Féminisme au Japon

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Voiture de métro réservée aux femmes (2012).

Le féminisme au Japon est un mouvement qui est apparu à la fin du XIXe siècle, et s'est surtout développé au XXe siècle, avec le droit de vote et l'égalité entre les sexes inscrite dans la nouvelle constitution de 1946.

Situation des femmes avant l'ère Meiji[modifier | modifier le code]

Jusqu'au XIVe siècle, les femmes sont relativement libres et bien éduquées. Les biens qu'elles possèdent avant leur mariage leur restent après et, si elles deviennent veuves, elles exercent le pouvoir sur la maison. Peu à peu cependant, leurs droits sont limités et leur place dans la société se réduit pour qu'elles ne soient plus que des épouses et des mères sous la domination de leur époux. L'arrivée au pouvoir de femmes comme Hojo Masako ou Hino Tomiko qui exercent de fait le rôle de shogun est exceptionnelle[1]

À partir de l'ère Edo, la philosophie de Confucius, telle qu'elle est interprétée par des auteurs japonais comme Kaibara Ekiken qui font partie d'une école néo-confucéenne, domine la pensée japonaise et fait que la femme est vue comme un être naturellement inférieur[2].

Avant le XIXe siècle, la tradition voulait que les femmes japonaises obéissent à un homme : un père, un mari ou un fils[3].

Naissance du féminisme japonais[modifier | modifier le code]

Le féminisme au Japon a débuté à la fin du XIXe siècle. Certains observateurs pensent qu'il est issu des pensées occidentales qui atteignirent le Japon après la Restauration Meiji en 1868. D'autres qu'il serait tout autant le fruit de l'évolution de la pensée autochtone[4]. Le féminisme japonais se distingue des revendications féministes occidentales par le fait qu'il est moins attaché à l'autonomie individuelle[5].

Réunion de japonaises demandant le droit de vote (Tokyo, avant 1940).

Cependant, après que la Restauration de Meiji a aboli le système féodal, le statut des femmes a été modifié[3]. Le trafic des femmes a été restreint. Elles ont pu demander le divorce. Les filles, comme les garçons, devaient recevoir une éducation élémentaire[3].

Dans l'entre-deux-guerres, « Modan Gāru » est le surnom des Japonaises occidentalisées.

Après 1945[modifier | modifier le code]

D'autres modifications au statut de la femme ont eu lieu après la Seconde Guerre mondiale. Sous la pression américaine, les femmes acquièrent le droit de vote, et l'égalité entre les sexes est inscrite dans la nouvelle constitution de 1946[6] ; il s'agit d'une première mondiale[7].

En 1970, à la suite du mouvement contre la guerre du Vietnam, de la Nouvelle Gauche et du mouvement radicalisé des étudiants à la fin des années 1960, un nouveau mouvement de libération de la femme émergea, appelé ūman ribu (prononcé woman lib). La création de ce mouvement eut lieu en synchronisation avec les mouvements féministes radicaux aux États-Unis, ainsi que dans d'autres pays, ce qui déclencha la résurgence d'un militantisme féministe au cours des années 1970 et ultérieurement. Les militantes, Tanaka Mitsu en tête, faisaient une critique globale du Japon moderne, dominé par les hommes, et réclamaient un changement fondamental du système économique, politique et culturel de la société. Ce qui les distinguait des anciens mouvements féministes, c'était leur insistance sur la libération des sexes (sei no kaihō)[8]. Elles ne visaient pas seulement l'égalité homme-femme, mais était plutôt concentrées sur le fait que les hommes devraient aussi être libérés des aspects oppressifs d'un système patriarcal et capitaliste.

En 1979, la Convention sur l'élimination de toutes les formes de discrimination à l'égard des femmes a été adopté par l'Assemblée Générale des Nations Unies. Cette convention a été ratifiée par le gouvernement japonais en 1985[9].

Malgré ces changements, le Japon a reçu des mauvaises notes dans le Guide mondial des droits de l'Homme[10] jusqu'en 1986, concernant le statut de la femme ; c'est l'un des pays industrialisés du monde les moins égalitaires[11].

Monde professionnel[modifier | modifier le code]

En 1985, le taux d'activité des femmes n'est que de 53 %. En 1987, la loi sur l'égalité des sexes participe à faire augmenter ce nombre, mais qui atteint seulement 64 % en 2015, contre 84 % pour les hommes. En 1989 a lieu le premier procès pour harcèlement sexuel au travail[12].

En 2017, le taux d'emploi des femmes japonaises de plus de 65 ans est, à 33 % le plus élevé des pays de l'OCDE, soit 780 000 de plus qu'en 2012. Mais leur situation n'est pas égale à celle des hommes, le Forum économique mondial classant le Japon au 118e rang sur 144 pays en terme d'égalité de genre. Selon l'ONG Catalyst, les femmes occupent seulement 9 % des postes à responsabilité et sont soumises conditions de travail plus compliquées, liées au surmenage car elles doivent souvent choisir entre s'occuper du foyer et un travail, voire cumuler les deux, avec souvent des emplois précaires subalternes (notamment liés aux réformes Abenomics)[13].

Ainsi, 60 % des Japonaises arrêtent de travailler à la naissance de leur premier enfant (chiffres de 2015). Si le congé maternité, existe, il est employé par seulement 17 % des salariées. Dans la mentalité japonaise, une mère de famille qui travaille est mal considéré, comme celles qui font usage de ces congés, leur hiérarchie masculine faisant pression contre. Le manque de perspectives professionnelles, de capacité au retour à l'emploi après un arrêt, de places en crèches ou encore les traditions qui obligent les femmes à s'occuper de leurs parents âgés participent également de ce décrochage. Sur les 60 % d'actives, 44,2 % possèdent un emploi stable et à temps plein, contre 67,9 % en 1985, tandis que les femmes occupant des emplois à temps partiel est passé, pour les mêmes dates, de 28,5 % à 43,9 %. Le Premier ministre Shinzo Abe fait adopter en avril 2013 une « Déclaration d'action pour une société où les femmes brillent » et lance les « womenomics » (avec pour objectif 30 % de femmes parmi les postes de direction à l'horizon 2010). En mars 2014, il crée un conseil pour la promotion de l’emploi des femmes. Ces mesures sont cependant loin d'être suffisantes, comme en témoigne l'échec d'un programme de 2014 à destination des entreprises de plus de 300 salariés, où une compensation financière était versée en échange de la promotion d'une salariée au rang de cadre : aucune n'y a souscrit. Depuis 2014, les deux parents peuvent bénéficier du congé maternité, dont l'allocation est augmenté ; cependant, seuls 2,3 % des pères l'ont sollicité. À destination du même type d'entreprises, un plan d'action est lancé en 2015. pour que celles qui présentent un programme d'actions en faveur des femmes soient valorisées dans un classement. 27 chefs de grandes entreprises lancent en parallèle une initiative visant à promouvoir leurs actions internes pour les femmes (réduction du temps de travail, formations, etc.)[12].

Les Japonaises restent cependant souvent mal payées, reléguées à des emplois inférieurs et sont l'objet de harcèlement (environ 21 000 cas en 2013, deux fois plus qu'en 2002, même si l'ONG Matahara Net estime qu'une salariée sur quatre en serait victime, à cause d'une grossesse ou de la présence d'un jeune enfant). En conséquence, le taux de mariage des Japonaises chute (10 pour 1000 dans les années 1970, 5,3 pour 1000 dans les années 2010), ce qui entraîne une baisse de la natalité (respectivement 2,2 % à la première date et 1,42 à la seconde), alors que les naissances hors mariage restent rares[12].

Nombre de femmes députées par élection[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Voir la catégorie : Féministe japonaise.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en) Helen Tierney, Women's Studies Encyclopedia, vol. 2, Westport, Greenwood Press, , 1176 p. (ISBN 0-313-29620-0), p. 781
  2. (en) Kenneth Henshall, Historical Dictionary of Japan to 1945, Lanham, Scarecrow Press, , 328 p. (ISBN 978-0-8108-7872-3, lire en ligne), p. 72
  3. a b et c (en) Yuji Iwasawa, International Law, Human Rights, and Japanese Law, Page 205
  4. Molony, Barbara. "Women’s Rights, Feminism, and Suffrage in Japan, 1870-1925". The Pacific Historical Review, Vol. 69, No. 4, Woman Suffrage: The View from the Pacific. (novembre 2000), p. 640.
  5. Buckley, Sandra. Broken Silences: Voices of Japanese Feminism. University of California Press, 1997. Page 63.
  6. (en) Yuji Iwasawa., International Law, Human Rights, and Japanese Law., Page 205-206
  7. John W. Dower, interviewé par Gene Tempest, « Le "shogounat MacArthur" », L'Histoire n°413-414, août 2015, p. 111-115.
  8. (en) Setsu Shigematsu, « Scream from the Shadows: The Women's Liberation Movement in Japan », Minnesota: The University of Minnesota Press,‎ (lire en ligne)
  9. (en) Yuji Iwasawa., International Law, Human Rights, and Japanese Law., Page 206.
  10. (en) Yuji Iwasawa, International Law, Human Rights, and Japanese Law, Page 234
  11. (en) « Gender Gar Report »,
  12. a b et c Johann Fleuri, « Emploi ou enfant, le dilemme nippon », article paru initialement en octobre 2015 sous le titre « Les Japonaises indésirables au travail », Manière de voir no 150, décembre 2016-janvier 2017, p. 64-64.
  13. Régis Arnaud, « Les Japonaises investissent l'emploi », Le Figaro, encart « Économie », vendredi 20 octobre 2017, page 22.
  14. a b c d e f g h i j k l et m Pax et Libertas, Women's International League for Peace and Freedom, année 1978, page 34.