Féminisme en Russie

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Histoire[modifier | modifier le code]

XVIIIe siècle[modifier | modifier le code]

C'est au XVIIIe siècle et sous l'influence des mouvements occidentaux européens que nait le Féminisme en Russie. Il reste tout d'abord limité à l'aristocratie. Dans le roman Que faire ? de Nicolaï Tchernychevski, l'héroïne, Vera Pavlovna qui rêve d'une société égalitaire, personnifie les idées féministes russes de l'époque[1]. Durant son règne, Pierre le Grand relâche les restrictions sur l'éducation féminine, ce qui permet la naissance d'une nouvelle classe de femmes éduquées, comme la princesse Natalia Sheremeteva qui sera la première femme à écrire son autobiographie en Russie (Notes publié en 1810)[2].

En 1753, une loi permettant aux femmes mariées de rester propriétaire de leurs biens après le mariage est promulguée[3]. Mais en dehors de cette avancée importante, la situation de femmes reste difficile et celles-ci n'ont encore que peu de droits. Ainsi ce n'est qu'à la fin du XVIIIe siècle que la loi interdit les violences conjugales : le mari ne peut plus battre ou mutiler son épouse sans crainte de la loi. Cependant, cette loi n'empêche pas les paysans de continuer de battre leurs femmes[4]. Dès lors, c'est plus la vie quotidienne et les améliorations que l'on peut y apporter qui sont le souci principal des activistes féminines, bien avant l'accession à des droits politiques[5].

XIXe et début du XXe siècle[modifier | modifier le code]

La naissance du féminisme en Russie date du milieu du XIXe siècle alors que le tsar Alexandre II commence un peu à libérer l'expression politique. Parmi les sujets abordés par l'Intelligentsia, la place des femmes dans la nouvelle société qui émerge, eset une préoccupation importante[6]. Ainsi, Anna Philosophova, l'une des pionnières de l'émancipation de la condition féminine en Russie, crée l'Union féminine qui défend le droit des femmes, leur condition matérielle et leur éducation[7]. La condition féminine est un sujet d'autant plus discuté qu'une partie des femmes de la noblesse russe, appauvrie par l'abolition du servage de 1861, est amenée à travailler[8]. Les influences étrangères participent aussi de cette prise de conscience. Ainsi l'ouvrage de John Stuart Mill, The Subjection of Women est publié en russe en 1870[9] mais il faut noter que tous les ouvrages étrangers traitant du sort des femmes sont, à la fin du XIXe siècle, traduits en russe[10]. Comme dans les autres pays européens et aux États-Unis, le mouvement se développe donc et réclame l'égalité des droits avec les hommes. Deux courants se dégagent dans ce mouvement. Le premier est réformateur et veut accompagner les transformations de la société alors que le second est révolutionnaire et prône un changement complet de la société, y compris par des actions violentes. Il est constitué d'anarchistes et de socialistes[11]. Peu à peu, par un travail de longue haleine, plutôt que par la violence, l'intelligentsia parvient à influencer le système social et à améliorer le sort des femmes. Ceci se manifeste par exemple par le taux de professeures et de professionnelles de santé qui, à l'aube de la révolution de 1917, atteint dans les deux cas 25 %[12].

De ce bouillonnement d'idées surgit l'idéal de la « nouvelle femme », telle qu'elle est décrite par Irina Iukina. Ce personnage cultivé et revendicatif ne compte pas son temps pour aider les autres femmes à s'épanouir et à se libérer[9]. Cet idéal a pour origine des femmes qui vont s'engager pour aider les autres et qui par là même en inspire d'autres. Ces premières féministes créent d'abord des associations de bienfaisance qui s'adressent soit aux plus pauvres soit aux femmes des classes moyennes ou élevées qui ont été déclassées à cause des réformes. Les activités premières sont de procurer une éducation à celles qui en ont le plus besoin et d'aider à trouver du travail[10]. Le désir de participer à la vie politique du pays ne vient que dans un deuxième temps, à partir des années 1880 mais surtout à la fin du XIXe siècle - début du XXe siècle. Pour obtenir les droits civils, est créée en 1905, l'association pour l'égalité des droits des femmes mais, alors que les hommes ont gagné le droit de vote en 1905, les femmes après la révolution en sont encore privé et même ceux qui approuvaient une amélioration du statut de la femme ne considèrent pas que ce droit doit leur être accordé. Certains mouvements féministes se radicalisent. Elles s'inspirent de l'idéologie socialiste, et en particulier du marxisme, et s'organisent parmi les paysannes et les ouvrières[13]. Elles participent aussi à la vie politique en intégrant des partis qui parfois comptent jusqu'à 20% de femmes[12]. Un grand nombre se mettent à réclamer le même droit de vote que celui des hommes, gagné récemment[14]. Manifestations, Assemblées générales (en 1908, 1910 et 1912), pétitions aux ministres ou aux parlementaires se succèdent complétés par une littérature féministe en plein essor[15].

Période soviétique[modifier | modifier le code]

Révolutions[modifier | modifier le code]

En 1917, alors que les conditions de vie des ouvrières et des paysannes qui remplacent les hommes partis sur le front se détériorent, des manifestations et des grèves se produisent et le 8 mars une manifestation organisée pour la journée internationale des femmes se transforme en grève générale à Petrograd[n 1],[16]. Cette période révolutionnaire apporte d'importants changements dans le sort des femmes. Tout d'abord, le gouvernement d'Aleksandr Kerenski garantit par un décret, le 20 juillet 1917, le droit de vote des femmes en Russie[17] ainsi que l'égalité dans l'éducation et le travail[18].

Lorsque les bolcheviques prennent le pouvoir après la Révolution d'Octobre, les femmes obtiennent de nouveaux droits. Cette reconnaissance des droits des femmes se manifeste par la présence au gouvernement d'Alexandra Kollontaï qui, en , est la première femme de l'histoire moderne membre d'un gouvernement, en étant Commissaire du peuple[19] à l'Assistance Publique. Elle crée avec la communiste d'origine française Inès Armand un Département des Femmes, nommé le Jenotdel, au sein du Comité central du Parti[20]. Sous l'impulsion de ces deux femmes, la Russie se dote d'un ensemble de lois qui est à l'époque le plus avancé en matière de droits pour les femmes : garantie de garder son emploi durant la grossesse, égalité absolue des conjoints, congé de maternité entre autres. De plus en 1920 le droit à l'avortement gratuit est voté[21]. Bien qu'officiellement hostiles au "féminisme bourgeois", suivant en cela la doctrine bolchévique qui accuse le féminisme de détourner les ouvriers de la lutte des classes, Kollontaï et Armand sont en contact avec les autres membres de l'Internationale socialiste des femmes auxquelles elles ont participé, et dont Kollontaï est considérée par l'historienne féministe Nicole Gabriel comme une "grande figure"[22]. Alexandra Kollontaï est par la suite écartée du pouvoir et envoyée comme ambassadrice en Suède[19] comme sanction de son opposition à Lénine et de sa réputation sulfureuse pour sa défense et sa pratique des relations amoureuses libres[23].

Stalinisme[modifier | modifier le code]

En la section féminine du Parti est dissoute car officiellement les problèmes particuliers des femmes sont résolus[20]. Cependant les républiques socialistes d'Asie centrale gardent cette section féminine car le pouvoir soviétique peine à établir sa domination sur les populations musulmanes. Ce n'est qu'en 1936 que ces peuples seront soumis. Les femmes y gagnent l'interdiction de la polygamie, des mariages forcés des enfants et de la coutume de la dot. De plus l'instruction obligatoire touche aussi les filles et en droit elles peuvent prétendre à exercer le métier qu'elles veulent[24].

Les avancées nées avec la révolution sont ensuite rognées à cause de la politique familiale rétrograde promue par Staline. La famille nucléaire redevient le modèle avec l'idée que la natalité doit être importante. Diverses lois vont donc dans ce sens. L'autorité paternelle est rétablie, alors que les enfants étaient depuis 1917 soumis également au père et à la mère. Les procédures de divorce sont complexifiées et en l'avortement est de nouveau interdit sauf pour raisons médicales. Les femmes sont renvoyées au foyer, bien que la travailleuse reste un modèle, pour élever une famille nombreuse de futurs communistes[25].

Après Staline[modifier | modifier le code]

Après la fin de l'URSS[modifier | modifier le code]

Période actuelle[modifier | modifier le code]

Références et notes[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Petrograd est le nom de Saint-Pétersbourg de 1914 à 1924

Références[modifier | modifier le code]

  1. Nikolaï Tchernychevski, Que faire ? : Les hommes nouveaux, Paris, Éditions des Syrtes, (ISBN 978-2845450158)
  2. (en) Marina Ledkovsky, Charlotte Rosenthal et Mary Zirin, Dictionary of Russian Women Writers, Westport, Greenwood Publishing Group, , 869 p. (ISBN 0-313-26265-9, lire en ligne), p. 154
  3. (en) Michelle Lamarche Marrese, A Woman's Kingdom : Noblewomen and the Control of Property in Russia, 1700-1861, New York, Cornell University Press, , 276 p. (ISBN 0-8014-3911-6, lire en ligne), p. 44
  4. Atkinson 1977, p. 33
  5. Atkinson 1977, p. 32
  6. Iukina 2014, p. 32
  7. (en) Francisca de Haan, Krasimira Daskalova et Anna Loutfi, Biographical Dictionary of Women's Movements and Feminisms in Central, Eastern, and South Eastern Europe : 19th and 20th Centuries, Central European University Press, (ISBN 9789637326394, lire en ligne)
  8. Iukina 2014, p. 34
  9. a et b Iukina 2014, p. 35
  10. a et b Iukina 2014, p. 37
  11. Iukina 2014, p. 33-34
  12. a et b Jamy 2011, p. 277
  13. (en) Rose L. Glickman, Russian Factory Women : Workplace and Society, 1880-1914, University of California Press, (ISBN 9780520057364, lire en ligne)
  14. Iukina 2014, p. 38
  15. Iukina 2014, p. 39
  16. Jamy 2011, p. 278
  17. Le Siècle des féminismes, Paris, Éditions de l'Atelier, , p. 181
  18. (en) Norma C. Noonan et Carol Nechemias, Encyclopedia of Russian Women's Movements, Greenwood Publishing Group, (ISBN 9780313304385, lire en ligne)
  19. a et b Jamy 2011, p. 285
  20. a et b Jamy 2011, p. 280
  21. Jamy 2011, p. 279
  22. "L'internationale des femmes socialistes", Nicole Gabriel, pour l'histoire de notre temps, volume 16, numéro 16, pages 34-41, 1989
  23. (en) Larissa Vasilieva, Kremlin Wives, New York, Arcade Publishing, , 272 p. (ISBN 1559702605, lire en ligne), p. 34-35
  24. Jamy 2011, p. 281
  25. Jamy 2011, p. 282

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Dorothy Atkinson, « Society and the Sexes in the Russian Past », dans Dorothy Atkinson, Alexander Dallin, Gail Warshofsky Lapidus, Women in Russia, Stanford, Stanford University Press, (ISBN 0804709106, lire en ligne)
  • (en) Irina Iukina, « First-wave women's movement : Result and factor of civil society formation in Russia », dans Aino Saarinen, Kirsti Ekonen et Valentina Uspenskaia, Women and Transformation in Russia, New York, Routledge, , 256 p. (ISBN 9781135020347, lire en ligne)
  • Irène Jamy, « L'expérience soviétique », dans Geneviève Dermenjian, Irène Jami, Annie Rouquier et al., La place des femmes dans l'histoire : une histoire mixte, Paris, Éditions Belin, (ISBN 978-2-7011-5391-9)