François Poullain de La Barre

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François Poullain
de La Barre
François Poullain de La Barre.jpg
Naissance
Décès
École/tradition
Principaux intérêts
Idées remarquables
L’esprit n’a pas de sexe
Influencé par
A influencé

François Poullain de La Barre, né en 1647 à Paris et mort en 1725 à Genève, est un écrivain, philosophe cartésien et féministe français.

Biographie[modifier | modifier le code]

D’abord étudiant en théologie, François Poullain de la Barre adopte la philosophie de Descartes. Il devient prêtre dans la région de Champagne avant de se convertir au protestantisme en 1688. Après la révocation de l’Édit de Nantes, en 1690, il s’exile à Genève où il enseigne. Il est reçu habitant en 1688, puis bourgeois en 1716 de la République de Genève[1].

Convaincu de l’injustice faite aux femmes et par l’inégalité de la condition féminine, il applique les principes cartésiens à la question des femmes et rédige de nombreux textes de philosophie sociale qui dénoncent les préjugés sexistes envers les femmes au XVIIe siècle, préjugés qui soutiennent les discriminations dont elles font alors l’objet. Ces textes font de lui l’un des champions de l’égalité sociale entre femmes et hommes et le précurseur des théories féministes.

De l'égalité des deux sexes. Discours phisique et moral.

En 1673, il fait paraître anonymement De l’égalité des deux sexes, discours physique et moral où l’on voit l’importance de se défaire des préjugez où il démontre que l’inégalité de traitement que subissent les femmes n’a pas de fondement naturel, mais procède d’un préjugé culturel. Il préconise que les femmes reçoivent une véritable éducation mais aussi de leur ouvrir toutes les carrières, y compris les carrières scientifiques.

Le terme de «préjugé» est connu depuis le XVIe siècle, François Poulain de la Barre est le premier à mettre en parallèle «préjugé» et «sexe»[2].

Dans un autre ouvrage, toujours anonyme, De l’éducation des dames pour la conduite de l’esprit dans les sciences et dans les mœurs, Poullain de La Barre poursuit sa réflexion sur l’éducation des femmes, puis, quelques années plus tard, il défend avec ironie le point de vue sexiste répandu à son époque dans son ouvrage De l’excellence des hommes contre l’égalité des sexes par lequel il espère atteindre un plus grand nombre de personnes en ridiculisant les arguments patriarcaux.

Bayle a avancé l’hypothèse que Poullain aurait réfuté sa propre thèse parce qu’il se sentait menacé, mais les arguments antiféministes poussés jusqu’à l’absurde incitent au doute en ce qui concerne la sincérité de cette « réfutation ». Aussi, la place de Poullain de La Barre dans l’histoire du féminisme varie-t-elle considérablement d’un auteur à l’autre.

On doit à Poullain de La Barre la célèbre maxime L’esprit n’a pas de sexe. Simone de Beauvoir le cite en épigraphe au Deuxième Sexe en 1949 : « Tout ce qui a été écrit par les hommes sur les femmes doit être suspect, car ils sont à la fois juge et partie[3]. »

Œuvres[modifier | modifier le code]

  • De l’Égalité des deux sexes, discours physique et moral où l’on voit l’importance de se défaire des préjugés, Paris, Chez Jean du Puis, 1673 ; rééd. Fayard, 1984 [édition de 1676]
  • De l’Éducation des dames pour la conduite de l’esprit dans les sciences et dans les mœurs, entretiens, Paris, Chez Jean du Puis, 1674 ; Université de Toulouse Le Mirail, Toulouse, 1980, 1985.
  • De l’Excellence des hommes contre l’égalité des sexes, Paris, J. Du Puis, 1675.
  • La Doctrine des protestans sur la liberté de lire l’Ecriture sainte, le service divin en langue entenduë, l’invocation des saints, le sacrement de l’Eucharistie, Genève, 1720.
  • (en) Three Cartesian Feminist Treaties, Chicago, University of Chicago press, 2002.
  • De l'égalité des deux sexes; De l'éducation des dames; De l'excellence des hommes, éd. critique complète par M-F. Pellegrin, Paris, Vrin, 2011.

Œuvres en ligne[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Madeleine Alcover, Poullain de la Barre : une aventure philosophique, Paris ; Seattle, Papers on French seventeenth century literature, 1981.
  • Elsa Dorlin, L’Évidence de l’égalité des sexes. Une philosophie oubliée du XVIIe siècle, Paris L’Harmattan, 2001 (ISBN 978-2-7475-0016-6).
  • Christine Fauré, « Poullain de la Barre, sociologue et libre penseur », Corpus no 1, 1985 p. 43-51.
  • Geneviève Fraisse, « Poullain de la Barre, ou le procès des préjugés », Corpus no 1, 1985 p. 27-41.
  • Marie-Frédérique Pellegrin (dir.), François Poulain de la Barre : égalité, radicalité, modernité, ouvrage collectif, Paris, Vrin, 2017.

« Introduction » (M.-F. Pellegrin) ; « Un logicien de l'égalité, temps du préjugé et sexe de l'esprit » (G. Fraisse) ; « François Poulain de la Barre and the Making of the Enlightenment » (S. Stuurman) ; « Poulain’s Epistemology and Theory of Explanation » (D.Clarke) ; « ‘Examinez tout, jugez de tout, raisonnez sur tout’. Une éducation sans les lires ? » (M. Rosellini) ; « Poulain de la Barre : droits naturels et coutume. Un jusnaturaliste radical » (G. Conti Odorisio) ; « Poulain de la Barre – un linguiste oublié (M. Malinowska) » ; « Female Rights Vindicated (1758), nouvelle traduction de l’Égalité des deux sexes (1673) de Poulain de la Barre » (G. Leduc) ; « Postface : Le geste de Poulain de la Barre » (T. Hoquet).

  • Marie-Frédérique Pellegrin, « Les critères de la radicalité en question : le cas Poulain de la Barre », Revue de synthèse, tome 136, n°3-4, 2015.
  • Marie-Frédérique Pellegrin, « La science parfaite. Savants et savantes chez Poulain de la Barre. », Revue philosophique de la France et de l'étranger, n°3, 2013.
  • Marie-Frédérique Pellegrin, « Un philosophe peut-il défendre les femmes : François Poulain de la Barre (1647-1723) ? », in F. Rochefort, É. Viénnot (dir.), L’Engagement des hommes en faveur des femmes, Publications de l’université de Saint-Etienne, 2013.
  • Marie-Frédérique Pellegrin, « Égalité ou supériorité : les ambiguïtés du discours égalitaire chez Poulain de la Barre », in Revisiter la « querelle des femmes ». Discours sur l’égalité/inégalité des sexes, de 1600 à 1750, « L’école du genre », Publications de l’université de Saint-Etienne, 2013.
  • (en) Siep Stuurman, « Social Cartesianism : François Poulain de la Barre and the origins of the enlightenment », Journal of the history of ideas, 1997, vol. 58, no 4, p. 617-640.
  • (en) Siep Stuurman, François Poulain de la Barre and the Invention of Modern Equality, Cambridge (Mass.), Harvard University Press, 2004 (ISBN 978-0-674-01185-4). [compte-rendu]

Références[modifier | modifier le code]

  1. Poulain de la Barre, François, dans le Dictionnaire historique de la Suisse.
  2. Geneviève Fraisse, La sexuation du monde : réflexions sur l'émancipation, Paris, Sciences Po, les Presses, , 157 p. (ISBN 9782724618556, OCLC 944236539, lire en ligne), p. 17-28
  3. Citation faite de mémoire, la phrase exacte étant : « Ainsi tout ce qu'en on dit les hommes doit être suspect, parce qu'ils sont juges et parties » (De l'égalité des deux sexes, éd. de 1676, p. 80).

Annexes[modifier | modifier le code]

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