La Fronde (journal)

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La Fronde (journal)
image illustrative de l’article La Fronde (journal)
Une de La Fronde du 1er janvier 1898.

Pays Drapeau de la France France
Langue français
Périodicité quotidien, puis mensuel après 1903
Format berlinois
Genre féministe
Prix au numéro 5 centimes
Date de fondation
Date du dernier numéro
Ville d’édition Paris

La Fronde est un journal français fondé par Marguerite Durand en , diffusé jusqu’en [1].

Il est le premier à être entièrement conçu et dirigé par des femmes, ce qui constitue une première dans le monde. Il est ainsi considéré comme le « premier quotidien féministe au monde »[1].

Sa parution est quotidienne jusqu’en [2], puis mensuelle jusqu’en .

Histoire[modifier | modifier le code]

En 1896, Marguerite Durand, journaliste au Figaro, est envoyée au Congrès international des droits de la femme qui se tient à Paris[3]. Enthousiasmée par ce qu'elle entend, elle fonde le quotidien d'information générale, politique et culturelle La Fronde, en 1897. Elle offre ainsi une tribune aux conférencières, pour la défense des droits des femmes[4]. Le premier numéro sort le . La Fronde est ainsi le premier quotidien au monde entièrement conçu et réalisé par des femmes[2].

Les locaux du journal se trouvaient au 14 rue Saint-Georges (9e arrondissement). Il s'y trouvait également une bibliothèque qui constitue le départ de ce qui deviendra la bibliothèque Marguerite-Durand.

Contexte[modifier | modifier le code]

Après la période révolutionnaire au cours de laquelle est soulevée la question de l'égalité entre les femmes et les hommes grâce notamment à l'engagement de personnalités comme Condorcet[5] et Olympe de Gouges[6], le XIXe siècle réaffirme l'infériorité des femmes avec l'inscription de leur minorité dans le Code Civil napoléonien de 1804[7]. Leur place se limite alors à la sphère familiale sous l'autorité du mari ou du père, les privant de tous droits civils ou politiques. Le divorce n'est plus autorisé qu'en cas d'adultère[8].

Le suffrage universel rétabli en 1848 écarte les femmes malgré leur engagement pour son rétablissement. Il faudra attendre 1867 pour que l'État contraigne les communes de plus de 500 habitants à posséder une école pour filles[7].

La seconde moitié du XIXe siècle et l'avènement de l'ère industrielle requiert et permet ainsi aux femmes d'avoir une activité salariée mais avec un traitement inférieur et sans pouvoir disposer de leur salaire[7].

La constitution d'un corpus théorique et le rassemblement des différents courants féministes, grâce à la création, par Marguerite Durand, du journal la Fronde met en évidence les inégalités sur lesquels il reste nécessaire de progresser à la fin du XIXe siècle.

C'est en 1907 que les femmes obtiennent la possibilité de gérer de façon autonome leur salaire.

C'est également au XXe siècle qu'elles obtiennent la possibilité de passer le baccalauréat et de s'inscrire à l'université[9].

Rédaction et confection[modifier | modifier le code]

La Fronde a pour originalité de ne pas être seulement un journal destiné aux femmes, mais un quotidien conçu, rédigé, administré, fabriqué et distribué exclusivement par des femmes : journalistes, rédactrices, collaboratrices, typographes, imprimeurs, colporteurs, l'équipe est entièrement féminine. Marguerite Durand entend ainsi prouver que des femmes peuvent fort bien réussir dans le monde du journalisme, fortement dominé par les hommes, et qu'une entreprise de presse peut fonctionner sans recourir à leur assistance[10].

Époques de parution[modifier | modifier le code]

Le titre paraît quotidiennement de 1897 à 1903 avec un pic de 50 000 lecteurs, puis mensuellement en supplément au journal L'Action d'octobre 1903 à mars 1905, puis il disparaît à la suite des problèmes financiers dus à la mévente. Il reparaît pour quelques numéros entre le et le , mais le féminisme, occulté par la guerre, passe au second plan des préoccupations. Marguerite Durand tente de le relancer de à , mais il a perdu son ancrage féminin exclusif et n'est plus que le porte-voix du Parti républicain-socialiste auquel elle a adhéré[11].

Objectifs et contenu[modifier | modifier le code]

La Fronde ne se veut pas d'abord un pamphlet anti-hommes. Si ses responsables déclarent la guerre, « ce n'est pas à l'antagonisme masculin, mais aux tyrans qui s'appellent : abus, préjugés, codes caducs, lois arbitraires », « ne cherche pour la femme aucun triomphe sur l'homme, ni le pouvoir despotique par la ruse, ni l'identité des sexes », « réclame l'égalité des droits, le développement sans entraves des facultés de la femme, la responsabilité consciente de ses actes, une place de créature libre dans la société » précise le premier numéro en date du .

Et le  : « Journal absolument éclectique, porte-parole de tous les partis féministes », La Fronde « rêve de l'union de toutes les femmes sans distinction de culte ni de race », « prêchera la croisade des intelligences et des cœurs contre les ennemis de l'humanité tout entière : l'ignorance qui fait des brutes, les tourmenteurs de bêtes, les bourreaux d'enfants ; l'alcoolisme, pépinière de fous et d'assassins ; l'intransigeance qui crée les martyrs ; la guerre qui met en deuil les familles et ruine les cités ».

Le journal va aussi publier des articles sur l'histoire du féminisme ou sur le mouvement en faveur des femmes à l'étranger, se faire l'écho des revendications d'associations féministes, par exemple :

  •  : pétition de la Ligue française pour le droit des femmes au conseil municipal de Paris ;
  •  : évocation du « féminisme chrétien » ;
  •  : la Société des femmes réclame au groupe parlementaire des « Droits des femmes » la promulgation d'une loi les autorisant à plaider en justice.

Pour travailler sans entraves, elle obtient pour ses journalistes féminins l'accès au Palais Bourbon et à la Bourse, pour ses typographes le travail de nuit[12].

En décembre 1902, le journal soutient Madeleine Pelletier qui souhaite s'inscrire au concours des internats des asiles mais dont la candidature est rejetée car le concours est réservé aux personnes jouissant de leurs droits politiques et, de fait, interdit aux femmes[2].

Tribune[modifier | modifier le code]

Parmi les femmes qui y écrivent, on peut citer :

  • Caroline Rémy connue sous le nom de Séverine : égalité des droits hommes-femmes, reconnaissance du droit pour les femmes de choisir librement – y compris par l'avortement – le temps de leur maternité, passant par l'autorisation des moyens et de la propagande anticonceptionnels, soutien à Zola dans la défense de Dreyfus ;
  • Daniel Lesueur, née Jeanne Loiseau, femme de lettres et philanthrope : elle est la seule femme à intervenir à la tribune de séances plénières du Congrès International du commerce et de l'industrie, lors de l'Exposition universelle de 1900, présentant un rapport sur « l'évolution féminine » et défendant les idées pratiques présentées et largement repris dans les vœux votés en Assemblée générale (juillet 1900). Ce rapport fut développé et édité en 1905.
  • Hélène Sée[13] : première femme journaliste politique ;
  • Clotilde Dissard : protection du travail des femmes, élimination du proxénétisme ;
  • Aimée Fabrègue : femme de lettres ;
  • Louise Debor : « (Le féminisme) est le droit imprescriptible de vivre et de s'appartenir » ;
  • Jeanne Chauvin : droit pour les femmes d'exercer la profession d'avocat ;
  • Odette Laguerre : Professeur de l'enseignement secondaire des jeunes filles
  • Madeleine Pelletier : droit pour les femmes d'exercer la profession de psychiatre, néomalthusianiste ;
  • Maria Pognon : égalité des salaires hommes-femmes ;
  • Nelly Roussel : militante anarchiste néomalthusianiste passant par la liberté de la femme de disposer librement de son corps ;
  • Clémence Royer : scientifique, traductrice de L'Origine des espèces (Darwin) ;
  • Maria Vérone : libre-penseuse et féministe ;
  • Avril de Sainte-Croix, qui signe Savioz, du nom de sa mère : auteure féministe[14] ;
  • Gabrielle Petit y fait ses premiers pas dans le journalisme, avant de fonder La Femme affranchie[15] ;
  • Jeanne Henri Caruchet (1872-1906) : née Nouguès, à Bruxelles, professeure de lettres, fille d'un militant républicain, écrivit sur l'avortement ;
  • Alexandra David Neel : journaliste, anarchiste, exploratrice ;
  • Renée de Vériane, sculptrice : chronique les événements sportifs féminins ;
  • Dorothea Klumpke : astronome ;
  • Marcelle Tinayre : femme de lettres ;
  • Pauline Kergomard : fondatrice des écoles maternelles ;
  • Lucie Delarue-Mardrus : poétesse, romancière, journaliste, historienne, sculptrice et dessinatrice ;
  • Paule Minck : femme de lettres, socialiste, communarde et féministe ;
  • Aline Valette (en) : institutrice féministe socialiste.

Archives[modifier | modifier le code]

La bibliothèque Marguerite-Durand située dans le 13e arrondissement de Paris en conserve des numéros.

Des exemplaires numérisés du journal sont également disponibles sur le site internet des bibliothèques spécialisées de la ville de Paris[16].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Pierre Ancery, « C'était en 1897. « La Fronde », premier quotidien féministe au monde, était ridiculisé », sur Rue89, (consulté le 15 janvier 2018).
  2. a, b et c Claude Maignien et Charles Sowerwine, Madeleine Pelletier : une féministe dans l'arène politique, Paris, Les Éditions ouvrières, (lire en ligne), p. 41.
  3. Simone Blanc, « La bibliothèque Marguerite Durand », Matériaux pour l'histoire de notre temps, vol. 1, no 1,‎ , p. 24–26 (DOI 10.3406/mat.1985.403983, lire en ligne).
  4. « Bibliothèque Marguerite Durand : présentation », sur www.archivesdufeminisme.fr (consulté le 18 novembre 2016).
  5. Maïté Albistur et Daniel Armogathe, Histoire du féminisme français du moyen âge à nos jours, Paris, Editions des femmes, , 498 p., p. 213-223.
  6. Nicole Bothorel, Marie-Françoise Laurent,Paul Bensimon Françoise Basch, Geneviève Bianquis, Histoire mondiale de la femme Sociétés modernes et contemporaines, Nouvelle Librairie de France, , p. 101;102.
  7. a, b et c Evelyne Pisier, Le droit des femmes, Dalloz, , p. 56.
  8. Evelyne Pisier, Le droit des femmes, Dalloz, , p. 65.
  9. Carole Lécuyer, « Une nouvelle figure de la jeune fille sous la IIIe République : l'étudiante », Clio. Femmes, Genre, Histoire, no 4,‎ (ISSN 1252-7017, DOI 10.4000/clio.437, lire en ligne).
  10. Debré et Bochenek 2013, p. 191+193-194.
  11. Debré et Bochenek 2013, p. 207-210.
  12. Debré et Bochenek 2013, p. 195-198.
  13. Voir cf. Mouvements de Femmes.
  14. Debré et Bochenek 2013, p. 198-202.
  15. Anne Cova, Féminismes et néo-malthusianismes sous la Troisième République, L'Harmattan, 2011, p.71.
  16. « La Fronde », sur bibliotheques-specialisees.paris.fr.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Annie Dizier-Metz, La Bbibliothèque Marguerite Durand : histoire d'une femme, mémoire des femmes, Agence culturelle de Paris, 1992
  • Jean Rabaut, Marguerite Durand (1864-1936) : « La Fronde » féministe, ou, « Le Temps » en jupons, préface de Madeleine Rebérioux, Paris, L'Harmattan, Coll. Chemins de la mémoire, 1996.
  • Anne-Claude Ambroise-Rendu, « La Fronde accueillie par ses pairs et jugée par les siens », p. 279-284, et Sandrine Lévêque « Femmes, féministes et journalistes : les rédactrices de La Fronde à l’épreuve de la professionnalisation journalistique », p. 41-53, Le Temps des médias, dossier « La cause des femmes », no 12, 2009.
  • Élisabeth Coquart, La Frondeuse : Marguerite Durand, patronne de presse et féministe, Paris, Payot & Rivages, , 346 p., 8 p. de pl. : ill. ; 24 cm (ISBN 978-2-22890-500-8, lire en ligne).
  • Jean-Louis Debré et Valérie Bochenek, Ces femmes qui ont réveillé la France, Paris, Arthème Fayard, , 374 p. (ISBN 978-2-213-67180-2)
  • Marcelle Capy, Aline Valette, Femmes et travail au XIXe siècle : Enquêtes de La Fronde et La Bataille syndicaliste, Syros, 1984, [lire en ligne].

Liens externes[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

  • Numéros de La Fronde en ligne sur Gallica [1].