Hubertine Auclert

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Hubertine Auclert
Hubertine Auclert 1910 (01).jpg
Biographie
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Voir et modifier les données sur Wikidata (à 66 ans)
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Sépulture
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Antonin Lévrier (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
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Père-Lachaise - Division 49 - Auclert 01.jpg
Vue de la sépulture.
Les femmes arabes en Algérie, 1900.

Hubertine Auclert, née le à Saint-Priest-en-Murat et morte le à Paris, est une journaliste, écrivaine et militante féministe française qui s'est battue en faveur de l’éligibilité des femmes et de leur droit de vote.

Biographie[modifier | modifier le code]

Premières années[modifier | modifier le code]

Marie Anne Hubertine Auclert est née dans une famille aisée, cinquième enfant d'une fratrie de sept, au hameau de Tilly de la commune de Saint-Priest-en-Murat[1], en Allier. Son père, Jean Baptiste Auclert (1803-1861), riche fermier républicain, devient maire de la commune à l'avènement de la Deuxième République en 1848, et, destitué après le coup d'État de Louis-Napoléon Bonaparte en décembre 1851, demeure un farouche opposant au Second Empire[2].

Placée dans une pension de religieuses à l'âge de neuf ans à Montmarault[3], elle y suit toute sa scolarité ; son père décède quand elle a treize ans et, très croyante, elle envisage de devenir religieuse chez les sœurs de Saint Vincent de Paul, mais n'y est pas acceptée. Hubertine Auclert quitte le couvent en 1864 pour rejoindre la maison de son oncle où réside également sa mère. À la mort de sa mère, en 1866, elle est placée par son frère dans un couvent à Montluçon. Jugée trop indépendante par les religieuses, elle est écartée une seconde fois de la vie monacale en 1869. Ce rejet qu'elle estime injustifié fait surgir en elle un ressentiment anticlérical.

Son combat[modifier | modifier le code]

Désormais libre et matériellement indépendante — elle a hérité de ses parents — elle se mobilise pour la République et le droit des femmes, militant pour la révision des lois du code Napoléon. Elle déclare alors :

« J'ai été presque en naissant une révoltée contre l'écrasement féminin, tant la brutalité de l'homme envers la femme, dont mon enfance avait été épouvantée, m'a de bonne heure déterminée à revendiquer pour mon sexe l'indépendance et la considération »[4]. Ce sont « les échos des discours prononcés aux banquets périodiques organisés par Léon Richer qui, presque à ma sortie du couvent, m'ont fait venir du Bourbonnais à Paris combattre pour la liberté de mon sexe »[5].

Elle monte à Paris à une époque où la chute de Napoléon III et l'avènement de la Troisième République ouvrent la voie à l’activisme des femmes qui exigent des changements dans le code Napoléon en faveur de l'éducation, de l'indépendance économique pour les femmes, du divorce, du droit de vote, etc. Hébergée chez sa sœur, Hubertine Auclert rejoint l'Association pour le droit des femmes. Celle-ci est dissoute en 1877 mais renaît sous le nom de Ligue française pour le droit des femmes avec Victor Hugo comme président d'honneur, Léon Richer et Maria Deraismes comme clefs de voûte[6]. Elle devient, semble-t-il, la première militante française à se déclarer « féministe »[7],[8]

Hubertine Auclert, portrait charge par Alfred Le Petit pour Les Contemporains, n°15 (1881).

Alors que le mouvement féministe français oriente majoritairement son action sur le régime civil des femmes, Auclert exige pour les femmes le droit de se présenter aux élections. Selon elle, le régime civil inégal entre hommes et femmes n'aurait en effet pas été voté si les femmes avaient pu être présentes à l'Assemblée. En 1876, elle fonde la société Le droit des femmes qui soutient le droit de vote pour les femmes et qui devient en 1883 la société Le suffrage des femmes.

Elle lance au printemps 1877 un appel aux femmes de France : « Femmes de France, nous aussi nous avons des droits à revendiquer : il est temps de sortir de l'indifférence et de l'inertie pour réclamer contre les préjugés et les lois qui nous humilient. Unissons nos efforts, associons-nous ; l'exemple des prolétaires nous sollicite ; sachons nous émanciper comme eux ! ». En 1878, le Congrès international sur les droits des femmes tenu à Paris ne soutient pas, à la contrariété d'Hubertine Auclert, le suffrage des femmes.

Elle se tourne alors vers le mouvement socialiste et participe au troisième Congrès national ouvrier, qui se tient à Marseille à la fin d'octobre 1879 et y fait un long rapport où elle indique : « Une République qui maintiendra les femmes dans une condition d'infériorité ne pourra pas faire les hommes égaux ». L'avertissement est clair, mais ne reçoit que peu d'écho [9].

Résolue, elle entame, à partir de 1880, une grève de l'impôt en défendant l’idée que, faute de représentation légale, les femmes ne devraient pas être imposables. Un de ses conseillers juridiques est l’avocat Antonin Lévrier qu’elle épousera en 1887. Le , la haute juridiction administrative rejette sa requête et Hubertine Auclert doit céder quand les huissiers apposent les scellés à son domicile .

Le , elle lance La Citoyenne, un journal qui, plaidant avec force pour la libération féminine, reçoit le soutien de l’élite du mouvement féministe comme Séverine (Caroline Rémy), et de la mondaine Marie Bashkirtseff, qui y écrit plusieurs articles[10]. En 1884, Hubertine Auclert dénonce la loi sur le divorce en raison de sa polarisation flagrante contre les femmes qui ne leur permettait toujours pas de garder leur salaire. Elle propose l’idée alors radicale d’un contrat de mariage entre conjoints avec séparation de biens.

Hubertine Auclert innove encore dans le combat féministe en réclamant la féminisation de certains mots (témoin, avocat, électeur, député, etc.). « Quand on aura révisé le dictionnaire et féminisé la langue, chacun de ses mots sera, pour l'égoïsme mâle, un expressif rappel à l'ordre »[11].

En 1888, elle s’établit pour quatre ans avec son mari, Pierre Antonin Lévrier[12], en Algérie, avant de revenir à Paris et elle y fera une enquête de terrain en observant les femmes de ce pays[13]. Contrainte pour des raisons financières de mettre un terme à l'expérience de La Citoyenne[14], Auclert continue son activisme. En 1894, elle collabore au journal La Libre Parole d'Édouard Drumont[10]. En 1900, elle compte au nombre des créatrices du Conseil national des Françaises, une organisation pour les groupes féministes français qui devait bientôt soutenir le vote des femmes.

En 1908, les Françaises mariées ont finalement reçu le contrôle de leurs propres salaires mais, à l’âge de 60 ans, Auclert continue de revendiquer l’égalité complète ; cette année-là, elle brise symboliquement une urne à Paris lors des élections municipales. Le , de concert avec Marguerite Durand, elle se présente comme candidate aux élections législatives, imitée par deux autres femmes, Renée Mortier et Gabrielle Chapuis. Leur candidature n'est pas retenue[15].

Rendre hommage à Jeanne d'Arc, en faire un symbole de la lutte des féministes, fait partie de ses arguments : « Jeanne d'Arc fut la personnification du féminisme, elle ne tint compte ni des usages, ni de l'autorité des puissants, et elle usa, malgré les hommes, des droits des hommes pour sauver le pays »[16].

Considérée comme une figure centrale dans l’histoire du mouvement des droits des Françaises, Hubertine Auclert a poursuivi son activisme jusqu’à sa mort. Elle est inhumée au cimetière du Père-Lachaise (division 49) à Paris, juste en face de la tombe d'Honoré de Balzac. La sculpture sur sa sépulture commémore le « suffrage des femmes »[17].

Publications[modifier | modifier le code]

  • Les femmes arabes en Algérie, Paris, Société d'éditions littéraires, 1900.
  • Le vote des femmes, Paris, V. Giard & F. Brière, 1908.
  • Les Femmes au gouvernail, Marcel Giard, 1925 (posthume).
  • Hubertine Auclert. Pionnière du Féminisme, textes choisis, préface de Geneviève Fraisse, présentation de Steven C. Hause, Bleu autour, 2007.

Postérité[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. http://www.comcom-montmarault.fr/Communes/saint-priest-en-murat
  2. Sylvie Chaperon et Christine Bard, Dictionnaire des féministes : France. XVIIIe - XXIe siècle, Paris, Presses Universitaires de France, (ISBN 9782130787228, lire en ligne)
  3. disponible sur Gallica
  4. La Citoyenne sur Google Livres
  5. La Citoyenne sur Google Livres
  6. Paulette Bascou-Bance, La mémoire des femmes : anthologie, Elytis, , 575 p. (ISBN 9782914659055, lire en ligne), p. 233
  7. Michelle Perrot, Mon histoire des femmes, Seuil, 2006, p. 210.
  8. Debré et Bochenek 2013, p. 155-156
  9. Debré et Bochenek 2013, p. 157-159
  10. a et b Debré et Bochenek 2013, p. 159
  11. Debré et Bochenek 2013, p. 163
  12. Il fonctionne comme juge de paix dans l'Oranais.
  13. Hubertine Auclert, Les femmes arabes en Algérie, Paris, Société d'éditions littéraires, , 250 p. (lire en ligne)
  14. Le journal cessera de paraître le .
  15. Debré et Bochenek 2013, p. 164-165
  16. La Citoyenne sur Google Livres
  17. Debré et Bochenek 2013, p. 165
  18. « Le Centre Hubertine-Auclert : des ressources pour l’égalité », sur alternatives-economiques.fr, .

Annexe[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Mona Ozouf, Les Mots des suffragettes, Paris, Fayard, 1995
  • Steven C. Hause, The French suffragettes, Londres, Yale University Press, 1987
  • Jean-Louis Debré et Valérie Bochenek, Ces femmes qui ont réveillé la France, Paris, Arthème Fayard, , 374 p. (ISBN 978-2-213-67180-2)
  • Pierre Tourev et + équipe, Toupinoscope : Hubertine Auclert : Journaliste et militante féministe française, La Toupie.org, (lire en ligne)
  • Edith Taïeb (préface, notes et commentaires), Hubertine Auclert, la Citoyenne 1848-1914, Articles de 1881 à 1891, Paris, Syros, 1982.
  • Oihana Gabriel, « Figures du féminisme: Révoltée, suffragette, sens du happening... Qui était Hubertine Auclert? », 20 minutes,‎ (lire en ligne)

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]