Deuxième vague du féminisme en Belgique

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« Dans la mouvance libertaire de Mai 68, la nouvelle vague rompt avec l’ancienne, revendique la libération du corps des femmes et non plus l’égalité des droits dans un mouvement festif et provocant. »[1] Ainsi, après une première vague du féminisme axée sur des revendications économiques, sociales, puis politiques, de nouvelles revendications voient le jour donnant naissance à la deuxième vague du féminisme ou néoféminisme. En Belgique, on peut considérer que ce mouvement s’étend de 1970 à 1975[2].

Contexte[modifier | modifier le code]

En ce qui concerne l’émancipation des femmes, les années 1960 sont marquées par des luttes sociales importantes et des prises de conscience des inégalités économiques. Citons par exemple la création du premier centre francophone de planning familial, la famille heureuse, les diverses initiatives de la FGTB, la grève des ouvrières de la FN (Fabrique Nationale d’Armes à Herstal) en 1966, une action syndicale qui aboutit notamment à populariser la revendication à travail égal, salaire égal… Ces divers événements, ainsi que l’influence du Women's Lib aux États-Unis, annoncent la deuxième vague du féminisme.

Le néoféminisme[modifier | modifier le code]

Le déclic naît dans le chef de jeunes femmes désireuses de s’impliquer dans les mouvements de 68. Elles se heurtent à une réalité difficile. Les rapports sociaux de sexe sont bien loin d’animer les préoccupations des étudiants contestataires. Elles doivent alors constater qu’elles sont réduites, au sein des mouvements, à jouer les dactylos ou à servir le café[3].

La deuxième vague du féminisme débute avec la création des divers groupes de femmes. D’abord les « Dolle Mina » en Flandre, ensuite les « Marie Mineure » en Wallonie et enfin le FLF (front de libération des femmes) à Bruxelles. « Ils sont composés de jeunes femmes, issues des milieux de gauche. Elles militent notamment pour la contraception, pour la multiplication des crèches, pour un traitement égal des hommes et des femmes sur le marché du travail »[4]. Elles entreprennent de nombreuses actions ludiques, humoristiques, spontanées et informelles qui leur permettent de rapidement gagner la sympathie du public et de créer une certaine dynamique autour de ces sujets qui leur tiennent à cœur dans toute la Belgique. La question de la mixité de ces groupes se pose souvent. Les organisations féministes optent généralement, dans un premier temps, pour des réunions exclusivement féministes.

Ce grand élan débouche sur la création du petit livre rouge des femmes, un ouvrage réalisé par des féministes dans le but de diffuser leurs remises en question de l’ordre établi. Le succès est immédiat : 15 000 exemplaires sont vendus en quelques mois[5]. Ce succès est dû à sa facilité d’accès ainsi qu’aux thèmes exposés. Parmi ceux-ci, on retrouve : « la fausse libération sexuelle, le silence sur les méthodes modernes de contraception, l’interdiction de l’avortement, le mépris pour les mères célibataires, l’image dégradante des femmes dans la publicité et celle, trompeuse, qui est véhiculée par les magazines féminins »[6].

La création d’une journée des femmes est le point d’orgue de ces initiatives. Elle a lieu tous les 11 novembre. Le vécu et les revendications de toutes les femmes s’y expriment. La première journée des femmes se déroule le 11 novembre 1972, au Passage 44, à Bruxelles. Ce sont 8 000 femmes qui y participent pour s’informer, prendre part aux débats… Les femmes sont invitées à venir témoigner à la tribune, ainsi qu’à des stands qui sont l’occasion de réagir et d’échanger ses impressions. Lors de ces journées, des personnalités comme Simone de Beauvoir et Germaine Greer sont venues à la rencontre des participant-e-s.

Certaines féministes ont eu l’idée de faire part de leurs revendications au niveau politique et de créer un parti. Le PFU (parti féministe unifié) est ainsi créé le 19 mars 1972 par Nina Ariel, Claire Bihin, Adèle Hauwel du Mouvement de la Porte Ouverte et Renée Waty-Fosseprez[7]. Cette initiative rencontre un succès inespéré aux élections législatives de 1974 mais ensuite le parti perd de son influence.

Le premier numéro des cahiers du Grif (groupe de recherche et d’information féministes) paraît le 11 novembre 1973, à l’occasion de la deuxième journée des femmes. Tiré à 1 500 exemplaires, il est épuisé le soir même comme l’avait été le petit livre rouge des femmes l’année précédente. Son but est de susciter une réflexion théorique sur des thèmes chers au nouveau féminisme. Des informations d’actualité, une chronique des livres récents, une bibliographie spécifique complètent le cahier. Au moment où paraissent les cahiers du Grif, le féminisme belge évolue, après deux années d’actions spectaculaires, vers des groupes plus pratiques, centrés sur des problèmes précis : viol, femmes battues, avortement…

Le projet de créer une maison des femmes se veut d’abord pratique : ne plus courir aux quatre coins de la ville pour se rencontrer, faciliter les échanges entre groupes, préparer des actions communes, avoir une adresse, un numéro au bottin, en un mot : exister. Ce projet veut également créer une organisation sans hiérarchie, un lieu ouvert à toutes les femmes, où toutes prendraient la parole à leur niveau, sans gêne d’aucune sorte[8]. Pour réaliser cela, le local offrirait un bar-restaurant, une halte-garderie, des ateliers en tout genre, des rencontres occasionnelles et des réunions régulières. La première réunion entre les groupes participants a lieu le 4 juin 1974.

Conclusion[modifier | modifier le code]

Le néoféminisme a permis d’amener dans le débat public des aspects jusque-là largement ignorés. Il a permis à de nouvelles revendications (telles qu’une réappropriation de leur corps par les femmes) de se structurer et de gagner en visibilité. À force de combat, les mentalités ont évolué et les femmes belges ont vu leurs réalités et leurs revendications prises en compte. Cependant, en dépit de la croyance populaire, tout n’est pas gagné, les inégalités restent nombreuses. De nombreuses luttes restent à accomplir pour les féministes. Après les révolutions de la deuxième vague, certaines féministes optent alors pour la voie d’un féminisme institutionnel. Celui-ci n’est plus en opposition avec l’ordre établi, il s’appuie sur les politiques pour faire entendre sa voix.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • M. Denis, S. Van Rokeghem, Le féminisme est dans la rue. Belgique 1970-1975, Bruxelles, De Boeck, 1993.
  • S. Van Rokeghem, J. Aubenas, J. Vercheval, Des femmes dans l'histoire en Belgique depuis 1830, Bruxelles, Luc Pire, 2006.
  • E. Gubin, Eliane Vogel-Polsky, une femme de conviction, Bruxelles, Institut pour l'Égalité des Femmes et des Hommes, 2007. Pdf en ligne : www.iefh.fgov.be/GetDocument.aspx?forObjectID=345&lang=fr

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. E. Gubin, Eliane Vogel-Polsky, une femme de conviction, Bruxelles, Institut pour l'Égalité des Femmes et des Hommes, 2007, p. 62
  2. C'est du moins le postulat de M. Denis, S. Van Rokeghem, Le féminisme est dans la rue. Belgique 1970-1975, Bruxelles, De Boeck, 1993.
  3. M. Denis, S. Van Rokeghem, Le féminisme est dans la rue. Belgique 1970-1975, Bruxelles, De Boeck, 1993, p.39-40 et voir aussi E. Gubin, « De l'histoire des femmes aux études de genre » dans Choisir l'histoire des femmes, Bruxelles, Éditions de l'Université de Bruxelles, 2006, p. 60 et 61.
  4. E. Gubin, Eliane Vogel-Polsky, une femme de conviction, Bruxelles, Institut pour l'Égalité des Femmes et des Hommes, 2007, p. 61.
  5. M. Denis, S. Van Rokeghem, Le féminisme est dans la rue. Belgique 1970-1975, Bruxelles, De Boeck, 1993, p.77.
  6. M. Denis, S. Van Rokeghem, Le féminisme est dans la rue. Belgique 1970-1975, Bruxelles, De Boeck, 1993, p.76.
  7. M. Denis, S. Van Rokeghem, Le féminisme est dans la rue. Belgique 1970-1975, Bruxelles, De Boeck, 1993, p. 126.
  8. M. Denis, S. Van Rokeghem, Le féminisme est dans la rue. Belgique 1970-1975, Bruxelles, De Boeck, 1993, pp. 71-78