Luce Irigaray

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Luce Irigaray
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Luce Irigaray, née en 1930 à Blaton (Belgique) est une linguiste, philosophe et psychanalyste féministe française. Elle appartient au courant de la déconstruction.

Biographie[modifier | modifier le code]

Après des études à l'université catholique de Louvain et un début de carrière en tant que professeur dans un lycée de Bruxelles, elle s'installe en France au début des années 1960. Elle devient, en 1964, maître de recherche en philosophie au Centre national de la recherche scientifique. Elle soutient en 1968 un doctorat en linguistique, intitulé Approche psycholinguistique du langage des déments[1], à l'université Paris X-Nanterre. De 1970 à 1974, elle enseigne à l'université Paris VIII-Vincennes.

Elle participe à la même époque au séminaire de Jacques Lacan. Elle devient psychanalyste, membre de l'École freudienne de Paris, et elle est notamment l'analyste d'Antoinette Fouque.

Elle soutient en 1974 une thèse d'État, intitulée Speculum. La fonction de la femme dans le discours philosophique[2], dirigée par le philosophe François Châtelet, à l'université Paris-VIII. Dans cette thèse, elle conteste les théories psychanalytiques freudiennes et lacaniennes, ce qui cause la perte de ses enseignements à l'université de Paris-VIII-Vincennes ainsi que son éviction de l'École freudienne de Paris[3].

Travaux de recherche[modifier | modifier le code]

Les premiers travaux de Luce Irigaray sont marqués par l'étude de la différence sexuelle dans la langue : elle fait l'hypothèse qu'il y aurait une langue des hommes et une langue des femmes, différentes et il appartiendrait, selon elle, aux hommes de comprendre que leur langue ne serait pas la langue de toute l'humanité.

En 1995, Luce Irigaray a établi un bilan en trois étapes de son cheminement[4] :

Critique du sujet masculin[modifier | modifier le code]

Œuvres majeures : Spéculum. De l'autre femme, Ce sexe qui n'en est pas un, en particulier.

« C'est la phase où j'ai montré que c'est un sujet unique, le sujet masculin, qui a créé le monde dans une perspective unique. ». La vérité comme une et unitaire, l'inexistence du multiple, l'illusion de la complémentarité des contraires sont autant de symptômes d'une omniprésence du sujet mâle.

Création d'un sujet féminin[modifier | modifier le code]

C'est le stade de la définition des « médiations qui permettraient l'existence d'une subjectivité féminine, c'est-à-dire, un autre sujet. » Il faut reconnaître ce qui est autre, qu'il y a (« au moins », ajoute-t-elle par moments) deux sexes[réf. souhaitée].

Postérité[modifier | modifier le code]

Ses livres, traduits en anglais, ont influencé plusieurs universitaires et féministes aux États-Unis d'Amérique, et appartiennent à la French Theory. Irigaray est parfois classée dans le « féminisme différentialiste », avec Julia Kristeva, Antoinette Fouque ou Carol Gilligan : l'idée est que la féminité est traditionnellement et métaphysiquement définie comme l'« autre » du patriarcat, et que sa libération passera par une redéfinition du féminin à partir de lui-même et non par une abolition de la différence sexuelle qui ne serait en fait qu'une « masculinisation » des femmes.

Controverses[modifier | modifier le code]

Elle fait partie des intellectuels critiqués par Alain Sokal et Jean Bricmont dans leur ouvrage Impostures intellectuelles, notamment la phrase : « L’équation E=MC2 est-elle une équation sexuée ? Peut-être que oui. Faisons l'hypothèse que oui, dans la mesure où elle privilégie la vitesse de la lumière par rapport à d’autres vitesses dont nous avons vitalement besoin… »[5]. Sokal et Bricmont lui reprochent un usage métaphorique et infondé de propositions scientifiques, alors que Luce Irigaray exprime ainsi que tout discours, y compris scientifique, parle depuis une position sexuée, et que son universalité ou sa neutralité supposées sont illusoires[6].

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Ouvrages[modifier | modifier le code]

  • Le Langage des déments (Mouton / De Gruyter, 1973.
  • Speculum. De l’autre femme, Éditions de Minuit, 1974.
  • Ce sexe qui n’en est pas un Éditions de Minuit, 1977.
  • Et l’une ne bouge pas sans l’autre Éditions de Minuit, 1979).
  • Amante marine de Friedrich Nietzsche Éditions de Minuit, 1980.
  • Le Corps-à-corps avec la mère, La Pleine lune, 1981.
  • Passions élémentaires, Éditions de Minuit, 1982.
  • L’Oubli de l’air - chez Martin Heidegger, Éditions de Minuit, 1983.
  • La Croyance même, Éditions Galilée, 1983).
  • Éthique de la différence sexuelle, Éditions de Minuit, 1984.
  • Parler n’est jamais neutre, Éditions de Minuit, 1985.
  • Sexes et parentés, Éditions de Minuit, 1987.
  • Le Temps de la différence. Pour une révolution pacifique, LGF, coll. « Le Livre de poche. Biblio », 1989.
  • Sexes et genres à travers les langues, Grasset, 1990.
  • Je, tu, nous. Pour une culture de la différence, Grasset, 1990 ; LGF., coll. « Le Livre de poche. Biblio » no 4155, 1992.
  • J’aime à toi, Grasset, 1992.
  • Être deux, Grasset, 1997.
  • Entre Orient et Occident, Grasset, 1999.
  • Prières quotidiennes / Everyday prayers, Maisonneuve et Larose / University of Nottingham, 2004.
  • Il mistero di Maria, Editions Paoline, 2010.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens extérieurs[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Thèse de 3e cycle de linguistique, notice du Sudoc, consultée en ligne le 24.01.16.
  2. Thèse d'État, notice du Sudoc, consultée en ligne le 24.01.16.
  3. Marie Beth Mader, « Irigaray Luce (1930- ) », cf. bibliographie.
  4. (en) Elizabeth Hirsch, « "Je-Luce Irigaray": A Meeting with Luce Irigaray », Hypatia, vol. 10, no 2,‎ , p. 93–114
  5. Luce Irigaray, « L'ordre sexuel du discours », in Langages, le sexe linguistique, 1987, p. 110.
  6. Cf. « Le sujet de la science est-il sexué ? », in Parler n'est jamais neutre, bibliographie.