbolique et le sémiotique, en interrogeant les relations entre le langage et le corps vivant[20]. Dans son livre suivant, Polylogue (1977), elle poursuit cette analyse de diverses pratiques de symbolisation, de la plus simple, la langue, en passant par la peinture de la Renaissance (Giotto, Bellini) et la littérature moderne (Artaud, Joyce, Céline, Beckett, Bataille, Sollers), jusqu’à leurs approches par la sémiotique et la psychanalyse[21].

Littérature et psychanalyse[modifier | modifier le code]

Après différentes participations à des ouvrages collectifs (La Traversée des signes, 1975[22], et Folle Vérité, 1979[23]), Kristeva semble opter pour un nouvel axe de réflexion, moins scientifique et plus « philosophique », en publiant trois ouvrages centrés chacun sur un thème particulier : l'abjection, Pouvoirs de l'horreur (1980)[24], l'amour, Histoires d'amour (1983)[25] et la dépression, Soleil noir, dépression et mélancolie (1987)[26]. Dans cette trilogie elle s'appuie sur les œuvres littéraires, ainsi que sur des récits de ses patients, en cherchant à problématiser ce qui met le sujet en péril. Dans Pouvoirs de l'horreur. (1980), la seconde partie est consacrée à l'écriture de Céline. À la croisée du sémiotique et du symbolique, l’expérience esthétique représente pour Kristeva une source de questionnements tant pour la théorie que pour la pratique analytique. Expérience psychanalytique et littéraire se côtoyant et s'interférant, le texte littéraire n'est pas selon elle seulement un objet hétérogène auquel «s'appliquent» artificiellement des concepts psychanalytiques mais elle cherche à explorer l'écriture de Céline, d'Artaud, de Proust ou de Colette, à travers une écoute d'analyste, dans ce que Kristeva appelle « le substrat infrasignifiant de la langue »[27], c'est-à-dire les latences infantiles, d'ordre sémiotique, qui se donnent à lire — et à interpréter — dans la langue littéraire. Cette démarche se poursuit dans l'analyse du temps sensible dans l'œuvre de Proust, où pour Kristeva seule l'expérience romanesque « dévoile la vérité du sens et du sensible », en découvrant « sous l'Absolu le jeu des intrigues, l'ambiguïté des caractères et l'immersion des signes dans les sensations »[28].

Les Nouvelles Maladies de l’Âme[modifier | modifier le code]

En 1988, Julia Kristeva publie Étrangers à nous-mêmes[29], consacré au thèmes de la migration, de l'exil et de l'altérité. Faisant suite à cet essai, Les Nouvelles Maladies de l’Âme [30], tente de défnir les spécificités nouvelles des patients d’aujourd’hui ainsi que l'ensemble des images médiatiques, qui aplanissent les différences et les émotions, produisent également une uniformisation de l’âme ou de la psyché. Kristeva affirme que « les nouvelles maladies de l’âme sont les difficultés ou des incapacités de représentations psychiques qui vont jusqu’à mettre à mort l’espace psychique »[31].

« Pressés par le stress, impatients de gagner et de dépenser, de jouir et de mourir, les hommes et les femmes d’aujourd’hui font l’économie de cette représentation de leur expérience qu’on appelle une vie psychique… L’homme moderne est en train de perdre son âme. Mais il ne le sait pas, car c’est précisément l'appareil psychique qui enregistre les représentations et leurs valeurs signifiantes pour le sujet. »

— Les Nouvelles Maladies de l’Âme, p.122

Kristeva poursuit cette problématique dans Sens et non-sens de la révolte, pouvoirs et les limites de la psychanalyse, publié en 1996, en posant la question si face à la culture « show » ou « entertainment » il est possible de bâtir et d'aimer une culture-révolte ? C'est-à-dire ni « une nouvelle version de l'engagement », ni « une promesse paradisiaque », mais, au sens étymologique et même proustien de la révolte : dévoilement, retournement, déplacement, reconstruction du passé, de la mémoire et du sens[32].

Réflexion sur le féminin[modifier | modifier le code]

Entre 1999 et 2002 Kristeva publie la trilogie Le Génie féminin: la vie, la folie, les mots, consacrée à trois femmes du XXe siècle — Hannah Arendt, Melanie Klein et Colette, où elle se dissocie du « féminisme massificateur » et insiste sur l'irréductible singularité de chaque sujet. Sans ignorer la différence sexuelle, Julia Kristeva explore l'économie libidinale et psychique spécifique au sujet féminin, non pour cerner une illusoire identité féminine — question héritée du XIXe siècle, qui a trouvé sa pleine expression au XXe siècle, et qui, selon elle, est désormais obsolète —, mais pour dépasser l'enfermement dans les catégories sexuelles et ouvrir, via l'interrogation des identités, à la question de la singularité de chacun. La réflexion de Kristeva sur le féminin part en effet de la conviction que l'ultime aboutissement des droits de l'homme et de la femme n'est autre que l'idéal formulé par Duns Scot et que l'époque contemporaine a désormais les moyens de réaliser: l'attention portée à l'hecceitas[33].

Romans[modifier | modifier le code]

En 2004, Kristeva publie le roman Meurtre à Byzance, un polar historique et métaphysique, où à travers une sombre histoire de meurtres en série, et un cheminement sur les traces d'Anne Comnène, princesse byzantine et historienne, elle aborde le sujet de l'immigration, du déracinement et de la perte d'identité dans un voyage vers l'innommable.

Entre récit et traité, le roman Thérèse mon amour paraît en 2008, et s'inscrit dans la suite des biographies que Julia Kristeva, sous le titre Le Génie féminin, a consacrées à Hannah Arendt, Mélanie Klein et Colette. Il s'agit d'un récit de la vie de Thérèse d'Avila avec de multiples échos entre ce que Thérèse a vécu au XVIe siècle et le surgissement du continent religieux aujourd’hui, où Kristeva cherche à faire renaître au présent l'énigme de l'expérience intérieure de la sainte.

La pensée du temps entre la réalité à la fiction est le thème de son sixième roman L'Horloge enchantée, publié en 2015, où elle met en scène des personnages appartenant à des époques différentes, qui ont en commun le fait d'éprouver le temps et dialoguent avec l'artisan mécanicien de Versailles, Claude-Siméon Passemant autour de sa pendule astronomique.

Controverses[modifier | modifier le code]

Chine[modifier | modifier le code]

En 1974, elle se rend en Chine avec Philippe Sollers et Roland Barthes. Elle publie à son retour sous le titre Des Chinoises un livre s'interrogeant sur l'altérité de la Chine à travers des portraits de femmes chinoises. Selon Guy Sorman ce livre est élogieux au sujet de Mao Zedong qui, selon les écrits de Kristeva, « a libéré les femmes » et « résolu la question éternelle des sexes. » Alors que prend fin la Révolution culturelle, toujours selon Sorman, elle aurait affirmé n'avoir « constaté aucune violence »[34]. Ces citations non sourcées que lui attribue Sorman ne se trouvent pourtant pas dans les écrits de Kristeva. À la fin de son livre, elle souligne la féminisation des postes de pouvoir introduite par Mao : « Lorsque Mao lance, dans la Révolution culturelle, les femmes après les étudiants, et lorsqu'on met aujourd'hui les femmes aussi au poste de commandement, ne serait-ce pas pour signaler que le pouvoir dans une société n'est pas à abolir (ce qui serait non-sens ou poésie : un tout autre problème), mais qu'il n'a pas à être confisqué par sa représentation qui le fige? »[35].

Cependant, dès 1971, l'écrivain Simon Leys (dans Les Habits neufs du président Mao), a révélé à l'Occident les massacres de la Révolution culturelle ; en 1974, le goulag chinois est plein de prisonniers... et de prisonnières[34].

Selon Viviane Forrester le livre de Kristeva n’est nullement maoïste et ne fait aucun éloge de Mao ; elle observe que « Des Chinoises révèle une écriture neuve, éclatée, essentiellement subjective et féminine, par où passe un flux poétique invisible. Dans cette Chine dont on peut seulement mesurer la distance, Kristeva trouve un point de rencontre : cette étrangeté des femmes ici et là, à leur propre culture, à leurs civilisations »[36].

Critique de l'utilisation de termes mathématiques[modifier | modifier le code]

Parmi ses critiques, les physiciens Alan Sokal et Jean Bricmont, dans Impostures intellectuelles, dénoncent une utilisation de termes techniques mathématiques ou physiques par Kristeva, qui seraient destinés, selon eux, à impressionner un lecteur qui ne possède pas les connaissances permettant de juger du bien-fondé de l'utilisation de ces termes et à « surpasser Lacan pour ce qui est de la superficialité de l’érudition »[37]. Analysant des passages de trois articles, parmi ses premiers, datés des années 1960, ils mettent en évidence ce qui, d'après eux, démontre la méconnaissance des termes mathématiques qu'emploie Julia Kristeva. Pour Dominique Pinsolle, « Sokal et Bricmont estiment que leur jargon scientifique masque au mieux un manque de rigueur dans leurs théories, au pire un véritable charlatanisme. »[38]. Dans le journal Le Monde, Jacques Treiner juge que la réponse de Kristeva est une « navrante contre-attaque nationaliste »[39].

Dans Libération, le biophysicien Vincent Fleury publie un article intitulé « L'escroquerie Sokal-Bricmont », où il juge qu'au lieu d'un livre sérieux Sokal et Bricmont « se contentent de citer des extraits d'ouvrages et de leur appliquer des jugements comme «ridicule», «risible», «perle d'hilarité».  Nous surprendrons Sokal et Bricmont en flagrant délit de malhonnêteté. De deux choses l'une, ou bien Sokal et Bricmont ne savent pas lire, ou bien ils extraient à dessein des phrases de leur contexte dans le but de ridiculiser un auteur à peu de frais. S'agissant de Julia Kristeva, ils déterrent un texte ancien et donnent ainsi l'impression que l'essentiel de l'oeuvre de cet auteur tourne autour de formalisations. Cela fait hausser les épaules de toute personne bien informée.»[40].

Julia Kristeva répond à la polémique dans un article du Nouvel Observateur, où elle affirme que «  les sciences humaines, et tout particulièrement l’interprétation des textes littéraires et l’interprétation analytique, n’obéissent pas seulement à la logique des sciences exactes. Elles n’« appliquent » pas toujours ces « modèles », mais les empruntent, les exportent et les font travailler comme des « traces », qui se modifient dans un « transfert » entre sujet et objet, interprète et données. A l’intérieur de cette économie, l’élément emprunté cesse d’être précisément un modèle, pour se transformer, se déplacer, s’appauvrir ou s’enrichir.»[41].

Espionnage[modifier | modifier le code]

Le , le New York Times publie un article sur les relations de Julia Kristeva et les services d'espionnage bulgares, ce qu'elle nie fortement[42],[43],[44]. En mars 2018, la commission bulgare qui identifie les personnes qui avaient travaillé pour les services secrets de l'ère communiste annonce que Kristeva, sous le nom de code « Sabina », aurait été collaboratrice du premier département du Comité pour la sécurité de l'État. Le département supervisait le renseignement dans le domaine des arts et des médias[2],[45]. Elle aurait collaboré avec les services de renseignement bulgares entre 1970 et 1973, étant « définitivement exclue de l'appareil de collaboration début 1973 », selon les documents rendus publics[46]. Un des documents conservés dans le dossier intitulé "Inventaire des sommes dépensées par Sabina", marqué" Top secret! ", indique qu'il n'y a aucune somme, ni rémunération, ni dépense, et constitue juste un formulaire vierge[47]. Julia Kristeva réagit en déclarant que cette allégation n'est « pas seulement grotesque et fausse », mais « diffamatoire »[48] et que « cette manipulation est tissée de ragots rapportés et de pseudo-sources médiatiques surinterprétées, sans aucune valeur probatoire dans cette farce pénible. Plus encore, le crédit que l’article accorde à des informations archivées dans un bâtiment stalinien, participe – et je m’en effraye – à la perpétuation sans complexe de ces méthodes totalitaires. »[49] Le journaliste bulgare, Christo Christov, spécialiste des archives de la Sécurité d'Etat en Bulgarie communiste, a proposé une lecture documentée et comparative du dossier « Sabina », avec des précisions sur la loi bulgare[50]. L’historienne Sonia Combe, ayant travaillé sur les archives secrètes bulgares et celles de la Stasi, publie un article dans Le Monde à ce sujet où elle affirme que « l’accusation de collaboration avec les services de renseignement bulgares sous le communisme portée contre Julia Kristeva devrait nous remettre en mémoire les difficultés que présente l’interprétation d’un dossier de police, qui plus est quand il émane d’une police politique. L’aura de l'archive policière est telle qu'on en oublie qu'elle peut être aussi source de désinformation. »[51]

Vie privée[modifier | modifier le code]

Elle est mariée avec Philippe Sollers[52].

Prix et distinctions[modifier | modifier le code]

Œuvre[modifier | modifier le code]

Essais linguistique et littérature[modifier | modifier le code]

  • Le Langage, cet inconnu. Une initiation à la linguistique, SGPP, 1969 (publié sous le nom Julia Joyaux ; rééd. Seuil, coll. « Points » no 125, 1981)
  • Semeiotikê. Recherches pour une sémanalyse, Seuil, 1969
  • Le Texte du roman. Approche sémiologique d’une structure discursive transformationnelle, La Haye, Mouton, 1970
  • La Traversée des signes (ouvrage collectif), Seuil, 1975
  • Polylogue, Seuil, 1977
  • La Révolution du langage poétique. L'avant-garde à la fin du XIXe siècle, Lautréamont et Mallarmé, 1985
  • Le Temps sensible. Proust et l'expérience littéraire, Gallimard, 1994, rééd. coll. « Folio Essais », 2000

Autres essais[modifier | modifier le code]

  • Des Chinoises, Éditions des femmes, 1974[58] ; rééd. Pauvert, 2001
  • Folle Vérité (ouvrage collectif), 1979
  • Pouvoirs de l'horreur. Essai sur l'abjection, Seuil, 1980
  • Histoires d'amour, Denoël, 1983
  • Au commencement était l'amour. Psychanalyse et foi, Textes du XXe siècle, Hachette, 1985
  • Soleil noir. Dépression et mélancolie, Gallimard, 1987
  • Le Génie féminin, Paris, rééd. Gallimard, coll. « Folio essais » :
  • Au risque de la pensée, Éditions de l'Aube, 2001
  • Cet incroyable besoin de croire, Paris, Bayard, 2007
  • Du mariage considéré comme un des beaux-arts, avec Philippe Sollers, Fayard, 2015
  • Je me voyage. Mémoires, entretiens avec Samuel Dock, Paris, Fayard, 2016
  • Beauvoir présente, Fayard, 2016 (ISBN 978-2-8185-0419-2)

Romans[modifier | modifier le code]

  • Les Samouraïs, 1990
  • Le Vieil Homme et les loups, 1991
  • Possessions, 1996
  • Meurtre à Byzance, 2004
  • Thérèse mon amour, récit, Fayard, 2008
  • L'Horloge enchantée, Fayard, 2015

Références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Julia Kristeva, interviewée par Olivier Bouchara, « Une autre vie que la mienne », Vanity Fair n°59, juillet 2018, p. 66-73.
  2. a et b (en) Julia Kristeva was communist secret agent, Bulgaria claims, theguardian.com, 28 mars 2018
  3. http://www.sudoc.fr/05406581X.
  4. Forest 2009.
  5. « Tous au CIEL : un combat intellectuel antitotalitaire (1978-1986) présenté par Alain Laurent », sur lesbelleslettresblog.com, .
  6. « Histoire du Conseil National du Handicap », sur www.conseil-national-handicap.org.
  7. « Des Etats généraux pointent la nécessité de "former" au handicap », sur lemonde.fr, .
  8. Kristeva J, Gardou C, Meimon Nisenbaum C, et al., Handicap, le temps des engagements : 1ere édition, vol. 1, PUF, , 356 p. (ISBN 9782130556213, présentation en ligne)
  9. Voir sur le site zenit.org.
  10. Voir Kelly Oliver, Reading Kristeva: Unraveling the Double-Bind, Indiana University Press (1993) (ISBN 978-0253207616) et Cecilia Sjoholm, Kristeva and the Political, Routledge Publisher (2005) (ISBN 978-0415213653).
  11. François Hourmant, Le désenchantement des clercs : Figures de l'intellectuel dans l'après-mai 68, Presses universitaires de Rennes, coll. « Res publica », 1er mai 1997
  12. Julia Kristeva rédactrice en chef d'un jour de l'Humanité, article du site Internet du quotidien de présentation du numéro de l'Humanité du 7, 8 et 9 mars 2014. https://www.humanite.fr/medias/julia-kristeva-redactrice-en-chef-dun-jour-de-lhum-560559
  13. Palmarès du Prix du livre Politique La lettre du libraire, 9 février 2015
  14. Julia Kristeva, Pulsions du temps, Fayard, 2013, p. 248
  15. Julia Kristeva, Parler en psychanalyse : des symboles à la chair et retour, in Pulsions du temps, Fayard, 2013, p. 215
  16. Article de Roger-Pol Droit dans Le monde du 17 novembre 2005, https://www.lemonde.fr/livres/article/2005/11/17/julia-kristeva-je-vis-avec-ce-desir-de-sortir-de-moi_711066_3260.html
  17. Semeiotikè. Recherches pour une sémanalyse, éditions du Seuil, 1969 (réédition dans la collection « Points » no 96, 1978)
  18. L'Étrangère in Roland Barthes, Œuvres complètes, vol. 3, Seuil 2002 - p. 477.
  19. Roland Barthes, Œuvres complètes, vol. 3, éditions du Seuil 2002, p. 478
  20. La Révolution du langage poétique. L’avant-garde à la fin du XIXe siècle, Lautréamont et Mallarmé, édition du Seuil, 1974 (réédition dans la collection « Points » no 174, 1985)
  21. Polylogue, édition du Seuil, 1977
  22. Julia Kristeva, La traversée des signes, (recueil des travaux du séminaire « pratique signifiante et mode de production»), éditions du Seuil,. 1975
  23. Folle vérité. Vérité et vraisemblance du texte psychotique, éditions du Seuil, 1979, 307 pages.
  24. Pouvoirs de l’horreur. Essai sur l’abjection, Fayard, 1980 (rééd. « Points » no 152, 1983)
  25. Histoires d'amour, éditions Denoël, 1983, (rééd Folio « Essais » no 24, 1985)
  26. Soleil noir. Dépression et mélancolie, Fayard, 1987 (rééd. Folio « Essais » no 123, 1989)
  27. Julia Kristeva, Au risque de la pensée, entretiens avec Marie-Christine Navarro, Éditions de l'Aube, 2001, p. 67
  28. Julia Kristeva, Le Temps sensible. Proust et l'expérience littéraire Collection NRF Essais, Gallimard, 1994 p. 340 et suivantes
  29. Étrangers à nous-mêmes, éditions Fayard, 1988 ( réédition en Folio « Essais » no 156)
  30. Julia Kristeva, Les Nouvelles Maladies de l’Âme, éditions Fayard, 1993
  31. Julia Kristeva, Les Nouvelles Maladies de l’Âme, éditions Fayard, 1993, p. 19
  32. Sens et non-sens de la révolte. Pouvoirs et limites de la psychanalyse I. Fayard, Paris, 1996, Introduction.
  33. Julia Kristeva, Y a-t-il un génie féminin, in Le génie féminin, vol.III, Colette, éditions Fayard 2002, réédition Folio Essais, Gallimard, pp. 540-558
  34. a et b Mao ou l'étrange fascination française pour le sado-marxisme, par Guy Sorman, lefigaro.fr, 15 octobre 2007.
  35. Julia Kristeva, Des Chinoises, éditions des femmes, , p. 227 ( rééd ed.Pauvert 2005, p.308).
  36. Viviane Forrester, « Julia Kristeva telle quelle », Le Nouvel Observateur, no. 533,‎ 27 janv.- 2 fevr. 1975.
  37. Une désinformation. Julia Kristeva. Le Nouvel Observateur, no 1716, 25 septembre au 1er octobre 1997, page 122.
  38. Les sources du relativisme postmoderne
  39. Le Monde, 11 octobre 1997, Jacques Treiner, Sokal-Bricmont: Non, ce n'est pas la guerre.
  40. Vincent Fleury, « L'escroquerie Sokal-Bricmont », Libération,‎ (lire en ligne)
  41. Julia Kristeva, « Une désinformation », Le Nouvel Observateur N° 1716,‎ 25 septembre au 1er octobre 1997, page 122 (lire en ligne)
  42. (en) Jennifer Schuessler & Borgana Dzambazova. Bulgaria Says French Thinker Was a Secret Agent. She Calls It a 'Barefaced Lie'. The New York Times, April 1, 2018. La version imprimée, en date du lundi 2 avril 2018, dans le New York Times, p. C1 & C3, est intitulée: intellectual Caught Up In a Furor. French thinker denies claims she was a secret agent.
  43. (en) Julia Kristeva was communist secret agent, Bulgaria claims. The Guardian, Wednesday, March 28, 2018.
  44. (en) Take a look at the Files of Julia Kristeva Released by the Bulgarian Dossier Commission. novinite.com. March 31, 2018.
  45. (de) Fall einer poststrukturalistischen Ikone – Julia Kristeva war eine Spionin des Geheimdiensts, nzz.ch, 28 mars 2018
  46. Louise Hermant, « L'incroyable histoire de Julia Kristeva, accusée d'avoir été un “agent secret” de la Bulgarie », Les Inrockuptibles,‎ (lire en ligne)
  47. (bg) « Le dossier complet de Kristeva », Ploshtad Slaveikov Площад СЛАВЕЙКОВ,‎ (lire en ligne)
  48. « Julia Kristeva dément avoir été membre des services secrets bulgares à l’époque communiste », sur lemonde.fr,
  49. Julia Kristeva, « Droit de réponse à "L'Obs" », L'Obs,‎ (lire en ligne)
  50. Christo Christov, Julia Kristeva: ce qui a été omis dans la lecture du cas «Sabina», mediapart.fr, 2 avril 2018, trad. fr. 9 avril 2018
  51. « Affaire Kristeva : « L’aura de l’archive policière est telle qu’on en oublie qu’elle peut être aussi source de désinformation », Par Sonia Combe, Le Monde du 5 avril 2018 »
  52. « La vie à deux Julia Kristeva et Philippe Sollers. Tête-à-tête », dans Libération du 5 août 1996.
  53. (en) « Julia Kristeva Doctor of Philosophy, Honoris Causa »,
  54. Site du prix Holberg
  55. a et b Décret du 13 mai 2011 portant promotion et nomination.
  56. Prix Hannah Arendt.
  57. a et b [1]
  58. « https://www.desfemmes.fr/essai/des-chinoises/ »

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • David Crownfield, Body/Text in Julia Kristeva: Religion, Women, and Psychoanalysis, State University of New York Press, 1992.
  • Kelly Oliver, Ethics, Politics, and Difference in Julia Kristeva's Writing, Routledge Édition, 1993.
  • Anna Smith, Julia Kristeva: Readings of Exile and Estrangement, Palgrave Macmillan, 1996.
  • Jennifer Radden, The Nature of Melancholy: From Aristotle to Kristeva, Oxford University Press, 2000.
  • Roland Barthes, « L'Étrangère » in Œuvres complètes, vol. 3, Seuil 2002.
  • Hélène Pouliquen, Dos genios femeninos: Simone de Beauvoir y Julia Kristeva. Literatura y libertad, Instituto Caro y Cuervo, 2009.
  • Sara Beardsworth, Julia Kristeva, Psychoanalysis and Modernity, Suny Press, 2004 (Goethe Award de recherches en psychanalytiques).
  • Megan Becker-Leckrone, Julia Kristeva And Literary Theory, Palgrave Macmillan, 2005.
  • John Lechte, Maria Margaroni, Julia Kristeva: Live Theory, Continuum International Publishing Group Ltd, 2005.
  • Philippe Forest, « Kristeva (Julia) », dans Jacques Julliard et Michel Winock (dir.), Dictionnaire des intellectuels français : les personnes, les lieux, les moments, Paris, Le Seuil, (ISBN 978-2-02-099205-3), p. 792-793.
  • Kelly Ives, Julia Kristeva: Art, Love, Melancholy, Philosophy, Semiotics and Psychoanalysis, Crescent Moon Publishing Édition, 2010.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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