De l'assujettissement des femmes

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De l'assujettissement des femmes (The Subjection of Women en anglais) est un essai de John Stuart Mill publié en 1869[1]. L'auteur y défend des idées développées conjointement avec son épouse Harriet Taylor Mill en faveur de l'égalité entre les sexes et du droit de vote des femmes.

L'essai s'inscrit dans le courant féministe, et ses fondements théoriques sont à la fois l'utilitarisme et la pensée libérale du XIXe siècle.

Contexte[modifier | modifier le code]

De l'assujettissement des femmes est publié en 1869 au Royaume-Uni, dans un contexte où l'inégalité entre les sexes est inscrite dans la loi et profondément ancrée dans les mœurs.

À l'époque, une femme était généralement soumise aux caprices de son mari et/ou de son père. L'opinion générale prétendait qu'elles étaient à la fois physiquement et mentalement inférieures aux hommes, et qu'il fallait en conséquence « veiller sur elles ». Cette opinion trouvait ses justifications d'une part dans une conception religieuse hiérarchique des rapports homme/femme au sein de la famille, et d'autre part dans des théories sociales basées sur le biologisme (ou déterminisme biologique). Dans ce XIXe siècle industriel, l'archétype décrivant la femme idéale comme une mère, épouse et ménagère était particulièrement puissant. Des penseurs influents comme John Ruskin défendaient la thèse d'une différence naturelle entre l'homme et la femme, réservant la sphère publique au premier et la sphère domestique à la seconde[2].

En défendant la thèse de l'égalité entre les sexes, John Stuart Mill attaque donc de front les normes sociales en vigueur dans toute l'Europe, s'opposant à la fois aux usages et à l'idéologie qui régnaient à son époque. En cela, on peut qualifier sa prise de position d'avant-gardiste.

Élaboration de l’œuvre[modifier | modifier le code]

John Stuart Mill crédita son épouse, Harriet Taylor Mill, en tant que co-auteur de De l'assujettissement des femmes. Au sujet de leur étroite collaboration intellectuelle, il affirmait :

« Lorsque deux personnes partagent complètement leurs pensées et leurs spéculations, lorsqu'elles discutent entre elles, dans la vie de tous les jours, de tous les sujets qui ont un intérêt moral ou intellectuel, et qu'elles les explorent à une plus grande profondeur que celle que sondent d'habitude et par facilité les écrits destinés aux lecteurs moyens ; lorsqu'elles partent des mêmes principes, et arrivent à leurs conclusions par des voies suivies en commun, il est de peu d'intérêt, du point de vue de la question de l'originalité, de savoir lequel des deux tient la plume. Celui qui contribue le moins à la composition peut contribuer davantage à la pensée ; les écrits qui en sont le résultat sont le produit des deux pris ensemble, et il doit souvent être impossible de démêler la part qu'ils y ont chacun, respectivement, et d'affirmer laquelle appartient à l'un, et laquelle, à l'autre. Ainsi, au sens large, non seulement durant nos années de vie maritale, mais encore durant les nombreuses années de complicité qui les précédèrent, toutes mes publications furent tout autant les œuvres de ma femme que les miennes... »[3],[4]

En 2009, Rosemarie Tong établit que John Start Mill est, au sens strict, le seul auteur de l'essai[5], mais il est également reconnu que la pensée de Stuart Mill au sujet du droit des femmes s'est en grande partie forgée au contact de son épouse, et que certains des arguments avancés dans son texte sont similaires à ceux développés par Harriet Taylor Mill dans son essai « De l'émancipation des femmes » (« The Enfranchisement of Women »), publié en 1851[5],[6] – un texte par ailleurs considéré comme plus progressiste encore que celui de Mill. Certains supposent également que la fille d'Harriet Taylor Mill, Helen Taylor, a pu contribuer au texte.

Stuart Mill acheva la rédaction du texte en 1861, soit trois ans après la mort prématurée de son épouse Harriet Taylor Mill. Le texte ne sera publié que huit ans plus tard, en 1869.

Présentation[modifier | modifier le code]

En 1869 John Stuart Mill écrit et publie un essai intitulé The Subjection of Women [7]. Le texte commence par une critique du mariage et de la place accordée à l'épouse. Celle-ci est entièrement soumise à son mari et cette situation est incompatible avec l'idéal d'égalité d'une société démocratique. Cette critique est par essence libérale car elle se fonde sur une égalité de tous les êtres humains à la naissance. Pour que l'égalité entre les hommes et les femmes devienne une réalité, l'égalité de droit est une condition nécessaire et suffisante. En effet, garantie par la loi, l'égalité s'imposera de fait à tous et dans toutes les occasions[8].

Un autre point important de l'essai est la déconstruction de l'image de la femme. À l'époque, les femmes sont vues comme naturellement plus faibles et moins douées intellectuellement que les hommes. Mill affirme le rôle prépondérant de la construction sociale dans cette image. Cette image permet de maintenir la situation d'asservissement[8].

Références[modifier | modifier le code]

  1. (en) John Stuart Mill, The Subjection of Women, Londres, Longmans, Green, Reader & Dyer., 1869 first ed.
  2. (en) John Ruskin, « Of Queen's Gardens », Sesame and Lili, (lire en ligne)
  3. (en) John Suart Mill, Mes Mémoires. Histoire de ma vie et de mes idées, VII, Londres,
  4. (en) John Stuart Mill, Sur la Liberté (On Liberty), Londres, John W. Parker and Son, , "Dédicace de l'auteur"
  5. a et b (en) Rosemarie Tong, Feminist Thought: A More Comprehensive Introduction, Westview Press (Perseus Books), (ISBN 978-0-8133-4375-4), p. 17
  6. (en) Harriet Taylor Mill, De l'émancipation des femmes (The Enfranchisement of Women), Londres, Westminster & Foreign Quarterly Review, july 1851 ed. (lire en ligne), p. 27
  7. (en) Marie Mulvey-Roberts, « Feminism : First-Wave British », dans Cheris Kramarae, Dale Spender, Routledge International Encyclopedia of Women : Global Women's Issues and Knowledge, New York, Routledge, (ISBN 978-0-415-92089-6, lire en ligne)
  8. a et b Sophie Heine, « John Stuart Mill et la “nature féminine” », Politique, no 78,‎ (lire en ligne, consulté le 7 juillet 2016)