Mansplaining

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Le mansplaining est une notion que les féministes américaines ont développée sur internet et qu'elles utilisent pour désigner la situation où un homme (en anglais man) se croit, selon elles, en devoir d'expliquer (en anglais explain) à une femme quelque chose qu'elle sait déjà, généralement de façon paternaliste ou condescendante [1],[2],[3].

Lily Rothman du magazine The Atlantic définit cette notion comme une explication, souvent d'un homme envers une femme, qui ne considère pas le fait que la personne qui reçoit l'explication en sait plus que celui qui la donne[4]. L'essayiste et auteure féministe Rebecca Solnit explique ce phénomène comme une combinaison d'excès de confiance et d'ignorance de la part de celui qui donne des explications[5].

Pour le site Madmoizelle.com, il s'agit d'un homme expliquant à une personne concernée, alors que lui-même n'est pas affecté par la question, ce qu'elle doit faire ou penser, sans prendre en compte le vécu personnel de son interlocutrice[6].

Mecsplication[7] a été proposé comme transposition en français, ainsi que pénispliquer[8] au Québec ; aucune forme ne s'est encore imposée.

Concept[modifier | modifier le code]

Histoire[modifier | modifier le code]

Il s'agit d'un mot-valise qui tire son étymologie des mots anglais man (homme) et explaining (qui explique).

Le terme splaining et le verbe splain en anglais existent depuis 1989 et décrivent en général des explications condescendantes qu'elles soient courtes ou étendues. Dès lors, le terme a connu plusieurs préfixes se référant à la personne qui fait l'explication[9]. Le terme « mansplaining » est celui qui est le plus communément utilisé et serait apparu en 2008 après la publication d'un article de l'écrivaine Rebecca Solnit dans le LA Times, où elle racontait comment son interlocuteur lui avait longuement parlé d'un livre, sans qu'elle ne parvienne à lui expliquer qu'elle en était l'auteure[10],[11]. Elle n'utilise pas le terme « mansplaining » mais décrit le phénomène comme quelque chose que toutes les femmes connaissent, et les premières occurrences du mot apparaissent sur Internet à ce moment-là[12].

À l'occasion de la publication en français en 2018 de son livre Ces hommes qui m’expliquent la vie, Rebecca Solnit déclare que « tandis que j’hésitais toujours à en faire usage, une jeune étudiante à l’université de Berkeley m’a fait remarquer que ce mot était important, voire précieux, parce qu’il permettait de nommer une expérience qu’elle - comme beaucoup d’autres - avait connue. Nommer, identifier ce phénomène permet de comprendre que c’est un schéma, un syndrome, pas seulement une expérience personnelle malheureuse. Diagnostiquer un mal est la première étape nécessaire pour commencer à l’endiguer. Je suis heureuse d’y avoir contribué. Désormais je valide le terme - quand il est employé à bon escient, bien sûr -, sans toutefois l’utiliser souvent[13]. »

Au départ, le terme est devenu populaire sur les blogs féministes, et est devenu courant au fil du temps[4]. D'ailleurs en 2010, il est apparu dans la liste des « mots de l'année » dans le The New York Times[14], il a également été nominé pour le mot le plus créatif par l'American Dialect Society en 2012[15], et a été ajouté en 2014 dans le dictionnaire en ligne Oxford Dictionaries[16].

Vocabulaire associé[modifier | modifier le code]

D'autres termes comme gaysplaining existent et n'ont pas cette connotation négative, mais décrivent une explication au sens d'origine du mot[17]. On peut aussi parler de dadsplaining pour plus de précision sur l'application exacte d'un cas de mansplaining, mais pas de womansplaining, un mot qui nierait le problème sexiste à l'origine du mansplaining[18].

Le concept est à mettre en relation avec d'autres termes comme celui de manspreading ou manslamming, dont les concepts ont trait à la place occupée par les hommes dans l'espace public[19], ou encore avec le manterrupting, qui décrit le fait que les hommes ont tendance à couper la parole aux femmes plus souvent que l'inverse[20].

Exemples[modifier | modifier le code]

Le journal The Atlantic cite comme exemple historique de « mansplaining » les propos du théologien Lyman Abbot, lequel affirmait que les femmes ne voulaient pas du droit de vote, en dépit de la montée des mouvements suffragistes.

Un exemple historique plus récent est celui de Ronald Reagan expliquant, en 1980 lors du débat pour la présidence face à Jimmy Carter, que la discrimination en matière d'emploi était dans l'intérêt des femmes[12].

Ce concept s'est également illustré en 2016 sur le plateau télévisé de Thierry Ardisson Salut les terriens[21]. En effet, le plateau étant quasiment entièrement constitué d'hommes, ceux-ci s'exprimaient sur le droit à l'avortement ou non lorsque la comédienne Muriel Robin, alors aussi invitée, s'est insurgée contre le fait que des hommes discutent entre eux d'un acte qui concerne exclusivement le corps des femmes[22].

Critiques[modifier | modifier le code]

Une critique dans les milieux féministes du mot mansplaining est que l'utilisation de mots-valises de ce genre permet d'avoir une expression toute simple, qui ne pousse pas à la réflexion sur pourquoi le phénomène existe. De plus, accuser son adversaire de mansplaining permet de couper court à tout débat sous prétexte de sexisme. Enfin, l'idée de mansplaining semble empêcher de réfléchir aux oppressions au sens plus large que homme vs femme[23].

Lors d'un débat au Sénat australien en 2016, le sénateur Mitch Fifield, après avoir été accusé par la sénatrice Katy Gallagher de faire du mansplaining, a répondu : « Je suggérerais à la sénatrice que si vous mettez le mot « homme » devant une description de ce que je fais, vous faites une implication sexiste sur la façon dont je m'acquitte de mon rôle. Imaginez la réaction, sénatrice, si je disais que vous faites du « womansplaining ». En d'autres termes, accuser quelqu'un de faire du mansplaining réduit ses propos à son sexe, c'est-à-dire, masculin. Inventer d'autres termes comme «womansplaining», «whitesplaining», «blacksplaining», «heterosexualsplaining», «homosexualsplaining» ne ferait qu'empirer les choses, nous pourrions dire que: «les gens devraient être jugés sur la base de ce qu'ils disent, pas sur la catégorie à laquelle ils appartiennent.» [24]. »

Un autre reproche couramment évoqué est l'utilisation de néologisme très utilisé sur les réseaux sociaux, mais peu dans les médias et le quotidien, et qui simplifient une réalité plus complexe[25].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « Les nouveaux mots du féminisme », sur Le Monde, (consulté le 8 août 2018)
  2. « Pénispliquer, Manspreading... Le lexique des féministes dernière génération », sur RTL, (consulté en 08.08/2018)
  3. « Mansplaining : «Les mots sont liés au pouvoir» », sur Libération, (consulté le 8 août 2018)
  4. a et b (en) Rothman Lily, « A Cultural History of Mansplaining », sur https://www.theatlantic.com/, (consulté le 4 mars 2016)
  5. (en) Rebecca Solnit, « Men Still Explain Things to Me », (consulté le 4 mars 2017).
  6. « Je veux comprendre… le mansplaining », madmoiZelle.com,‎ (lire en ligne)
  7. « La mecsplication, vous connaissez ? - Les Glorieuses », sur Les Glorieuses (consulté le 25 décembre 2016).
  8. ICI Radio-Canada Première - Radio-Canada.ca, « En Français SVP: remplacer mansplaining par « pénispliquer » », sur On dira ce qu'on voudra, (consulté le 25 décembre 2016).
  9. (en) « "Mansplaining" Spawns a New Suffix », sur vocabulary.com, (consulté le 4 mars 2017)
  10. Rebecca Solnit, « Why "Mansplaining" Is Still a Problem », AlterNet,‎ (lire en ligne)
  11. (en-US) Hugo Schwyzer, « Five Tips for the Mansplainers in Your Life », Jezebel,‎ (lire en ligne)
  12. a et b (en) « A cultural history of mansplaining », The Atlantic, 1er novembre 2012.
  13. Virginie Ballet, « Mansplaining : «Les mots sont liés au pouvoir» », liberation.fr, (consulté le 9 mars 2018)
  14. (en) « Mansplaining, Explained »,
  15. (en) « Tag, You're It! "Hashtag" Wins as 2012 Word of the Year »,
  16. (en) « New words added to OxfordDictionaries.com today include binge-watch, cray, and vape »,
  17. (en) « Welcome to Outward »,
  18. (en-US) « New word alert: Mansplaining », Breaking Copy,‎ (lire en ligne)
  19. (en-US) « From Manspreading to Mansplaining — 6 Ways Men Dominate the Spaces Around Them », Everyday Feminism,‎ (lire en ligne)
  20. « Le manterrupting : quand le sexisme coupe la parole aux femmes », sur positivR.fr, .
  21. Salut les terriens !, « Muriel Robin : Son coup de gueule contre les politiques dans "Salut les terriens !" », (consulté le 4 avril 2018).
  22. « Coup de gueule de Muriel Robin sur l’IVG : « Ça se passe bien entre vous les mecs ? » », L'Obs,‎ (lire en ligne).
  23. (en-GB) « Allow me to explain why we don't need words like 'mansplain' », The Guardian,‎ (ISSN 0261-3077, lire en ligne)
  24. « "What's mansplaining?" Senator Mitch Fifield offended by Senator Katy Gallagher's allegation »
  25. « Puis-je mecspliquer? », Lesoir.be,‎ (lire en ligne)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Anne-Charlotte Husson. Feminist Thought and Online Lexical Creativity: the Case of "Mansplaining". Feminist Thought - Politics of Concepts. 5th Christina Conference on Gender Studies, May 2013, Université d'Helsinki, Finlande. <hal-01250695>
  • Imperatori-Lee, Natalia. “Father Knows Best: Theological ‘Mansplaining’ and the Ecclesial War on Women.” Journal of Feminist Studies in Religion, vol. 31, no. 2, 2015, pp. 89–108. JSTOR
  • Poland, Bailey. “Don't Feed the Trolls: Why Advice about Cybersexism Fails.” Haters: Harassment, Abuse, and Violence Online, University of Nebraska Press, Lincoln, 2016, pp. 61–88, JSTOR
  • Rebecca Solnit, Ces hommes qui m'expliquent la vie, éditions de l'Olivier, 2018.

Articles connexes[modifier | modifier le code]