Jean-Edern Hallier

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Jean-Edern Hallier
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Naissance
Saint-Germain-en-Laye
Décès (à 60 ans)
Deauville
Activité principale
écrivain, journaliste, éditeur, critique littéraire, présentateur de télévision
Auteur
Langue d’écriture français
Genres
roman, pamphlet, chroniques

Œuvres principales

  • Le premier qui dort réveille l'autre (1977)
  • Fin de siècle (1980)
  • L'Évangile du fou (1986)
  • L'Honneur perdu de François Mitterrand (1996)

Jean-Edern Hallier, né le à Saint-Germain-en-Laye et mort le à Deauville, est un écrivain, polémiste, pamphlétaire, journaliste, critique littéraire et animateur de télévision français. Il est le créateur du prix anti-Goncourt et du journal L'Idiot international.

Biographie[modifier | modifier le code]

Borgne de naissance, Jean-Edern Hallier est le fils du général André Hallier (1892-1988), héros de la Première Guerre mondiale, puis attaché militaire en Hongrie, qui possédait un manoir familial à Edern dans le Finistère et de Marguerite Leleu (1903-1984), d'origine protestante alsacienne et juive selon lui[1].

Se situant à ses débuts dans la mouvance du nouveau roman, celui qui fut directeur de Tel Quel en 1960, en est exclu en 1963, à la suite d'une virée rocambolesque de Philippe Sollers[2], dans sa famille, en Suisse. En février 1973, il arrive finalement à être interviewé par Pierre de Boisdeffre et conclut en disant : « Croyez bien que ce livre est un livre d'humour »[3]. Il partira également (voir lien no 7) en décembre 1973 pour le Chili (Santiago) du temps de Pinochet avec des fonds rassemblés par Régis Debray (3 000 dollars) pour la résistance chilienne et reviendra sans l'argent (seulement donné le tiers): www.liberation.fr/evenement/1997/01/13/mystifications-provocations-une-anthologiele-jour-ou-jean-edern_194404[réf. nécessaire]. L'année suivante, il publie Chagrin d'amour (1974) dont il fait la promotion dans Ouvrez les guillemets de Bernard Pivot, qui déclare : « Cet écrivain sera un jour à l'Académie française. »

Il crée les Éditions Hallier, avec François Coupry et François de Negroni et publie une trentaine de livres. Reprises en 1978 par Albin Michel, elles deviennent les Éditions Libres Hallier. Homme de média, Hallier a hébergé en 1977 la première radio pirate déclarée — « Radio Verte », de tendance écologiste — qui fera beaucoup parler d'elle en tant qu'écho d'un phénomène nouveau. Durant cette même époque, Dans la lignée des événements de Mai 68 (auxquels il avait pris part), il a également créé, l'année suivante (octobre 1969), le journal satirique L'Idiot international — patronné à ses débuts par Simone de Beauvoir qui, par la suite, prendra ses distances avec le journal[4] —, ce qui vaudra plus tard à Hallier d'être accusé d'entretenir un réseau « rouge-brun ». Aux yeux de certains journalistes, le polémiste était d'autant plus suspect qu'il avait, depuis quelques années, entamé un dialogue avec Alain de Benoist, publiant notamment un de ses essais aux éditions Libres-Hallier (filiale des Éditions Albin Michel) : Les Idées à l'endroit (1979)[5].

En 1979, il publie un pamphlet anti-giscardien, Lettre ouverte au colin froid, dénonçant notamment son libéralisme économique inspiré des États-Unis, ses louanges de la social-démocratie, le marketing politique ou encore l'anglicisation à outrance du français[6].

En 1982, l'écrivain est soupçonné d'avoir simulé son propre enlèvement et commandité un attentat contre l'appartement de Régis Debray. Les sources de ces faits rapportés sont nombreuses : récemment l'auteur de sa biographie François Bousquet: rebellion.hautetfort.com/archive/2013/06/26/jean-edern-hallier-un-dandy-de-grand-chemin.html, rebellion-sre.fr/jean-edern-hallier/[réf. nécessaire] a confirmé le fait, ainsi que Gilles Ménage[7]. En 1977, il aurait déjà commandité un mini-attentat chez Françoise Mallet-Joris, juré Goncourt, afin de protester contre les magouilles des prix littéraires : la seule conséquence de ce geste fut un feu de paillasson.

En juin 1991, National Hebdo affirme que Jean-Edern Hallier va rallier le Front national. Dans un entretien accordé au Monde, l'écrivain dément, mais ajoute : « Le Pen représente beaucoup de Français de la France profonde. Il faut réconcilier Doriot et Thorez »[8], tout en se déclarant « de gauche[9] ».

Critique littéraire, il est également animateur d'émissions littéraires (émission de télévision littéraire en France) sur Paris Première avec le Jean-Edern's Club, où il jetait fréquemment les livres par-dessus son épaule ou dans une poubelle, et sur M6, avec À l'ouest d'Edern.

Durant les dernières années de sa vie, Jean-Edern Hallier s'est adonné à la peinture. Il est l'auteur de nombreux portraits[10].

Il s'est aussi attaqué à l'homme d'affaires Bernard Tapie dans L'Idiot international en 1991 puis en publiant son casier judiciaire en 1993. D'autres nombreuses personnalités ont aussi été violemment attaquées à cette époque, cela jusqu'à son décès en 1997.

Écrivain pamphlétaire et habitué des coups d'éclats médiatiques, Jean-Edern Hallier s'est montré particulièrement féroce envers le pouvoir socialiste et François Mitterrand — dont il fut un temps proche — en menaçant de révéler l'existence de sa fille cachée, Mazarine Pingeot, son passé lié au Maréchal Pétain et son cancer, dans un pamphlet en 1984, L'Honneur perdu de François Mitterrand, qu'il ne parviendra à publier qu'en 1996[11], le président de la République étant parvenu, grâce au système des écoutes, à faire détruire le brûlot avant sa publication en 1984[12]. Cette hostilité aurait eu pour origine des promesses non tenues (présidence d'une chaîne de télévision ou ambassade)[13].

Le pamphlétaire, alors en villégiature à Deauville au Normandy Barrière, meurt le matin du peu avant 8 h du matin (9 h selon son acte de décès)[14], alors qu'il circule à vélo (bien qu'à moitié aveugle: www.parismatch.com/Culture/Livres/Jean-Edern-ne-se-cachait-pas-derriA-re-ses-titres-accrocheurs-Chaque-numA-C-ro-de-A-LA-Idiot-A-avait-pour-ambition-de-rappeler-aux-uns-et-aux-autres-que-lA-information-cA-est-quelque-chose-qui-dA-C-range-quelquA-un-quelque-part-134739[15][réf. à confirmer][16]), sans que personne n'ait été témoin de l'accident (ou trop tard)[17],[18]. Peu de temps après la découverte du corps, il a été constaté que le coffre-fort de sa chambre d'hôtel — qui contenait des photocopies de documents concernant François Mitterrand et Roland Dumas — avait été vidé[16]. Son meuble de l'appartement parisien avenue de la Grande-Armée[19] avait également fait l'objet d'une visite semblable[16]. Il devait déjeuner quelques heures plus tard avec le journaliste Karl Zéro, qui fut d'ailleurs appelé pour l'identification du cadavre[20].

L'hypothèse de son assassinat a été plusieurs fois avancée, notamment par son frère, Laurent Hallier, dans une entrevue accordée à Christian Lançon pour le magazine Généreux en novembre 1998, ou par le même Christian Lançon et Dominique Lacout dans La Mise à mort de Jean-Edern Hallier[21]. Cependant, les plaintes déposées contre X n'ont pas été jugées recevables.

Certains anciens amis de cet homme très décrié gardent le souvenir d'une sorte de clown génial, « fantôme de Don Quichotte, venu réenchanter un monde de comptables et de retraités »[22]. Et qui, au-delà des frasques et des fulgurances, n'avait pas complètement perdu sa sensibilité[23].

Jean-Edern Hallier est le père de trois enfants : Béatrice Szapiro (née en 1958 de sa liaison avec Bernadette Szapiro, fille de l'écrivain belge Béatrix Beck)[24], puis Ariane Hallier (née en 1967) avec Anna Devoto-Falck, héritière du Gruppo Falck et Frédéric-Charles Hallier (né en 1981) de sa troisième épouse, Marie-Christine Cappelle[14].

Procès[modifier | modifier le code]

De juillet à octobre 1989, Jean-Edern Hallier et son journal sont condamnés à verser 250 000 F à Jack Lang et à son épouse pour « diffamation et injures publiques », puis 100 000 F à Christian Bourgois pour « propos injurieux et atteinte à la vie privée », 300 000 F à Georges Kiejman pour « injures, diffamation et atteinte à la vie privée », et enfin 400 000 F à Bernard Tapie pour des « atteintes d'une gravité exceptionnelle que ni l'humour ni les principes régissant la liberté de la presse ne sauraient justifier », selon les termes du tribunal correctionnel de Paris[25].

En juillet 1991, Jean-Edern Hallier est condamné à cinquante mille francs d'amende et quatre-vingt mille francs de dommages-intérêts à plusieurs associations antiracistes, pour « provocation à la haine raciale », par la 17e chambre du tribunal correctionnel de Paris, à la suite des « qualificatifs outrageants ou abjects s'appliquant à désigner les juifs comme la lie de l'humanité » dans un éditorial de L'Idiot international publié pendant la guerre du Golfe[26]. En septembre de la même année, l'écrivain est condamné à payer 800 000 F de dommages-intérêts à Bernard Tapie pour publication, dans L'Idiot international, de propos « diffamatoires, injurieux, et attentatoires à sa vie privée ».

À la suite de ses multiples condamnations judiciaires, L'Idiot international cesse de paraître, le journal ne pouvant plus faire face à ses dettes à cause de trop nombreux procès intentés contre lui.

En 2005, l'ancien directeur-adjoint du cabinet de Mitterrand, Gilles Ménage, et le chef de la « cellule Élysée », Christian Prouteau, ont été condamnés dans le dossier Hallier de l'affaire des écoutes de l'Élysée. L'ancien directeur de cabinet de Pierre Mauroy, Michel Delebarre, et l'ancien directeur de cabinet de Laurent Fabius, Louis Schweitzer, ont également été condamnés par le tribunal correctionnel de Paris[27]. La justice a ensuite condamné en 2008 l'État à indemniser le fils, la fille et le frère de Jean-Edern Hallier[28].

Œuvres[modifier | modifier le code]

Publications[modifier | modifier le code]

  • Les Aventures d'une jeune fille (1963)
  • Rapt de l'imaginaire (1964)
  • Le Grand écrivain (1967)
  • La Cause des peuples (1972)
  • Chagrin d'amour (1974)
  • Le premier qui dort réveille l'autre (1977) Prix Bretagne
  • Chaque matin qui se lève est une leçon de courage (1978)
  • Romans. Œuvres complètes (1978, 1982, 1994, 1997)
  • Lettre ouverte au colin froid (1979)
  • Fin de siècle (1980)
  • Un barbare en Asie du Sud-Est (1980)
  • Bréviaire pour une jeunesse déracinée (1982)
  • L'enlèvement (1983)
  • Le Mauvais esprit, avec Jean Dutourd (1985)
  • L'Évangile du fou (1986)
  • Carnets impudiques (1988)
  • Conversation au clair de lune (avec Fidel Castro) (1990)
  • Le Dandy de grand chemin, conversations avec Jean-Louis Remilleux (1991)
  • La Force d'âme (1992)
  • Je rends heureux (1992)
  • Les Français, dessins, éditions Ramsay (1993)
  • Le Refus ou la leçon des ténèbres (1994)
  • L'Honneur perdu de François Mitterrand (1996)
  • Les Puissances du mal (1996)
  • Fulgurances, textes et dessins (1996)
  • Journal d'outre-tombe (1998)
  • Fax d'outre-tombe (2007)

Textes[modifier | modifier le code]

  • Interview de Jean-Paul Sartre, Du Rôle de l'intellectuel dans le mouvement révolutionnaire (1971)
  • Préface à Mille pattes sans tête de François Coupry (1976)
  • Préface à Je rêve petit-bourgeois de Michel Cejtlin (1979)
  • Préface au Droit de parler de Louis Pauwels (1981)
  • Préface au Icônes de l'instant de Patrick Bachellerie (1987)
  • Préface à Je défends Barbie de Jacques Vergès (1988)
  • Préface aux Poèmes de sans avoir de Jean-Claude Balland (1990)
  • Préface à Petites blagues entre amis de Paul Wermus (1996)

Presse[modifier | modifier le code]

  • Atelier Jean-Edern Hallier[29] (1998)
  • L'Idiot International. Une anthologie, collectif (2005)

Théâtre[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Article du journal Libération : La haine de Mitterrand dérivera vers de troubles liaisons.
  2. Article de Libération.
  3. Vidéo de l'INA.
  4. cf. « J'accuse », Le Monde, 5 mai 1971.
  5. En ouverture du livre, une « note de l'éditeur » précise : « Les Éditions Libres-Hallier ne soutiennent évidemment pas les idées de la Nouvelle Droite, dont l'un des hérauts, Alain de Benoist, s'exprime ici. Les Éditions Libres-Hallier sont d'abord libres. Un débat est ouvert. Il serait suicidaire pour la gauche — ancienne ou nouvelle — de ne pas l'affronter en connaissance de cause. C'est la raison de la publication de ce livre. » Au sujet des rapports entre Alain de Benoist et Jean-Edern Hallier, cf. « Sur Jean-Edern Hallier et l'« Idiot international » ».
  6. Thierry Clermont, « Ces livres qui ont fait scandale - Lette ouverte au colin froid », Le Figaro, jeudi 26 juillet 2012, page 20.
  7. http://www.liberation.fr/evenement/1997/03/13/mystifications-provocations-une-anthologiele-jour-ou-jean-edern_194404
  8. « Selon National Hebdo, M. Jean-Edern Hallier « rallie » le FN », Le Monde, .
  9. Jean-Edern Hallier, Les Puissances du mal, Paris, éditions du Rocher/Les Belles Lettres, 1996.
  10. Carré d'art : Byron, Barbey d'Aurevilly, Dali, Hallier, Jean-Pierre Thiollet, Anagramme éditions, p. 233.
  11. Jean-Edern Hallier, Les Puissances du mal, éditions du Rocher/Les Belles Lettres, 1996.
  12. Paul Webster, Mitterrand : l'autre histoire, 1945-1995, Éditions du Félin, , p. 191
  13. Dominique Lacout et Christian Lançon, La Mise à mort de Jean-Edern Hallier, Presses de la Renaissance, 2006, chapitres 4 à 8 : pages 183 à 310. Voir aussi éventuellement le chapitre 9 : pages 311 à 368.
  14. a et b Filiation sur Wikifrat (fraternelle.org) Fraternelle : l’encyclopédie biographique de l’Homo erectus.
  15. www.bakchich.info/france/2007/02/12/hallier-des-dangers-de-la-bicyclette-50148.
  16. a, b et c Bruno de Cessole, « Hallier, ce mensonge disait la vérité », Valeurs actuelles, no 3660, 19 janvier 2007, p. 56-58.
  17. www.liberation.fr/evenement/1997/01/13/mort-du-client-de-la-suite-198_194417.
  18. www.humanite.fr/node/148411.
  19. La Mise à mort de Jean-Edern Hallier, chapitre 10 : pages 369 à 398.
  20. Documentaire Jean-Edern, le fou Hallier de Frédéric Biamonti.
  21. Dominique Lacout, La mise à mort de Jean-Edern Hallier, Paris, Presses de la Renaissance, (ISBN 978-2-7509-0220-9)
  22. Jean-Edern Hallier ou le narcissique parfait, François Bousquet.
  23. Dans Misères du désir (Blanche, 2004), Alain Soral rapporte, sur « Jean-Edern », ce souvenir :
    « C'était, je crois, le charme d'un Jean-Edern Hallier de n'être pas parvenu totalement à céder à cette tentation du vendu ; d'où cette agitation, ce délire, comme si une partie de lui se révoltait contre l'autre.
    Je me souviens de cette soirée où très tard, très bourré, dans sa grande cuisine de la Place des Vosges, il m'avait saisi le bras en me fixant d'une voix tremblante :
    – Tu sais, Alain, au fond je suis un mec bien.
    Qu'un type riche et célèbre ait eu besoin, même saoul, de trouver un peu de respect dans le regard d'un inconnu de vingt-huit ans me troubla si profondément que depuis lors, malgré ses frasques, ses approximations et ses reniements, je n'ai plus pu le considérer autrement que comme un être humain. »
  24. Who's Who in France, Édition 1996-1997 ; Carré d'Art : Byron, Barbey d'Aurevilly, Dali, Hallier, Jean-Pierre Thiollet, Anagramme éditions, 2008, p. 218.
  25. « Poursuivi en diffamation par Bernard Tapie, Jean-Edern Hallier et « l'Idiot international » condamnés à 400 000 francs de dommages-intérêts », Le Monde, et « Jean-Edern Hallier condamné pour diffamation envers Me Georges Kiejman », Le Monde, .
  26. « Auteur d'un éditorial contre la guerre « américano-sioniste » — M. Jean-Edern Hallier est condamné pour provocation à la haine raciale », Le Monde, .
  27. Jugement du Tribunal correctionnel de Paris, 9 novembre 2005.
  28. J.-B., « Écoutes de l'Élysée : l'État devra indemniser la famille Hallier », Le Figaro, 25 juillet 2008.
  29. (fr) « Notice Atelier Jean-Edern Hallier », sur Catalogue BnF (consulté le 5 juillet 2011)
  30. (fr) « Notice Le Genre humain », sur Catalogue BnF (consulté le 5 juillet 2011)

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]