Autisme en psychanalyse

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Articles principaux : Autisme et Psychanalyse.

L'autisme en psychanalyse est la représentation que la psychanalyse a de l'autisme au cours du temps et ses incidences.

L'histoire de la notion d'autisme montre des connexions complexes avec l'histoire de la psychanalyse, même si c'est toujours la psychiatrie qui a défini l'autisme.

La prise en charge de type psychanalytique, relative aux évolutions de ces théories dans chaque « école » et à quelques praticiens de référence, met l’accent sur le respect des défenses autistiques. Aux antipodes de la rééducation aux méthodes préétablies qui tente de les repousser, elle vise en théorie à trouver dans l'expression ce qui peut être interprété comme un signe et à établir une communication à partir de là[1]. La psychanalyse demeure toutefois inefficace dans la prise en charge de l'autisme[réf. nécessaire].

La mise en application des théories sur l'autisme en lien avec la psychanalyse a connu de gros points de frictions, notamment sur l’origine de troubles et en particulier le rôle des mères, sur le rapport avec la notion de psychose, et sur une prise en charge jugée inefficace et imposée aux dépens des autres[2],[3],[4].

Théories et rapports historiques[modifier | modifier le code]

Carl Gustav Jung un des premiers théoriciens de l'autisme est aussi très proche de la psychanalyse. (ici devant le Burghölzli en 1910).

La notion d'autisme trouve sa source à proximité de celles données par la psychanalyse, avec des connexions fortes, mais aussi des distinctions claires.

Plusieurs conceptions entre psychiatrie et psychanalyse se sont succédé ; depuis l'équivalence relative entre l'auto-érotisme selon Freud qui n'a jamais parlé d'autisme[5] et l'autisme de Bleuler qu'il a sciemment dissocié par un refus de la dimension sexuelle[6] ; jusqu'au défaut dans le troisième temps pulsionnel oral proposé par le groupe de recherche et de prévention de l’autisme (P.R.E.A.U.T.) qui se réfère à Freud mais d'après les recherches actuelles[7].

La préhistoire de l'autisme[modifier | modifier le code]

Les mots autisme et psychanalyse datent à peu près de 1910, mais il existe une histoire préalable de ces connexions, en particulier entre 1900 et 1910 alors que la seule distinction clinique était celle des démences précoces.

Cette histoire est notamment associée au Burghölzli, une clinique psychiatrique universitaire situé à Zurich et dirigée à l'époque par Eugen Bleuler, le créateur du mot autisme[8].

Carl Gustav Jung qui y travaillait avait développé ce même sujet un peu avant, dans un essai intitulé Psychologie de la démence précoce[9], et à la même époque il est chargé d'un rapprochement avec Sigmund Freud par Bleuler. Jung deviendra alors un protagoniste de la mise en place de la psychanalyse, avant sa rupture avec Freud.

Bleuler connaît alors les théories freudiennes, il précise d'ailleurs que l'autisme est à peu près la même chose que ce que Freud appelle l'auto-érotisme, mais il explique qu'il souhaite en supprimant le radical /éros/ se démarquer de la référence de Freud à une conception élargie de la sexualité qui risque de « donner lieu à de nombreuses méprises »[6].

Bleuler et les premières formulations[modifier | modifier le code]

Articles détaillés : Eugen Bleuler et Schizophrénie.

L'autisme est décrit à la création du mot comme l'une des trois stratégies comportementales au sein d'un trouble décrit comme l'impossibilité de fixer l'attention sur un but suivi, d'obtenir une « étroitesse de conscience » qui permet normalement le choix et l'action[HdA 1]. Cette impossibilité créant une perception de la réalité submergeant la pensée - dans lequel le tri sélectif des informations n'est pas fonctionnel - une mise à distance de cette réalité est constatée par Bleuler selon trois modéles distincts :

  • L'écarter ou l'ignorer. C'est ce qu'il appelle l'autisme.
  • La reconstruire, il évoque des psychoses hallucinatoires de désir.
  • La fuir, par un comportement de dé-socialisation ou de plainte somatique rapprochée à l'hypocondrie.

Ces trois stratégies de « fractionnement de l'esprit »[N 1], sont appliquées par Mélanie Klein (entre autres[N 2]) à un trouble infantile avant Kanner, et donc reconnu par la psychanalyse dans un ensemble plus vaste que le trouble autistique du contact affectif défini cliniquement par Kanner[10]. Il est alors bien distingué de la psychose, même si dans les formulations anciennes appuyées sur la distinction de Bleuler on parle aussi de « perte de contact avec la réalité »[11].

Psychanalyse de l'enfance[modifier | modifier le code]

L'autisme d'alors est un type de comportement parmi les schizophrénies, mais la distinction d'un trouble précoce associé est proposée par plusieurs psychiatres, dont Mélanie Klein, disciple freudienne et pionnière de la psychanalyse de l'enfance, de la petite enfance en particulier.

Déjà en 1930, elle parle de schizophrénie infantile pour décrire des enfants pour lesquels elle évoque notamment un « manque de contact affectif » et des « stéréotypies ». Klein fut ainsi la première à publier deux descriptions de ce qui sera ensuite identifié comme l'autisme de Kanner[HdA 2],[N 3].

Après Kanner[modifier | modifier le code]

1943 est donc la date à laquelle un trouble infantile est officiellement distingué en psychiatrie par Leo Kanner, sous l'appellation de trouble autistique du contact affectif[10].

La psychanalyse n'est pas associée à cette distinction, mais que par la suite de nombreux psychanalystes vont expliquer selon des théories analytiques :

L'« école anglaise » a une grande importance en la matière avec Mélanie Klein qui dissocie notamment l'objet interne de l'objet réel, quant Frances Tustin, son élève, spécifie un mécanisme de défense d'« encapsulement auto-généré » et introduit ce faisant une notion de protection "active" face au contexte (à l'environnement). Michael Fordham, un proche de l'école Kleinienne et amis de Donald Winnicott, émet en psychologie analytique l'hypothèse d'un clivage du Moi, dont une part serait « gelée ».

L'école freudienne française propose aussi ces formulations. Ainsi Jacques Lacan précise que c'est le signifié de la mère qui n'aurait pas été intégré et Françoise Dolto parle de souffrance dans les pulsions passives.

Conceptualisation actuelle[modifier | modifier le code]

Les théorisations les plus récentes, comme celles de Marie-Christine Laznik évoquent un défaut du « troisième temps pulsionnel oral ». Freud a décrit les trois temps du développement pulsionnel du bébé, dont le dernier est celui où le bébé se fait l'objet de satisfaction de l’Autre, après s'être élancé vers l'objet de satisfaction et s'être retourné sur lui-même dans le stade auto-érotique, le second stade[12]. Ce troisième temps de l'organisation pulsionnelle de l'enfant consisterait selon Lacan en « une apparente passivité dans laquelle quelqu’un se laisse regarder, se laisse manger… dans le jeu du faire semblant »[13].

Le soin d'inspiration psychanalytique[modifier | modifier le code]

La psychanalyse se divise en plusieurs courants souvent divisées en « écoles ». Cette pratique a souvent monopolisé les services de prise en charge pédopsychiatrique en France entraînant en raison de cette exclusivité de plus en plus d'opposition au niveau des parents, souvent accusés d'être à l'origine de l'autisme de leurs propres enfants, la mère ayant été souvent désignée comme étant un agent « destructeur » du psychisme de son enfant[14]'[15].

La pratique psychanalytique qui a toujours considéré comme un trouble affectif devant uniquement être pris en charge au niveau psychiatrique, mettant de côté d'autres possibilité de recherche quant aux possibilités de rechercher d'autres causes physiologiques, telle que la recherche génétique. L'exclusivité de ce type de soins durant des décennies ont entraîné une critique assez sévère de la prise en charge de l'autisme par la haute autorité de la santé le 06 mars 2012[16].

Les positions actuelles de la pratique psychanalytique[modifier | modifier le code]

« La psychanalyse appréhende les symptômes autistiques non comme des conduites restreintes à supprimer mais comme des solutions que le sujet a trouvées pour continuer de se sentir exister. Des solutions qui sont nécessairement en tant que telles à respecter[17]. »

Face à sa remise en cause due à son exclusivité passée, la prise en charge d'inspiration psychanalytique réussit encore à s'opposer aux méthodes éducatives mais seulement dans la mesure, où, selon certains spécialistes, un abus de celles-ci viendrait casser ces défenses, idée défendue aussi hors du champ de la psychanalyse notamment par Laurent Mottron et Michelle Dawson[18] (voir aussi limites des méthodes éducatives).

En parallèle de ce respect où trouve aussi l'idée que la notion de soin, de prise en charge et même de résultat n'est pas une question psychanalytique[N 4], on peut même lire « Aucune volonté de maîtrise. Aucune volonté éducative. Aucune imposition de quoi que ce soit », « Il s'agit justement de prendre en compte les détails les plus insignifiants, et de s'apercevoir que ce détail insignifiant peut être interprété comme voulant dire un petit quelque chose, et donc, petit à petit, on peut intervenir en supposant que là il y a un signe (...) »[1]. Il est ainsi toujours question de « Savoir respecter les petits détails qu'attrapent l'attention de ces enfants et, à partir de ceux-ci, les aider à construire un monde à leur mesure pour qu’ils puissent rester vivants et entrer dans le lien social (...)[19] »

Les différents courants passés[modifier | modifier le code]

L'approche anglo-saxonne, pionnière[modifier | modifier le code]

Mélanie Klein, psychiatre et psychanalyste ayant distingué d'un trouble typiquement infantile au sein des schizophrénies avant Kanner, a laissé dans son sillage plusieurs auteurs importants sur la psychanalyse, reliés par la Tavistock Clinic. C'est le cas entre autres de Frances Tustin et de Donald Meltzer, deux pionniers dans la littérature sur le sujet.

France Tustin[modifier | modifier le code]

Psychologue et pionnière en psychothérapie de l'enfant, et théoricienne de l'autisme, elle a suivi une analyse avec Wilfred Bion qui lui-même avait suivi sa deuxième analyse avec Melanie Klein. Elle a distingué plusieurs groupes d'autisme, dont un seul correspond à celui décrit par Kanner[20]:

  • primaire anormal : pas de différenciation entre son corps, celui de sa mère et l'extérieur.
  • secondaire à carapace (sensiblement identique à l'autisme de Kanner) L'indifférenciation entre le Moi du bébé et la mère a disparu, remplacée par une surévaluation de la différence. Une barrière autistique avec fonction de carapace s'est construite pour protéger l'enfant, et lui interdire l'accès au monde extérieur
  • secondaire régressif ou schizophrénie infantile. L'évolution commence de façon normale, habituelle, puis apparaissent des manifestations de régression. L'enfant opère son retrait dans une vie fantasmatique riche et centrée sur les sensations corporelles.

Articulé autour de la théorie de la relation d'Objet de cette école de pensée où l'on considère que lors du développement habituel l'Objet est d'abord autistique et qu'il devient progressivement transitionnel, comme un éclatement de l'image du corps permettant le contact avec le monde extérieur. « Alors que dans l'autisme, le vécu du corps n'est pas éclaté du tout, mais très dense au contraire. »[20]

Donald Meltzer[modifier | modifier le code]

Ayant enseigné pendant plus de 20 ans à la Tavistock Clinic, et été collègue de Mélanie Klein et Wilfred Bion c'est un autre des pionniers des publications sur l'autisme (après Bettelheim et Tustin).

Son apport, toujours appuyé sur l'idée de relation d'objet initié par Klein, retourne les références dans son travail sur l'autisme et parle d'identification intrusive. Appuyé aussi sur le travail d'Esther Bick sur le moi-peau, il propose un angle de vue où le vécu très dense de son corps par l'autiste serait potentiellement agressé par celui des autres qui s'y projettent dans leur mécanisme normal d'accès au monde extérieur.

Les autres[modifier | modifier le code]

Dans cette école chacun s'appuie sur le travail des autres, parmi lesquels en plus d'Esther Bick on peut citer Donald Winnicott qui a entre autres théorisé le rôle de l'objet transitionnel et Michael Fordham, proche des kleinien bien que tenant de la psychologie analytique, qui a théorisé sur le clivage du soi, qui s'il devient massif, peut bloquer l'activité psychomotrice, il parle alors de soi gelé.

L'approche française de l'Autisme[modifier | modifier le code]

Jacques Lacan : École et théorie[modifier | modifier le code]

Selon Jean-Pierre Rouillon l'abord de l'autisme d'après Jacques Lacan consiste à prendre en compte les modalités particulières du rapport de l’enfant autiste au langage : « Le signifiant, dans l’autisme, ne se présente pas sur son versant d’articulation, sur son versant de sens. Il se présente comme unique, comme tout seul, aussi bien sur le versant du commandement que sur le versant d’une satisfaction liée à ce qui résonne de sa substance sonore. Quant au dire, il ne doit pas se situer dans les rivages du sens, mais ouvrir par la voie du redoublement à l’émergence d’une écriture singulière où ce qui s’entend peut trouver à se satisfaire dans une adresse à l’autre. C’est dans cette adresse à l’autre que vient se dessiner le lieu d’une perte délivrant le sujet du sacrifice de son être. C’est cette voie qui permet au sujet autiste de construire un espace où s’appareiller dans son rapport au réel. Ce n’est pas le langage qui structure le monde de l’autiste, mais sa langue particulière, dès lors qu’elle lui donne matière à trouver une satisfaction dans un dialogue avec l’autre, satisfaction qui vient faire limite à l’exigence infinie de la jouissance. Le psychanalyste ne doit pas reculer devant l’autisme. C’est en effet, à partir de ce qu’il a pu extraire de sa propre analyse, qu’il peut offrir au sujet autiste qui y consent, la chance d’un dialogue au cours duquel peut se tisser dans une adresse inédite, une voie enfin singulière au-delà de la pulvérulence des entendus »[21].

Françoise Dolto : Prise en charge et pratique[modifier | modifier le code]

Proche du psychanalyste Jacques Lacan, de l'école freudienne de Paris dans sa forme didactique et des institutions de la psychanalyse française en général, le docteur Françoise Dolto reste un exemple très représentatif de ce que fut la vision de la prise en charges des troubles psychiques de l'enfant dans les années 1970 et les années 1980[22] qui a, en grande partie, influencée les institutions pédopsychiatriques françaises, notamment la plupart des services d'hôpitaux de jours publics et privés accueillant des enfants majoritairement diagnostiqués comme psychotiques, puis autistes, et organisés dans le cadre de leur fonctionnement thérapeutique durant les trois dernières décennies du XXe siècle[23]

Le Dr Dolto reste une grande théoricienne de la psychose infantile au niveau de l'école française de psychanalyse[24]. Dans une célèbre interview parue dans Le Nouvel Observateur en 1968, la psychiatre relie cette affection psychiatrique à une « défaillance de la dynamique libidinale des parents » en situant « l'origine de la dite psychose infantile autour de l'Œdipe des parents qui ne seraient pas résolu »[25].

Face à la montée en puissance du terme « autisme », dans le courant des années 1980, le Dr Dolto axe ensuite sa problématique sur l'autisme infantile, tout en gardant la même approche psychogénique que dans sa conception de la psychose infantile : celle-ci déclare notamment dans son célèbre ouvrage consacrée à « la cause des enfants » :

« L’autisme, en fait, cela n’existe pas à la naissance. Il est fabriqué. C’est un processus réactionnel d’adaptation à une épreuve touchant à l’identité de l’enfant »

— Françoise Dolto, La Cause des enfants[26].

Au-delà de la pratique, puisque Madame Dolto consulte dans son cabinet, la psychanalyste affiche une vision de l'autisme qui reste assez surprenante et qui peut être sujet à caution, notamment quand elle affirme dans le même ouvrage : « L’enfant autiste est télépathe. J’ai l’exemple d’une petite fille autiste de cinq ou six ans. Sa mère me racontait que lorsqu’elle voyageait avec elle dans le train, c’était intolérable parce que cette enfant parlait toute seule, et elle disait la vérité des gens qui étaient dans le compartiment… Une fois, une voisine disait à sa mère : Je vais à Paris voir mon mari…, et l’enfant coupait : C’est pas vrai, c’est pas son mari, c’est un monsieur que son mari connaît pas… Elle parlait avec une voix bizarre, sans poser son regard, dans un habitus de somnambule »

Cette citation étant d'ailleurs, mot pour mot, la reprise du passage d'un autre de ses livres pourtant publié six ans auparavant et dénommé « Lorsque l’enfant paraît », mais qui, à cette époque ne se référait aucunement à un diagnostic d'autisme pour l'enfant évoqué[27].

Le travail du Dr Dolto, son action et son engagement, vis-à-vis de ce qu'elle a présenté comme la « cause de enfants », sa médiatisation par le truchement d'interventions régulières à la radio, notamment, une série d'émissions de radio et de télévision lui ont offert une certaine renommée, mais cette célébrité n'a pas empêché que se développe à son égard, et cela depuis sa mort, une certaine controverse qui remet en cause sa réelle capacité à avoir saisi et apprécié la complexité de l'autisme infantile qui, dans ses écrits, se limitait à une stricte formulation d'obédience psychanalytique, basée sur quelques idées personnelles figées, classant l'autisme comme « une extension maximale de la psychose »[28]. Cette attitude exclusive peut historiquement s'expliquer si on considère l'absence, durant cette période, d'une véritable recherche sur une alternative étiologique par rapport au diagnostic de l'autisme infantile[29].

Bruno Bettelheim, une autre approche « personnelle » de l'autisme[modifier | modifier le code]

Article connexe : La Forteresse vide.

Bruno Bettelheim, pédagogue autodidacte, philosophe de formation, se considérant comme un éducateur et psychothérapeute, relève d'un statut de psychanalyste qui reste controversé[30]. S'inspirant de son internement dans le camp de concentration de Dachau, l'homme, profondément marqué par cette expérience traumatisante, propose de compenser la situation extrême à laquelle il assimile l'autisme par une méthode tout aussi extrême : « Si un milieu néfaste peut conduire à la destruction de la personnalité, il doit être possible de reconstruire la personnalité grâce à un milieu particulièrement favorable »[31].

Premier auteur à avoir publié sur l'autisme en militant pour l'autonomisation et contre le délaissement à l'asile, la position de Bettelheim est complexe, voire marginale. Dans son « École orthogénique », il s'attache davantage à l'éducation et à la psychothérapie institutionnelle qu'à la psychanalyse qu'il utilise selon une réinterprétation très libre[N 5] : « Dans beaucoup de ses écrits, Bettelheim parle des modifications qu’il a apportées à la psychanalyse pour l’adapter au traitement des enfants gravement perturbés »[33].

Bruno Bettelheim a été inspiré, dans ses travaux, par le psychologue et pédagogue américain John Dewey et la pédagogue italienne Maria Montessori, voire le psychologue et épistémologue suisse Jean Piaget[33]. Il revendique une approche plus éducative que thérapeutique[34]. Sa théorie personnelle veut que les enfants soient devenus autistes par manque d’amour des parents, et notamment de la mère. Bettelheim propose des méthodes violentes impliquant la séparation de l'enfant de son milieu familial, et accuse les mères d'être prémorbides et mortifères, ce qui lui vaut de nombreuses critiques[34],[35],[36]. En particulier, l'article de Richard Pollak (repris dans Le Livre noir de la psychanalyse[37]) et celui d'Agnès Fombonne mettent en lumière la violence de ses pratiques à l'égard des enfants et de leur famille, et l'impact qu'elles ont eu sur la culpabilisation des mères d'enfants autistes par les professionnels de santé[38].

L'approche de Bettelheim a fini par être totalement discréditée, en particulier dans les médias et par les associations de parents. Cela a entraîné, en particulier aux États-Unis, une réorientation de l'approche de l'autisme vers les méthodes éducatives uniquement[39]. D'après Richard Pollack, la théorie de la mère réfrigérateur défendue par Bettelheim est abandonnée dans de très nombreux pays, dont les États-Unis, le Royaume-Uni et le Japon, mais est toujours défendue et enseignée en France en 2005 : « Bettelheim reste encore une sorte de héros, et bon nombre de psychiatres et de psychanalystes français semblent continuer de penser que les parents ont une part de responsabilité dans la pathologie de leurs enfants, qu’ils demeurent toujours coupables pour une raison ou une autre, même si ce n’est plus aussi crûment dit[40]. » La défense de la théorie de Bettelheim par certains psychanalystes est vraisemblablement à l'origine de la contestation des associations françaises de parents d'enfants autistes, qui se sont opposées (parfois de façon agressive) à l'approche psychanalytique de l'autisme dans ce pays[41]. Cette théorie est progressivement abandonnée en France[42], cependant, d'après Jean-Noël Trouvé, en 2015, elle continue à faire des « ravages dans quelques « noyaux durs » de la psychopathologie »[43].

L'avis 102 du comité consultatif national d'éthique, rendu en novembre 2007 en France par Jean-Claude Ameisen, incrimine la diffusion des idées défendues par Bettelheim comme étant responsable d'une souffrance inutile des mères d'enfants autistes en France. La théorie de Bettelheim est également citée comme responsable de l'absence de prise en charge éducative adaptée aux enfants autistes en France[44],[45].

L'application des théories[modifier | modifier le code]

La notion d'autisme a connu des ruptures de l'acceptation clinique en psychiatrie, des flottements et des ruptures dans les conceptions en psychanalyse, et de véritables conflits entre praticiens et parents qui se sont même soldé en France par une intervention politique d'une haute autorité de la santé.

Trois sujets s'entremêlent dans le passage de la théorie à une mise en contexte et en application de celles-ci, chacun ayant été sujet à de vives controverses :

  • La causalité : les origines étiologiques et en particulier le sujet de l'accusation des mères.
  • La classification : en particulier l'inclusion ou pas aux psychoses.
  • Le conflit social : une guerre de clan sur fond de pertinence et la nécessité de tel ou tel soin.

De la théorie à l'étiologie[modifier | modifier le code]

Si l'autisme n'a pas de définition autre que celle d'un état clinique défini et observé, il n'en est pas moins soumis à la question récurrente du caractère acquis ou inné de l'ensemble des cas alors même que certains parlent des autismes au pluriel[46].

Historiquement on trouve dès l'essai de Jung en 1906 l'idée d'« une causalité qui ne peut être déterminée », ce sur quoi il postule « la mise en cause d'un facteur métabolique ou d'une prédisposition organique cérébrale »[47].

Leo Kanner, psychiatre non psychanalyste, est à l'origine en 1943 de l'acceptation actuelle de l'autisme, mais aussi la même année d'une description d'une froideur parentale, puis en 1949 de propos plus forts, utilisant la métaphore du réfrigérateur et parlant qu'un détournement de l'enfant vers une solitude qui paraît être plus confortable (sous-entendu « que cette froideur »)[N 6].

En 1943 Kanner explique clairement dès qu'il définit le trouble qu'il a de purs exemples de caractère inné de trouble autistique du contact affectif (appellation d'origine de ce qui est ensuite communément appelé autisme)[10]. Il est néanmoins à l'origine de ce qui sera repris dans l'accusation des mères.

Le sujet de l'accusation des mères[modifier | modifier le code]

Article détaillé : mère réfrigérateur.

Leo Kanner a observé et écrit que les parents des enfants « autistes » sont froids ou distants, comme « laissés dans un réfrigérateur qui ne dégivre pas »[N 6].

Bruno Bettelheim, qui n'inclue pas dans sa reprise de la notion d'autisme les causes innées, a repris cette idée pour dénoncer une cause d'origine maternelle. Psychothérapeute et dit « psychanalyste autodidacte[N 7] », il a vulgarisé une approche de l'autisme associé aux situations extrêmes dont la déportation qu'il avait lui-même vécue[48], et identifiait dans le repli autistique la preuve d'un traumatisme. Il précise « Ce n'est pas l'attitude maternelle qui produit l'autisme, mais la réaction spontanée de l'enfant à cette attitude[49] », mais aussi « Tout au long de ce livre, je soutiens que le facteur qui précipite l'enfant dans l'autisme infantile est le désir de ses parents qu'il n'existe pas[50]. »

Cette conception continue d'être associée à l'approche psychanalytique, notamment au travers de l’expression « mère réfrigérateur ». L'idée de trauma reste plus ou moins présente mais l'accusation de la mère est aujourd'hui rejetée par les spécialistes, par exemple par la psychanalyste Marie-Christine Laznik qui déclare : « Bettelheim était complètement à côté de la plaque. Les mères n'ont rien à voir avec l'origine de l'autisme »[51].

Une persistance de la mise en accusation des mères et du rejet des autres modes d'intervention est perçue, en France, où des réclamations d'associations de parents d'autistes ont abouti entre autres à des rapports du comité consultatif national d'éthique :

  • Avis sur la prise en charge des personnes autistes en France en 1995 (rapport no 047[52] à la demande d'Autisme France) ;
  • Sur la situation en France des personnes, enfants et adultes, atteintes d’autisme en 2007 (rapport no 102[53] à la demande de quatre associations[54]).

Les thèses de Bettelheim sont pourtant restées minoritaires y compris dans son propre camp[55]. Les praticiens d'inspiration psychanalytique déclarent avoir abandonné ces théories et mettre l'accent sur une position éthique de respect de la souffrance des patients et de leur famille[56], mais de nombreux parents (dont Francis Perrin[57]) témoignent toujours avoir été culpabilisés par des praticiens qui leur ont imputé la responsabilité du handicap de leur enfant[58].

Multiplicité des classifications[modifier | modifier le code]

Un des point de friction autour du sujet de l'autisme est lié à la multiplicité des critères de classification. Ils ont beaucoup évolué au cours du temps (voir Évolution des critères de définition) mais ils ont aussi été multiples à une même période. On trouve ainsi en 2005 un tableau de correspondance entre les critères diagnostiques internationaux (CIM), américain (DSM), et français (CFTMEA), aux critères valides de 1994 et 2013.

Les classifications de l’autisme et des TED[59]
CIM-10 CIM-10[60] DSM-IV CFTMEA
F.84 TED TED Psychoses précoces (TED)
F.84.0 Autisme infantile Troubles autistiques Autisme infantile précoce – type

Kanner

F.84.1 Autisme atypique

Autres troubles envahissants du développement

Troubles envahissants du développement non spécifiés incluant l’autisme infantile Autres formes de l’autisme
  • Psychose précoce déficitaire
  • Retard mental avec troubles autistiques
  • Autres psychoses précoces ou autres
  • TED
  • Dysharmonie psychotique
F.84.2 Syndrome de Rett Syndrome de Rett Troubles désintégratifs de l’enfance
F.84.3 Autres troubles désintégratifs de l’enfance Troubles désintégratifs de l’enfance
F.84.4 Troubles hyperactifs avec retard mental et stéréotypies Pas de correspondance Pas de correspondance
F.84.5 Syndrome d'Asperger Syndrome d'Asperger Syndrome d'Asperger

Ces critères sont tous psychiatriques et pas psychanalytiques, mais la colonne CFTMEA, la plus distincte et typique de la France, est réputée comme la psychiatrie Française être (trop) soumise à l’influence de la psychanalyse notamment pour ce qui est de faire le lien avec la psychose[N 8].

Autisme et psychose[modifier | modifier le code]

La définition originelle du mot par Bleuler fait de l'autisme une des trois possibilités comportementales typiques de confrontation a une réalité dont le traitement pose problème, un autre étant la psychose, donc à l'origine c'est l'un ou l'autre par définition. Mais la suite de l'histoire est plus complexe.

Ainsi la CFTMEA classe l'autisme dans la catégorie Psychoses précoces[59]. On trouve dans cette inclusion à l'ensemble des psychoses l'incarnation d'une idée qui a un temps suivi les descriptions de Kanner chez certains praticiens, que l'avenir de l'enfant serait scellé puisque autiste, inapte à l'évolution vers la réalité. Le combat pour la distinction entre autisme et psychose fait donc partie de ceux menés par les associations de parents, contre un certain entendement des milieux psychiatriques et à tendance psychanalytique.

Cette inclusion dans cette classification française reste discutée, et on peut lire à propos des « états autistiques » : « Il m'est toujours apparu nécessaire d'exclure les autismes du cadre strict des psychoses infantiles parce que leur apparition et leur extrême gravité ne semblent pas résulter d'un véritable processus. On ne peut les considérer que comme des « états » plus ou moins précoces, à l'étiologie très mystérieuse et sans doute multi-factorielle. »[61].

Efficacité de la psychanalyse[modifier | modifier le code]

D'après le rapport de la Haute autorité de santé rendu en mars 2012, l'utilité de la psychanalyse dans la prise en charge de l'autisme reste « non démontrée »[62]. La psychothérapeute Paula Jacobsen a publié une étude sur plusieurs prises en charges psychothérapeutiques en 2004, concluant à l'inefficacité des prises en charge psychanalytiques dans le cas du syndrome d'Asperger[63]. Tony Attwood déconseille le recours à une thérapie psychanalytique mère-enfant dans les cas des personnes avec syndrome d'Asperger, pour éviter une culpabilisation inutile des mères, précisant que « de façon générale, la technique des thérapies psychanalytiques est mise à mal avec les patients présentant un syndrome d'Asperger »[64].

Les scientifiques réunis dans le cadre de la préparation du Quatrième plan autisme en France s'accordent sur l'absence de preuve d'efficacité de cette approche. Jonathan Green déclare « qu’il n’existe pas de preuve, nulle part dans le monde, qui soutienne le recours à la psychanalyse », Nadia Chabane que « nous n’avons aucun élément aujourd’hui en faveur d’un accompagnement des TSA par la psychanalyse », Kerim Munir souligne la réticence à tester scientifiquement l'efficacité d'une telle approche. Par ailleurs, Green estime qu'une approche psychanalytique peut avoir des incidences négatives sur les familles : « nous sommes unanimes quant aux risques potentiellement liés à ce genre de traitement »[65].

Confrontation théorique et sociale[modifier | modifier le code]

Article connexe : Bataille de l'autisme.

Une bataille de l'autisme existe à l'échelle internationale[66]. Elle est organisée socialement en plusieurs mouvements aux frontières dogmatiques bien établies, mais peut-être plus poreuses qu'il n'y paraît[2]. L'image qui ressort des multiples publications est celle de clans théoriques dont l'opposition est évidente[2],[3],[4]. Dans le cas de la France, l'approche psychanalytique est particulièrement présente, notamment dans les critères diagnostiques de la CFTMEA. Les débats ont été arbitrés par les autorités psychiatriques[N 9], puis politiques, après une consultation interdisciplinaire pour élaborer un état des connaissances.

Associations de parents[modifier | modifier le code]

Mobilisés en de nombreuses associations, les parents d'enfants autistes sont généralement orientés contre la psychanalyse et le packing, et en faveur des thérapies cognitivo-comportementales. Ils militent pour une meilleure intégration, notamment scolaire, et luttent contre l'assimilation de l'autisme à une psychose. En France, ils sont souvent confrontés à des justifications d'ordre psychanalytique. De nombreux parents d'enfants autistes témoignent avoir été culpabilisés par des psychanalystes qui les jugent responsables des troubles de leurs enfants. D'après la sociologue française Cécile Méadel, qui a étudié une liste de discussion de l'association Autisme France, « Les parcours des parents montrent en effet que cette interprétation psychanalytique de l’autisme est encore largement mobilisée, non seulement dans un espace public large qui va des médias à leurs collègues de travail ou leur famille, mais aussi chez les professionnels des soins. Les trajectoires des parents montrent la prégnance de ces approches de l’autisme chez les professionnels de la santé et de l’éducation. Régulièrement, reviennent sur la liste, suscitant toujours la même solidarité et la même révolte, des récits d’épisodes douloureux qui ont vu la responsabilité du handicap imputée aux parents »[58].

Organisées socialement, ces associations de parents agissent sur le terrain social, politique et médiatique, dans des actions dont certaines sont controversées. En 2011, la sortie du documentaire Le Mur de Sophie Robert entraîne une polémique en France[67]. Le film fait appel à une démonstration par l'absurde pour montrer le décalage entre le discours des psychanalystes et les connaissances scientifiques sur l'autisme[68]. Il accuse les orientations psychanalytiques des psychiatres français d'être responsables de graves carences dans la prise en charge de l'autisme, et d'une souffrance des mères d'enfants autistes[69],[70].

Réseaux de personnes autistes[modifier | modifier le code]

Depuis quelques années, des mouvements pour les droits des personnes autistes se créent pour défendre la neurodiversité, une idée qui vient en opposition à celle de « détruire l’autisme ». Ces mouvements revendiquent plutôt l'impossibilité d’amalgamer l'état handicapant à une maladie dont on pourrait guérir au sens médical[71]. La position de la communauté autiste est globalement orientée contre la psychanalyse. La Suédoise Gunilla Gerland témoigne avoir rencontré de nombreux praticiens formés à la psychanalyse qui choisissent d'ignorer les connaissances neurologiques sur l'autisme. Elle cite l'exemple « stupide » de l'analyse d'une mauvaise relation avec la mère[72], ajoutant (en 1998) que « nombre d'entre nous qui sont autistes de haut niveau ont été analysés en vertu du modèle psychodynamique/psychanalytique, souvent par des thérapeutes bien intentionnés, mais la plupart d'entre nous n'en a retiré aucune aide, beaucoup se sont sentis dégradés, et certains en ont été blessés »[73],[74].

Dans son autobiographie Je suis à l’Est ! (2012), Josef Schovanec explique son suivi de cinq ans par « l'un des psychanalystes les plus réputés de Paris », qui lui a posé un faux diagnostic de schizophrénie. Il y dénonce des « techniques psychanalytiques inappropriées » avec « pertinence », selon le psychanalyste français Jean-Claude Maleval[75]. Josef Schovanec regrette aussi la « guéguerre » qui sévit en France entre les psychanalystes et les « anti-psychanalyse », qu'il estime dans l'ensemble être nuisible aux personnes avec autisme[76]. Il a signé la préface de l'ouvrage Le psychanalyste parfait est un connard, dénonçant la peur qu'ont de nombreux psychanalystes de voir leurs patients s'informer par eux-mêmes, un esprit de corporation, et leur absence d'argumentaire théorique[77]. Hugo Horiot, auteur de L'empereur, c'est moi (Prix Paroles de patients 2013)[78], déclare la psychanalyse « nocive ». Lors d'un entretien sur LCI en avril 2015, il s'étonne de sa présence dans la prise en charge de l'autisme depuis 50 ans en France, alors qu'elle « a été rejetée partout ailleurs »[79].

Plusieurs personnalités autistes ont soutenu la diffusion du film Le Mur et se sont opposés à sa censure en s'exprimant contre la psychanalyse, dont Temple Grandin[80] et Donna Williams[81]. Rudy Simone a par ailleurs partagé un message de Temple Grandin adressé à la France, dans lequel elle déclare que la psychanalyse est inutile dans le domaine de l'autisme[82].

Le psychanalyste français Jacques Hochmann s'est déclaré hostile à ce mouvement. Il dénonce « un communautarisme propre aux autistes » et l'appel à leur « expertise profane », regrettant leur influence sur les différents plans autisme en France. Pour lui, « les plus extrêmes nient être atteints de troubles quelconques et s’opposent non seulement aux approches dites psychanalytiques mais à toute forme d’éducation spécialisée ». Il s'oppose également au fait que leur « souffrance éventuelle » puisse provenir « d’une société incapable de tolérer leurs particularités et de s’y adapter ». Il remet en cause l'existence d'une forme d'autisme dite de haut niveau chez au moins une partie de ces militants, estimant qu'il s'agit d'« une création sociale, un vêtement proposé par la diffusion médiatique des descriptions de Kanner et d’Asperger, endossé par un certain nombre de personnes qui trouvent ainsi une façon de sortir de leur solitude et de faire entendre, autrement que dans le registre de la maladie, leurs difficultés existentielles »[83].

Les « psy »[modifier | modifier le code]

La distinction entre psychiatre, psychologue et psychanalyste n'est pas toujours claire, et l'unité de cet ensemble très loin d'être évidente et encore moins en ce qui concerne les avis sur la psychanalyse. Sur le sujet de l'autisme on retrouve dès le refus par Bleuler de la symbolique sexuelle de Freud dans la création du mot autisme et au cours du temps des oppositions fortes et des positions variées ont toujours été constatées.

Il existe néanmoins une réponse organisée à l'accusation d’ingérence, voire d’incompétence, portée par les parents aux professionnels du soin inspirés de la psychanalyse. On peut ainsi trouver une pétition, plutôt d'origine psychanalytique, pour l'abord clinique de l'autisme qui déplore l'intervention de la HAS en France[84].

Parmi les réponses fortes[non neutre] de psychanalystes on trouve Henri Rey-Flaud qui dit par exemple : « Du fait de cet élan irrésistible, personne ne s'aperçut que, dans l'attente messianique de la révélation des causes organiques de cette affection, la signification psychique du retrait de ces petits patients, c'est-à-dire la question du sens de leur monde, avait été complètement ignorée, ce qui revenait à redoubler et à sceller l'exclusion de ces infortunés. »[85].

Chercheurs et scientifiques cognitivistes[modifier | modifier le code]

La position des chercheurs cognitivistes est de voir dans la psychanalyse une approche pseudo-scientifique, inutile dans la prise en charge de l'autisme. Laurent Mottron estime que la nosographie française d'inspiration psychanalytique (la CFMTEA) est directement responsable d'une méconnaissance de l'autisme en France. Il regrette que la psychanalyse décrive « des processus en pliant la réalité à une terminologie et un cadre théorique qui ne sont qu’exceptionnellement subvertis par ce qui est effectivement observé, au lieu, comme en sciences, de laisser émerger une description ou une classification à partir de ce qui se présente, et en l’actualisant périodiquement par consensus entre les membres de la communauté scientifique »[86]. Jean-Paul Krivine, rédacteur en chef de la revue Science et pseudo-sciences, répond au psychanalyste Bernard Golse, qui avait déclaré que « dans l’autisme, rien n’est validé », en disant que « les partisans des approches psychanalytiques théorisent souvent l’impossibilité de toute évaluation de leurs pratiques thérapeutiques ». Il se demande « si vraiment leurs approches sont non évaluables, comment peuvent-ils affirmer leurs succès thérapeutiques ? »[87].

Nicolas Gauvrit regrette le manque de rigueur et de logique des psychanalystes dans la prise en charge de l'autisme : « Les promoteurs d’une approche psychanalytique ont recours, ces derniers temps, à l’esquive. Cette feinte consiste à détourner l’interlocuteur de la question primordiale – celle de l’efficacité des méthodes et du bien de l’enfant – en déplaçant le discours dans le champ affectif, celui de la culpabilité ou de « l’éthique ». Pour cela, ils s’appuient sur une représentation sociale caricaturale de la psychologie, qui oppose des psychanalystes profondément humains, et des cognitivistes prônant une approche chimique. La réalité est bien différente, et de nombreux « cognitivistes » voient dans les approches thérapeutiques fondées sur la science une alternative non seulement à la psychanalyse, mais aussi et surtout aux traitements par psychotropes »[88].

Jacques Van Rillaer parle de « mensonges lacaniens » dans la conception de l'autisme comme d'une « psychose », et dénonce les psychanalystes qui prétendent « combattre les thérapies cognitivo-comportementales » en l'absence d’études empiriquement validées[89].

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. littéralement puisque ce sont les mots fractionnement et esprit en grec (« σχίζειν » et « φρήν ») que Bleuler utilise pour créer le mot schizophrénie
  2. En 1926, la russe Grounia Soukhareva décrit ce qu'elle nomme la psychopathie schizoïde de l'enfance au travers de six cas (Die schizoiden Psychopathien im Kindesalter ; Monatsschrift für Psychiatrie und Neurologie 60:235-261. (en) Télécharger une traduction en anglais[PDF]
  3. Un des deux cas, nommé Dick, est décrit dans l'article de Mélanie Klein : L'importance de la formation du symbole dans le développement du moi (1930)
  4. Question à Eric Laurent, psychanalyste, enseignant formateur en psychanalyse : « Quel est l'impact de la psychanalyse sur les enfants autistes ? Qu'est-ce qu'un enfant autiste peut raisonnablement en attendre, en termes de résultats ? interroge la journaliste. » Réponse : « Mais ça, je peux pas répondre à ça. C'est pas une question de psychanalyste, ça ». (source utilisée)
  5. Roudinesco note que « D'inspiration psychanalytique, l’entreprise est cependant paradoxale qui va à l'encontre de ces mêmes principes psychanalytiques[32] ».
  6. a et b Mots exacts en anglais : « the beginning to parental coldness, obsessiveness, and a mechanical type of attention to material needs only.... They were left neatly in refrigerators which did not defrost. Their withdrawal seems to be an act of turning away from such a situation to seek comfort in solitude. » Leo Kanner (1943) Nerv Child 2: 217–50. Reprinted in Kanner, L (1968) « Autistic disturbances of affective contact » Acta Paedopsychiatr. 35(4):100–36. PMID 4880460
  7. « The clinicat thoughts of Bruno Bettelheim : a critical historical review, in Milieu therapy : significant issues and innovative applications. » de Patrick Zimmerman, éditions Goldsmith and Sanders, New York, Haworth press, 1993, p. 28 (cité en français par Richard Pollak. "Bettelheim l'imposteur" dans « Le livre noir de la psychanalyse ». éditions les arènes, Paris, 2005, pages : 533–548) .
  8. « des hôpitaux psychiatriques ou des psychiatres, tendances freudiennes, leur expliquaient en que leurs enfants avaient une "psychose" » Autisme et psychanalyse : le scandale enfin mis au jour
  9. la Fédération Française de Psychiatrie impose depuis 2005 de préciser une correspondance selon les références internationales (CIM-10)[PDF] Recommandation 2005 p. 13

Références[modifier | modifier le code]

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  47. D'après ce Résumé proposé sur answers.com (traduction logicielle)
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  50. La Forteresse vide, p. 171
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  52. http://www.ccne-ethique.fr/docs/fr/avis047.pdf
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