Funmilayo Ransome-Kuti

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Funmilayo Ransome-Kuti
70 year old Funmilayo Ransome-Kuti on her birthday.png
Funmiyalo Kuti à son 70e anniversaire.
Biographie
Naissance
Décès
Voir et modifier les données sur Wikidata (à 77 ans)
LagosVoir et modifier les données sur Wikidata
Nom dans la langue maternelle
FumilayoVoir et modifier les données sur Wikidata
Nom de naissance
Frances Abigail olufimilayoVoir et modifier les données sur Wikidata
Nationalité
Formation
Activités
Conjoint
Israel Olutodun Ransome-Kuti (en)Voir et modifier les données sur Wikidata
Enfants
Beko Ransome-Kuti (en)
Olikoye Ransome-Kuti (en)
Fela KutiVoir et modifier les données sur Wikidata
Autres informations
Distinction

Funmilayo Ransome Kuti (, Abeokuta, Nigeria - , Lagos, Nigeria), née Frances Abigail Olufunmilayo Thomas, est une enseignante et femme politique nigériane, militante des droits des femmes. Elle fut l'une des leaders de sa génération.

Biographie[modifier | modifier le code]

Jeunesse[modifier | modifier le code]

Frances Abigail Olufunmilayo Thomas naît le à Abeokuta, au Nigéria[1]. Elle appartient à la tribu Egba, de l'ethnie Yoruba. Elle est la fille de Daniel Olumeyuwa Thomas (1869 – 1954), membre de la famille aristocrate Jibolu-Taiwo, et de Lucretia Phyllis Omoyeni Adeosolu (1874 – 1956)[2]. Son père est cultivateur de palme et en vend les produits, sa mère est couturière. Du côté de son père, Frances est une descendante de Sarah Taiwo, une femme Yoruba capturée par des trafiquants d'esclaves au début du XIXe siècle avant de finalement retrouver sa famille à Abeokuta[2].

Alors qu'à l'époque les familles nigérianes se préoccupent peu de l'éducation des filles, les parents de Frances considèrent que l'instruction est importante pour les garçons comme pour les filles. Elle effectue sa scolarité à l'Abeokuta Grammar School (en)[3]. Réservée au départ aux garçons, cette école accueille ses premières élèves en 1914 et Frances fait partie des six premières jeunes filles inscrites cette année-là[2]. De 1919 à 1922, elle termine ses études en Angleterre dans une école où elle apprend, entre autres, l'élocution, la musique, la couture et le français. C'est à cette époque qu'elle prend la décision de préférer son prénom yoruba raccourci, Funmilayo, plutôt que Frances – son prénom chrétien –, probablement en réaction à des remarques racistes. À son retour au Nigéria, elle devient enseignante[1].

Le , elle épouse le révérend Israël Oludotun Ransome-Kuti (en), un membre de la famille Ransome-Kuti (en)[2]. Israël est également un ancien élève de l'Abeokuta Grammar School, de quelques années son aîné, et ils se rencontrent alors que Funmilayo est encore sur les bancs de l'école. Défenseur des droits de ses concitoyens, il est l'un des fondateurs de l'Union Nigériane des Enseignants et de l'Union Nigériane des Étudiants[4]. Le couple se démarque, à l'époque, par l'égalité entre les époux dans un Nigéria où c'est l'homme qui détient le pouvoir.

Militantisme[modifier | modifier le code]

Avec Elizabeth Adekogbe, elle assure avec dynamisme la direction du mouvement pour le droit des femmes dans les années 1950. Elle fonde l'union des femmes d'Abeokuta, dont le registre d'inscription compte plus de 20 000 personnes, et qui rassemble des femmes aussi bien lettrées qu'analphabètes[5]. Elle s'allie avec Margaret Ekpo, une militante de l'Est du pays, au sein de l'Union des femmes nigérianes, dont elles sont respectivement présidente et secrétaire[6].

Droits des femmes[modifier | modifier le code]

Ransome-Kuti fait connaître l'organisation au public lorsqu'elle fait s'unir les femmes contre le contrôle des prix qui frappait durement les marchandes des marchés d'Abeokuta. Le commerce était l'une des activités principales des femmes du Nigéria occidental (en) à cette époque. En 1949, elle conduit l'opposition contre les Natives Authorities, plus précisément contre l'Alake d'Egba (en). Elle présente des documents dénonçant les abus d'autorité de l'Alake, à qui avait été accordé le droit de collecter les impôts par son suzerain colonial, le gouvernement du Royaume-Uni. L'Alake renonça par la suite, pour un temps, à sa couronne en raison du scandale. Elle supervise également, avec succès, l'abolition des taux d'imposition séparés pour les femmes ; comme elles n'avaient pas le droit de vote, elle lance le mot d'ordre :

« Pas de taxation sans représentation[7]. »

La même année, elle rallie à sa cause Margaret Ekpo pour dénoncer, au nom de l'Union des femmes nigérianes, la répression sanglante d'un mouvement de revendications de mineurs[6]. En 1953, elle est la fondatrice de la Federation of Nigerian Women Societies, qui forme par la suite une alliance avec la Fédération démocratique internationale des femmes.

Fondée avec Elizabeth Adekogbe et Margaret Ekpo, le National Council of Women's Societies (en) (FNWO) ambitionne de devenir le « Parlement des femmes du Nigeria » et de rassembler toutes les organisations de femmes du pays, militant pour l'obtention du droit de vote pour toutes les Nigérianes[8].

Funmilayo Ransome-Kuti fait campagne pour le vote des femmes. Elle est membre pendant de longues années de la direction d'un parti, le Conseil National du Nigeria et du Cameroun, mais en est expulsée après sa défaite lors d'une élection parlementaire fédérale. Au CNNC, elle est trésorière et ensuite présidente de l'Association des femmes du CNNC occidental. Après sa suspension, son poids politique diminue en raison des orientations de la politique nationale, tout comme celle des deux membres les plus puissants de l'opposition qui l'avait soutenue, Awolowo (en) et Adegbenro. Cependant, elle ne met jamais vraiment fin à son engagement militant. Dans les années 1950, elle est l'une de rares femmes à être élue à la Maison des Chefs ; à cette époque, c'était l'un des corps politiques les plus influents de son pays.

Elle est la fondatrice de l'Union des femmes d'Abeokuta (ou Union des femmes Egba) avec Eniola Soyinka (sa belle-sœur et la mère du prix Nobel Wole Soyinka). Selon certaines sources, cette association aurait compté à un moment jusqu'à 20 000 femmes membres[9]. Entre autres activités, Funmilayo Ransome-Kuti organise des ateliers pour les femmes analphabètes des marchés. Elle poursuit également ses campagnes contre les impôts et le contrôle des prix.

Interdiction de voyager[modifier | modifier le code]

La lutte pour les droits des femmes au Nigeria : sous l'impulsion de Funmilayo Ransome-Kuti, les femmes d'Abeokuta s'organisent.

Pendant la Guerre froide, et avant l'indépendance de son pays, Funmilayo Kuti a beaucoup voyagé et a irrité le gouvernement nigérian aussi bien que les gouvernements britanniques et américains en raison de ses contacts avec le bloc de l'Est. Cela comprend des voyages en URSS, en Hongrie ainsi qu'en Chine, où elle a rencontré Mao Zedong. En 1956, son passeport n'est pas renouvelé par le gouvernement ; la raison invoquée était « on peut supposer qu'il est de son intention d'influencer [...] les femmes avec des idées et des politiques communistes[10]. » Elle essuye également un refus de visa pour les États-Unis, le gouvernement américain alléguant qu'elle était communiste.

Avant l'indépendance, elle fonde le Commoners Peoples Party, dans l'objectif de contrer le NCNC au pouvoir, et de lui interdire la victoire dans sa région. Elle reçoit 4 665 votes contre 9 755 pour le NCCN, permettant ainsi au groupe d'opposition de l'emporter, avec 10 443 voix.

Elle est l'une des délégués qui négocient l'indépendance du Nigeria avec le gouvernement britannique.

Mort[modifier | modifier le code]

Elle est défenestrée en 1978 par des militaires, lors de l'assaut à la république de Kalakuta, en représailles à la chanson Zombie de son fils Fela Kuti[11].

Accomplissements[modifier | modifier le code]

Elle fut la première femme à obtenir un permis de conduire au Nigeria.

Références[modifier | modifier le code]


  1. a et b (en) « Funmilayo Ransome-Kuti: Nigerian feminist and political leader », Encyclopedia Britannica,‎ (lire en ligne, consulté le 7 avril 2020)
  2. a b c et d (en) Cheryl Johnson-Odim ; Emma Mba, For Women and the Nation: Funmmilayo Ransome-Kuti of Nigeria, University of Illinois Press, (ISBN 0-252-06613-8)
  3. (en) Kathleen Sheldon, « Ransome-Kuti, Funmilayo (1900-1978) », Dictionary of Women in Sub-Saharan Africa, Rowman & Littlefield,‎ , p. 247-248 (ISBN 978-1-4422-6293-5, lire en ligne)
  4. (en) Margaret Strobel, "Women agitating internationally for change". Journal of Women's History, Baltimore,
  5. « Nigeria : Funmilayo Ransome-Kuti, la mère des droits des femmes – JeuneAfrique.com », JeuneAfrique.com,‎ (lire en ligne, consulté le 8 mai 2018)
  6. a et b (en) James S. Etim, Valentine Udoh James. The Feminization of Development Processes in Africa: Current and Future Perspectives, Praeger Publishers, 1999, p. 108-110 lire en ligne
  7. (en) Minna Salami, 7 African female icons that shaped history, 1sur msafropolitan.com, 6 décembre 2010
  8. Sara Panata, interviewée par Vincent Hiribarren, « Les Nigérianes en marche pour le droit de vote », sur Libération, (consulté le 23 mai 2020).
  9. (en) « Funmilayo Ransome-Kuti », sur le site de l'UNESCO
  10. (en) « Funmilayo Kuti - 30 Years of Absence », (consulté le 11 juillet 2009)
  11. Les 1001 albums qu'il faut avoir écoutés dans sa vie, Flammarion, , p. 241.

Liens externes[modifier | modifier le code]