Maria Vérone

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Maria Vérone vers 1919

Maria Vérone est une féministe française, née en 1874 et morte en 1938.

Libre-penseuse et féministe française.

Biographie[modifier | modifier le code]

Née à Paris 2e le 20 juin 1874 de Gustave Vérone, et de Marie Carpentier. Son père, chef comptable, homme de gauche, est l’un des fondateurs de La Libre Pensée Française. Élevé au séminaire mais jamais ordonné prêtre, il devient farouchement anti-clérical. Sa mère est originaire du Nord et sa grand-mère maternelle est une demoiselle Drouet, d’origine lorraine et apparentée à Jean-Baptiste Drouet, chef de Poste à Sainte-Menehould qui fit arrêter Louis XVI à Varennes.

Maria Vérone fait d’abord des études primaires puis entre à l’école primaire supérieure Sophie Germain à Paris où elle passe ses brevets et est reçue à l’École Normale d’institutrices primaires de la Seine. L’internat étant obligatoire, elle refuse d’y entrer et devient répétitrice privée. C’est à ce titre qu’elle donne des leçons, notamment à Esther Dreyfus, fille du fameux capitaine dont le procès devait, quelques années plus tard, secouer la France entière. Toute jeune, son père l’introduit dans les milieux politiques qu’il fréquente et c’est ainsi qu’en 1889 elle est désignée comme secrétaire du Congrès de la Libre Pensée Française : elle a quinze ans ! Elle reçoit alors en hommage une timbale en argent sur laquelle on peut lire les mentions suivantes gravées dans le métal : « Congrès de la Libre Pensée de France, à la citoyenne Maria Vérone, secrétaire du congrès 1889 ». Son père meurt l’année suivante.

Maria Vérone devient par la suite institutrice auxiliaire de la Ville de Paris. Elle travaille notamment à l’école maternelle de la rue Fessart 19e, sous la direction de Madame Frapié dont le mari, Léon Frapié est l'auteur du livre "La Maternelle" qui sera, par la suite, l’objet d’un film célèbre. Simultanément, Maria Vérone s’occupe des Universités Populaires (dont elle reçoit à vingt ans une médaille de remerciements pour son professorat), et elle milite dans les milieux socialistes. Cette activité politique déplaît à l’administration de l’instruction nationale. Il lui est interdit de faire des conférences. Maria Vérone répond « qu’en dehors de ses heures de classe son temps lui appartient » et elle part, le dimanche précédent la semaine où elle doit être titularisée, faire une conférence à Orléans. À son retour elle est convoquée par l’inspecteur de l’instruction primaire Bédoré qui lui annonce, non sa titularisation, mais sa révocation.

En 1897, Marguerite Durand crée le journal La Fronde entièrement rédigé et réalisé par les femmes. Maria Vérone y entre comme rédactrice et secrétaire de rédaction. L’affaire Dreyfus se déclenche et elle rencontre sur les bancs de la presse un rédacteur de l’Aurore (journal), Georges Lhermitte, qui devient son second mari en 1908.

Mais dès cette époque ils participent à l'élaboration de la loi de séparation des Églises et de l'État qui sera adoptée en 1905, et à la Ligue Française pour le Droit des Femmes dont ils seront par la suite l’un et l’autre président (Maria Vérone le fut de 1919 à 1938).

Une réunion de la Ligue pour le Droit des Femmes en 1914 avec Maria Vérone, présidente

Ils militent pour le Parti Socialiste et à la Ligue française pour la défense des droits de l'homme et du citoyen dont Georges Lhermitte sera président de la section du 9e arrondissement de Paris. La Fronde et L’Aurore disparaissent après l’affaire Dreyfus. Maria Vérone, toujours journaliste, entre à La Bataille syndicaliste. En mars 1900, elle épouse l’imprimeur Maurice Giès, dont elle divorce en 1907. En décembre 1900 passe une loi qui ouvre le barreau aux femmes. Maria Vérone, à vingt-huit ans, se met alors à préparer le baccalauréat. Munie de ses brevets élémentaire et supérieur, elle apprend, seule, le latin. Dispensée de la seconde partie (philosophie) comme ayant appartenu à l’enseignement public, elle entreprend sa licence en droit et devient avocate en 1908.

Maria Vérone dans les années 1920

Sa vie, alors, se partage entre sa carrière d’avocate et de conférencière socialiste. Elle participe notamment au meeting du Pré Saint-Gervais contre la loi de trois ans où elle prend la parole aux côtés de Jean Jaurès et elle devient, jusqu’à sa mort en 1938, le fer de lance et le porte-drapeau du féminisme en France. Elle mène toute sa campagne sur le slogan « La femme paie l’impôt, la femme doit voter ». Elle a également fondé l'Union des avocates de France.

Au printemps 1924, elle sollicite les suffrages des électeurs parisiens dans un cadre groupé. La liste se compose de Mmes Airault, Aurel, Bertillon, Jacqueline Bertillon, Lita Besnard, Bousquet, France, Darget-Savarit, Léon Frapié, Crespin Du Gast, Su­zanne Grinberg, Esther Lemaire-Crémieux, Marguerite Rochehrune, Maria Verone. Ces femmes, artistes, journalistes, avocates, médecins, exploratrice, lancent un appel vibrant aux élec­teurs, réclamant "le droit d’apporter au pays l’aide de notre zèle pour régler les moyens de vivre. On ne peut rien réussir de vivant sans que l'homme et la femme y travaillent ensemble. Les Allemandes votent avec presque toute l’Europe féminine. A qui fera-t-on croire qu’ici nos mères stoïques. nos commerçantes avisées et prudentes, nos intellectuelles, nos manuelles si pleines de valeur, nos femmes, chefs de famille et de ménage, nos femmes éminentes, nos femmes flambeaux ne sont pas aussi dignes du vote qu’un ivrogne ? Français, ne laissez pas ainsi déprécier vos mères et vos-femmes aux yeux de I’Etranger ! (...) La France n’aura « sauvé sa liberté » que quand la moitié de la nation (la féminine) ne sera plus assujettie de force aux décisions de l’autre. La femme avant tout sera réalisatrice et non pas discoureuse. (...) Dans une démocratie, il faut être représenté ou mourir. Arrêtez la marche à la mort en complétant la Déclaration des Droits de l'Homme, de l’humain, par la déclaration des droits de la femme. Nous ne voulons rien déranger. Nous vouions arranger, faciliter la vie. Les Etrangers voient en la Française une sommité féminine. Vous, chers Français, cessez d’être les seuls à traiter la femme comme un dégénéré en lui refusant de travailler avec vous à vous sauver la vie. Et puisqu’on ne nous laisse pas voter pouf nous, volez carrément pour la liste féminine"[1].

Elle prend part aux manifestations, pour le droit de vote des femmes, un article de presse relate son arrestation, en novembre 1928 : "Des groupes de suffragettes manifestaient mardi dernier, aux abords du Sénat et boulevard Saint-Germain. Sur les chapeaux, les rubans portaient cette devise : "La femme doit voter ! ". Le mouvement se déroula somme toute fort paisiblement. La police, néanmoins, s'affola. Et, sans aucune espèce de raison, une douzaine de suffragettes furent conduites au poste de la rue de Grenelle. On les y maintint quatre heures et elles ne furent relâchées que vers minuit. L’une d’elles n’était autre que Mme Maria Vérone, avocat à la cour. Défendre les droits de la femme n’empêche pas de défendre les droits de l’homme et du citoyen. Et Mme Maria Verone, dûment autorisée par son mari, M. Georges Lhermitte et assistée, suivant l’usage d’un avocat, MeLouis Lenoble, a porté plainte entre les mains du procureur général Donat-Guigue, pour « acte attentatoire à la liberté individuelle » (article 114 du code pénal) contre le commissaire-divisionnaire Siraud, qui aurait ordonné l’arrestation et la détention arbitraires et contre tous autres qui pourraient revendiquer la responsabilité de cet acte."[2].

D’une façon constante, Georges Lhermitte l’épaule dans sa lutte politique et, au décès de Maria Vérone en 1938, lui succéde à la présidence de la Ligue Française pour le Droit des Femmes. En 1936, lors du Front Populaire, Léon Blum en prenant la charge de Président du Conseil, lui offre un poste de ministre. Mais, déjà très atteinte par le mal incurable qui va l’emporter, elle décline l’offre d’être ainsi la première femme ministre de notre pays.

Elle est décorée de la Légion d'honneur en 1936.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « Les femmes et les élections », Le Populaire de Paris, no Gallica,‎ , p. 4 (lire en ligne)
  2. « SUFFRAGETTES : Mme Maria Verone arrêtée arbitrairement porte plainte contre un commissaire de police », Le Populaire,‎ , p. 3 (lire en ligne)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Christine Bard. Les filles de Marianne : histoire des féminismes 1914-1940. Paris : Fayard, 1995.
  • Laurence Klejman and Florence Rochefort. « Vérone (Maria), 1874-1938 », Dictionnaire des intellectuals français, Jacques Juillard and Michel Winock, ed. Paris : Seuil, 1996.
  • Raymond Hesse et Lionel Nastorg, Leur manière...: plaidoiries à la façon de... Raymond Poincaré, Maria Vérone, etc., B. Grasset, Paris, 1925, 212 p.
  • Sara L. Kimble, « No Right to Judge : Feminism and the Judiciary in Third Republic France. » French Historical Studies 31, no. 4 (2008): 609-641. https://www.academia.edu/307609 https://depaul.academia.edu/SaraKimble
  • Sara L. Kimble, « Popular Legal Journalism in the Writings of Maria Vérone. » PWSFH Volume 39, 2011 http://hdl.handle.net/2027/spo.0642292.0039.021
  • Juliette Rennes, Le mérite et la nature : une controverse républicaine, l'accès des femmes aux professions de prestige, 1880-1940, Fayard, 2007, 594 p. (ISBN 9782213631615)

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Lieux portant son nom[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]