Clara Zetkin

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Clara Zetkin
Clara Zetkin (à gauche) et Rosa Luxemburg, en 1910.
Clara Zetkin (à gauche) et Rosa Luxemburg, en 1910.
Fonctions
Présidente de l'Internationale des femmes socialistes
Députée de la République de Weimar
6 juin 192020 juin 1933
Législature Ier à IXe législatures
Biographie
Nom de naissance Clara Eissner
Date de naissance
Lieu de naissance Wiederau, Saxe, Confédération germanique
Date de décès (à 75 ans)
Lieu de décès Arkhangelskoïe, près de Moscou
Nationalité Allemande
Parti politique SPD, USPD, Ligue spartakiste, KPD
Conjoint Friedrich Zundel (1899 - 1928)
Profession Enseignante
Journaliste
Femme politique marxiste

Clara Zetkin

Clara Zetkin née Clara Eissner le à Wiederau, en Saxe et morte à Arkhangelskoïe, près de Moscou, le est une enseignante, journaliste et femme politique marxiste allemande, figure historique du féminisme, plus précisément du féminisme socialiste.

Après avoir été membre jusqu'en 1917 de l'aile gauche du SPD, elle rejoint l'USPD (pacifistes) pour se retrouver dans le courant révolutionnaire que constitue la Ligue spartakiste. Ce courant donne naissance pendant la révolution allemande au Parti communiste d'Allemagne (KPD), dont Clara Zetkin est députée au Reichstag durant la République de Weimar, de 1920 à 1933.

L'historienne Nicole Gabriel attribue à Clara Zetkin un "rôle différent" de celui des autres figures féministes du socialisme de l'époque, étant la seule à avoir choisi d'emblée comme domaine d'action "l'agitation féminine" et la défense des droits des femmes[1].

Biographie[modifier | modifier le code]

Jeunes années[modifier | modifier le code]

Clara Eissner naît fille d'un instituteur, Gottfried Eissner, et de la féministe Joséphine Vitale. Sa famille s'installe à Leipzig en , à la retraite de Gottfried, et Clara rentre à l'institut Von Streyber pour l'éducation des femmes, ce qui lui donne accès à l'une des plus hautes éducations qu'une jeune femme pouvait obtenir à l'époque, l'accès aux universités étant encore impossible aux femmes à l'époque. Elle eut notamment comme enseignante l'éducatrice et féministe Auguste Schmidt. Elle fréquente les mouvements féministes, participant aux discussions de l'Allgemeinen Deutschen Frauenverein (Association générale des femmes allemandes). Une camarade de classe, une jeune russe nommée Varvara, l'introduit auprès de la communauté narodnik de Leipzig, où elle rencontrera son compagnon Ossip Zetkin, révolutionnaire russe en exil. Elle découvre les idées du socialisme révolutionnaire et, par son frère Arthur, les publications de la social-démocratie allemande[2].

Son père décède en , mais grâce à l'influence de sa mère dans les milieux féministes, en , l'institut la dispense de payer les droits d'inscription en dernière année qu'elle ne peut plus s'offrir. Elle obtient ainsi son diplôme de professeur en langues étrangères. Elle s'éloigne de sa famille et du féminisme "bourgeois" et adhère la même année au SAP, ancêtre du Parti social-démocrate d'Allemagne (SPD), interdit la même année par les premières lois antisocialistes du chancelier impérial Otto von Bismarck[3].

Période d'exil[modifier | modifier le code]

Malgré les lois antisocialistes, Clara Zetkin (qui a pris le nom de son compagnon sans mariage), participe clandestinement à la diffusion du journal du SPD, Der Sozialdemokrat. Ossip Zetkin est arrêté et expulsé d'Allemagne à l'été , elle-même est bientôt expulsée de Saxe, elle se réfugie à Zurich puis rejoint Ossip Zetkin à Paris en , où ils s'installent dans le 13e.

Alors qu'Ossip devient le secrétaire du premier mouvement d'ouvriers immigrés à Paris, majoritairement composé de russes et de roumains, elle devient correspondante pour le journal du SPD, Der Sozialdemokrat. Ils rencontrent Louise Michel, Jules Guesde, Laura Marx et son mari Paul Lafargue. Elle contracte la tuberculose et retournera quatre mois à Leipzig en pour s'y soigner[3]. Clara Zetkin a deux enfants avec son compagnon, Maxim (de) et Konstantin (de) , mais celui-ci décède en .

Fondation de la Deuxième Internationale[modifier | modifier le code]

En , l'année du décès d'Ossip Zetkin, se tient à Paris le congrès fondateur de la Deuxième internationale, dont elle participe à la préparation. Alors qu'il est attendu d'elle un rapport sur la situation des travailleuses en Allemagne, elle déclare devant ses camarades qu'elle ne l'effectuera point, la situation des travailleuses étant "identique à celle des travailleurs", mais qu'elle parlera plutôt du principe même du travail des femmes, et de la place qu'elles doivent prendre dans la lutte des classes[1].

En effet, les socialistes sont encore divisés sur la question du travail des femmes : sa massification est accusée de faire baisser les salaires, et certains socialistes ont encore une vision conservatrice de la place "naturelle" de la femme au foyer, comme le défendaient les partisans de Proudhon lors de la Première Internationale. Son discours à Paris plaide pour une émancipation de la femme en deux temps, le premier étant l'accès au travail.

« Libérée de sa dépendance économique vis-à-vis de l'homme, la femme [qui travaille] est passée sous la domination économique du capitaliste. D'esclave de son mari, elle est devenue l'esclave de son employeur. Elle n'avait fait que changer de maître. Elle a toutefois gagné au change : sur le plan économique, elle n'est plus un être inférieur subordonné à son mari, elle est son égale. »

Elle contrecarre les arguments contre le travail des femmes, dont elle attribue les conséquences néfastes au système capitaliste. Enfin, elle fustige le "féminisme bourgeois" (comme de tradition chez les marxistes de l'époque) dont elle considère que les priorités (accès aux études supérieures, droit de vote des femmes...) ne sont pas celles des travailleuses.

« Les pays dans lesquels existe le suffrage dit universel, libre et direct, nous montrent qu'en réalité il ne vaut pas grand-chose. Le droit de vote sans liberté économique n'est ni plus ni moins qu'un chèque sans provision. Si l'émancipation sociale dépendait des droits politiques, la question sociale n'existerait pas dans les pays où est institué le suffrage universel. L'émancipation de la femme comme celle de tout le genre humain ne deviendra réalité que le jour où le travail s'émancipera du capital. »

Elle plaide enfin pour l'union des travailleurs et travailleuses au sein du mouvement socialiste.

« En marchant main dans la main avec le parti ouvrier socialiste, elles sont prêtes à partager toutes les peines et tous les sacrifices du combat, mais elles sont aussi fermement décidées à exiger après la victoire tous les droits qui leur reviennent. »

— Clara Zetkin, Discours à la Première Conférence de l'Internationale Ouvrière[4]

Il s'agit de l'un de ses premiers discours publics, mais celui-ci aura un fort impact : ralliant à ses arguments les représentants présents, elle fait inscrire dans la nouvelle ligne politique de l'Internationale la revendication de l'égalité économique, juridique et politique des femmes, le droit d'accéder librement au travail, et la recommandation pour les socialistes de tous les pays à inviter les femmes dans la lutte des classes[1].

Retour en Allemagne et essor politique[modifier | modifier le code]

Copenhague, 1910, VIIIe Congrès de l'Internationale Socialiste, au centre Clara Zetkin avec Alexandra Kollontaï.

La même année (), de violentes grèves dans toute l'Allemagne obtinrent, en 1890, l'abolition des lois antisocialistes. En , Zetkin rentre en Allemagne et crée le journal Die Gleichheit (l'Égalité), dont elle devient rédactrice-en-chef et qu'elle publiera jusqu'en . Le journal devient un outil d'éducation populaire des femmes ouvrières et d'information sur leurs conditions de travail. Son travail d'agitation participe à la structuration d'un important mouvement social-démocrate féminin[1].

L'adhésion à un parti politique étant interdite aux femmes par la loi prussienne, elle crée une structure parallèle au SPD, qui existe à moitié dans la clandestinité, à moitié en contournant la législation. Cette structure se dote d'une ligne politique claire, d'une responsable centrale (Ottilie Baader) salariée par le SPD, et sera rejointe par Rosa Luxemburg, Hélène Stöcker, Luise Zietz, Anita Augspurg, Minna Cauer, Lily Braun, et bien d'autres. À chaque congrès du SPD, les femmes socialistes envoient des déléguées élues en assemblées non-mixtes. En , une première tentative d'organiser une conférence socialiste des femmes est empêchée par la police[5]. À partir de , la "Conférence des femmes" réussit à se réunir avant chaque congrès du parti, et ses comptes-rendus sont joints aux procès-verbaux de celui-ci.

Malgré les succès, Clara Zetkin est critiquée en interne pour son autoritarisme, son zèle à régenter et sa rigidité doctrinaire, qui l'oppose à l'aile réformiste du parti qui plaide vers plus de modération (et à laquelle appartient sa rivale Lily Braun). Elle s'oppose également, revendiquant l'égalité de traitement entre hommes et femmes, à la revendication de mesures légales spécifiques pour les travailleuses, exceptées les femmes enceintes. De plus, son journal, "Die Gleichheit" est également critiqué, non pas pour sa qualité mais pour le niveau de langue trop soutenu et le niveau de conceptualisation théorique, mettant la plupart des ouvrières, pour Lily Braun, "hors d'état de le comprendre".

L'historienne Nicole Gabriel situe la fin de "l'ère Zetkin" vers 1906[1], alors que s'assouplissent peu à peu les lois interdisant la politique aux femmes, permettant aux femmes d'adhérer officiellement au SPD. Il est alors question de rattacher la section féminine, jusque-là autonome, au parti, voire de la supprimer pour intégrer les femmes comme des travailleurs "comme les autres", ce auquel les femmes socialistes s'opposaient fermement.

Mais des questions de rapport de force entre réformistes et marxistes orthodoxes entrent en jeu : le mouvement des femmes de Clara Zetkin se situe de manière très majoritaire dans la ligne orthodoxe, et cette section autonome, au-delà des droits des femmes, est un atout de l'aile gauche du parti.

C'est dans ce climat qu'en Clara Zetkin organise à Stuttgart, sa ville de résidence, la Première conférence internationale des femmes socialistes, évènement fondateur de l'Internationale socialiste des femmes, pendant féminin de la Deuxième Internationale Socialiste. Pour l'historienne Nicole Gabriel, "on ne peut douter de la sincère volonté internationaliste de Clara Zetkin", même si elle compte, du même coup, "renforcer sa place dans le parti, en tant que femme et représentante de l'aile gauche à qui elle offre une tribune"[1].

L'Internationale Socialiste des Femmes[modifier | modifier le code]

La Première conférence internationale des femmes socialistes, accolée à un congrès de la Deuxième Internationale, est un succès en termes de fréquentation. Elle consacre également Clara Zetkin présidente de l'Internationale socialiste des femmes, élue à l'unanimité sans même avoir eu à présenter officiellement sa candidature. Son journal, Die Gleichheit, devient l'organe officiel de l'internationale des femmes, et le siège de l'organisation est fixé dans ses locaux. Elle sera réélue par acclamation à la conférence de Copenhague en .

L'objectif principal de l'Internationale des femmes socialistes est l'obtention du droit de vote pour toutes les femmes. En , lors de la Deuxième conférence internationale des femmes socialistes à Copenhague, elle propose, avec la russe Alexandra Kollontaï, la création de la « Journée internationale des femmes », une journée de manifestation annuelle afin de militer pour le droit de vote, l'égalité entre les sexes, et le socialisme. La première d'entre elle, à laquelle participe Clara Zetkin, est fixée le . Cette initiative constitue l'origine de la Journée internationale des droits des femmes, manifestation annuelle fixée de nos jours le 8 mars.

Divergences stratégiques[modifier | modifier le code]

Si la place de Clara Zetkin à la tête du mouvement international est incontestée, elle ne parvient pas à imposer aux différents mouvements nationaux une tactique commune. En effet, dans un certain nombre de pays, le suffrage est masculin et censitaire, donc réservé aux hommes de la bourgeoisie. Dans le but d'obtenir le droit de vote pour les femmes ouvrières, certains mouvements nationaux sont d'avis d'opérer par étapes :

  • soit en militant pour l'obtention du droit de vote des ouvriers hommes avec les mouvements socialistes, comme l'a fait le mouvement autrichien d'Adelheid Popp.
  • soit en militant pour l'obtention du droit de vote des femmes "dans les mêmes conditions que les hommes", avec les féministes "bourgeoises" comme les suffragettes, comme le font la française Madeleine Pelletier ou les britanniques de l'Independent Labour Party.

Clara Zetkin tente d'imposer une politique d'intransigeance, focalisée vers l'obtention sans étapes intermédiaire du suffrage universel, comme elle l'applique elle-même en Allemagne. Mais les situations locales très diverses rendent cette uniformisation difficile. Clara Zetkin se heurte dès la première conférence, en , à la fronde des déléguées Anglaises et Autrichiennes[6].

Zetkin se rapproche à cette conférence de la britannique Dora Montefiore, de la Social Democratic Federation et de l'Adult Suffrage Society, deux organisations féminines minoritaires en Grande-Bretagne, mais aux idées proches de la ligne de Zetkin. Dora Montefiore deviendra, avec l'assentiment de Clara Zetkin, représentante des femmes socialistes britanniques auprès de l'Internationale des femmes. Elle défendra sa ligne (et celle de Zetkin) au nom de toutes les femmes socialistes britanniques. Pour l'historien John S. Partington, la manœuvre "divisa les femmes socialistes britanniques et empêcha une honnête représentation de la Grande-Bretagne sur la scène internationale"[7]. A l'invitation de Montefiore, Clara Zetkin et Alexandra Kollontai se déplaceront à Londres, pour le May Day de , donner un discours défendant le suffrage universel sans étapes intermédiaires. Mais, lors de la seconde conférence de l'ISF, en , les déléguées des mouvements britanniques majoritaires, protestant contre l'attribution à Montefiore de la parole britannique, quittèrent la salle en masse. Plus tard dans l'année, elles évinceront Dora Montefiore, qui quittera l'Angleterre pour l'Australie.

Opposition à la guerre[modifier | modifier le code]

L'Internationale des femmes socialistes est également résolument pacifiste, opposée à ce qui sera la Première Guerre Mondiale et dont les prémisses se font sentir au début du XXe siècle.

Clara Zetkin participe, avec la hollandaise Helen Ankersmit, à une manifestation pour la paix à Berlin le . Elle prononce un discours contre la course aux armements et une guerre "fratricide", en appelant au "sens de la solidarité des prolétaires" et au "sublime message de la paix socialiste"[8].

Le début de la guerre, en , est pour elle un tel choc moral que, d'après l'italienne Angelica Balabanoff, son entourage se demanda si elle s'en remettrait[9]. Elle déclare par lettre à Helen Ankersmit:

«  Lorsque la guerre a éclaté, j'ai cru devenir folle ou vouloir me tuer. Je suis restée gravement malade pendant un mois. (...) Mon fils ainé est en Belgique. (...) Je suis presque sans nouvelles. Combien de fois faut-il apprendre que l'un de nos camarades, le plus simple, le plus dévoué, est tombé. Mais que représente tout cela par rapport au glas historique qui vient de tomber, la débâcle de l'Internationale[9].  »

Alors que les différents partis socialistes ont accepté de se considérer ennemis dans la guerre, elle entreprend de réunir malgré tout les femmes de l'Internationale, les appelant à une conférence pour la paix, au nom des valeurs de l'internationalisme prolétarien abandonné par les partis politiques constituant l'Internationale.

La Conférence est organisée à Berne, la semaine de Pâques . Soixante-dix femmes socialistes s'y rendirent de presque tous les pays en guerre (à l'exception de l'Autriche et la Belgique, dont les représentantes ne purent venir). La seule française a avoir pu effectuer le trajet était Louise Saumonneau.

Clara Zetkin s'oppose à la délégation russe, composée notamment de Lilina Zinoviev et de Nadejda Kroupskaïa, venue avec son mari, Lénine. D'après Angelica Balabanoff:

«  Travaillant sous la direction de Lénine, (elles) déposèrent une motion qui n'avait rien à voir avec l'objectif de la réunion et que la majorité ne pouvait approuver. Elles réclamaient la rupture avec la direction des partis socialistes et ouvriers existants et appelaient à la formation d'une nouvelle Internationale. Elles appelaient également à la transformation de la guerre mondiale en guerre civile[9].  »

Si une telle proposition était cohérente avec une motion déposée par Lénine et Rosa Luxemburg et adoptée par l'Internationale ouvrière et , prévoyant la désertion massive, le soulèvement ouvrier et le renversement des républiques bourgeoises en cas de guerre en Europe, elle fût rejetée à Berne. Plus exactement, Clara Zetkin convainquit les bolcheviks, après de longs débats, de retirer leur proposition. C'est avec des accents plus humanistes que les femmes socialistes lancèrent un appel à la paix, resté célèbre, et destiné aux femmes européennes:

«  Où sont vos maris, vos fils ? Pourquoi doivent-ils s'entretuer et détruire avec eux tout ce qu'ils ont créé ? Qui bénéficie de ce cauchemar de sang ? Tout juste une poignée de profiteurs de guerre. Puisque les hommes ne peuvent plus parler, c'est à vous de le faire. Travailleuses de tous les pays en guerre, unissez-vous ![9]  »

Cet appel sera diffusé en Europe par les femmes socialistes, malgré l'illégalité du pacifisme dans de nombreux pays. Clara Zetkin sera elle-même emprisonnée à son retour en Allemagne pour la tenue de cette conférence.

L'historienne Nicole Gabriel observe une évolution dans les positions politiques de Clara Zetkin à partir du début de la guerre, qui s'éloignent de son habituelle orthodoxie marxiste. Elle assigne ainsi à l'Internationale des femmes le rôle de "précéder dans le combat pour la paix les femmes de toutes les classes et de tous les pays".

«  Au moment de la guerre, la rigidité de la séparation entre "féminisme bourgeois" et "mouvement des femmes prolétaires" devait s'estomper. C'est au sein de l'Internationale que Clara Zetkin semble avoir fait l'expérience de la solidarité féminine : solidarité qui se situe au niveau de l'action. L'unanimité dans l'action pacifiste illégale et courageuse contraste avec la multitude des positions - souvent inconciliables - autour des questions de tactique et d'alliance. (...) L’ambiguïté provient pourtant du fait que cette union des femmes ne s'est réalisée qu'en situation d'urgence.  »

— Nicole Gabriel, L'internationale des femmes socialistes[6]

Pacifisme en Allemagne[modifier | modifier le code]

Elle participe avec Rosa Luxemburg et Karl Liebknecht à la création en 1915 de la Ligue spartakiste et mène de nombreuses actions pacifistes, organisant notamment une conférence internationale pacifiste des femmes socialistes en 1915 à Berne, ce qui lui vaut d’être arrêtée à plusieurs reprises, et emprisonnée.

La députée[modifier | modifier le code]

Buste de Clara Zetkin.

La révolution allemande de novembre 1918 permet au mouvement féministe d'obtenir le droit pour les femmes de voter et d'être élues. Clara Zetkin adhère au Parti communiste d'Allemagne (KPD), créé en décembre 1918 autour de la Ligue spartakiste. Elle est ensuite députée du KPD de 1920 à 1933.

Elle participe au congrès de Tours, le 18e congrès de la SFIO, qui voit sa scission avec une branche dite communiste qui adhère à la IIIe Internationale et donne naissance au SFIC (Section française de l'Internationale communiste, futur PCF). Son arrivée n'était pas prévue, au même titre que celle d'autres délégués étrangers ; sa présence est toutefois en partie décisive sur l'issue du congrès[10]. Ce ne sont pas tant ses discours qui eurent de l'effet mais son action en sous-main, alors qu'elle organise des réunions secrètes. Elle est envoyée par l'Internationale avec Alexandre E. Abramovitch et Stoïan Minev et doit favoriser son implantation dans le parti (le premier est cependant arrêté peu après et elle conserve l'essentiel de l'influence de la délégation). Les réunions sont organisées le 27 décembre au soir et lendemain matin et on s'entretient sur le statut de la dissolution ou non de la IIIe Internationale, les noms des dirigeants du parti qui va naître et son exclusion du trop modéré Jean Longuet[11]. Son action porte ses fruits.

Proche d'Alexandra Kollontaï au sein de l'Internationale, Clara Zetkin se retrouve néanmoins au cours des années 1920 très isolée politiquement, en particulier après l’exclusion de Paul Levi. Elle reste néanmoins présente dans les instances du KPD, membre du bureau central jusqu'en 1924 puis membre du comité central de 1927 à 1929. Elle est également membre de la direction du Comintern de 1921 à 1933. En août 1932, présidant le Reichstag en tant que doyenne, elle appelle à combattre le nazisme.

Nouvel exil et décès[modifier | modifier le code]

Contrainte de fuir l'Allemagne après l'arrivée des nazis au pouvoir et l'interdiction du KPD, Clara Zetkin meurt quelques semaines plus tard en exil à Moscou à 75 ans. Son opposition à Staline a suscité des doutes quant au caractère naturel de son décès. La tombe de Clara Zetkin se trouve le long des murs du Kremlin, sur la place Rouge.

Elle est récipiendaire de l'ordre de Lénine (1932) et de l'ordre du Drapeau rouge (1927).

Postérité[modifier | modifier le code]

Commentaires[modifier | modifier le code]

«  Elle possède une personnalité vraiment remarquable. Pleine d'esprit de révolte - passionnément énergique - poussée par son zêle envers la cause - elle a donné une idée de la manière par laquelle elle est devenue une figure majeure du mouvement socialiste international. (...) Son discours était bref, émouvant et efficace; sa présence et ses manières sont inspirantes.  »

— Tom Quelsh, Justice (1909)[12]

« Mais les écrits théoriques témoignent, chez une dirigeante de cette envergure, d’un étonnant manque de confiance en soi ; elle n’avance qu’à l’abri de Marx, de Bebel ou de Lénine, et, dès que celui-ci sourcille, bat en retraite, terrorisée à l’idée de sombrer dans le féminisme. Ainsi la force créative est-elle relativement absente de ce recueil [de ses textes] qui trace le portrait d’une grande organisatrice, d’une femme de parti qui fit beaucoup pour la syndicalisation et la politisation des ouvrières de ce début de siècle, mais qui n’apporta pas grand-chose à l’élaboration d’une théorie de leur libération. Et cela en dépit de son immense expérience de militante et de journaliste circulant sans cesse dans toute l’Europe.  »

— Geneviève Brisac, Le Monde Diplomatique (1981)[13]

Hommages[modifier | modifier le code]

Elle est évoquée par Louis Aragon dans les derniers chapitres de son roman Les Cloches de Bâle.

La RDA a rendu hommage à Clara Zetkin en faisant figurer son portrait sur les billets de 10 marks et en créant une médaille à son nom.

Clara Zetkin sur le billet de 10 marks de la RDA.

Berlin[modifier | modifier le code]

À Berlin, actuellement, seules une petite rue et une place excentrées (quartier de Marzahn-Hellersdorf) portent le nom de Clara Zetkin. Deux députées des Grünen (Verts), Lisa Paus et Anja Kofbinger, ont demandé que la Dorotheenstraße, qui mène au Reichstag, soit renommée Clara-Zetkin-Straße, nom que la partie orientale de cette rue avait d'ailleurs porté de 1951 à 1995[14].

Leipzig[modifier | modifier le code]

À Leipzig se trouve un espace vert de 125 ha au cœur de la ville qui, se prolongeant avec la forêt ripisylve lipsienne (Leipziger Auenwald), fait de Leipzig l'une des villes d'importance les plus sylvestres du monde. De 1955 à 2011, tout le parc se nommait Clara-Zetkin-Park. Depuis 2011 et suite à une vague de protestations, seule une fraction du parc, 39 ha, continue à porter ce nom, tandis que les autres parties du parc ont repris leur nom d'origine : Johannapark et Palmengarten[15]

Dans la fiction[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

Textes et discours[modifier | modifier le code]

[Zetkin 1889] Clara Zetkin, « La lutte pour la libération des femmes », Discours à la Première Conférence de l'Internationale Ouvrière,‎ (lire en ligne)

Références[modifier | modifier le code]

[Brisac 1981] Geneviève Brisac, « Les deux fronts de lutte de Clara Zetkin », Le Monde Diplomatique,‎ (lire en ligne)

[Gabriel 1989] Nicole Gabriel, « L'internationale des femmes socialistes », Matériaux pour l'histoire de notre temps, vol. 16, no 16,‎ , p. 34-41 (lire en ligne)

[Partington 2010] (en) John S. Partington, « Clara Zetkin's Reception in British Socialism and the British Women's Movement, 1889-1909 », dans Stefan Welz et Fabian Dellemann, Anglosachsen: Leipzig und die englischsprachige Kultur, Francfort, Peter Lang,‎ (ISBN 9783631601891, lire en ligne), p. 117-137

[Partington 2014] (en) Clara Zetkin, Dora Montefiore and British Socialism: The Misrepresentation of British Socialism in the International Socialist Women’s Movement, 1907-1910, Encounters, Université de Bristol, 8-10 sept. 2014 (lire en ligne)

Autorité[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d, e et f Gabriel 1989, p. 35-36
  2. Partington 2010, p. 1
  3. a et b Partington 2010, p. 2
  4. Zetkin 1889
  5. Partington 2010, p. 12
  6. a et b Gabriel 1989, p. 38-39
  7. Partington 2014, p. 6, « During the period from 1907 to 1910, Clara Zetkin and Dora Montefiore forged a strong bond which divided the British socialist women’s movement and denied Britain fair representation on the international stage. »
  8. Gabriel 1989, p. 40-41
  9. a, b, c et d Rapporté par Gabriel 1989, p. 40-41
  10. Magazine L'Histoire, no 359, décembre 2010, page 48.
  11. Magazine L'Histoire, no 359, décembre 2010, page 49.
  12. Rapporté dans Partington, p. 17
  13. Brisac 1989, p. 12
  14. Voir dans le Tageszeitung du 7 mars 2011.
  15. [PDF] [1]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]