Hubertine Auclert

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Hubertine Auclert
Agence Rol - 1910 - Madame Hubertine Auclert.jpg
Hubertine Auclert en 1910
Biographie
Naissance
Décès
Voir et modifier les données sur Wikidata (à 66 ans)
ParisVoir et modifier les données sur Wikidata
Sépulture
Pseudonyme
Jean FrancoisVoir et modifier les données sur Wikidata
Nationalité
Activités
Journaliste, féministe, suffragiste, éditriceVoir et modifier les données sur Wikidata
Conjoint
Antonin Lévrier (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
Autres informations
Mouvement
Masculin (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
Les femmes arabes en Algérie, 1900.

Hubertine Auclert, née le à Saint-Priest-en-Murat et morte le à Paris[1], est une journaliste, écrivaine et militante féministe française qui s'est battue en faveur de l’éligibilité des femmes et de leur droit de vote.

Biographie[modifier | modifier le code]

Premières années[modifier | modifier le code]

Marie Anne Hubertine Auclert est née dans une famille aisée, cinquième enfant d'une fratrie de sept, au hameau de Tilly de la commune de Saint-Priest-en-Murat, dans l'Allier. Son père, Jean Baptiste Auclert (1803-1861), riche fermier républicain, devient maire de la commune à l'avènement de la Deuxième République en 1848, et, destitué après le coup d'État de Louis-Napoléon Bonaparte en , demeure un farouche opposant au Second Empire[2].

Sa mère lui fournit également un exemple de « révolte à l'autorité établie » en se consacrant aux filles-mères (alors rejetées par leurs familles) pour les aider à trouver du travail[3].

Placée dans une pension de religieuses à l'âge de neuf ans à Montmarault[4], elle y suit tout son cursus scolaire ; son père meurt quand elle a 13 ans.

Très croyante, elle envisage de devenir religieuse chez les Filles de la charité de Saint-Vincent-de-Paul mais n'y est pas acceptée[5]. Hubertine Auclert quitte le couvent en 1864 pour rejoindre la maison de son oncle où réside également sa mère. À la mort de sa mère, en 1866, elle est placée par son frère dans un couvent à Montluçon. Jugée trop indépendante par les religieuses, elle est écartée une seconde fois de la vie monacale en 1869. Ce rejet qu'elle estime injustifié fait surgir en elle un ressentiment anticlérical.

Son combat[modifier | modifier le code]

Désormais libre et matériellement indépendante – elle a hérité de ses parents – elle se mobilise pour la République et les droits des femmes, militant pour la révision des lois du code Napoléon. Elle déclare alors : « J'ai été presque en naissant une révoltée contre l'écrasement féminin, tant la brutalité de l'homme envers la femme, dont mon enfance avait été épouvantée, m'a de bonne heure déterminée à revendiquer pour mon sexe l'indépendance et la considération »[6]. Ce sont « les échos des discours prononcés aux banquets périodiques organisés par Léon Richer qui, presque à ma sortie du couvent, m'ont fait venir du Bourbonnais à Paris combattre pour la liberté de mon sexe[7]. »

Elle part à Paris à une époque où la chute de Napoléon III et l'avènement de la Troisième République ouvrent la voie à l’activisme des femmes qui exigent des changements concrets dans le code Napoléon en faveur de l'éducation, de l'indépendance économique pour les femmes, du divorce, du droit de vote, etc. Hébergée chez sa sœur, Hubertine Auclert rejoint l'Association pour le droit des femmes. Celle-ci est dissoute en 1877 mais renaît sous le nom de Ligue française pour le droit des femmes avec Victor Hugo comme président d'honneur, Léon Richer et Maria Deraismes comme clefs de voûte[8]. Elle devient, semble-t-il, la première militante française à se déclarer « féministe »[9],[10].

Hubertine Auclert, caricature d'Hubertine en Jeanne d'Arc par Alfred Le Petit pour Les Contemporains, no 15 (1881).

Alors que le mouvement féministe français oriente majoritairement son action sur le régime civil des femmes, Auclert exige pour les femmes le droit de se présenter aux élections. Selon elle, le régime civil inégal entre hommes et femmes n'aurait en effet pas été voté si les femmes avaient pu être présentes à l'Assemblée. En 1876, elle fonde la société Le Droit des femmes qui soutient le droit de vote pour les femmes[11] et qui devient en 1883 la société Le Suffrage des femmes.

Elle lance au printemps 1877 un appel aux femmes de France : « Femmes de France, nous aussi nous avons des droits à revendiquer : il est temps de sortir de l'indifférence et de l'inertie pour réclamer contre les préjugés et les lois qui nous humilient. Unissons nos efforts, associons-nous ; l'exemple des prolétaires nous sollicite ; sachons nous émanciper comme eux ! ». En 1878, le Congrès international du droit des femmes tenu à Paris ne soutient pas, à la contrariété d'Hubertine Auclert, le suffrage des femmes.

Le 16 mars 1879, le Comité central socialiste de secours aux amnistiés et aux non-amnistiés est créé pour promouvoir une amnistie totale et une collecte des fonds pour aider les communards déportés ou interdits de séjour en France[12]. De façon surprenante à l'époque, l’exécutif du comité est ouvert aux femmes et compte Hubertine Auclert, Victoire Tinayre et Marie Manière parmi ses membres[13].

Elle se tourne alors vers le mouvement socialiste et participe au troisième Congrès socialiste ouvrier, qui se tient à Marseille à la fin d' et y fait un long rapport où elle indique : « Une République qui maintiendra les femmes dans une condition d'infériorité ne pourra pas faire les hommes égaux ». L'avertissement est clair, mais ne reçoit que peu d'écho[14].

Déterminée, elle entame, à partir de 1880, une grève de l'impôt en défendant l’idée que, faute de représentation légale, les femmes ne devraient pas être imposables. Un de ses conseillers juridiques est l’avocat Antonin Lévrier qu’elle épousera en 1887. Le , la haute juridiction administrative rejette sa requête et Hubertine Auclert doit céder quand les huissiers apposent les scellés à son domicile.

Le , elle lance La Citoyenne, un journal qui, plaidant avec force pour la libération féminine, reçoit le soutien de l’élite du mouvement féministe comme Séverine (Caroline Rémy), et de la mondaine Marie Bashkirtseff, qui y écrit plusieurs articles[15]. En 1884, Hubertine Auclert dénonce la loi sur le divorce en raison de sa polarisation flagrante contre les femmes qui ne leur permettait toujours pas de garder leur salaire. Elle propose l’idée alors radicale d’un contrat de mariage entre conjoints avec séparation de biens.

Hubertine Auclert innove encore dans le combat féministe en réclamant la féminisation de certains mots (témoin, avocat, électeur, député, etc.). « Quand on aura révisé le dictionnaire et féminisé la langue, chacun de ses mots sera, pour l'égoïsme mâle, un expressif rappel à l'ordre »[16].

Colonialisme et féminisme[modifier | modifier le code]

En 1888, elle s’établit pour quatre ans en Algérie avec son compagnon, Pierre Antonin Lévrier[17] qui vient d'y être nommé juge de paix. En juillet 1888, ils se marient à Alger, sans doute par convenance[18]. Elle y restera jusqu'au décès de son mari, vivant d'abord à Frenda puis à Alger[19]. Elle y fait une enquête de terrain en observant les femmes de ce pays[20], conservant de nombreuses notes écrites de ses observations. Peu de féministes avant elle se sont intéressées à la colonisation, si l'on excepte Olympe Audouard, Léonie Rouzade, Paule Mink et Louise Michel[19].

Elle note que, dans le milieu colonial, le racisme et l’antisémitisme sont très répandus.

« Pour les étrangers, les fonctionnaires, les Israélites, les colons, les trafiquants, l’Arabe, moins considéré que ses moutons, est fait pour être écrasé. Le refouler dans le désert pour s’emparer de ce qu’on ne lui a pas encore pris, tel est le rêve. Les Français algériens, qui ont déclaré que le fanatisme rendait les Arabes incivilisables, s’obstinent à ne rien tenter pour les tirer de l’ignorance, si favorable à l’exploitation et à la domination. »

— Hubertine Auclert, Les femmes arabes en Algérie

Les femmes musulmanes sont soumises à un double patriarcat, français et arabe. Hubertine Auclert estime que le colonialisme français a aggravé la situation des femmes. Les autorités coloniales ont, d'une part, toléré le maintien des lois et pratiques coutumières qui mettent les femmes indigènes en infériorité, voire en esclavage, d'autre part, ont provoqué la déscolarisation des filles en confisquant les écoles religieuses et en fermant l’école ouverte par Eugénie Luce à Alger en 1846. L'instruction publique est refusée aux filles, pour des raisons de coût jugé insupportable et sous prétexte que des femmes éduquées seraient rejetées tant par la société européenne que par leur propre société. Hubertine Auclert souligne ainsi que les Européens qui prétendent soutenir la population locale s'opposent eux aussi à toute évolution d'un mode de vie traditionnel[18],[19].

Hubertine Auclert préconise l'assimilation des populations locales[19]. Cependant, bien que soulignant les méfaits de la colonisation, elle préconise la francisation des femmes algériennes. Les femmes françaises devraient les familiariser à leur mode de vie et façons de penser. Elle estime que la période pré-islamique offrait une grande liberté aux femmes, tandis que que l'islam est un obstacle pour devenir françaises et doit être défait[21].

Après son retour en France, en 1892, et jusqu’à sa mort en 1914, elle continue de militer en faveur des femmes arabes et à présenter des pétitions dans ce sens. Elle publie en 1901 Les Femmes arabes en Algérie[20], et sur les 413 articles qu’elle écrit en tant que chroniqueuse pour Le Radical algérien entre 1896 et 1909, 18 traitent de la colonisation[19].

Elle n'obtient guère de résultats concrets mais ses idées sont reprises plus tard par Marie Bugéja dans Nos sœurs musulmanes (1921)[22] .

Julia Clancy Smith estime que, paradoxalement ses idées ont conforté certains de « l'inaptitude des colonisés à acquérir des droits légaux et politiques, car elle publiait à la fois dans la presse coloniale, par exemple dans Le Radical algérien, et également dans le journal féministe parisien La Citoyenne. Manipulé par les anti-assimilationnistes, Les femmes arabes en Algérie aura peut-être fourni encore davantage d’arguments à l’appui de la thèse de l’altérité foncière et immuable de la population indigène, notamment dans le domaine de la sexualité, qui était alors complètement intriqué avec les questions de citoyenneté »[18].

Retour en France[modifier | modifier le code]

Hubertine Auclert en 1910.

Contrainte pour des raisons financières de mettre un terme à l'expérience de La Citoyenne[23], Auclert continue son activisme. En 1894, elle collabore au journal La Libre Parole d'Édouard Drumont[15]. En 1900, elle compte au nombre des fondatrices du Conseil national des femmes françaises, une organisation pour les groupes féministes français qui soutient bientôt le droit de vote des femmes.

En 1908, les Françaises mariées sont autorisées à jouir de leur propre salaire. Âgée de 60 ans, Hubertine Auclert continue de revendiquer l’égalité complète. Cette année-là, elle brise symboliquement une urne à Paris lors des élections municipales. Le , de concert avec Marguerite Durand, elle se présente comme candidate aux élections législatives, imitée entre autres par deux autres femmes, Renée Mortier et Gabrielle Chapuis. Leur candidature n'est pas retenue[24].

Rendre hommage à Jeanne d'Arc, en faire un symbole de la lutte des féministes, fait partie de ses arguments : « Jeanne d'Arc fut la personnification du féminisme, elle ne tint compte ni des usages, ni de l'autorité des puissants, et elle usa, malgré les hommes, des droits des hommes pour sauver le pays »[25].

Considérée comme une figure centrale dans l’histoire du mouvement des droits des Françaises, Hubertine Auclert a poursuivi son activisme jusqu’à sa mort. Elle est inhumée au cimetière du Père-Lachaise (division 49) à Paris, juste en face de la tombe d'Honoré de Balzac. La sculpture sur sa sépulture, réalisée par Suzanne Bizard, commémore le « suffrage des femmes »[26].

Publications[modifier | modifier le code]

  • Les femmes arabes en Algérie, Paris, Société d'éditions littéraires, (lire sur Wikisource)
  • Le vote des femmes, Paris, V. Giard & F. Brière, 1908.
  • Les Femmes au gouvernail, Marcel Giard, 1925 (posthume).
  • Hubertine Auclert. Pionnière du Féminisme, textes choisis, préface de Geneviève Fraisse, présentation de Steven C. Hause, Bleu autour, 2007.

Postérité[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. AUCLERT Hubertine, Le Maitron.
  2. Sylvie Chaperon et Christine Bard, Dictionnaire des féministes : France. XVIIIeXXIe siecle, Paris, Presses universitaires de France, (ISBN 978-2-13-078722-8, lire en ligne).
  3. Oihana Gabriel, « Figures du féminisme: Révoltée, suffragette, sens du happening... Qui était Hubertine Auclert? », 20 minutes,‎ (lire en ligne, consulté le 10 mars 2020).
  4. lire en ligne sur Gallica.
  5. Noëlline Castagnez et Corinne Legoy, « Hubertine Auclert et la naissance du suffragisme », Parlement(s) : revue d'histoire politique, vol. 3, no 22,‎ , p. 153-160 (ISSN 1768-6520, lire en ligne, consulté le 13 décembre 2019). Via Cairn.info.
  6. La Citoyenne sur Google Livres
  7. La Citoyenne sur Google Livres
  8. Paulette Bascou-Bance, La mémoire des femmes : anthologie, Elytis, , 575 p. (ISBN 978-2-914659-05-5, lire en ligne), p. 233
  9. Michelle Perrot, Mon histoire des femmes, Seuil, 2006, p. 210.
  10. Debré et Bochenek 2013, p. 155-156
  11. Yannick Ripa, Les femmes, actrices de l'Histoire : France, de 1789 à nos jours, Paris, Armand Colin, coll. « Collection U », , 224 p. (ISBN 978-2-200-25980-8, lire en ligne).
  12. « UN COMITÉ SOCIALISTE POUR L’AMNISTIE EN 1879 », sur www.commune1871.org (consulté le 16 novembre 2020)
  13. Comité central socialiste de secours aux Amnistiés et aux non amnistiés... Appel aux Sociétés ouvrières et groupes constitués de France . (Signé : Léonie Manière.), (lire en ligne)
  14. Debré et Bochenek 2013, p. 157-159
  15. a et b Debré et Bochenek 2013, p. 159
  16. Debré et Bochenek 2013, p. 163
  17. Il fonctionne comme juge de paix dans l'Oranais.
  18. a b et c Julia Clancy Smith, Françoise Armengaud (trad.), Le regard colonial : Islam, genre et identités dans la fabrication de l’Algérie française, 1830-1962, Lausanne, Antipodes, Nouvelles questions féministes, vol. 25, , 160 p. (lire en ligne), p. 25-40
  19. a b c d et e « L'Atelier numérique de l'Histoire | Episodes », sur atelier-histoire.ens-lyon.fr (consulté le 10 novembre 2020)
  20. a et b Hubertine Auclert, Les femmes arabes en Algérie, Paris, Société d'éditions littéraires, , 250 p. (lire en ligne)
  21. Marnia Lazreg, « Féminisme et différence : les dangers d’écrire en tant que femme sur les femmes en Algérie », Les cahiers du CEDREF. Centre d’enseignement, d’études et de recherches pour les études féministes, no 17,‎ , p. 73–105 (ISSN 1146-6472, DOI 10.4000/cedref.615, lire en ligne, consulté le 10 novembre 2020)
  22. Marie Bugéja, Nos sœurs musulmanes, Pars, La Revue des études littéraires,
  23. Le journal cessera de paraître le .
  24. Debré et Bochenek 2013, p. 164-165
  25. La Citoyenne sur Google Livres
  26. Debré et Bochenek 2013, p. 165
  27. « Le Centre Hubertine-Auclert : des ressources pour l’égalité », sur alternatives-economiques.fr, .

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Mona Ozouf, Les Mots des suffragettes, Paris, Fayard, 1995
  • Steven C. Hause, The French suffragettes, Londres, Yale University Press, 1987
  • Jean-Louis Debré et Valérie Bochenek, Ces femmes qui ont réveillé la France, Paris, Arthème Fayard, , 374 p. (ISBN 978-2-213-67180-2)
  • Pierre Tourev et + équipe, Toupinoscope : Hubertine Auclert : Journaliste et militante féministe française, La Toupie.org, (lire en ligne)
  • Edith Taïeb (préface, notes et commentaires), Hubertine Auclert, la Citoyenne 1848-1914, Articles de 1881 à 1891, Paris, Syros, 1982.
  • Oihana Gabriel, « Figures du féminisme: Révoltée, suffragette, sens du happening... Qui était Hubertine Auclert? », 20 Minutes,‎ (lire en ligne)
  • Maurice Sarazin, Les Bourbonnais célèbres et remarquables des origines à la fin du XXe siècle, tome III : Arrondissement de Montluçon, Charroux, Éditions des Cahiers bourbonnais, 2014, p. 45-46.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]