Anthropologie féministe

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L'anthropologie féministe est une approche de l'anthropologie qui cherche à transformer les résultats de la recherche, les pratiques de recrutement et la production de connaissances en anthropologie, en faisant appel à la théorie féministe[1]. Elle comporte quatre champs de recherche, l'anthropologie culturelle, l'archéologie féministe, la la biologie, et la linguistique. Du fait de son ouverture à la diversité culturelle, elle remet en question les théories féministes essentialistes développées en Europe et en Amérique du Nord.

Si des féministes comme Margaret Mead et Hortense Powdermaker pratiquaient l'anthropologie depuis les débuts de cette discipline, ce n'est que dans les années 1970 que l'anthropologie féministe a été reconnue comme une sous-discipline de l'anthropologie. Depuis, l'anthropologie féministe a développé sa propre sous-section de l'American Anthropological Association - «l'Association pour l'anthropologie féministe» - et sa propre publication, Anthropologie féministe. L'ancienne revue des athropologues féministes, Voices, a aujourd'hui disparu.

Histoire[modifier | modifier le code]

Les origines lointaines de l'anthropologie féministe remontent au XIXe siècle, époque où des femmes anthropologues participent, quoique de façon marginale, à des travaux dirigés par des hommes anthropologues. A partir des années 1970 l'anthropologie féministe a connu trois phases historiques : l'anthropologie des femmes, l'anthropologie du genre et enfin l'anthropologie féministe proprement dite[2].

Avant la professionnalisation de l'anthropologie[modifier | modifier le code]

Les anthropologues féministes retracent leur généalogie à la fin du 19e siècle[3] : Erminnie Platt Smith, Alice Cunningham Fletcher, Matilda Coxe Stevenson, Frances Densmore — beaucoup de ces femmes étaient des anthropologues autodidactes — ; leur héritage s'est effacé du fait de la professionnalisation de la discipline au tournant du 20e siècle[4]. Les premières femmes anthropologues étaient souvent les épouses d'anthropologues hommes «professionnels» ; certaines facilitaient les recherches de leur mari en tant que traductrices et ou faisant un travail de transcription. Margery Wolf, par exemple, a écrit son ethnographie classique The House of Lim à partir des expériences qu'elle a vécues en suivant son mari dans le nord de Taiwan lors de son propre travail de terrain[5].

Anthropologie des femmes[modifier | modifier le code]

L'anthropologie des femmes, théorisée notamment dans Women in the Field de Peggy Golde (1970) et dans le volume édité par Michelle Rosaldo (en) et Louise Lamphere (en), Woman, Culture, and Society (1974), a tenté de réhabiliter les femmes en tant qu'acteurs culturels distincts, autrefois effacés du fait de l'attention quasi exclusive que les anthropologues masculins portaient aux hommes ; elle a critiqué le primat accordé aux vies masculines, considérées comme représentatives de la vie sociale dans son ensemble, et comme la mesure de l'universel. Les anthropologues masculins, a fait valoir Peggy Golde, ont rarement accès aux femmes des tribus et des sociétés qu'ils étudient, en raison de la menace sexuelle qu'ils représentent pour elles[6]. En tant qu'hommes, ils reçoivent les récits d'autres hommes qui leur parlent des femmes, dans des situations où les femmes elles-mêmes ne sont pas du tout présentes.

La seconde anthropologie des femmes a pris appui sur L'Origine de la famille, de la propriété privée et de l'État de Friedrich Engels, pour faire valoir l'idée que l'asymétrie universelle entre hommes et femmes n'est pas intemporelle, mais qu'elle est le produit des relations capitalistes qui sont parvenues à dominer le mode de production mondial par le moyen de la colonisation[7]. La critique des descriptions des ethnographes masculins, jugées trop unilatérales, est devenue plus vive encore.

Anthropologie du genre[modifier | modifier le code]

Dans le sillage de Gayle Rubin, et de ses travaux sur le concept du «système de sexe / genre», l'anthropologie des femmes est devenue une anthropologie du genre. Le sexe est un ensemble de significations et de relations liées au sexe biologique ; le genre est, quant à lui, une construction sociale. Dans la perspective des études de genre, les femmes ne forment pas une communauté ou une catégorie universelle qui va de soi[8].

Aux recherches sur l'expérience des femmes en tant que population universelle ont succédé des travaux sur la place du genre dans des modèles sociaux d'interaction et de pouvoir. Des femmes anthropologues comme Henrietta Moore (en) et Ethel Albert (en) se sont engagées dans cette voie nouvelle. Selon Henrietta Moore, l'anthropologie, même lorsqu'elle était menée par des femmes, avait tendance à «[ordonner] le monde dans un idiome masculin [...] parce que les chercheurs sont soit des hommes, soit des femmes formées dans une discipline à vocation masculine»[9]. L'architecture théorique et les méthodes pratiques de l'anthropologie, a fait valoir Henrietta Moore, ont été si largement influencées par l'idéologie sexiste (l'anthropologie a été communément appelée «étude de l'homme» pendant une grande partie du XXe siècle) que sans un examen sérieux sur sa propre démarche et un effort conscient pour contrer ce biais, l'anthropologie ne pouvait pas représenter de manière significative l'expérience féminine.

A la suite de l'essor du féminisme des femmes de couleur, l'anthropologie du genre a adressé d'autres critiques aux féministes et anthropologues de la première vague, leur reprochant notamment une trop grande soumission à l'idéologie bourgeoise.

Anthropologie féministe[modifier | modifier le code]

Aujourd'hui, l'anthropologie féministe est détachée de l'anthropologie du genre et porte une attention particulière à l'étude du corps féminin lorsqu'il rencontre l'action de forces culturelles, médicales, économiques[10]. Elle couvre, au-delà de l'anthropologie culturelle, l'anthropologie physique, l'anthropologie linguistique et l'archéologie. L'anthropologie féministe est devenue un carrefour où entrent en relation les études culturelles, l'histoire, la littérature et les études ethniques.

Archéologie féministe[modifier | modifier le code]

L'archéologie féministe est apparue à la fin des années 1970 et au début des années 1980. L'étude de 1984 de Margaret Conkey et Janet Spector, Archaeology and the Study of Gender, résumait la critique féministe de l'archéologie telle qu'elle se pratiquait à cette époque : dans leur étude de la division sexuelle du travail, les archéologues superposaient les normes de genre modernes aux sociétés du passé ; dans le budget attribué à la recherche, on finançait prioritairement les travaux sur des vestiges associés aux hommes, comme la production de pointes de projectiles ou les sites d'abattage ; la discipline s'était construite sur des valeurs et des normes masculines. AINSI, les femmes étaient généralement encouragées à poursuivre des études en laboratoire, plutôt que de travailler sur le terrain (même s'il y a eu des exceptions tout au long de l'histoire de la discipline)[11] et l'image-type de l'archéologue était celle d'un «cowboy de la science» viril et masculin[12].

Récemment, les féministes archéologues ont soulevé la question de l'«archéosexisme» et des agressions sexuelles lors de travaux de terrain, en menant des recherches savantes sur la vie sociale des archéologues[13]. Une enquête Web sur les expériences de terrain en anthropologie biologique, ouverte aux bioarchéologues, aux primatologues et à d'autres sous-disciplines, a révélé que 19% des femmes sont agressées sexuellement au cours du travail de terrain, et que 59% des anthropologues - hommes et femmes - sont victimes de harcèlement sexuel[14].

Anthropologie culturelle féministe[modifier | modifier le code]

Avant les années 1980, les femmes anthropologues se concentraient principalement sur des aspects tels que la famille, le mariage et la parenté[15]. De nombreuses femmes anthropologues ont réagi contre ces représentations stéréotypées et ont entrepris d'étudier des aspects plus larges de la culture, le rôle des femmes dans la société et leurs contributions aux sciences sociales[16]. L'anthropologie culturelle féministe fournit des analyses féministes de la culture d'un point de vue anthropologique[17]. Elle trouve également sa légitimation dans le fait que les études sur les femmes et le genre n'étaient pas publiées aussi fréquemment que les études sur d'autres thèmes en anthropologie[18].[19].

L'anthropologie culturelle féministe prête attention à tous les aspects du genre et du sexe, et à la façon dont ils varient culturellement [20].

Rôle de femmes afro-américaines[modifier | modifier le code]

Alors que des anthropologues comme Margaret Mead et Ruth Benedict sont des représentantes de l'histoire de l'anthropologie féministe, les femmes anthropologues de couleur et d'ethnies diverses jouent également un rôle dans les concepts théoriques du domaine.

Zora Neale Hurston, élève de Franz Boas, le père de l'anthropologie américaine, a expérimenté des formes narratives au-delà de l'ethnographie objective qui caractérisait les écrits proto / pseudo-scientifiques de l'époque. D'autres femmes afro-américaines ont opéré des déplacements similaires aux frontières de l'ethnographie, à savoir Katherine Dunham et Pearl Primus, qui ont toutes deux étudié la danse dans les années 1940. L'anthropologue physique Caroline Bond Day (en) et l'archéologue Mary Leakey ont également joué un rôle important dans la diffusion ultérieure de l'anthropologie féministe dans d'autres sous-domaines au-delà de l'anthropologie culturelle

Relations avec le féminisme[modifier | modifier le code]

Les relations de l'anthropologie féministe avec d'autres courants du féminisme académique sont malaisées.

Parce que les théoriciens féministes viennent principalement de l'ouest, et ne sortent pas des cultures qu'ils étudient (dont certaines ont leurs propres traditions distinctes de féminisme, comme le féminisme de base de l'Amérique latine ), leurs idées sur le féminisme peuvent contenir des hypothèses spécifiques qui ne s'appliquent pas simplement aux cultures sur lesquelles elles enquêtent. Michelle Rosaldo (en) critique la tendance des féministes à traiter les autres cultures contemporaines comme anachroniques, à voir d'autres parties du monde comme représentant des périodes passées de l'histoire occidentale - pour dire, par exemple, que les relations de genre dans un pays sont en quelque sorte bloquées à un stade historique antérieur par rapport au stade auquel une autre société serait parvenue. Les féministes occidentales avaient considéré les femmes ailleurs, selon Michelle Rosaldo, comme « une image nue de nous-mêmes,de sorte que la spécificité historique de leur existence et de la nôtre est obscurcie»[21]. L'anthropologie, a fait valoir Henrietta Moore (en), en parlant des femmes et non pour elles, devrait être capable de surmonter ce biais.

Henrietta Moore a affirmé que le concept de «femme» n'est pas suffisamment universel pour être considéré comme une catégorie analytique dans la recherche anthropologique : que l'idée de «femme» était spécifique à certaines cultures, et non un universel humain. Pour certaines féministes, a écrit l'anthropologue Michelle Rosaldo, cet argument contredit un principe fondamental de leur compréhension des relations entre les hommes et les femmes[22]. L'anthropologue féministe contemporaine Marilyn Strathern soutient que l'anthropologie, qui doit traiter la différence plutôt que chercher à l'effacer, n'est pas nécessairement lésée par ce désaccord, mais note néanmoins que l'anthropologie féministe fait face à une résistance[23].

Marilyn Strathern a caractérisé la relation parfois antagoniste entre le féminisme et l'anthropologie en disant que «chacun réalise presque ce que l'autre vise comme une relation idéale avec le monde»[23]. Le féminisme pose constamment un défi à l'orthodoxie androcentrique dont émerge l'anthropologie; l'anthropologie mine l'ethnocentrisme du féminisme.

La «double différence»[modifier | modifier le code]

L'anthropologie féministe, soutient Rayna Rapp (en), est sujette à une «double différence» par rapport au monde universitaire traditionnel. C'est une tradition féministe - faisant partie d'une branche de l'érudition, parfois marginalisée en tant que ramification du postmodernisme et du déconstructionnisme et préoccupée par les expériences des femmes - qui sont marginalisées par une orthodoxie androcentrique. En même temps, elle aborde l'expérience et les concepts non occidentaux, des domaines de connaissances jugés périphériques par rapport aux connaissances créées en Occident. L'anthropologie féministe est donc doublement marginalisée.

Henrietta Moore soutient qu'une partie de cette marginalisation se perpétue d'elle-même. En insistant pour adhérer exclusivement au «point de vue féminin», l'anthropologie féministe se définit constamment comme «non masculine» et donc comme inévitablement distincte et marginale de l'anthropologie dominante. L'anthropologie féministe, dit H. Moore, se ghettoïse effectivement. Strathern soutient que l'anthropologie féministe, en tant que tradition posant un défi au courant dominant, ne peut jamais s'intégrer pleinement à ce courant dominant : elle existe pour critiquer, déconstruire et défier.

Références[modifier | modifier le code]

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Liens externes[modifier | modifier le code]