Manspreading

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Ne doit pas être confondu avec Mansplaining.
Exemple de manspreading dans le métro de Stockholm.

Le manspreading, en anglais manspreading ou man-sitting, est un concept que les féministes américaines ont développé pour désigner un comportement observable chez certains hommes dans les transports en commun, consistant à s'asseoir en écartant les cuisses et en occupant alors plus que la largeur d'un siège[1],[2]. Toutefois la définition exclut le manque de place, par exemple lorsque les sièges sont trop rapprochés pour permettre à deux passagers d'être assis face à face sans écarter les jambes ou lorsqu'un bagage encombre l'espace[réf. souhaitée]. Le terme peut se traduire en français par « étalement masculin »[3]. Il est particulièrement relayé sur les réseaux sociaux par hashtag. Il s'oppose à la pratique du womancrossing qui est une tendance féminine qui consiste à croiser les jambes dans les transports en communs.

Description[modifier | modifier le code]

Le 6 juin 2017, la société de transport madrilène ajoute un pictogramme dans les bus pour demander aux usagers de ne pas occuper deux sièges en s'asseyant les jambes écartées.

Le terme apparait aux États-Unis[4] en 2014 après une campagne[5] lancée dans le Metropolitan Transportation Authority (MTA) ou métro de New York en 2013 pour promouvoir des comportements respectueux[6]. Il est utilisé pour décrire l'occupation corporelle masculine d'un espace restreint[7], particulièrement dans les transports en commun et est cité par le Collins, dictionnaire britannique, comme l'un des dix mots remarqués en 2015[8] dans le monde dit des geeks.

Le terme est à mettre en relation avec d'autres termes débutant en anglais par le préfixe man pour décrire des comportements masculins induits et inconscients d'occupation de l'espace : mansplaining traduit par mecsplication[9], manslamming en sont des exemples[10]. La dénonciation de ces comportements fait écho au travail de féministes comme Brigitte Grésy qui ont décrit ces dernières années les comportements de sexisme ordinaire et préconisent des prises de position institutionnelles et des campagnes de communication à grande échelle pour susciter la réflexion autour de ces comportements dits de sexisme ordinaire[11],[12],[13].

En Espagne, le parti Podemos dépose un projet de loi le au parlement de la région de Madrid, pour interdire le manspreading[14]. Le , la société de transport madrilène ajoute un pictogramme dans les bus pour demander aux usagers de ne pas occuper deux sièges en s'asseyant les jambes écartées[15].

Critiques et débats[modifier | modifier le code]

Exemple de femme occupant deux places dans le métro londonien, avec une posture parfois appelée she-bagging.

Après avoir été relayé en masse sur les réseaux sociaux, le terme est critiqué sur la base de trois arguments :

  • pour certains cette position indiquerait un comportement de séduction par une posture spécifique[16] ;
  • elle pourrait aussi être la conséquence d'une recherche de plus de confort et résulterait de la morphologie masculine[3]. Cathy Young, journaliste féministe, dénonce ainsi une stigmatisation de postures masculines qu'elle décrit comme pseudo-féministe[17],[18] dans son article publié dans le Time en 2014 et intitulé Stop Fem-splaining[19]. Ses positions sont relayées par un groupe formé sur les réseaux sociaux et nommé Women against feminism. La dénonciation en ligne de ces comportements s'apparente selon ces points de vue à des pratiques de doxxing[20] ou de online shaming (en), un type de harcèlement en ligne par la dénonciation d'un comportement jugé problématique ;
  • le manspreading ne serait pas un comportement social typiquement masculin étant donné que de nombreuses femmes y auraient recours[21].

Des féministes comme Clementine Ford ont réagi à cette argumentation en critiquant à leur tour ces réactions de rejet de positionnement féministes humoristiques comme indicatrices de la difficulté pour les femmes de dénoncer des comportements de sexisme ordinaire.

En réponse, l'essayiste américaine Cathy Young note que la « misandrie ironique » défendue par certaines féministes comme Clementine Ford deviendrait parfois de la misandrie tout court[22].

Au Canada, la « Canadian Association for Equality » (CAFE), une association canadienne de défense des droits de l’Homme, a critiqué les campagnes de diffusion sur le manspreading, faisant valoir qu'il est « physiquement pénible pour les hommes de fermer les jambes » et qu’elles sont comparables avec la volonté « d’obliger les femmes à arrêter d'allaiter dans des bus ou des trains ... »[23]. Les commentateurs dans les médias ont présenté des arguments similaires en ce qui concerne la nécessité biologique pour les hommes d’étendre leurs jambes pour bien accueillir leurs testicules[24].

Un autre reproche couramment évoqué est l'utilisation de néologismes très utilisés sur les réseaux sociaux, mais peu dans les médias et le quotidien, et qui simplifient une réalité plus complexe[25].

Références[modifier | modifier le code]

  1. « « Manspreading » : une campagne de sensibilisation dans les transports new-yorkais s'attaque aux incivilités masculines », sur Le Huffington Post (consulté le 22 décembre 2016).
  2. « Le « manspreading », tendance masculine à s'asseoir les jambes écartées, entre dans le dico », 20minutes.fr,‎ (lire en ligne, consulté le 22 décembre 2016).
  3. a et b Marie Godfrain, « Le « manspreading », une arme de séduction ? », Le Monde.fr,‎ (ISSN 1950-6244, lire en ligne, consulté le 22 décembre 2016).
  4. Grazia.fr, « Comment je me suis disputée avec... le manspreading », Grazia.fr,‎ (lire en ligne, consulté le 22 décembre 2016).
  5. (en-US) « New York City's MTA and the spread of 'manspreading' », OxfordWords blog,‎ (lire en ligne, consulté le 22 décembre 2016).
  6. Emma G. Fitzsimmons, « ‘Manspreading’ on New York Subways Is Target of New M.T.A. Campaign », The New York Times,‎ (ISSN 0362-4331, lire en ligne, consulté le 23 décembre 2016).
  7. Peter Vidani, « YOUR BALLS ARE NOT THAT BIG », sur yourballsarenotthatbig.tumblr.com (consulté le 26 décembre 2016).
  8. Ariane Nicolas, « Manspreading, binge-watch... Les 10 mots qui ont fait 2015 selon le Collins », Konbini France,‎ (lire en ligne, consulté le 22 décembre 2016).
  9. « VIDEO. "Manterrupting" : quand les hommes ne peuvent s'empêcher d'interrompre les femmes », Franceinfo,‎ (lire en ligne, consulté le 23 décembre 2016).
  10. (en-US) « From Manspreading to Mansplaining — 6 Ways Men Dominate the Spaces Around Them », Everyday Feminism,‎ (lire en ligne, consulté le 23 décembre 2016).
  11. « Brigitte Grésy : "Il faut appeler le sexisme par son nom" - EVE », sur www.eveprogramme.com (consulté le 23 décembre 2016).
  12. Gaëlle Dupont, « Le gouvernement veut faire reculer le sexisme ordinaire », Le Monde.fr,‎ (ISSN 1950-6244, lire en ligne, consulté le 23 décembre 2016).
  13. « « Antisexisme » : Renard, Noémie, Les attributs du pouvoir et leur confiscation aux femmes. Le genre et l’espace », .
  14. « Manspreading : vous aussi, vous ne supportez plus les hommes qui écartent les jambes dans le métro ? - Elle », Elle,‎ (lire en ligne, consulté le 15 juin 2017).
  15. (es) « EMT Madrid amplía su señalización a bordo del autobús para evitar el “manspreading” », Diario de Madrid,‎ (lire en ligne, consulté le 15 juin 2017).
  16. (en-US) Olga Khazan, « When Manspreading Is Sexy », The Atlantic,‎ (lire en ligne, consulté le 22 décembre 2016).
  17. « Feminists treat men badly. It’s bad for feminism. », sur Washington Post (consulté le 22 décembre 2016).
  18. (en) Cathy Young, « Young: 'Manspreading'? But women hog subway space, too », Newsday,‎ (lire en ligne, consulté le 23 décembre 2016).
  19. Cathy Young, « Stop Fem-Splaining: What #womenagainstfeminism Get Right: », sur TIME.com (consulté le 26 décembre 2016).
  20. « Le doxxing : une nouvelle forme de violence sur internet | Fil santé jeunes », sur www.filsantejeunes.com (consulté le 23 décembre 2016).
  21. « It's not just men! The hilarious photographs that show women 'FEMSPREADING' on public transport. » (consulté le 19 mai 2017).
  22. Aude Loriaux, « Le féminisme traite mal les hommes. Et c’est mauvais pour le féminisme », Slate.fr,‎ (lire en ligne, consulté le 22 décembre 2016).
  23. star, « Man-spreading, a transit controversy with legs », The Toronto Star,‎ (lire en ligne, consulté le 4 août 2018).
  24. Gareth, « Is the 'manspreading' campaign just prejudice against big guys? », The Telegraph,‎ (lire en ligne, consulté le 4 août 2018).
  25. « Puis-je mecspliquer? », Lesoir.be,‎ (lire en ligne, consulté le 21 juillet 2017)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • L.Br., « Madrid met en place une campagne contre le «manspreading» dans ses bus », 20 minutes,‎ (lire en ligne)