Gavage

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Une suffragette nourrie de force dans la Prison de Holloway au Royaume-Uni durant la grève de la faim de 1911 pour le droit de vote des femmes.

Le gavage est l'action de faire ingurgiter un grand excès d'aliments à des animaux ou des humains, soit par force soit par incitation. Lorsque le gavage est contraint, la contrainte est d'origine physique, psychique ou culturelle, donc sociétale.

Chez les humains[modifier | modifier le code]

Le gavage peut consister à faire manger quelqu’un au-delà de la satiété réelle et ou perçue. C’est le comportement de certains parents qui conduit à des surpoids pouvant aller jusqu’à l’obésité et aux maladies qui lui sont liées, quelquefois entraînant la mort. Le gavage humain est une forme de malnutrition.

En Afrique[modifier | modifier le code]

« Plus une femme prend de place, plus elle en a dans le cœur de son homme », dit l’adage[1]. Ce phénomène est observable notamment au Niger, au Nord du Mali et en Mauritanie où le gavage des femmes est encore pratiqué[2],[3],[4],[5],[6] dans ce pays, et plus particulièrement, dans les zones de faible alphabétisation. Pour aider au gavage, au mieux, on pince les fillettes[7]. Dans cette démarche, il s'agit d’acquérir une corpulence censée mettre en valeur la féminité dans une stratégie de séduction. Cette stratégie peut renvoyer à des particularités ethniques et est souvent cause de maladies voire de mort[1],[7]. L’idée est de permettre la mise en œuvre de la stéatopygie. Cela renvoie aussi aux Vénus paléolithiques.

Au Cameroun, on gave les bébés, persuadés qu'ainsi ils vont acquérir des forces. La pratique du gavage est une cause de mortalité chez ces enfants[8].

En Orient[modifier | modifier le code]

Le gavage humain se pratique encore en Afrique du Nord comme au Maroc[9],[10] ou en Tunisie (lors de la hajba : période de claustration). « Epouse une femme et demi. Quand la moitié sera usée, il te restera une femme entière », dit le proverbe sétifois[11]. Les qualités indispensables pour acquérir jeune un physique féminin favorisant un mariage précoce et le statut d’une « vraie femme » passent par une esthétique féminine au service du mariage, de la reproduction et de la maternité. « Grasse » (smina) et « épaisse » (khchina) sont des signes de richesse et de la force productive qu’on attend d’une femme au foyer[12],[6].

Le phénomène prend de l'ampleur dans nombre de pays du Moyen-Orient. Selon le Centre pour le contrôle et la prévention des maladies, implanté à Atlanta, 83 % des femmes du Bahreïn souffrent de surpoids ou d'obésité, elles sont 75 % au Liban, 74 % dans les Emirats Arabes Unis, 51 % environ au Maroc et en Tunisie. En comparaison, elles sont 62 % aux Etats-Unis, le pays occidental le plus touché[6],[10].

En Occident[modifier | modifier le code]

Aux États-Unis, cela intervient aussi dans les rapports entre adultes et cela peut aller jusqu’au culte du gros ; voir l'article feeding.

Dans le camp de prisonniers de la base navale américaine de Guantánamo, les détenus en grève de la faim sont nourris de force à l'aide d'une sonde naso-gastrique[13],[14].

Mais c’est aussi une technique utilisée par le corps médical dans plusieurs circonstances[15]. Dans le domaine médical, le gavage, par exemple d’un nouveau-né, de personne en état de choc ou d'une personne qui ne peut plus s'alimenter par elle-même (mastication, déglutition) peut correspondre à une prise alimentaire non excessive, mais souhaitée par le corps médical. Habituellement, on utilise d’autres dénominations, telle l' « alimentation entérale »[16] ou la « nutrition entérale ».

Chez les animaux[modifier | modifier le code]

Le gavage forcé artisanal d'une oie.
Le gavage industriel d'un canard Mulard, tel que le documente le groupe de défense des animaux L214[17].

Le gavage forcé[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Gavage des oies et des canards.

Chez les animaux, le gavage forcé[18] concerne essentiellement les canards et dans une moindre mesure les oies[19], et consiste à alimenter abondamment et de force[18],[20] ces animaux pour produire du magret, du confit et du foie gras. En raison des controverses que cette pratique suscite, plusieurs pays interdisent le gavage forcé, tels que l'Argentine, Israël[21], la Norvège, la Suisse, la Turquie[22], la Californie (États-Unis)[23] ainsi que la plupart des pays de l'Union européenne[24], où elle n'est plus pratiquée que dans cinq pays (France, Hongrie, Bulgarie, Espagne et Belgique) [25].

Le gavage par incitation[modifier | modifier le code]

L'article 24 des recommandations concernant les hybrides de canards de Barbarie du Comité Permanent de la Convention européenne sur la protection des animaux dans les élevages, précise que « Les pays autorisant la production de foie gras doivent encourager les études portant sur les aspects de bien-être et la recherche de méthodes alternatives n'impliquant pas la prise forcée d'aliments. »[26].

Des éleveurs, comme en Espagne[27],[28], au Québec[29], et aux États-Unis[30],[31], tout en pratiquant un élevage en semi-liberté, ont mis au point des techniques alternatives élaborées qui leur permettent de produire et de commercialiser du foie gras obtenu naturellement, c'est-à-dire sans gavage forcé[32]. Ces techniques, considérées comme "éthiques"[27],[28], tirent parti de la « gourmandise » et du réflexe atavique des oies qui se gavent naturellement en prévision de la migration d'hiver. Une de ces techniques consiste à les nourrir avec du grain à volonté dès la naissance, et de bouillie de maïs roulée dans la mélasse un à deux mois avant l'abattage. Cette nourriture, dont ces animaux « raffolent », est servie en petites quantités à la fois, ce qui déclenche chez eux une certaine peur de manquer et les incite à s’alimenter davantage[29].

Autre définition[modifier | modifier le code]

Le gavage de connaissances[modifier | modifier le code]

On fait également parfois référence au "gavage de connaissances" lorsqu'on impose un apprentissage massif et rapide de connaissances à un individu ou un groupe d'individus[33]. L'expression est figurative mais couramment utilisée, avec différentes variantes comme "gavage de formules" dans le domaine des mathématiques et des sciences.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b « Sois grosse et tais-toi - Châtelaine », Châtelaine,‎ (lire en ligne)
  2. Jacques Hureiki, Les médecines touarègues traditionnelles: approche ethnologique, KARTHALA, (lire en ligne)
  3. « Mange pour plaire aux hommes ! - Afrik.com », Afrik.com,‎ (lire en ligne)
  4. Nathalie Hof, « Joost de Raeymaeker a photographié le gavage des femmes en Mauritanie - OAI13 », OAI13,‎ (lire en ligne)
  5. « Excision, prostitution, mariage forcé : un congrès alarmant », Journal des Femmes,‎ (lire en ligne)
  6. a b et c « Le monde arabe préfère les grosses », Courrier international,‎ (lire en ligne)
  7. a et b SisypheAoua Bocar Ly-Tall, sociologue, « Sisyphe - Le gavage, une pratique traditionnelle néfaste à la santé des fillettes et des femmes », sur sisyphe.org (consulté le 17 novembre 2018)
  8. « Le gavage des nourrissons perdure au Cameroun », sur geopolis.francetvinfo.fr (consulté le 17 novembre 2018)
  9. Mohammed Laabid, « Femmes du Sahara : grossir pour plaire », Aujourd'hui le Maroc,‎ (lire en ligne)
  10. a et b , LE MATIN, « Le Matin - 13,3% de la population marocaine souffrent d'obésité : Grosses ou minces, les diktats des temps modernes », sur Le Matin (consulté le 17 novembre 2018)
  11. François Laplantine, « La hajba de la fiancée à Djerba (Tunisie). », Revue de l'Occident musulman et de la Méditerranée, vol. 31, no 1,‎ , p. 105–118 (ISSN 0035-1474, DOI 10.3406/remmm.1981.1907, lire en ligne)
  12. Fethi Tlili, « Statut féminin, modèle corporel et pratique sportive en Tunisie », Staps, vol. 57, no 1,‎ , p. 53 (ISSN 0247-106X et 1782-1568, DOI 10.3917/sta.057.0053, lire en ligne)
  13. Libération, « Le gavage, une autre torture à Guantánamo », sur http://www.liberation.fr, (consulté le 28 mai 2013)
  14. (en)Samir Naji al Hasan Moqbel, « Gitmo Is Killing Me », sur https://www.nytimes.com, (consulté le 28 mai 2013)
  15. Document de RSF
  16. Encyclopédie Vulgaris Médical : Alimentation entérale
  17. L214, collectif « Stop Gavage », « La suralimentation forcée par gavage provoque des blessures et des maladies », sur http://animaux.l214.com, (consulté le 13 juin 2013)
  18. a et b Encyclopédie agronomique et vétérinaire - Traité d'aviculture, p. 361 sur Google Livres
  19. Cependant, on peut considérer que d'autres pratiques d'engraissement, telle que celle des ortolans avant que leur consommation ne soit interdite, relevaient de la même catégorie.
  20. Dictionnaire Larousse, « Définition de Gavage », sur http://www.larousse.fr (consulté le 17 février 2013)
  21. Israël interdit le gavage, Les Marchés, 5 octobre 2005
  22. (en)Turkish grand national assembly environmental commission, « Aimal protection bill law no 5199 », sur http://www.haytap.org/, (consulté le 29 mai 2013)
  23. Californie sans foie, Sud Ouest, 11 octobre 2012
  24. Les pays étrangers veulent-ils la peau du foie gras ?, FranceTV Info, 2 juillet 2012
  25. Foie gras : le gavage industriel et les conditions d'élevage fragilisent le marché, Le Monde, 21 décembre 2012
  26. Conseil Européen, « Comité Permanent de la Convention Européenne pour la protection des animaux dans les élevages », sur https://wcd.coe.int, (consulté le 8 juin 2013)
  27. a et b Le jardin comestible, « Un foie gras éthique, c’est possible », sur http://jardincomestible.fr, (consulté le 26 mai 2013)
  28. a et b Europe 1, « Le foie gras "éthique" est à la mode », sur http://www.europe1.fr, (consulté le 26 mai 2013)
  29. a et b Claudette Samson, « Du foie gras sans gavage forcé à l'île d'Orléans », sur http://www.lapresse.ca, (consulté le 26 mai 2013)
  30. FoieBlog, « Interview with Jim Schiltz, developer of "Natural Fatty Goose Liver" », sur http://foieblog.blogspot.fr, (consulté le 12 juin 2013)
  31. Schiltz Foods, Inc., « The History of Schiltz Foods, Inc. », sur http://www.schiltzfoods.com (consulté le 12 juin 2013)
  32. Laetitia Clavreul, Le Monde, « Du foie gras par "libre consentement" des oies », sur https://www.lemonde.fr, (consulté le 26 mai 2013)
  33. « Définition de Gavage », sur Dictionnaire Larousse (consulté le 13 aout 2018)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]