Art féministe

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L'art féministe est un mouvement artistique contemporain regroupant des artistes et des œuvres revendiquant ou s'inscrivant dans un discours féministe. Son apparition, dans les années 1960 et 1970 est concomitante à la prise d'ampleur du mouvement féministe, mais également à l'émergence de nouvelles formes d'expressions artistiques, comme la performance[1].

Histoire[modifier | modifier le code]

En France, la formation des femmes artistes ne devient possible que lorsque les Beaux Arts leur autorisent l'accès à la formation[2]. L'Académie Royale de peinture et de sculpture créée en 1648 les accepte bien qu'elles ne puissent pas suivre les enseignements réservés aux hommes, comme celui du nu[3], et bien qu'elle émet une résolution en 1710 de ne plus les admettre, même si elle n'est pas vraiment appliquée. un afflux d'artistes féminines à l'académie fait craindre la concurrence pour les artistes hommes, et le 31 mai 1783 un quota de quatre femmes maximum est fixé[4].

À la Révolution, les académies royales sont démantelées et on crée l'Institut, qui exclut les femmes artistes après des débats houleux sur la question de la mixité[5], auxquels Maximilien Robespierre participe. L'Académie des beaux-arts créé en 1816 n'accepte pas les femmes non plus. Le prestigieux prix de Rome admettra une femme seulement en 1903.

Le salon des femmes peintres et sculpteurs est fondé en 1881 pour revendiquer l'égalité des droits entre artistes hommes et femmes[2].

L'art dit féministe apparaît dans les années 1960 et 1970 grâce à un mouvement vers l'art féministe (en), qui, au sein de la deuxième vague féministe, a pour but de produire un art qui reflète les vies et les ressentis des femmes. Depuis cette période, on redécouvre aussi les artistes femmes oubliées de l'histoire[2] et parallèlement une réflexion théorique se démarquant des analyses de Clément Greenberg inclut des données sociétales telles que le sexe, le genre et la race dans l'analyse des œuvres produites.

Dans les années 1980, alors que l'antiféminisme connaît un regain lié à Reagan aux États-Unis - c'est le backlash ou « retour en arrière », des artistes féministes répliquent.

Formes artistiques et idéologie[modifier | modifier le code]

Plusieurs questionnements se posent aux femmes artistes dans les années 1970 : faut-il prendre part au système ou tenter de l'annihiler[6] ? Y a-t-il possibilité d'influer sur le cours de l'art, et intérêt à la faire[6] ? Existe-t-il un « art féminin » inaccessible aux hommes[6] ? La notion même d' « art féministe » pose question, pouvant laisser supposer soit une essence féminine, soit un style particulier, soit encore un engagement militant. Or les formes de ce que l'on peut associer à l'art dit féministe sont très diverses et les liens entre féminité, art et féminisme plus ou moins forts[7]. La délimitation d'un art féministe est difficile à établir quand, par ailleurs, des formes d'activisme, sans relever à proprement parler du domaine de l'art, empruntent ses formes. L'exposition en 2016 à la Galerie Michèle Didier réunissant les Guerilla Girls et le groupe d'action féministe La Barbe rendait compte de ces glissements possibles[8].

Contexte[modifier | modifier le code]

Part de femmes dirigeantes et exposées[modifier | modifier le code]

En France, alors que 64 % des effectifs des écoles d'art sont des femmes (année 2012-2013)[9], la part de celles-ci parmi les postes de direction est bien plus faible. En effet, les femmes accèdent à des postes de responsabilité moins élevés, ce qui peut entretenir un biais dans les choix effectués et maintenir la faible part d'artistes femmes exposées[9]. Certaines politiques publiques ont instauré la parité[10], alors que des expositions comme Elles@centrepompidou ne programment que des femmes dans le but de renforcer leur visibilité[11].

Une cote moindre sur le marché de l'art[modifier | modifier le code]

Les femmes représentent un peu moins d'un quart des grands palmarès du marché de l'art, au milieu des années 2010 comme au milieu des années 2000, alors qu'elles en représentaient moins de 5 % au milieu des années 1980[12]. Mais, même en mettant à part âge et nationalité, les œuvres des femmes se vendent moins cher que celles des hommes. Le fait que les femmes aient été minoritaires pendant longtemps au sein du monde de l'art serait un facteur explicatif de ce phénomène, qui aurait de sus tendance à s'auto-alimenter.

Artistes[modifier | modifier le code]

Judy Chicago, Audrey Flack, Nancy Fried, Joyce Kozloff, Ana Mendieta, Miriam Shapiro, Nancy Spero, ou encore Vanessa Beecroft sont les artistes phares de l'art féministe[13]. Aussi, des collectifs artistiques féministes oeuvrent pour faire vouloir le droit des femmes au sein du monde de l'art, c'est le cas des Guerrilla Girls. Présentes dans le monde de l'art contemporain depuis les années Reagan, elles cherchent à s'affranchir du patriarcat blanc qui régit le monde artistique. Revêtant des masques de gorille ainsi que des pseudonymes de grandes figures féminines historiques, elles rendent compte des différences évidentes entre les hommes et les femmes. Pour se faire, elles comptabilisent la représentation féminine au sein d'expositions organisées dans les plus grands musées du monde.[14]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Véronique Danneels, « Du recyclage des performances féministes », Ligeia, dossiers sur l'art, nos 117-118-119-120,‎ , p. 107-115 (ISSN 0989-6023)
  2. a, b et c Christine Bard et Sylvie Chaperon, Dictionnaire des féministes : France, XVIIIe-XXIe siècle, Paris, Presses Universitaires de France, (ISBN 9782130787204), p 75 - 88
  3. Marcel Guédron, De chair et de marbre, Honoré Champion, , p 26
  4. Manuelle Blanc, Artistes femmes à la force du pinceau, 2014 (film)
  5. M. Belissa, Y. Bosc, F. Gauthier (éd.), Républicanismes et droit naturel. Des Humanistes aux Révolutions des droits de l’homme et du citoyen, Paris, Kimé, 2009, p. 189-210.
  6. a, b et c Catherine Gonnard et Élisabeth Lebovici, Femmes artistes / artistes femmes : Paris, de 1880 à nos jours, Paris, Hazan, , 479 p. (ISBN 9782754102063), p. 327
  7. « Anne Creissels /Le féminin, le féminisme et “elles” | elles@centrepompidou », sur elles.centrepompidou.fr (consulté le 21 mars 2017)
  8. « Exhibition Guerrilla Girls », sur www.micheledidier.com (consulté le 21 mars 2017)
  9. a et b Isabelle Manca, « Musées : les machos ont-ils le pouvoir ? », L'Œil, no 672,‎ , p. 40-49 (ISSN 0029-862X).
  10. Nicole Pot, interviewée par Isabelle Manca, « Quelle égalité homme-femme ? », L'Œil, no 672 « 100 % femmes »,‎ , p. 24 (ISSN 0029-862X).
  11. Tania Mouraud et Camille Morineau, interviewées par Fabien Simode, « Comment ne pas être féministe quand on vous renvoie l'image d'un citoyen de seconde zone ? », L'Œil, no 672 « 100 % femmes »,‎ , p. 132-135 (ISSN 0029-862X).
  12. Marie Zawisza, « Les artistes femmes sont-elles sous-cotées ? », L'Œil, no 672,‎ , p. 112-113 (ISSN 0029-862X).
  13. Hervé Gauville 2007, p. 208.
  14. (en-US) « Home », sur Guerrilla Girls (consulté le 20 avril 2018)

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Fabienne Dumont, Des sorcières comme les autres, artistes et féministes dans la France des années 1970, Presses universitaires de Rennes, 570 p.
  • Mathilde Ferrer, Yves Michaud (dir.), Féminisme, Art et Histoire de l'art (ouvrage faisant suite à un colloque tenu à Paris en janvier-mars 1990), Énsb-a, Paris, 1997
  • Hervé Gauville, L'art depuis 1945 : groupes et mouvements, Hazan, , 391 p. (ISBN 978-2754100076), « Art féministe »
  • Lucy Lippard, From the Center, Feminist Essays on Women's Art, E. P. Dutton, New York, 1976
  • Lucy Lippard, The Pink Glass Swan. Selected Essays on Feminist Art, The New Press, New York, 1995
  • Linda Nochlin, Femmes, Art et Pouvoir et autres essais, trad. de l’anglais (US) par Oristelle Bonis, Jacqueline Chambon, Nîmes, 1993
  • Rozsika Parker, Griselda Pollock, Old Mistresses : Women, Art and Ideology, Pandora Press, Londres, 1981
  • Peggy Phelan, Helena Reckitt, Art and Feminism, Phaidon, Londres, New York, 2001
  • Griselda Pollock, Vision and Difference : Femininity, Feminism and Histories of Arts, Routledge, Londres, New York, 1988
  • Griselda Pollock, Differencing the Canon, Feminist Desire and the Writing of Art's Histories, Routledge, Londres, New York, 1999
  • Catherine de Zegher (dir.), Inside the Visible. An Elliptical Traverse of 20th Century Art in, of, and from the Feminine, The MIT Press, Cambridge, Massachusetts, Londres, 1996
  • CimémAction, n°67, 2e trimestre 1993, « 20 ans de théories féministes sur le cinéma »
  • Cat. expo. Art et féminisme, Musée d'art contemporain, Montréal, 11mars-2 mai 1982
  • Cat. expo. Vraiment féminisme et art, Magasin, Centre national d'art contemporain de Grenoble, 5 avril-24 mai 1997, Magasin, Grenoble, 1997
  • Cat. expo. WACK ! Art and the feminist revolution, MIT Press, Boston, 2007
  • Cat. expo. Global Feminism. New directions in contemporary art, Merrell, New York, 2007

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Base de données[modifier | modifier le code]